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L'action antiseptique de l'eau de ces fleuves était habituelle, mais non pas constante. C'est à cette action antiseptique que Hankin attribue le fait qu'on n'a jamais pu incriminer l'ingestion de l'eau de l'un de ces fleuves comme étant l'origine d'un cas de choléra. Jamais non plus ces fleuves n'ont été les vecteurs d^épidémies, la propagation se faisant toujours d'aval en amont.
(i) L'action bactéricide des eaux de la Jumna et du Gang^ sur le vibrion du choléra, Ann. Inst. Pasteur, t. X, no 9.
Hankin constate que le principe antiseptique est détruit par y FébuUition et croit pouvoir affirmer qu'il s'agit d'une substance '^ volatile.
Il ne me paraît pas douteux que cette action antiseptique devait en réalité être le fait du Bactériophage, ce qui serait facile à vérifier pour un bactériologue de l'Inde.
Le second Mémoire est de Twort (i) ; il a pour titre : « Etude sur la nature des virus ultramicroscopiques ». Au cours d'expériences sur le virus filtrant de la vaccine, l'auteur a obtenu, sur certains tubes de gélose inclinée ensemencés avec de la pulpe vaccinale glycérinée, une cu^^ure d'un microcoque dont certaines colonies prenaient un aspect vitreux et transparent, le microcoque étant remplacé par de fins granules. D'autres fois il obtenait une culturç en nappe présentant des taches, constituées par la même matière vitreuse, qui envahissaient peu à peu toute la culture; le microcoque étant partout transformé en granules. Une culture pure du microcoque, touchée en un point avec un fil de platine préalablement mis en contact avec la matière vitreuse, donnait naissance à une tache de même nature qui s'étendait peu à peu sur toute la surface. L'action était faible sur des cultures préalablement tuées. La substance, d'aspect vitreux, diluée, passait à travers un filtre de porcelaine, car une goutte du filtrat transformait une culture saine en une culture d'aspect vitreux : l'action commençait à se manifester en des points et gagnait rapidement toute la surface ; pourtant, si un point de la culture saine n'avait pas été en contact avec le filtrat, la culture saine reprenait le dessus et recouvrait la couche d'aspect vitreux, sans pourtant la détruire. La matière transparente d'aspect vitreux se conservait active pendant au moins six mois, elle résistait à la température de 62®, mais était détruite à 60®. Twort a obtenu des résultats semblables avec un bacille du groupe co//, isolé de la muqueuse intestinale d'un chien atteint de la maladie des jeunes Chiens, et avec un gros bacille, n'appartenant pas au groupe du B. coli^ isolé du contenu intestinal d'un enfant atteint de diarrhée infantile. Dans tous les cas il s'agit de la transformation de cultures normales en une matière transparente d'aspect vitreux.
L'auteur passe ensuite en revue les différentes hypothèses qu'il considère comme possibles touchant la cause de la transforma-
(i) An investigation on the nature of the ultraraicroscopic viruses. The Lancet, 4 déc. 191 5.
tion des cultures. La substance d'aspect vitreux, dit-il, contient certainement une enzyme qui est détruite à 60^ ; d'un autre côté cette substance est susceptible de croître indéfiniment puisqu'elle est indéfiniment repiquable sur une culture du microcoque. S'agit-il d\ine enzyme cultivable ? D'un protoplasma vivant sans forme définie ? S'açit-il d'une forme ancestrale du microcoque qui ne se peut cultiver sous cette forme, mais qui incite le microcoque normal à prendre cette forme de régression? Ou bien d'une enzyme sécrétée par le microcoque lui-même qui produit ainsi* sa propre destruction, avec formation d'une nouvelle quantité d'enzyme destructive? La substance d'aspect vitreux est-elle enfin constituée par un virus fil- ! trant qui serait lui-même le virus de la vaccine ou encore un virus filtrant non pathogène, ce dernier pouvant provenir de l'air et venir contaminer les cultures du microcoque en traversant la bourre de coton fermant le tube ? Tw^ort ne choisit pas entre les diverses hypothèses qu'il formule, il lui semble pourtant probable que la substance vitreuse est produite par le microcoque lui-même. Il indique de plus qu'il n'a aucune idée au sujet du rapport qui peut exister entre le bacille ou le microcoque, la matière vitreuse et la maladie.
Le Bactériophage est-il en cause dans le phénomène, par ailleurs très intéressant, décrit par Tw^ort? C'est possible, mais peu vraisemblable, étant donné les différences qui existent entre les deux phénomènes. Ce à quoi les faits décrits par Tw^ort se rapprocheraient le plus, seraient ceux qui ont rapport aux cultures secondaires, avec toutefois de très grandes différences. Comme nous le verrons, dans les cultures secondaires, si les bactéries résistantes sont tuées à 60®, le Bactériophage qui provoque la lyse n'est détruit qu'à 65®. Ce dernier fait seul suffirait à montrer que le Bactériophage ne doit pas être en cause dans le phénomène décrit par Tw^ort et dans lequel, comme il le croit, il est possible que le principe actif soit de nature diastasique, étant donné la température de destruction de son élément actif : nous sommes encore loin de connaître tous les faits qui sont liés à la « pathogénie » des bactéries.
Quoi qu'il en soit, Tintensité d'action du Bactériophage est parfois tellement brutaje que bien des bactériologues ont dû se trouver au
cours de leurs recherches, en présence de phénomènes provoqués par lui et qui sont restés pour eux incompréhensibles. On m'a rapporté, par exemple, qu'on avait constaté à plusieurs reprises dans le laboratoire de Haffkine que des cultures de bacilles pesteux en bouillon se clarifiaient, le milieu devenant parfaitement limpide, en l'espace
de quelques heures. Ne sachant à quoi attribuer ce curieux phénomène, on parlait de cultures « qui se suicidaient ». Le Bactériophage était certainement en cause.
Voici un autre fait du même ordre. Eliava ayant été chargé d'examiner l'eau de la rivière Koura, qui passe à Tiflis, constata le phénomène suivant : il additionnait l'eau suspecte d'une solution de peptone ; après quelques heures d'incubation, un échantillon prélevé près de la surface montrait au microscope de très nombreux vibrions de forme normale ; un réensemencement sur gélose lui donnait après incubation un léger dépoli et le microscope montrait également qu'il s'agissait d'une culture de vibrions. Une douzaine d'heures plus tard, tant en eau peptonée que sur gélose, toute trace de vibrions avait disparu. L'expérience répétée de nombreuses fois lui donna toujours le même résultat; il lui fut impossible d'obtenir en culture le Vibrion qui commençait à se développer, mais qui disparaissait peu d'heures après. Le phénomène resta pour lui inexplicable jusqu'au jour où il eut connaissance des Communications touchant le Bactëriophage.
En somme, il est certain qu'un grand nombre de bactériologues ont accidentellement constaté qu'un phénomène étrange se produisait parfois dans une culture en milieu liquide ou solide, seulement, aucun n'a eu l'intuition qu'il se trouvait en présence d'un phénomène important, et n'en a par conséquent poursuivi l'étude.