‹ Le bactériophage; son rôle dans l'immunitéChapitre 63 sur 78 · PI · texte numérisé non relu

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Fig. i4.

Fiff. i3.

l48 LE BACTÉHIOPHAGE

dysenterie. Dans celte dernière on comprend que, du moment où toutes les bactéries pathogènes qui se trouvaient dans l'intestin ou dans la muqueuse, c'est-à-dire à proximité des ultramicrobes, ont été détruites, la maladie cesse ipso facto. Dans la typhoïde il y a en plus septicémie et la destruction des bactéries contenues dans rintestin, si elle est de nature à empêcher Téclosion de la maladie ou à l'enrayer dès son début, ne suffit plus pour juguler Tinfection, une fois que les bactéries pathogènes ont envahi Torganisme.

Nous verrons par la suite que l'action protectrice du Bactériophage ne se limite pas à l'intestin. L'intervention du Bactériophage, dans l'organisme même, peut se manifester de diverses manières.

Nous avons vu au chapitre traitant des propriétés du Bactériophage que les produits qu'il secrète jouissent d'un pouvoir- opsonique extrêmement élevé. Une culture de Bactériophage anti-typhique est précipitée par l'addition de quatre volumes d'alcool à 96** ; on laisse le précipité en contact avec l'alcool pendant 48 h., temps suffisant pour assurer la destruction complète des germes bactériophages. Un centigramme du précipité humide est dissous dans 10 cm^ d'eau salée. En cherchant l'indice opsonique, on voit que sous l'action de la lysine les leucocytes se chargent de bacilles typhiques en quantité tellement grande qu'il est impossible de faire une numération exacte des bacilles phagocytés : l'indice opsonique dépasse certainement 5o. Il est possible que la lysine sécrétée dans l'intestin aussitôt que le Bactériophage a acquis une virulence suffisante pour dissoudre les bacilles typhiques, soit résorbée et passe dans la circulation, ce qui assurerait la destruction des bacilles par phagocytose.

D'autre part Tultramicrobe bactériophage lui-même, ne reste pas strictement cantonné dans l'intestin, il passe à un moment donné dans la circulation. Je n'ai pu le vérifier chez l'Homme car il n'est pas possible de pratiquer sur un malade les prises de sang répétées que nécessiterait une telle recherche. J'ai tourné la difficulté en m'adressant à la paratyphoïde du Rat provoquée par l'ingestion de culture d'une souche très virulente de B. typhi murium. J'ai à diverses reprises constaté le passage momentané de l'ultramicrobe bactériophage dans le sang prélevé par ponction cardiaque, entre le quatrième et le sixième jour après le repas infestant : tous les rats chez lesquels ce phénomène s'est présenté abritaient à ce moment un Bactériophage actif contre la bactérie pathogène dans leur intestin ; tous ont de plus résisté à l'infection.

FIÈVRE TYPHOÏDE l49

En troisième lieu nous verrons expérimentalement que les produits dissous se trouvant dans les cultures du Bactériophage provoquent, après un temps d*incubation, Tapparition d'une immunité « organique » tellement puissante qu'elle confine à Tétat réfractaire. Ces produits dissous se forment également dans Tintestin du malade, et même dans Torganisme puisqu'il peut y avoir passage du Bactériophage dans la circulation à la faveur de la septicémie.

En plus des vingt-huit cas de typhoïde non mortels étudiés en vue de déterminer l'influence du Bactériophage sur la marche de la maladie, j'ai observé trois cas mortels : dans ces trois cas, à aucun moment de la maladie je n'ai pu constater une activité du Bactériophage vis-à-vis du Bacille typhique, soit contre une souche de culture, soit contre le propre bacille du malade. J'ai en outre pu examiner des échantillons du contenu intestinal prélevé sur cinq cadavres d'individus morts de typhoïde, d'aucun je n'ai pu isoler un Bactériophage présentant une virulence quelconque pour le Bacille typhique, et pourtant le Bactériophage n'était pas absent puisque dans six de ces huit cas j'ai pu en- déceler la présence par suite d'une activité moyenne vis-à-vis du Colibacille ; le Bactériophage était donc présent mais avirulent pour le bacille pathogène. La mort dans la typhoïde se produit, en général, par suite d'un défaut d'accoutumance du Bactériophage à la bactériophagie vis-à-vis du bacille envahisseur.

La mort peut-elle survenir par suite de l'acquisition de l'état réfractaire par le Bacille typhique, ce qui le met à l'abri de l'action du Bactériophage, comme nous avons vu le fait se produire dans la dysenterie? C'est extrêmement probable mais je n'ai pas eu l'occasion de le constater.

Tant dans la typhoïde que dans la dysenterie, la recherche de la virulence du Bactériophage pourrait servir à l'établissement du pronostic : il suffirait de vérifier simultanément la virulence du Bactériophage intestinal du malade vis-à-vis de B. coli, du bacille pathogène provenant du patient et d'un Bacille typhique de culture. La comparaison de ces trois données fournirait le renseignement demandé. La constatation de la résistance de la bactérie pathogène serait de nature à assombrir le pronostic et cela d'autant plus que cette résistance serait élevée.

En résumé, dans tous les cas de typhoïde étudiés, quelle qu'en ait

l5o LE BACTERIOPHAGE

été la gravité, Tapparition chez ruitramicrobe bactériophage de la virulence pour le bacille pathogène a été précédée d'une exaltation de la virulence pour B, coli, qui a toujours débuté au cours du second septénaire et a rapidement atteint une grande intensité; cette activité s'est maintenue durant tout le cours de la maladie et n'a cessé de se manifester d'une manière appréciable que dans le courant de la convalescence, parfois même plus tard. Par contre l'apparition de la virulence pour le bacille pathogène a varié suivant le degré de gravité de la maladie. Dans les cas de gravité faible ou moyenne, l'activité du Bactériophage s'est manifestée pour ce bacille avant la fin du second septénaire et a cessé vers le début de la convalescence : l'activité a donc été parallèle pour B. coli et le Bacille typhique. Dans les cas graves, l'activité pour le Bacille typhique n'a commencé à se manifester d'une manière énergique que vers le début de l'amélioration définitive ; elle a persisté plus ou moins longtemps; dans certains cas jusque vers le milieu de la convalescence.

Dans les formes à rechute et à recrudescence la lutte se complique du fait de l'acquisition de la résistance par la bactérie et ce n'est qu'au déclin de la rechute ou de la recrudescence que la virulence du Bactériophage se montre suffisante pour dominer définitivement la résistance de la bactérie ; l'activité du Bactériophage se maintient jusqu'à la pleine convalescence, c'est-à-dire jusqu'au moment où, par suite de la destruction totale des bactéries pathogènes, l'ultramicrobe ne peut plus se développer à leurs dépens.

Dans tous les cas l'état du malade enregistre fidèlement les péripéties de la lutte engagée dans l'organisme entre le Bactériophage et le Bacille envahisseur.

TYPHOSE AVIAIRE

La TYPHOSE AVIAIRE. — La typhose aviaire est une maladie qui sévit principalement sur les Gallinacés ; malgré sa fréquence elle est restée longtemps ignorée, confondue avec le choléra des poules ; cette dernière maladie est en réalité très rare. En 1919, recherchant des épizooties dans le but de vérifier dans des maladies animales, permettant l'expérimentation, les constatations faites sur le rôle du Bactériophage dans la dysenterie et la typhoïde humaines, on me

TYPHOSE A.VIAIRE l5l

signala l'existence d'un foyer étendu de « choléra des poules » dans le département de TAube. Dès les premiers examens je pus constater Terreur commise, il s'agissait de la maladie connue aux Etats- Unis sous le nom de « Fowl typhoid » et dont Texistence n'avait pas encore été reconnue en France. J'ai ensuite constaté la présence de nombreux foyers répartis sur toute l'étendue du territoire.

La Fowl typhoide, que j'ai appelé typhose aviaire, est une maladie très intéressante ; l'étude se trouve compliquée du fait de l'existence de plusieurs « paratyphoses » ce qui la rapproche encore plus de la typhoïde humaine.

L'agent pathogène, B. ffallinarum, Klein, dont l'étude a été reprise par Moore sous le nom de B. sanguinarum^ présente, à la mobilité près, tous les caractères du bacille d'EnERTH, il est même agglutiné au taux limite par un sérum ànti-typhique. A côté de ce bacille type, on trouve souvent, dans les mêmes foyers, des bacilles présentant des réactions agglutinatives et biochimiques différentes ; le type clinique de la maladie qu'ils provoquent ne diffère pas de celui de la typhose type. Ces diverses espèces bactériennes n'ont été jusqu'ici étudiées que par les savants américains, Ph. Handley entre autres, qui a décrit : B. pullorum A et B, B, jeffersoniiy B. rettgerei et B. pfafjî. Je ne m'étendrai pas sur les caractères distinctifs de ces divers bacilles, ce qui ne présenterait aucune utilité pour l'étude que nous poursuivons (i); qu'il suffise de savoir qu'en France, au cours de l'épizootie de 19 19, Tagent pathogène le plus fréquent a été B. gallinarum type (trouvé 67 fois sur 78 examens). J'ai en outre trouvé, à côté de iS. gallinarum : B. pullorum A {i fois), B. pullorum B (6 fois), B, jeffersonii (4 fois), B. pfaffl (4 fois). Dans un seul foyer, dont le centre se trouvait au village de Trainel{ Aube), il s'agissait uniquement de para typhose à B. pfaffl sans mélange de typhose vraie.

Le type clinique ne varie guère, quel que soit le bacille en cause. Voici une observation type.

Le 24 mai au soir, la "poule paraît en parfait étal. Le 26 au matin elle reste à terre au poulailler, triste, elle se laisse prendre sans défense ; le même jour, vers midi, aspect somnolent, plumes hérissées, yeux mi-clos, crête lég'èremcnt violacée; l'animal ne mange pas, ne boit pas, il reste accroupi «en boule».

(i) Les lecteurs que la question intéresserait trouveront tous les renseignements utiles dans le mémoire de Ph. Handley : The colon-typhoid inlermediates

as causative agents of diseases in birds. AgricultuM Experiment station of ihelihode Island Collège Bulletin, n* 174, mai 1918.

102 LE BàGTERIOPUÀGE

Inspirations profondes, 26 à la minute ; diarrhée jaune verdâtre avec parties jaune franc. L'état empire dans l'après-midi, elle tombe sur le flanc vers vingt heures et meurt quelques minutes après.

Nécropsie : crête violacée, peau marbrée de taches de même couleur; foie volumineux, cong'estionné, présentant des foyers de dégénérescence; péricardite.

A l'examen microscopique direct, le sang paraît stérile : iiprès de minutieuses recherches je trouve trois bacilles sur toute une préparation. Le sang' et les organes ensemencés donnent une culture pure de B, gallinarum, qui se trouve également, très abondant, dans le contenu intestinal.

La mort survient parfois plus rapidement encore, dans certains cas d'une manière foudroyante.

Les épizooties de typhose aviaire sont extrêmement meurtrières. En 191 9 il en existait des foyers sur toute l'étendue du territoire français. En général Tépizootie débute brusquement : en l'espace de trois à quatre semaines, la moitié, les trois quarts, parfois plus, des poules d'une ferme succombent ; puis la maladie prend un caractère sporadique, il ne meurt plus qu'un animal de temps à autre, et cela pendant des années ; la maladie cesse parfois de se manifester pendant quelques mois puis reparaît ; la mortalité annuelle jvarie de l\o à 70 0/0 de la population des poulaillers. Les adultes jeunes sont les plus sensibles, puis les vieux ; les poussins sont en général épargnés.

Les épizooties de typhose s'étendent rapidement sur de vastes territoires : certains départements étaient en totalité contaminés en 1919. La constitution d'un nouveau foyer débute par l'importation du germe morbide d'une région infestée, soit par Tintermédiaire d'un troupeau de moutons ou de bœufs, soit par des cavaliers (ce dernier mode de contamination a dû être souvent en cause durant la guerre, ce qui expliquerait l'extension de la maladie au cours des années 191 7 et 1918). La maladie sévit pendant quelques jours dans une ferme, passe aux fermes voisines et se répand ensuite rapidement dans les villages environnants.

La bactérie pathogène se conserve vivante et virulente pendant plusieurs mois dans les endroits ou a sévi la maladie : j'ai vérifié à plusieurs reprises qu'un poulailler isolé iiifecté, nettoyé et laissé inoccupé pendant six à huit mois renfermait encore des germes virulents car, repeuplé avec des poules provenant d'une région saine, la maladie se manifestait peu de jours après chez les nouveaux occupants.

La typhose aviaire étant une maladie peu connue en général, j'ai

TYPHOSE ÀVIA.IRE

cru utile d'entrer dans certains détails qui permettront de mieux comprendre les faits qui vont être exposés.

Rôle du bactériophage sur le cours de la maladie, — Vu la gravité exceptionnelle de la typhose aviaire, je n'ai eu l'occasion de suivre que quatre cas qui se sont terminés par la guérison ; dans tous, le tableau a été identique.

Le matin la poule reste au poulailler, « en boule )^, les plumes hérissées, elle présente la diarrhée caractéristique. L'aspect est en somme le même que celui des poules qui succomberont.

A ce moment l'examen des déjections donne comme résultats :

B. gallinarum : très abondant.

Bactériophage intestinal : Coli + (dans 2 cas) ou -| — f- (dans 2 cas). B. gallinarum o (dans les 4 cas).

Hémoculture (ensemencée avec quelques gouttes de sang prélevées aseptiquement par piqûre à la crête), positive dans les deux cas où elle a été effectuée.

Au cours de la journée l'état est semblable à celui des animaux qui succomberont, seulement cet état se prolonge, le lendemain matin la poule présente encore le même aspect. L'examen des déjections donne alors les résultats suivants :

B, gallinarum ^Té^tui dans 3 cas, absent dans i.

Virulence du bactériophage intestinal : Coli -| — | — |- (4 cas) ; pour fi. gallinarum : -f- (dans 3 cas), -| — | — \- (dans i cas).

Vers midi, dans un cas, dans le courant de l'après-midi dans les trois autres, je prélève quelques gouttes de sang : Thémoculture reste négative ; par contre, dans trois cas, je vérifie la présence dans le sang du Bactériophage actif pour B. gallinarum ; le sang qui est ultrastérile est précisément celui de la poule dont l'état est le meilleur à ce moment et qui ne présentait déjà plus de bacilles pathogènes dans l'intestin le matin. La présence du Bactériophage dans le sang est extrêmement fugace.

Le troisième jour au matin, l'aspect de l'animal est meilleur, il boit beaucoup, mange quelques graines, la diarrhée est moins abondante. L'examen des déjections donne :

B, gallinarum : absent dans les quatre cas.

Virulence du bactériophage intestinal : vis-à-vis du coli -|

(4 cas) ; de B, gallinarum -| — | — |- (dans 3 cas), -J — | — | — |- (dans I cas).

Hémoculture : négative, ni bacilles ni ultramicrobes.

l54 LE BACTÉRIOPHAGE

Le quatrième jour l'animal est à peu près normal.

Chez les quatre poules guéries, le Bactériophage intestinal est resté très longtemps actif vis-à-vis de B. gallinarum : après trois mois il présentait la même activité que lors de la guérison. L'une d'elles, qui a pu être examinée après cinq mois, le présentait encore aussi actif qu'au début. Nous verrons expérimentalement que cette persistance dépend uniquement du fait que le bacille pathogène, répandu- à profusion dans le milieu extérieur, est fréquemment ingéré par l'animal ce qui entretient la virulence du Bactériophage intestinal qui peut continuer à se cultiver à ses dépens.

J'ai examiné les déjections d'une centaine de poules mortes detyphose aviaire, dans aucun cas il n'existait de Bactériophage actif vis-à-vis de B, gallinarum ou de l'un des bacilles agents des paratyphoses. Le Bactériophage était pourtant présent, car il pouvait être décelé (91 fois sur 97 examens) par suite de son activité manifeste vis-à-vis de l'une ou de plusieurs des espèces du groupe Coli- Typhique-Dysentérique. On voit donc nettement que l'absence de défense n'est pas due à l'absence du Bactériophage, mais uniquement au fait que le Bactériophage intestinal reste passif par suite de l'absence d'acquisition de la virulence pour le bacille pathogène.

En résumé, comme dans la dysenterie et la typhoïde humaines, l'acquisition de la virulence par le Bactériophage intestinal vis-à-vis de la bactérie pathogène est la condition sine quâ non de la guérison.

Rôle du bactériophage sur le cours de l'épizootie. — L'épizootie de typhose aviaire m'a permis d'étudier le rôle du Bactériophage, non plus seulement dans la maladie, mais encore sur le cours de l'épizootie.

Constatons d'abord un fait touchant les régions indemnes de typhose; au cours des trois dernières années j'ai pratiqué 81 examens de déjections d'animaux de basses cours, tant en France qu'en Indochine, dans des régions ou aucune épizootie n'avait sévi sur les volailles depuis plusieurs années. J'ai isolé dans chacun de ces 81 échantillons un Bactériophage actif contre une ou plusieurs des bactéries du groupe Coli-Typhique-Dysentérique, mais dans aucun cas le Bactériophage n'a présenté d'activité décelable vis-à-vis de B. gallinarum.

La situation est tout autre dans les régions contaminées.

TTPHOSE AYIAIRE

Je donnerai d'abord comme exemple les observations faites dans une ferme située à Pougy-sur-Aube ou j'ai pu suivre la maladie de très près.

La maladie débuta en 19 17, en juillet ; 5i poules adultes sur 98 succombèrent en Tespace d'un mois, puis Tépizootie s'arrêta. Elle reprit en mai 19 18 sous une forme moins violente : 26 poules sur io4 succombèrent de mai à septembre, nouvel arrêt. En 1919, reprise au début d'avril; le 21 mai, 21 poules sur 80 étaient mortes ; c'est à ce moment que j'ai commencé les observations.

21 mai, je prélève les excréments de 3o des 69 survivantes. Un examen effe«;tHé ultérieurement au laboratoire donne comme résultat : 26 renferment un Bactériophage d'activité faible ou moyenne vis-à-vis de B. gallinarum (28 +; 3 -J — |-) ; absence dans 4-

22 mai. Deux poules contractent la maladie; les échantillons prélevés la veille ayant été numérotés, je constate lors de Texamen, l'absence du Bactériophage actif dans les déjections de ces deux animaux.

23 mai. Une des deux poules atteintes la veille, succombe.

24 mai. Une troisième poule, malade le matin, meurt la nuit suivante. Ses déjections prélevées le 22 ne contenaient pas de Bactériophage actif vis-à-vis de B. gallinarum.

Le matin du 24 la poule atteinte le 22 et qui a résisté, présente dans son contenu intestinal un Bactériophage d'une activité extrême (H — I — I — h) vis-à-vis du bacille pathogène.

26 mai. La quatrième poule, dont les déjections ne contenaient pas de Bactériophage actif vis-à-vis de B. gallinarum le 22, est atteinte à son tour, elle résiste; le 28 tous les symptômes ont disparu. Cette poule est d'ailleurs la dernière atteinte, la maladie disparaît brusquement; trois mois après aucun nouveau cas n'était survenu.

3o mai. Je prélève les déjections de 3o poules. L'examen donne le résultat suivant :

Activité vis-à-vis de B, gallinarum : chez 5 : -| — | — | — |- ; chez 21 -| — |— f-; chez 4 H — h-

Nous voyons donc : le 22 mai, chez 4 animaux sur 3o, le Bactériophage intestinal est dépourvu d'activité vis-à-vis du bacille pathogène. Ces quatre animaux contractent la maladie dans les quatre jours qui suivent.

Dans les 26 échantillons, prélevés le 22 et ayant donné un résultat positif, le Bactériophage présentait une activité relativement faible, 9 jours plus tard cette activité était beaucoup plus considérable

l56 LE BàCTÉRIOPHAGE

et à partir de ce moment l'épizootie cesse. Que s'est-il donc passé dans l'intervalle ? La poule malade le 22 et qui résiste, présente à partir du 24 dans ses déjections un Bactériophage doué d'une activité considérable vis-à-vis du bacille pathogène.

Second exemple du même fait. Ferme M... à Véricourt (Aube). Poulailler de 25 poules. L'épizootie débute pour la première fois en mai 1919. Le premier animal meurt le 18; le 19 je prélève au hasard 12 échantillons de déjections; 3 seulement renferment un Bac tériophage d'activité faible vis-à-vis défi, gallinarum, 12 poules contractent la maladie du 19 au 26, 11 succombent; Tune, atteinte le 23, présente le 26 un Bactériophage fortement actif (+++) pour B, gallinarum et guérit : à partir de ce moment l'épizootie cesse brusquement. Le 27 je prélève au hasard 12 échantillons de déjections, dans tous existe un Bactériophage virulent pour le bacille pathogène (I++++; 9 +++; 2 ++).

Voici un troisième exemple, se rapportant à une paratyphose (1). Le i5 octobre j'isole B. pfafji de deux échantillons de sang, prélevés sur des animaux morts dans un poulailler ou sévit depuis environ un mois une maladie présentant les caractères de la typhose.

De deux échantillons de déjections provenant d'animaux sains vivant dans le même poulailler j'isole, de l'un un Bactériophage doué d'une activité faible (+) pour B. pfafji^ de l'autre un Bactériophage inactif pour ce bacille. Vers la fin du mois, trois poules atteintes guérissent à deux où trois jours d'intervalle puis l'épizootie cesse. J'examine alors six échantillons de déjections, tous renferment un Bactériophage d'une virulence forte (-| — | — \-) vis-à-vis de B. pfaffi] vis-à-vis de B, {/allinarum quatre restent inactifs, -deux présentent une activité faible (+).

B. pfafji était bien en cause, car l'épizootie ayant repris trois mois plus tard, les 80 poules survivantes reçurent une injection sous-cutanée de o,5 cm' de culture du Bactériophage anti-pfaffi : l'épizootie cessa alors brusquement et définitivement à partir du moment de l'injection. On verra plus loin que cette cessation brusque est de règle à la suite de l'immunisation au moyen de cultures du Bactériophage.

Ces faits ne peuvent s'expliquer que d'une manière : une activité faible ou moyenne du Bactériophage intestinal vis-à-vis delabacté-

(i) Expérieoce réalisée avec le concours de M. Micheau, médecin-vétérinaire à Traîoel (Aube).

TYPHOSE AVIAIRE 167

rie pathogène suffit pour placer Tanimal à Tabri de la contagion : les bactéries pathogènes qui peuvent pénétrer dans Tintestin sont détruites avant tout début de pullulation. Il n'en n'est pas de même une fois la maladie déclarée etTorganisme envahi : l'animal ne guérit, ce qui est d'ailleurs rare dans la typhose, que grâce à une adaptation rapide du Bactériophage et à l'acquisition d'une virulence élevée qui lui permet d'effectuer une destruction intensive. Ce Bactériophage à virulence exaltée est répandu à profusion avec les déjections par l'animal convalescent et cela pendant plusieurs mois après sa guérison, comme nous l'avons vu plus haut ; ce Bactériophage est nécessairement ingéré par les autres animaux de la basse-cour qui se trouvent du fait a contaminés » par un Bactériophage extrêmement actif et mis par là complètement à l'abri de la maladie malgré la présence de la bactérie pathogène dans le milieu extérieur et son ingestion fréquente, ingestion qui a pour eftet de maintenir la virulence du Bactériophage.

Ces hypothèses ne sont pas une simple vue de l'esprit car l'interprétation que j'ai donnée des faits d'observation est confirmée par des expériences qui réalisent d'une manière schématique les conditions naturelles de l'épizootie. De plus on verra que le rôle de défense assigné au Bactériophage est confirmé par l'immunisation de plusieurs milliers d'animaux effectuée par l'administration de cultures du Bactériophage actif.

Avant de passer à l'exposition des expériences de contrôle, je ferai noter que, grâce à l'obligeance des vétérinaires de diverses régiofis envahies par la typhose, j'ai pu me procurer de nombreux échantillons de sang et de déjections de poules malades, mortes ou çuéries provenant de onze foyers différents disséminés sur toute la France, ce qui m'a permis de vérifier la généralité des faits que j'avais personnellement observés.

Expériences de contrôle. — Les expériences de contrôle ont été effectuées à Paris, c'est-à-dire en dehors de tout foyer épizootique.

Six poules, provenant d'une région indemne, sont mises en observation ; les déjections sont journellement examinées pendant 10 jours dans le but de s'assurer de l'absence totale du Bactériophage actif contre B. gallinanim,

La poule i reçoit alors, per os, i cm' d'une culture d'une souche de Bactériophage très actif vis-à-vis de B, gallinarum {-\ — | — | — f-).

l58 LE BACTÉRIOPilAGE

La poule 2 reçoit o,5 cm' de la même culture par injection souscutanée.

Le lendemain un examen des déjection de ces deux animaux montre la présence d'un Bactériophage très actif vis-à-vis de B. gallinarum : le Bactériophage passe donc dans Tinlestin, qu'il soit ingéré ou inoculé. Le même fait à d'ailleurs été vérifié sur l'homme et sur divers animaux.

La poule 1 reçoit ensuite journellement />^r 05, pendant 25 jours, 2 cm' d'une culture àeB. gallinarum en bouillon : le Bactériophage actif persiste dans son intestin avec sa virulence première (-| — | — 1--|-) et s'y maintient jusqu'à neuf jours après la dernière dose de culture du bacille pathogène.

Chez la poule 2, qui ne reçoit rien après l'inoculation de culture du Bactériophage actif, le Bactériophage intestinal cesse d'être virulent vis-à-vis du bacille en cause trois jours après l'injection. C'està-dire que chez la poule i, soumise à des réinfections, le Bactériophage intestinal reste actifcontre fi. ya////iar«m pendant trente-quatre jours, chez la poule 2, non infectée, pendant trois jours.

Il s'ensuit que le Bactériophage intestinal ne reste actif que s'il peut se développer dans l'intestin aux dépens de cette bactérie, mais dans ce cas il reste actif aussi longtemps que cette condition se trouve remplie. Inversement, la présence dans un intestin d'un Bactériophage doué de virulence vis-à-vis d'une bactérie donnée indique que cette bactérie s'est trouvée peu de temps auparavant dans l'intestin.

Au cours de l'expérience précédente, les poules 3 et 4 sont mises en contact avec la poule i ; elles boivent dans le même abreuvoir, mangent dans la même mangeoire, de plus on les change alternativement de cage de manière à réaliser une cohabitation analogue à celle du poulailler. Deux jours après le premier contact dans le cas de la poule 3, trois jours après pour la poule 4? je constate dans leurs déjections la présence d'un Bactériophage très virulent (-| — | — |-) vis-à-vis de B. gallinarum, A partir de ce moment elles reçoivent également chaque jour 2 cm* d'une culture en bouillon de B, gallinarum et cela pendant 2 1 jours, elles ne sont à aucun moment incommodées. Le Bactériophage intestinal reste actif vis-à-vis de cette bactérie pendant tout le temps que dure l'administration du bacille pathogène et sept jours ensuite pour la poule 4? dix jours pour la poule 3. Le Bactériophage intestinal ne cesse pas pour cela d'être présent, car, de même que pour les poules i et 2, il reste actif vis-

TYPHOSE AVIAIRE I ÔQ

à-vis de un ou de plusieurs des représentants du groupe Coli-Typhique-Dysentérique, seule la virulence vis-à-vis de B. gallinarum cesse de se manifester quand on cesse lïngestion de cultures de ce dernier bacille.

L'expérience réalisée sur les poules 3 et 4 montre nettement que l'ultramicrobe Bactériophage est contagieux au même titre que la bactérie pathogène elle-même, puisque ces poules se sont « contaminées » au contact de la poule i .

Les poules 5 et 6, qui n'ont pas été en contact avec les poules précédentes et que des examens répétés ont montré indemnes d'un Bactériophage actif pour B. gallinarum^ reçoivent chacune /)er os, sur du pain, une dose unique de 2 cm^ de culture en bouillon de B. gallinarum. Trois jours après le repas infestant, la diarrhée se déclare et elles succombent 2 et 3 jours plus tard, après avoir présenté tous les symptômes de la maladie naturelle. La nécropsie montre la présence des mêmes lésions. L'ensemencement du sang donne des cultures pures de la bactérie pathogène qui se trouve également en abondance dans le contenu de l'intestin.

Les poules i, 3, 4> qui ont résisté à des ingestions répétées de culture de B. gallinarum sans en ressentir le moindre trouble, étaient donc immunisées ; la première par suite de Tingestion du Bactériophage actif contre la bactérie pathogène, les deux autres parce qu'elles ont été « contaminées » par ce Bactériophage par simple cohabitation avec la première.

Un mois environ après la disparition chez les poules i, 2, 3, 4^ de la virulence du Bactériophage intestinal vis-à-vis de B. gallinarum, je donne à chacune, pendant 3 jours, 2 om^ d'une culture de ce bacille. Chez toutes, le Bactériophage intestinal manifeste de nouveau une virulence élevée vis-àrvis du bacille pathogène. Aucune ne manifeste le moindre trouble.

Dans toutes ces expériences les infestatiofls ont toujours été faites avec des cultures en bouillon de B. gallinarum ensemencées directement avec du sang de poules mortes de la maladie naturelle, ce qui est indispensable par suite de la baisse de virulence de cette bactérie maintenue en culture.

Chez les poules 5 et 6, l'ingestion de culture du bacille pathogène a déterminé une attaque mortelle de typhose, le Bactériophage intestinal ne manifestant à aucun moment d'activité vis-à-vis du bacille en cause; chez les poules 1,2, 3, 4? au contraire, l'ingestion de la même culture ne provoque aucun trouble et leur Bactériophage

l6o LE BAGTÉRIOPHAGE

intestinal, qui avait cessé depuis environ un mois de manifester son activité vis-à-vis du bacille, récupère rapidement son activité première ; il n'avait donc pas disparu de l'intestin, seul son activité ne se manifestait plus mais il la récupéré rapidement du moment ou il s'est trouvé de nouveau en contact dans l'intestin avec la bactérie pathogène.

Cette « virulence latente » doit se maintenir pendant un temps très long : je rappellerai à ce propos le fait cité d'une souche du Bactériophage possédant encore après trois ans et plus de mille passages in uitro, toujours aux dépens du Bacille dysentérique de Shïga, le pouvoir d'attaquer les Bacilles coli et typhique, pouvoir faible, mais susceptible de s'exalter rapidement par passages aux dépens de ces bacilles. C'est précisément ce que l'expérience nous montre se produire in uioo chez la poule.

Une poule peut-elle contracter la typhose malgré la présence dans son intestin d'un Bactériophage actif? C'est certain. Comme nous l'avons vu à maintes reprises, la bactérie est susceptible de résistance vis-à-vis de l'action du Bactériophage et cette résistance est l'un des facteurs de la virulence d'une bactérie. Nous avons : d'un côté la bactérie qui, lors de l'introduction dans l'organisme peut être douée d'une résistance à l'action du Bactériophage allant de zéro à l'état réfractaire absolu ; d'un autre côté le Bactériophage qui, au même moment, peut posséder une virulence allant de zéro à une activité extrême ; l'infection se déclare ou ne se déclare pas suivant que la somme algébrique virulence + résistance est en faveur de Tun ou de l'autre des deux germes en présence. Une fois la maladie déclarée, la virulence de l'un et la résistance de l'autre s'exaltent où s'atténuent suivant que les circonstances du moment et les aptitudes acquises antérieurement favorisent l'un ou l'autre des deux germes : le sort de l'être au sein duquel se déroule la lutte, dépend de son issue.

Conclusions. — Les observations effectuées dans la maladie naturelle et les expériences qui confirment les déductions que ces observations suggèrent, montrent que Tultramicrobe bactériophage existe toujours dans l'intestin de la poule, qu'elle soit saine ou malade, qu'elle vive en milieu indemne ou en milieu épizootique.

Vis-à-vis d'une bactérie déterminée, B. gallinarum en ce qui concerne la typhose aviaire, le Bactériophage intestinal peut être avirulent où virulent, et dans ce dernier cas sa virulence peut s'exer-

TYPHOSE A.VIA1RE l6l

cer suivant une gamme qui va de Taclivité à peine décelable à une activité extrême.

La virulence de Tultramicrobe bactériophage pour B, gallinarum ne s'observe qu'en milieu contaminé. L'absence de virulence est également de règle chez les animaux malades qui doivent succomber et chez ceux qui ont succombé.

En milieu contaminé les animaux qui abritent dans leur intestin un Bactériophage doué d'une virulence suffisamment élevée vis-à-vis de la bactérie pathogène, se trouvent par ce fait même à Tabri de la maladie, et le restent tant que cette virulence actuelle ou latente se maintient assez élevée pour assurer la destruction rapide des bactéries pathogènes ingérées.

L'ingestion de bacilles pathogènes à intervalles suffisamment fréquents constitue le facteur principal du maintien de la virulence pour un bacille donné. Parmi les facteurs qui contribuent à diminuer où à faire disparaître la virulence du Bactériophage vis-à-vis de la bactérie pathogène, il faut placer en première ligne Tintroduction dans l'organisme de bactéries douées de la résistance à l'action du Bactériophage ; nous avons nettement vu ce fait au cours de Tétude expérimentale du phénomène de la résistance des bactéries. Un autre facteur possible, influant sur l'activité du Bactériophage, c'est la réaction du milieu intestinal qui peut accidentellement varier suivant les conditions du moment : genre d'alimentation etc.. ; nous avons vu l'importance de la réaction du milieu sur la lyse in vitro.

Un Bactériophage qui a perdu sa virulence vis-à-vis de la bactérie pathogène faute de pouvoir l'exercer par suite de l'absence de cette bactérie, possède pourtant une virulence latente : placé de nouveau après un temps plus ou moins long en présence de la bactérie en cause, il peut récupérer la virulence première.

Le fait de la virulence habituelle du Bactériophage intestinal visà-vis de B, gallinarum dans les régions contaminées, indique la fréquence de l'ingestion de ces bacilles et partant l'extrême diffusion du bacille pathogène.

Dans les régions contaminées, l'animal chez qui le Bactériophage intestinal ne jouit pas d'activité vis-à-vis de B, gallinarum, contracte rapidement la maladie ; il résiste et guérit, ce qui est d'ailleurs l'exception, si le Bactériophage intestinal acquiert rapidement la virulence vis-à-vis du bacille pathogène ; il succombe dans le cas contraire.

Chez une poule qui gu'érit, le Bactériophage intestinal acquiert

une virulence considérable vis-à-vis de la bactérie pathogène et la conserve pendant un temps très long, en fait aussi longtemps que le milieu extérieur reste infecté, et cela par suite de la fréquente ingestion de bacilles pathogènes, ce qui permet la culture du Bactériophage aux dépens de ce bacille, d'où le maintien de la virulence. Cet animal répand avec ses déjections ce Bactériophage à virulence exaltée, les animaux qui cohabitent avec lui sont « contaminés » et par là-même se trouvent placés dans le même état de résistance que celui dont jouit Tanimal guéri ; la guérison d'un animal dans une basse-cour marque souvent la fin de Tépizootie, ou son arrêt pendant quelques mois.

L'étude d'une épizootie de typhose aviaire montre, en un mot,, que l'histoire de la contagion enregistre en dernière analyse l'histoire de la lutte entre deux agents, la bactérie pathogène et l'ultramicrobe Bactériophage ; que ce dernier est transmissible d'individu à individu : l'immunité est contagieuse au même titre que la maladie elle-même. Le début d'une épizootie est marqué par la diffusion de la bactérie, la fin par la diffusion du Bactériophage virulent pour cette bactérie. Nous allons retrouver les mêmes faits dans la septicémie hémorragique du buffle.

SEPTICÉMIE HÉMORRAGIQUE DU BUFFLE (BARBONE) (i)

Le Barbone. — Contrairement aux maladies précédentes, le barbone ne présente pas de symptômes intestinaux ; c'est le type de la septicémie hémorragique. La bactérie pathogène est une pasteurella ; les cultures en bouillon de bœuf gardent leur virulence pendant un temps considérable, au moins i8 mois : l'inoculation à un buffle ou à un bœuf de i/5.ooo de cm^ d'une telle culture virulente tue l'animal entre 36 et 4o h., avec tous les symptômes de la maladie naturelle; à la nécropsie on trouve des lésions identiques, la bactérie pathogène fourmille dans le sang et les organes (2).

(1) Les expériences concernant le barbone ont été effectuées avec la collaboration de G. Le Louet, chef du Service Vétérinaire de la Cochinchine.

(2) J'ai vérifié à deux reprises différentes, que le sang dilué ou une macération d'organes (foie et poumon) provenant de buffles morts de la maladie naturelle, filtrés sur bougie Chamberland L2, inoculés à hautes doses au Buffle ou au Bœuf, ne provoquent pas le plus léger malaise.

LE BÂRBOQ^Ë i63

Le Buffle est par excellence la bête de trait pour la culture des rizières : il remplace le Bœuf dans toute TAsie méridionale et les îles de la Sonde ; on l'utilise dans certaines régions de Tltalie, de l'Egypte, dç la Hongrie et dans les Balkans. Partout où réside le Buffle on trouve le barbone, la plus terrible, sans doute, de toutes les maladies contagieuses : les traités indiquent une mortalité de 70 0/0 à 95 0/0 ; j'ai assisté à une épizootie qui a sévi en juin 1920 dans la province de Bac Lieu (Cochinchine), sur les So.ooo buffles de la région, 10.000 succombèrent et je n'ai pas eu l'occasion d'observer un seul animal ayant guéri ; le fait se produit mais il est très rare et la mortalité, en Indochine, dépasse certainement 99 0/0 chez les animaux atteints.

La durée moyenne de l'évolution de la maladie est de 18 à 24 h., rarement 36 ; la mort survient parfois sans symptômes précurseurs : un animal attelé à une charrue s'arrête, reste quelques instants immobile, Tair hagard, puis tombe foudroyé.

Dans la forme ordinaire, que reproduit d'une manière parfaite la maladie expérimentale, Tanimal est triste, le regard fixe, la tête basse ; la température monte rapidement à 4i®5-42^o, la respiration, d'abord accélérée, devient râlante puis dyspnéique, les inspirations s'espacent de plus en plus ; l'animal présente du météorisme ; il se couche sur le sol en décubitus latéral complet, généralement peu de temps avant la mort, qui est précédée de crampes et parfois de quelques convulsions.

On observe souvent une tuméfaction qui apparaît généralement dans la région de la gorge et s'étend rapidement jusqu'à l'épaule; l'engorgement est produit par un exsudât gélatineux de couleur jaune siégeant dans le tissu conjonctif. Parfois la tuméfaction se développe dans une autre partie du corps, elle peut être absente. Cette tuméfaction, comme le montre la maladie expérimentale, marque la porte d'entrée de la bactérie pathogène ; l'infection se réalise principalement par les voies digestives et le virus pénètre le plus souvent par Parrière-gorge ; une tuméfaction sur une autre partie du corps, cuisse, ventre, croupe, indique au contraire une contamination par pénétration du virus au niveau d'une excoriation. L'examen du cadavre montre que l'absence de tuméfaction correspond à une contamination par voie stomacale ou intestinale.

Les races bovine et buffaline sont également sensibles, comme Ta d'ailleurs reconnu depuis longtemps Piot en Egypte. Les statistiques indochinoises indiquent, il est vrai, que la mortalité par barbone est

l64 LE BAGTSRIOPHÀGE

très faible pour le Bœuf, mais cela tient uniquement au fait que cet animal ne vit guère dans les régions où sévit le barbone, régions extrêmement humides qui conviennent admirablement au Buffle, animal semi-aquatique. Les rares bœufs qu'on trouve parfois dans de telles régions contractent d'ailleurs la maladie et succombent comme les buffles, après avoir présenté des symptômes identiques. L'influence des lieux bas et marécageux sur la contagion a été depuis un temps immémorial reconnu par les indigènes. Quand faire se peut, aussitôt qu'ils ont connaissance d'un cas de barbone dans le voisinage, ils s'empressent d'évacuer leurs animaux et de les conduire dans une région plus élevée. On sait d'ailleurs que les pasteurellas se conservent très longtemps virulentes dans la vase des marais et le limon des fleuves.

Rôle du bactériophage. — En Cochinchine le barbone sévit continuellement à Tétat sporadique, causant chaque année de nombreuses petites épizooties qui restent localisées à un village. Je citerai comme exemple une épizootie localisée que j'ai observée à Long Huu, village situé dans la province de Gocong.

Du 5 au i3 mai 1920, 17 buffles succombèrent : 5 mai, i mort; le 7, 3 ; le 8, 2 ; le 9, i ; le 10, 2 ; le 1 1, 4 ; le 12, 3 ; le i3, i ; puis Tépizootie cesse, on ne constate plus un seul cas au cours des six mois suivants.

J'ai prélevé un échantillon des déjections de quatre des animaux atteints, soit avant la mort, soit sur le cadavre, aucun ne contenait un Bactériophage actif contre la bactérie du barbone.

Le i3 mai, je prélève les échantillons suivants de déjections provenant d'animaux sains :

lO d'un buffle, dans une étable où 2 sont morts, l'un le 12, l'autre le jour même ;

2° de 3 buffles dans une étable où un est mort le 5 mai ;

30 de 2 buffles dans une étable où 2 sont morts, l'un le 8, l'autre le 1 1 ;

40 de 4 buffles dans une étable indemne ;

5^ de I buffle, vivant seul dans une étable située à 5 km. environ du village de Long Huu ;

6® de 8 buffles dans des villages environnants, éloignés de 1 1 à 19 km.

De tous les échantillons i, 2, 3, 4 j'isole un Bactériophage faible-

LE BARBONE l65

ment ou moyennement actif (-f- ou H — h) pour la ba|j|)^érie du barbone ; les échantillons 5 et 6 n'en renferment aucun.

Le 19 mai je prélève de nouveau des échantillons à Long- Huu :

I® du buffle qui a fourni Téchantillon i du i3 mai ;

2® de 2 buffles vivant dans une étable où 3 sont morts du 7 au T2 mai.

Ces échantillons donnent tous un Bactériophage moyennement virulent vis-à-vis de la bactérie du barbone (H — h).

Les animaux qui résistent présentent donc dans leur intestin un Bactériophage virulent pour la bactérie pathogène.

L'épizootie ne reste pas toujours localisée à un village, de temps à autre la maladie se propage rapidement de village à village et s'étend en quelques jours sur un vaste territoire. Il est rarement possible de déterminer le foyer primitif tant est grande la rapidité de diff*usion. La mortalité devient alors considérable, les pertes se chiffrent souvent par centaines de mille, comme le fait s'est produit à maintes reprises en Chine, dans les Indes anglaise et néerlandaise ; parfois même, comme cela a eu lieu à Java, la race buff^aline est pratiquement anéantie.

Dans la première quinzaine de juin 1920 l'épizootie se généralisa dans la province de Bac Lieu et certaines parties limitrophes des provinces voisines (Cochinchine occidentale).

J'ai eu l'occasion d'examiner le sang de r i animaux morts en des points disséminés sur toute l'étendue de la région envahie, dans tous les cas la bactérie du barbone s'y trouvait en quantité considérable (i).

L'épizootie s'éteignit dans la première quinzaine de juillet : elle avait duré un mois, tuant le tiers des animaux de la contrée.

La région de Thoi Binh fut particulièrement éprouvée, les pertes s'élevèrent à plus de 5o 0/0 des buffles présents dans les étables. Du 8 au i3 juillet, alors que l'épizootie cessait (le dernier buffle atteint mourut le 12), 20 prélèvements de déjections de buffles ayant

(i) Le diagnostic bactériologique est aisé, même si Ton n'a à sa disposition que du sang ou un fragment d'organe prélevé dans la brousse, sans aucune précaution, depuis quelques jours, ce qui est le cas habituel dans ces contrées. Il suffit d'effectuer un frottis «ur la peau rasée d'un lapin avec le produit suspect : l'animal meurt dans les 24 h. et la bactérie du barbone se trouve en culture pure dans le sang du cœur, d'où il est facile de l'isoler. C'est également le procédé de choix pour vérifier la présence de la bactérie dans les déjections ou dans la vase.

LE BÂGTEIUOPHAGE

résisté, sans„d'ailleurs avoir présenté à aucun moment le plus léger symptôme, furent effectués dans des fermes du village de Thoi Binli «t des hameaux voisins dans un rayon d'une quinzaine de kilomètres.

La recherche de la virulence du Bactériophage intestinal vis-à-vis de la bactérie du barbone, donna les résultats suivants :

Ferme

Mortalité

Dernier buffle mort le

Nombre

de buffles

ayant résisté

Virulence

du

bactériophage

Ngau I

Ngau 2

Ngau 3

De

Doi 1

Doi 2

Lanh

Tran

Thé

H. V. Chanh. . .

Hien

Dû

Sam

P. V. Chanh . . .

Cu

So

No

Phuc

Gia

Man

7 juillet

10 juin

28 juin

2 juillet A juillet II juillet 2 juillet

2 juillet 3o juin

2 juillet 6 juillet

3o juin

3 juillet

29 juin

30 juin

Le Bactériophage intestinal est donc doué de virulence pour la bactérie du barbone chez tous les buffles que la maladie a épargnés.

Au cours de divers voyages à travers l'Indochine, j'ai prélevé 4i échantillons de déjections de buffles, chaque échantillon prove-

LE BÀRBONE 167

nant d'un village différent et où aucun buffle n'était mort depuis au moins deux ans; dans trois seulement j'ai pu déceler la présence d'un Bactériophage présentant une activité, faible d'ailleurs (-h), vis-à-vis de la bactérie du barbone ; le Bactériophage intestinal était pourtant présent dans tous, mais s'il était virulent pour l'une ou l'autre des bactéries intestinales, sa virulence était nulle pour la bactérie du barbone.

Nous venons de voir au contraire, qu'en région contaminée, au moment où l'épizootie cesse, le Bactériophage intestinal de tous les buffles qui ont échappé à la maladie est doué de virulence pour la bactérie, agent de l'épizootie. Nous. retrouvons donc ici les mêmes faits que dans les maladies précédemment étudiées : la protection de l'organisme dans le cas du barbone, maladie septicémique, est assurée par le Bactériophage.

Le Bactériophage conserve très longtemps sa virulence pour la bactérie pathogène chez les buffles d'une région où a sévi la maladie, comme le montre l'exemple suivant.

En novembre 19 19, une épizootie localisée de barbone sévit sur les buffles du village de Phuoc Thien (province de Bien Hoa). Dans une exploitation contenant 21 buffles, 7 succombèrent (2 adultes et 5 bufflons de un à deux ans). La maladie cessa, au dire du propriétaire, après que deux animaux eurent guéri coup sur coup.

Le 17 avril suivant, c'est-à-dire cinq mois plus tard, je prélève des échantillons de déjections de 8 des survivants : tous contiennent un Bactériophage virulent (6 H — H? 2 +) vis-à-vis de la bactérie du barbone.

Je prélève également deux échantillons de boue dans un bourbier où les animaux ont coutume de rester enlisés jusqu'au cou pendant les heures les plus chaudes de la journée, des deux échantillons j'isole un Bactériophage virulent (H — h) pour la bactérie du barbone. La destruction des bactéries pathogènes dans le milieu extérieur doit souvent s'effectuer par le Bactériophage, car il est certain que si des bactéries du barbone avaient été introduites par un animal malade dans ce bourbier, le Bactériophage présent les aurait détruites. D'un autre côté ce fait nous montre un des modes de « contagion » du Bactériophage actif : un seul buffle dans Tintestin duquel le Bactériophage a acquis la virulence pour la bactérie pathogène suffit pour « contaminer » tout le troupeau qui fréquente le bourbier.

Les épizooties localisées sont de courte durée, malgré cela nous

l68 LE BAGTÉRIOPHAGE

voyons que la bactérie pathogène persiste pendant des mois dans le milieu extérieur et que son ingestion par les buffles est fréquente puisque la virulence du Bactériophage se conserve vis-à-vis de cette bactérie ; la permanence de l'ingestion d'une bactérie est, comme nous Tavons vu, une condition de la permanence de la virulence du Bactériophage vis-à-vis de cette bactérie. L'épizootie cesse, non pas par suite de l'absence de bactéries pathogènes, mais par suite de la présence du Bactériophage virulent dans l'intestin de tous les animaux exposés.

Toutes les observations sont donc semblables, qu'il s'agisse de la typhose aviaire ou du barbone du buffle, et j'ai pourtant recherché à dessein des épizooties de nature très différente pour avoir plus de certitude quant au rôle général du Bactériophage dans l'immunité.

On pourrait s'étonner au premier abord que le Bactériophage intestinal, dont le rôle se conçoit aisément dans le cas de maladies à manifestations intestinales, constitue une défense de l'organisme dans le cas de septicémies. En réalité, quelle que soit la maladie, la bactérie pathogène passe toujours dans l'intestin. Prenons le cas d'une maladie localisée, la méningite cérébro-spinale, par exemple : nous savons que le symptôme primaire est une rhino-pharyngite et que même les sujets sains qui ont été en contact avec un malade portent souvent. le germe spécifique dans l'arrière-gorge ; il est hors de doute que bon nombre des méningocoques présents dans le rhinopharynx sont régurgités et passent dans l'intestin. II est inutile d'insister, à part quelques rares exceptions sur lesquelles nous reviendrons, quelle que soit la maladie considérée, la porte d'entrée du virus est soit la voie buccale soit la voie respiratoire, dans l'un ou l'autre cas l'ingestion de germes est pour ainsi dire obligatoire ; la bactérie pathogène se trouve toujours à un moment donné en contact avec le Bactériophage intestinal qui est alors à même de s'accoutumer à la bactériophagie vis-à-vis de cette bactérie, d'acquérir en un mot la virulence. *

Dans le cas particulier du barbone, la bactérie pathogène se trouve abondamment disséminée dans le milieu extérieur en région contaminée. J'ai réussi, à deux reprises diff'érentes, à l'isoler en milieu épizootique de la boue d'un marais ou des buffles avaient coutume de s'enfouir : le fait est d'ailleurs naturel puisqu'on trouve la bactérie du barbone dans l'intestin des animaux malades ou qui ont succombé. L'ingestion de la bactérie pathogène est nécessairement fréquente par des animaux qui sont plongés pendant des heures entières

PESTE BUBONIQUE 169

dans une boue qui renferme cette bactérie. Si Tanimal qui Tingère présente une érosion sur un point quelconque des voies dig'estives^ il est susceptible de se contaminer ; sinon les bactéries passent dans l'intestin où elles se trouvent à portée des ultramicrobes bactériophages qui peuvent alors acquérir la virulence vis-à-vis de cette bactérie ; si le fait se produit, Tanimal se trouve désormais à Tabri de la contagion et sert de vecteur du Bactériophage. Un animal malade propage la maladie, un animal en état de résistance active propage l'immunité.

PESTE BUBONIQUE

Faute de circonstances favorables, je n'ai pas pu suivre l'évolution du Bactériophage intestinal chez THomme atteint de peste ; les quelques cas que j'ai pu suivre ont tous été mortels, à aucun moment le Bactériophage intestinal n'a montré la moindre virulence vis-à-vis du Bacille pesteux, son activité est restée limitée au B. coll.

J'ai pu me procurer des échantillons de déjections de deux individus convalescents, prélevés six et onze jours après le début de la convalescence, suivant le médecin traitant. J'ai isolé, dans le premier cas, un Bactériophage doué d'une virulence moyenne {-\ — [-), dans le second d'une virulence faible (+), vis-à-vis du Bacille pesteux. J'ai pu exalter, in vitro, la virulence du premier et le conserver en culture.

D'un autre côté j'ai recherché la présence d'un Bactériophage actif contre ce bacille dans les déjections de vingt-deux indigènes vivants dans des régions indemnes de peste, dans aucun cas je n'ai pu en isoler. D'ailleurs, vu le mode particulier de contaminaition dans la peste bubonique, l'étude de la propagation chez l'homme n'offre qu'un intérêt secondaire, au point de vue des recherches épidëmiologiques. Nous savons qu'une épidémie de peste n'est que la conséquence d'une épizootie murine ; ce qui est intéressant à étudier, c'est donc l'épizootie, cause première de l'épidémie. Pour arriver à un résultat il faut toujours suivre Tordre naturel des choses : au point de vue humain l'épidémie est évidemment le fait important, au point de vue naturel, ce n'est qu'un incident secondaire.

170 LE BÀGTERIOPHAGE

mais si nous pouvions supprimer Tépizootie, l'épidémie cesserait d'elle-même.

De ce que nous connaissons actuellement sur Tépidémiologie de la peste, il résulte que tous les rats, vivants dans une ville où ont eu lieu quelque temps auparavant des cas de peste humaine, sont des animaux qui ont résisté à la contagion, soit qu'ils aient été atteints et qu'ils aient guéri, soit qu'ils soient restés indemnes. J'ai donc recherché la présence de la virulence du Bactériophage intestinal du rat vis-à-vis du Bacille de la peste.

i^ 2 1 échantillons d'excréments de rats provenant de villages indochinois exempts de peste, n'ont donné aucun résultat : le Bactériophage intestinal s'y trouvait, actif contre l'une ou l'autre des bactéries intestinales, mais ne possédait aucune virulence vis-à-vis du Bacille pesteux.

2® Une petite épidémie de peste (ri cas mortels), eut lieu dans la ville de Bac Lieu, à l'orient de la Cochinchine, dans le courant de juillet 1920. Le 6 novembre suivant je fais prélever dans cette ville quatre échantillons d'excréments de rats, chaque échantillon étant composé de quelques douzaines de crottes provenant certainement de plusieurs individus. La recherche de la virulence du Bactériophage intestinal vis-à-vis du Bacille pesteux donna les résultats suivants :

Prélèvement dans un grenier à paddy -\ — \-

— sur le quai d'embarquement -| — | — \-

— dans une décortiquerie -\ — | — \-

— dans une maison indigène

Les rats ayant survécu à l'épizootie abritaient donc dans leur intestin un Bactériophage doué d'une grande virulence pour le Bacille pesteux.

La peste sévit à l'état sporadique dans la région de Phantiet, Annam méridional, depuis une vingtaine d'années. Je fis prélever des échantillons d'excréments de rats dans les villages contaminés, chaque échantillon étant formé par la réunion de crottes provenant de divers animaux. Voici le résultat de la recherche de la virulence du Bactériophage intestinal contenu dans ces excréments vis-à-vis -du Bacille pesteux.

Village de Thien Duc

— Hung Long -f

— Duc Hang -| — | — |-

PESTE BUBONIQUE T7I

Village de Duc Thang -| — [-

— Tri Long ++

— Phu Tay

— Cu Long +

Les résultats sont donc identiques à ceux de Bac Lieu, quoique la virulence semble être moins élevée, ce qui n'a d'ailleurs qu'une importance relative dans le cas présent ; chaque échantillon étant composé d'excréments provenant de plusieurs rats, les résultats indiqués ne représentent qu'une moyenne.

Le Bactériophage est-il présent chez tous les rats dans une région contaminée, ou seulement chez un certain nombre? J'ai prélevé à Phantiet les excréments de six jeunes rats, d'après leur taille âgés de trois ou quatre semaines, et j'en ai fait l'examen : quatre contenaient un Bactériophage doué de virulence pour le Bacille pesteux (-[-), deux ne le contenaient pas. Ces derniers animaux étaient donc susceptibles de contracter la peste.

On peut conclure des résultats ci-dessus quç, de même que pour la typhose aviaire et le barbone, la cause de la résistance vis-à-vis du Bacille pesteux est due à la présence dans l'organisme d'un Bactériophage doué de virulence pour ce bacille.

Comment l'accoutumance du Bactériophage intestinal peut-elle s'effectuer dans le cas du Bacille pesteux? On a signalé à diverses reprises la présence de ce bacille dans l'intestin des pesteux, ils sont donc susceptibles de se répandre dans le milieu extérieur et d'être ingérés ; les cadavres des rats morts constituent une autre cause de dissémination : ces cadavres sont souvent dévorés par les rats survivants ce qui contribue, chez ceux qui résistent, à entretenir la virulence du Bactériophage intestinal vis-à-vis delà bactérie pathogène. D'autre part les observations et les expériences directes nous ont montré que le Bactériophage ne possède la virulence actuelle vis-à-vis d'une bactérie que si les ingestions de cette bactérie sont fréquentes, la permanence de la virulence du Bactériophage intestinal du rat vis-à-vis du Bacille pesteux indique la persistance de ce bacille dans le milieu extérieur, plusieurs mois après que le dernier cas humain a eu lieu. D'ailleurs, la reviviscence de l'épidémie chaque année dans certaines localités, Bac Lieu par exemple, montre bien qu'il ne peut en être autrement (i).

(i) La constatation de la présence chez les rais d'une agglomération d*un

1^2 LE BAGTEAIOPHàGE

FLACHERIE

Les quelques recherches effectuées n'avaient d'autre but que de vérifier si chez les invertébrés la défense de Torganisme était ég-alement assurée par le Bactériophage.

Dans un élevage en Cochinchine, un certain nombre de vers à soie succombaient par suite d'une maladie présentant tous les caractères de la flacherie. L'examen des déjections des malades, ainsi que des cadavres, montrait la présence d'un coccobacille, gram négatif, qui n'existait pas dans les déjections des vers sains. L'ingestion, sur des feuilles de mûrier de culture de ce coccobacille, reproduisait la maladie (ii vers sur 12 succombèrent de 6 à 11 jours après le repas infestant).

J'ai préparé trois filtrats avec les déjections de vers sains vivants dans les corbeilles 011 se trouvaient des vers flats : ces trois filtrats contenaient un Bactériophage doué d'une virulence moyenne ou forte (-| — [-, -| — I — f-, -| — I — [-) vis-à-vis du coccobacille. D'autre part deux filtrats préparés, l'un avec le contenu intestinal de vers malades, l'autre avec le contenu intestinal de vers morts flats, ne renfermaient pas de Bactériophage actif vis-à-vis de cette bactérie.

Je n'ai pas poussé plus loin ces recherches, le but que je m'étais fixé était atteint : elles suffisent poup montrer que les mêmes faits observés dans les maladies infectieuses des mammifères se retrouvent dans une maladie d'un invertébré. Il semble donc logique de considérer que la défense de l'organisme par le Bactériophage doit constituer* un fait général dans toute la série animale.

Bactériophage actif vis-à-vis du Bacille pesteux pourrait dans certains cas être utile car elle indique la présence de ce bacille dans le milieu extérieur et la possibilité d'une reprise de l'épidémie. Cette constatation peut encore être utile pour l'établissement d'un diagnostic rétrospectif inexistant ou douteux : supposons que quelques morts suspectes soient survenues dans une agglomération un certain temps auparavant, la présence chez les rats d'un Bactériophage doué de virulence pour le Bacille pesteux lève tous les doutes, il s'agissait de peste. Le cas suivant peut encore se présenter : on a signalé quelque temps auparavant une mortalité murine, s'agissait-il d'une épizootie pesteuse? La réponse peut être donnée par la constatation de la virulence du Bactériophage du rat vis-à-vis du bacille spécifique.

Bornons-nous pour Tinstant aux conclusions suivantes.

Quelle que soit la maladie considérée, le tableau reste le même : une bactérie pathogène s'introduit dans un organisme, deux cas peuvent tout d'abord se présenter :

\^ Le Bactériophage intestinal manifeste de suite son activité visà-vis de la bactérie, celle-ci est détruite avant tout développement, la maladie ne se déclare pas ;

2^ Le Bactériophage intestinal reste inactif, la bactérie se développe, la maladie se déclare.

La lutte peut se produire au cours de la maladie : le Bactériophage au contact de la bactérie pathogène acquiert la virulence, la bactérie de son côté est susceptible d'acquérir la résistance, et les péripéties de cette lutte sont fidèlement enregistrées par Tétat du malade. La convalescence commence du moment où la virulence du Bactériophage est suffisante pour lui permettre de prendre définitivement le dessus.

L'issue de la maladie est fatale si le Bactériophage est inactif par suite de circonstances intestinales défavorables ou si la bactérie parvient à acquérir Tétat réfractaire. Ce dernier cas paraît être de beaucoup le moins fréquent, du moins en ce qui concerne les maladies étudiées.

Dans l'épidémie nous retrouvons la reproduction en grand dans une communauté d'individus, de la lutte entre l'ultramicrobe et une bactérie.

L'ultramicrobe bactériophage est transmissible d'individus à individus, tout comme la bactérie elle-même. L'histoire de l'épidémie est en dernière analyse l'histoire de la contagion des deux microorganismes : l'épidémie cesse du moment où tous les individus sensibles abritent dans leur organisme un Bactériophage actif contre la bactérie agent de l'épidémie considérée, soit que le Bactériophage ait acquis la virulence dans l'organisme même de l'individu qui Tabrite, soit que cet individu ait été « contaminé » par un Bactériophage ayant acquis la virulence dans l'organisme d'un autre individu.

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