‹ Le bactériophage; son rôle dans l'immunitéChapitre 75 sur 78 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

L'IMMUNISATION PAR LE BACTÉRIOPHAGE

Immunisation contre la typhose avîaire. Immunisation contre le barbone.

Immunisation contre la dysenterie. Conclusion.

La seule preuve scientifiquement acceptable d'une théorie de l'Immunité ne peut être fournie que par la reproduction de cette immunité chez l'animal naturellement sensible^ et cela en plaçant expérimentalement cet animal dans l'état auquel on attribue l'immunité.

Une souche du Bactériophage active pour une bactérie donnée peut s'isoler et se multiplier indéfiniment in vitro aux dépens de cette bactérie en conservant toute sa virulence, on peut en obtenir des cultures en quantité aussi grande qu'on le désire.

Si la théorie de l'Immunité par le Bactériophage que nous avons déduit des recherches effectuées sur le malade est exacte, nous devons pouvoir reproduire à volonté chez le malade tous les phénomènes qui conduisent à la guérison pourvu qu'il n'existe pas, au moment de l'intervention, des lésions organiques incompatibles avec la vie. Nous devons pouvoir également placer l'individu exposé à la contagion dans le même état réfractaire dont jouit l'individu qui a traversé indemne toute la période épidémique.

C'est à dessein que je me suis attaché jusiqu'ici à étudier le rôle du Bactériophage surtout dans les maladies anima V^^ qui, seules, permettent la vérification expérimentale.

Les expériences d'immunisation au moyen des cultures du Bactériophage ont été effectuées de de :x manières différentes :

en milieu épizootique sur la typhose aviairc, ii s'agit donc d une immunisation vis-à-vis de la contamination iialurelle,

l88 LE BACTERIOPHAOE

en milieu non épizootique, avec épreuve expérimentale, dans le barbone. Ces dernières expériences m'ont permis de déterminer les conditions très particulières de Timmunisation par le Bactériophage.

IMMUNISATION CONTRE LA TYPHOSE. AVIAIRE

. Je ne reviendrai pas sur les expériences d^immunisation effectuées au laboratoire qui ont été exposées dans le chapitre traitant des phénomènes observés au cours des épizooties de typhose.

Les expériences d'immunisation en milieu épizootique présentent, dans le cas de la typhose aviaire, une difficulté spéciale, ou plutôt une complication. J'ai indiqué qu'à côté de la typhose type à B. gallinaruniy il existait plusieurs espèces de paratyphoses, chacune causée par une espèce bactérienne spéciale. Je n'insisterai pas sur les différences que présentent ces espèces au point de vue des réactions biochimiques et agglutinatives qui les caractérisent, ces différences n'offrant»au point de vue étudié ici aucun intérêt. En ce qui concerne l'action du Bactériophage sur chacune d'elles, une souche du Bactériophage douée d'une virulence extrême (-f-H — | — h) vis-à-vis de B. gallinarum^ est douée de la même activité vis-à-vis de toutes les souches françaises ou américaines ainsi que vis-à-vis de B, jejfersoniiy Taction est moins énergique pour B. pullorum A et encore moindre pour B. pullorum By elle est nulle pour B. pfaffi et B, rettegerei. On a donc avec une telle souche du Bactériophage :

B, gallinarum -\ — | — | — f- ; B. jeffersonii -\ — | — | — |- ; B, pullorum A -\ — f-; B, pullorum B -\- ; B. pfaffi o ; B, rettegerei o.

Inversement une souche du Bactériophage provenant de poules résistant à la paratyphose à B, pfaffi (foyer de Trainel, Aube), possède les virulences suivantes :

B. gallinarum o ; B. jeffersonii o ; B, pullorum A o ; B. pul' lorum B -\- ; B. pfaffi -\ — | — | — f- ; B, rettegerei o.

Les expériences d'immunisation se compliquent donc singulièrement, d'autant plus qu'on observe l'existence de la typhose et de paratyphoses dans les mêmes foyers (ce qui se produit également pour la typhoïde humaine).

En pratique courante la solution serait aisée, il suffirait d'immu-

IMMUNISATION CONTRE LA TYPHOSE 189

niser les volailles avec un mélange de cultures des diverses souches du Bactériophage actives contre les divers bacilles pathogènes, agents de la typhose et des paratyphoses ; pour des recherches préliminaires la chose n'était pas possible, la relation entre ces diverses maladies n'ayant pas encore été reconnue quand j'ai commencé ces recherches. Les divers bacilles, agents des paratyphoses avaient été étudiés aux États-Unis mais on n'avait pas déterminé leur présence simultanée dans les foyers de typhoseet,encequi concerne B. pfafji découvert par Pfaff dans une épizootie sévissant sur les canaris à Vienne, il n'avait jamais été incriminé comme susceptible de provoquer une maladie des gallinacés : je ne suis parvenu à dégager ces faits que peu à peu au cours des recherches.

Les cultures du Bactériophage employées dans les expériences d'immunisation ont été préparées de la manière suivante : une culture de B, galUnarum en bouillon Martin âgée de neuf à dix heures, c'est-à-dire très jeune mais présentant déjà un trouble accusé, est inoculée avec un Bactériophage, isolé des déjections d'une poule guérie, doué d'une haute virulence pour le bacille pathogène. Après douze heures environ, la lyse des bactéries complètement terminée et le bouillon de culture redevenu parfaitement limpide, la culture est filtrée sur bougie (i) puis répartie en ampoules qui sont scellées.

La dose employée pour l'immunisation a été dans tous les cas de 0,5 cm' par voie sous-cutanée. Le lieu de l'injection est indifférent car on n'observe jamais la moindre réaction locale ou générale.

Expérience I. — Expériences réalisées en 19 19 et 1920 dans les environs d'Agen avec la collaboration de M. le médecin- vétérinaire Lambert.

Poulailler /. — Début de l'épizootie en août 1919. Le 2 octobre, II poules sur 160 ont succombé. Les [\o survivantes, dont 5 déjà atteintes, sont inoculées avec la culture de Bactériophage. Les 5 poules malades guérissent, l'épizootie cesse brusquement et définitivement à partir du jour même de l'immunisation.

Poulailler 2. — Début de l'épizootie vers le 20 août. Le 6 octobre, 120 poules sur 200 ont succombé. Les 80 survivantes, dont 7

(i) Nous avoos vu que quelle que soit la virulence du Bactériophage inoculé, on est toujours exposé à voir se produire une culture secondaire dans un certain nombre de tubes, la filtration est donc indispensable .

190 LE BACTEfUOPHAGE

déjà malades, reçoivent Tinjection de Bactério'phage anti-gallinja-rum. Les 7 malades guérissent, l'épizootie cesse brusquement et définitivement.

Poulailler 3, — Début de l'épizootie le 10 octobre. Le t5 octobre, 2f poules ont succombé, les ï3o survivantes, dont 8 déjà atteintes, sont inoculées. Les 8 malades guérissent, l'épizootie cesse définitivement à partir de ce jour.

Poulailler i, — Début de l'épizootie vers le i5 novembre. Le i®"^ décembre, 26 poules sur 5i sont mortes; les 25 survivantes, parmi lesquelles 4 sont atteintes, sont inoculées. Une des malades succombe, les 3 autres guérissent. La mortalité cesse à partir du moment de Tinoculation.

Poulailler 5. — Début de Tépizootie vers le 25 novembre. Le I*' décembre 7 poules sur 60 ont succombé ; les 53 survivantes sont inoculées, dont 4 malades. Les malades guérissent, aucun cas ne se produit à partir de ce moment.

Poulailler 6. — Début de l'épizootie le 16 décembre. Le 28 décembre 4o poules sur 142 ont succombé ; les 102 survivantes, dont 3 sont atteintes, sont inoculées. Les malades guérissent, l'épizootie cesse brusquement.

Poulailler 7. — Début de l'épizootie le 2 janvier. Le i4, r5 sur 5o ont succombé; les 35 survivantes sont inoculées. Aucun nouveau cas ne se produit à partir de ce moment.

Poulailler 8. —7 Début de l'épizootie vers le i5 janvier, mortalité journalière : 4 à 6 poules. Le 21 janvier les 121 survivantes sont inoculées, dont 5 malades. Les malades guérissent, l'épizootie cesse brusquement.

Poulailler g, — Début de l'épizootie vers le 10 février. Le 20, i4 poules sur 84 ont succombé ; les 70 survivantes sont inoculées. L'épizootie cesse brusquement.

Poulailler 10. — Début de l'épizootie vers le 25 février. Le i®"* mars 20 poules ont succombé ; les 1-20 survivantes dont 5 malades, sont inoculées. Les 5 malades guérissent, l'épizootie cesse brusquement.

Poulailler 11. — Début de l'épizootie le 4 février ; du 4 ^u 10, 10 poules succombent. Le 10 février les 48 survivantes sont inoculées à l'aileron avec o,5 cm* de culture du Bactériophage ajiti-gaili'

IMMUNISATION CONTRE LA TYPHOSE IQI

narum, comme toutes les poules des dix expériences précédentes.

L'épizootie continue son cours, 5 poules meurent du lo au 17.

Le 1 7 février les 43 poules qui restent sont inoculées avec o, 5 cm' d un mélange de quatre souches du Bactériophage respectivement actives contre fi. gallinarum^ B, pullorum^ A et B et B, pfoffi, L'épizootie cesse brusquement à partir du moment même de cette seconde vaccination.

Poulailler 12^ voisin du précédent. Les mêmes faits se reproduisent : une première inoculation, effectuée le 9 février sur 80 poules avec une culture de Bactériophage actif pour B, ffallinarum, reste sans effet. L'épizootie cesse brusquement après une inoculation de Bactériophage actif pour les bacilles agents des paratyphoses, effectuée le 17 février.

L'examen du sang d'une poule morte dans le poulailler n^ 12 permit l'isolement d'un Bacille type B. pfaffi : il s'agissait donc pour les poulaillers 11 et 12 d'une épizootie de paratyphose.

Je ne reviendrai pas sur le cas de l'épizootie de paratyphose de Trainel, également à B, pfoffi^ enrayée par l'inoculation de culture de Bactériophage ^jiXi-pfafJî ; dont j'ai parlé dans le chapitre relatif à la typhose.

Expérience il. — Réalisée à PouUy en Auxois, avec la collaboration des médecins vétérinaires Voillot et Bouhier.

Poulailler / . — Le 5 janvier, 20 poules sont prises au hasard dans un poulailler renfermant une centaine d'animaux où vient de se déclarer la typhose, ces 20 poules sont immunisées avec une culture du Bactériophage anii- ffallinarum.

Le 7 février, les 20 poules immunisées sont toutes vivantes et en parfait état, l'épizootie a continué à sévir sur les poules non immunisées dont il ne reste plus qu'une vingtaine.

Poulailler 2, — Le 28 février les poules survivantes d un poulailler renfermant alors 102 animaux sont immunisées. L'épizootie qui avait débuté une dizaine de jours auparavant, avec une mortalité journalière de 4 à 5 poules,^ cesse brusquement et définitivement à partir du moment même de l'immunisation. L'épizootie continuait par contre à sévir avec la mèmt intensité que précédemment dans tous les poulaillers voisins gardés comme témoins.

ExFfiaiENCE IIL — Réalisée à Provins avec la collaboration de

M. le médecin vétérinaire Sorrïau, dans un poulailler important où la typhose sévit à l'état enzootique depuis plusieurs mois avec une mortalité journalière de 2 à 3 animaux. Le 26 janvier les 225 survivantes sont immunisées. L^épizootie cesse brusquement et définitivement à partir du moment même de l'immunisation.

Expérience IV. — Réalisée à Rouillac, Charente, avec la collaboration de M. le médecin vétérinaire Chollet. Le i5 décembre, 100 poules sont immunisées dans un poulailler où la typhose a fait son apparition une dizaine de jours auparavant, avec une mortalité journalière de 4 à 6 animaux. Arrêt brusque et définitif de Tépizootie à partir du moment de l'immunisation. La typhose continuait à sévir dans toutes les exploitations voisines. Parmi les 100 poules inoculées, une douzaine étaient déjà atteintes, 2 seulement succombèrent 2 à 3 h. après Tinjection.

Expérience V. — Réalisée à Carcassonne avec la collaboration de M. le D"* Ormières. Début de Tépizootie dans le coufant du mois d'août. Le i®' octobre^ 80 poules ont succombé, les 120 survivantes sont immunisées. Arrêt brusque de Tépizootic à partir de ce jour même.

Expérience VL — Réalisée avec la collaboration de M. le vétérinaire départemental Mesnard à Angoulême. Les poules ont été dans ces expériences immunisées par l'ingestion, sur du pain, de I cm' environ de culture du Bactériophage anxi^ ffallinarum,

1° Le 2 juillet les 5o poules survivantes d'un poulailler où sévit Ja typhose depuis 6 semaines, avec une mortalité journalière de 2 à 3 animaux, ingèrent chacune environ i cm^ de culture. Sept mois après, aucun nouveau cas ne s'était produit depuis le moment de l'ingestion.

2^ Même expérience le i5 octobre sur une centaine de poules d'une exploitation voisine où la typhose sévissait depuis plusieurs mois. Arrêt brusque et définitif de l'épizootie.

Dans les deux cas l'épizootie continua à sévir dans les poulaillers voisins gardés comme témoins.

Je crois inutile de multiplier les exemples : dans tous les cas le tableau a été le même, l'épizootie a cessé à partir du moment' même où la culture du Bactériophage doué de virulence pour la bactérie pathogène, agent de l'épizootie, a été introduite dans l'organisme de

IMMUNISATION CONTRE LA TYPHOSE igS

ranimai sensible, que ce fut par injection ou par ingestion. Nous verrons dans le chapitre suivant que ce dernier mode d'administration est moins recommandable.

Par contre, comme nous l'avons vu, les injections de culture du Bactériophage actif pour B. ffallinarum, agent de la typhose, n'ont en général aucune action quand l'épizootie est due à une paratyphose, particulièrement dans le cas de B. p/a/Ji. En pratique il suffirait d'injecter un mélange des diverses souches de Bactériophage actives vis-à-vis des bactéries pathogènes susceptibles de provoquer des épizooties chez les oiseaux de basse-cour, y compris une souche douée de virulence pour la bactérie du choléra des poules ; ce serait d'autant plus facile que la dose de o,5 cm', que j'avais fixée arbitrairement, est certainement beaucoup trop considérable, comme nous allons le voir. Même en mélangeant cinq ou six souches différentes du Bactériophage, la quantité suffisante pour l'immunisation ne dépasserait pas une fraction de centimètre cube.

Au cours des expériences citées il n'a été fait aucune sélection, tous les animaux présents dans* le poulailler, fussent-ils moribonds, ont reçu l'injection immunisante. Une centaine de poules malades ont ainsi été inoculées : la mortalité a été de 5 o/o, résultat appréciable puisque la mortalité chez les animaux atteints varie entre 100 o/o au début de l'épizootie, à 95 0/0 quand, après quelques semaines, la maladie sévit à l'état sporadique.

Une culture de Bactériophage, comme nous l'avons vu à plusieurs reprises, se compose d'ultramicrobes bactériophages en suspension dans un milieu où demeure la substance dissoute des corps des bactéries qui ont été détruites sous l'action de la lysine sécrétée par i'ultramicrobe. Quel est parmi ces divers principes celui qui joue un rôle actif dans la protection de l'animal sain ou déjà malade, dans les conditions de l'expérience, c'est-à-dire en milieu contaminé? Indubitablement ce sont les germes bactériophages eux-mêmes : la protection immédiate assurée par l'injection ou même l'ingestion de la culture du Bactériophage, suffit pour le démontrer ; une immunité organique demanderait nécessairement un certain temps pour se développer. Que d'autres phénomènes d'immunité, organiques cette fois, se produisent ensuite après un certain temps d'incubation, c'est ce que les expériences réalisées dans le barbone vont nous montrer.

Pour le moment constatons seulement que chez les animaux sensibles immunisés par une injection de culture du Bactériophage

194 l»^ BÀGTERI0PHA6E

actif vis-à-vis de la bactérie pathogène en cause, en milieu contaminéj c'est-à-dire dans un milieu où il se produit des réinfections fréquentes par suite de la dissémination de la bactérie pathogène dans le milieu extérieur, le rôle principal de protection est joué parle Bactériophage lui-même ; les autres phénomènes d'immunité qui peuvent se produire par la suite, sous l'influence des autres principes contenus dans la culture injectée, ne jouent dans de telles conditions qu'un rôle secondaire. Nous allons voir que cette proposition est renversée quand on opère en milieu non contaminé.

IMMUNISATION CONTRE LE BARBONE (i)

Grâce à la libéralité du Gouvernement de la Cochinchine qui a mis à notre disposition tous les animaux, taurillons et buffles, dont nous avions besoin, nous avons pu étudier en détail les conditions particulières de l'immunisation par les cultures du Bactériophage. Le barbone est d'ailleurs la maladie idéale pour une étude de ce genre. Le sang prélevé sur un animal qui vient de succomber se conserve en ampoules scellées pendant au moins six mois, sans que les bactéries qu'il renferme perdent quoi que ce soit de leur virulence : du bouillon ensemencé avec une goutte de ce sang fournit une culture qui tue régulièrement le taurillon ou le buffle à la dose de un cinq millième de centimètre cube ; un dix millième tue en moyenne un animal sur deux. La maladie expérimentale reproduit la maladû^ naturelle jusque dans ses moindres détails : même courbe de température, mêmes symptômes, y compris l'œdème caractéristique au point d'entrée du virus dans l'organisme ; comme dans la maladie naturelle la mort est fatale, tout animal malade succombe et la mort survient dans le même temps dans les deux cas, soit de 12 à 18 h. après l'apparition des premiers symptômes ; les lésions décelables à l'autopsie sont identiques. Les expériences d'immunisation effectuées sur une telle maladie fournissent donc des résultats absolus.

Je dirai une fois pour toutes que chaque fois que l'immunité d un animal a été vérifiée par l'inoculation de culture de la bactérie du

(i) Expériences réalisées à Saïg'OD avec la collaboration de G. Le Louet, chef du Service vétérinaire de la CoGhiachine.

IMMUNISA.T10N CONTRE LE BARBONE ig5

barbone, Tépreuve a été contrôlée par Tinoculatibn d'une dose égale à un animal neuf témoin de même poids et que jamais un témoin n'a résisté. De plus, quoiqu'aucun doute ne fut possible touchant la cause de la mort^ la vérification en a été pourtant faite par l'examen microscopique, l'ensemencement du sang et la constatation des lésions à la nécropsie. La température des animaux d'expérience étant régulièrement prise matin et soir, la plus légère réaction chez les animaux immunisés ne pouvait passer inaperçue.

La souche de Bactériophage employée pour la préparation des cultures destinées aux expériences d'immunisation, avait été isolée des déjections d'un buffle ayant traversé indemne l'épizootie dont il a été parlé dans le chapitre précédent. Ce Bactériophage possédait au sortir de l'organisme une virulence forte (H — | — [-) pour la bactérie du barbone ; après une dizaine de passages in vitro la virulence devint extrême (-j — \ — | — h), c'est à partir de ce moment qu'il a été employé.

Une culture de la bactérie du barbone en bouillon, âgée d'une douzaine d'heures, déjà bien louche, est additionnée d'une goutte d'une culture antérieure du Bactériophage anti-barbone d'activité (H — I — I — i-)5 après une douzaine d'heures, le milieu étant redevenu parfaitement limpide, la culture est filtrée sur bougie Chamberland L3, puis répartie en ampoules qui sont scellées. J'appelle l'attention sur la nécessité de n'employer que des cultures du Bactériophage dans lesquelles la lyse de la bactéi^ie a été complète, c'est*à-dire d'une limpidité parfaite ; ces cultures doivent de plus être filtrées vu le fait d'une culture secondaire possible dans un certain nombre d'ampoules.

Les cultures du Bactériophage anti-barbone ont été utilisées après des temps variables, de vingt jours à cinq mois après leur préparation ; nous n'avons observé aucune différence dans le mode d'action, quel que fut le temps écoulé entre le moment de la préparation et celui de l'utilisation.

Toutes les expériences, sauf celles qui ont trait à l'influence de Tâge des animaux sur l'obtention de l'immunité, ont été eff'ectuées sur des taurillons de race indigène, en parfait état de santé, âgés de douze à dix-huit mois, d'un poids moyen de loo kgr. (i) et sur des buffles ayant de un à douze ans. Les races bovine et bufl*aline sont également sensibles au barbone ; Piot a vu en Egypte les troupeaux

(i) La race indochinoise est de petite taille.

de bœufs décimés par le barbone dans la même proportion que les troupeaux de buffles ; d'après nos constatations le Buffle serait plus facilement immunisable que le Bœuf.

Je passerai d'abord en revue les expériences réalisées dans le but de déterminer dans quelles conditions interviennent, dans rétablissement de l'immunité acquise à la suite de l'injection de culture du Bactériophage, la dose injectée et l'âge des animaux, qui constituent les deux facteurs principaux dont la variation influe le plus sur le résultat. Pour la facilité de l'exposition j'indiquerai successivement TefTet de doses de moins en moins élevées ; en réalité Tordre chronologique des expériences a été un peu différent : nous avions commencé les essais par l'injection d'une dose arbitrairement fixée à 5 cm', les animaux en expérience étant morts lors de l'épreuve effectuée vingt jours plus tard, nous avions pensé la dose insuffisante; nous avions alors essayé 20 cm', sans plus de résultat; ce n'est qu'ensuite que nous en sommes arrivés à l'emploi de doses faibles qui se sont montrées efficaces. Nous voyons déjà que l'immunisation au moyen de culture du Bactériophage présente des particularités spéciales.

I. Recherche de la dose* immunisante. — 1° Huit taurillons reçoivent 20 cm^ de culture du Bactériophage par voie sous-cutanée. Six sont éprouvés, après un laps de temps variant de i5 à 4o jours, par l'inoculation d'une quantité de culture de la bactérie du barbone représentant 5o doses sûrement mortelles : tous succombent en même temps que les témoins.

Les deux derniers sont éprouvés, également avec 5o doses mortelles, 60 jours après l'injection immunisante : ils résistent sans présenter aucun trouble apparent. Deux témoins meurent 19 et 22 h. après l'inoculation virulente.

2° Quatre taurillons reçoivent, toujours par injection sous-cutanée, 5 cm^ de culture du Bactériophage ; trois sont éprouvés après i3, i5 et 28 jours par l'inoculation de 5o doses mortelles de bactéries virulentes : tous succombent en même temps que les témoins. Le quatrième est éprouvé le quarantième jour, il résiste sans présenter aucune réaction. Le témoin meurt en 22 h.

3® quarante animaux : 24 taurillons, 4 bufflons âgés de un à deux ans, 12 buffles adultes, reçoivent une injection de i/4 de cm^ de culture du Bactériophage.

A. Huit taurillons sont éprouvés entre le troisième et le douzième

IMMUNISATION CONTRE LE BARBONE I97

jour suivant l'injection, par Tinoculation de culture virulente représentant suivant les animaux, de 5 à i.ooo doses sûrement mortelles : tous succombent.

B. Douze taurillons et un bufflon sont éprouvés entre le treizième et le vingtième jour, tous par Tinoculation de i.ooo doses sûrement mortelles de cultures de la bactérie du barbone : cinq résistent, les autres succombent. Voici le détail de cette expérience.

Epreuve (i.ooo doses mort.)

après : Résultat

résiste sans présenter aucune réaction, meurt 26 h. après inoculation.

résiste sans présenter de réactions, meurt 68 h. après inoculation, résiste sans présenter de réactions.

meurt 34 h. après inoculation.

Deux taurillons témoins succombent 22 et 26 h. après l'inoculation virulente, un bufflon témoin en 19 h.

C. Vingt animaux : 5 taurillons, 3 bufflons et 1 2 buffles adultes sont éprouvés de 21 à 60 jours après l'injection immunisante, tous par rinoculation de i.ooo doses sûrement mortelles de culture de la bactérie du barbone : tous résistent sans présenter aucune réaction. Cinq témoins succombent, tous entre 16 et 28 h. après Tinoculation virulente.

If Huit taurillons reçoivent 1/26 de cm' de culture du Bactériophage. Ils sont éprouvés après un nombre de jours variable, par l'inoculation de 5 doses sûrement mortelles de culture virulente; voici les résultats :

taurillon 107, éprouvé après i jour, résiste sans réactions;

— io3, — I — — —

— 106, - — 2 — meurt 36 h. après inoculation;

— loi, — 3 — — 28 h. —

— 83, — 4 — résiste sans réaction ;

— io4, — 5 — — —

Bufflon

jours

Taurillon

19^ LE B4CT£BIOPHAGfi

Le dernier taurillon, 102, est éprouvé 60 jours après Tinjection immunisante par rinoculation de 5o doses sûrement mortelles de culture de la bactérie du barbone : il résiste sans présenter aucun trouble.

Enfin une dernière expérience de contrôle, réalisée en vue de l'application pratique de Timmunisatioa des buffles contre le barbone, a été effectuée par M. le Louet après mon départ de Saigon : douze taurillons ont reçu par injection sous-cutanée i/4 de cm*^ de culture du Bactériophage ; éprouvés vingt- cinq jours plus tard par Tinoculation de deux mille doses sûrement mortelles de culture de la bactérie du barbone, ils ont tous résisté sans présenter la plus légère réaction. Les témoins sont morts de 18 à 22 h. après Tinoculation.

L'injection dé culture du Bactériophage n'a déterminé chez aucun des animaux immunisés, même à la dose de 20 cm% la plus minime réaction, soit locale soit thermique. La courbe de température des animaux immunisés reste continuellement surperposable à celle des animaux témoins neufs : on voit donc que, contrairement à l'opinion actuelle, une immunité confinant à l'état réfractaire peut s'acquérir sans que l'animal manifeste la plus légère réaction.

Au cours des expériences la fièvre aphteuse a fait son apparition à Saigon, les animaux à ce moment en cours d'immunisation l'ont «on tractée, cette complication n'a dans aucun cas exercé une influence sur l'obtention de l'immunité.

On peut déduire de ces diverses expériences qu'avec de fortes doses de culture du Bactériophage l'immunité est très lente à s'établir, soit de quarante à soixante jours avec une dose de 20 cm', plus de vingt-huit jours avec 5 cm^. Avec i/4 de cm' elle n'est effective, pour tous les animaux, que vers le vingtième jour : elle leur permet alors de résister sans trouble apparent à une épreuve expérimentale effectuée avec deux mille doses sûrement mortelles de culture de la bactérie du barbone, c'est-à-dire que l'immunité conférée confine à l'état réfractaire. Avec la dose minime de i/25 de cmS soit moins d'une goutte normale, une immunité solide est acquise dès le quatrième jour; ne nous occupons pas pour l'instant des taurillons qui ont résisté après 24 h., l'immunité dont ils jouissaient était d'un ordre différent, comme nous le verrons plus loin.

Nous avons vu dans la première partie de cet ouvrage que le sérum de lapins qui ont reçu quatre injections de cullure du Bactériophage jouit de la propriété de sensibiliser les animaux vis-à-vîs de la bactérie pour laquelle le Bactériophage injecté était actif : le

IMMUNISATION GONTAE LE BARBONE igQ

retard dans rétablissement de l'immunité à la suite de l'injection dt fortes doses de culture du Bactériophage anti-barbone doit certainement être lié au même phénomène. L'injection produit chez l'animal deux phénomènes d'ordre différent : l'immunité et la sensibilisation qui varient respectivement d'intensité suivant la dose inoculée : avec une faible dose la première l'emporte sur la seconde qui disparaît rapidement, avec une forte dose au contraire l'action inhibitive persiste pendant un temps fort long, environ soixante jours pour une injection de 20 cm'. Comme nous l'avons vu pour le lapin la sensibilisation domine et persiste si l'on répète les injections de culture du Bactériophage (i).

L'expérience montre de plus que l'immunité conférée par l'injection de culture du Bactériophage est absolue une fois établie et nulle pendant la période d'incubation, sans état intermédiaire. Les animaux jeunes ou adultes qui reçoivent l'inoculation d'épreuve pendant la période d'incubation succombent, à très peu d'exceptions près, dans le même temps que les témoins, même si cette inoculation a lieu à un moment très rapproché de celui où tous les animaux immunisés résistent ; d'un autre côté tous ceux qui sont éprouvés après la période d'incubation résistent sans présenter aucun malaise apparent, quelle que soit la dose d'épreuve. Il semble bien résulter de ces constatations qu'après un temps d'incubation, plus ou moins prolongé suivant la dose de culture du Bactériophage injectée, temps pendant lequel l'animal reste aussi sensible qu'un animal neuf, l'immunité croisse très rapidement à partir du moment où elle commence à se manifester. En un mot, le déclanchement de l'immunité se fait brusquement.

Influence de l'âge des animaux sur l'obtention de l'immunité. — '- Nous venons de voir que trente-deux animaux, taurillons ou buffles jeunes ou adultes de moins de douze ans, ont tous acquis une immunité voisine de Tétat réfractaire vingt jours après l'injection de i/4 de cm' de culture du Bactériophage. Nous avons voulu voir comment se comportaient les vieux animaux.

Trois buffles entre quatorze et seize ans et 5 très âgés, ne travail-

(i) L'aDaphylaxie nous offre ud exemple d'un phénomène de même ordre : plus la dose sensibilisante est faible, plus rapproché est le moment où l'animal est sensibilisé. Par exemple, avec une dose de un millième de cm' de

sérum, le cobaye est sensibilisé après quatorze jours environ ; avec 5 cm' la sensibilisation ne se produit qu'après plusieurs mois.

200 LE BAGTERIOPHAGE

lant plus et ayant certainement plus de vingt ans (i) reçurent i/4 de cm' de culture du Bactériophage. Tous les huit sont éprouvés quarante-trois jours plus tard par Finoculation de i.ooo doses sûrement mortelles de culture de la bactérie du barbone, en même temps qu'un témoin adulte neuf qui meurt en 17 h.

Parmi les trois buffles les moins âgés, un résiste sans présenter d'autre réaction qu'un léger œdème passager au point d'inoculation ; les deux autres présentent un œdème volumineux et sont manifestement malades, ils résistent pourtant et peuvent être considérés comme normaux six jours après l'inoculation d'épreuve. Les 5 buffles très âgés succombent après 48, 53, 54, 60 et ïl\2 h., c'est-à-dire avec un retard considérable sur le témoin. Quinze buffles jeunes immunisés et éprouvés en même temps résistent tous sans présenter aucune réaction.

Il est évident que la dose d'épreuve était énorme, cela n'enlève rien au fait et l'on peut conclure que chez les vieux animaux l'immunité est acquise d'autant plus difficilement qu'ils sont plus âgés. L'immunité relative vis-à-vis d'une épreuve expérimentale extrêmement sévère ne s'observe que chez ces vieux animaux, chez les animaux jeunes ou adultes dans la force de Tâge, l'immunité, comme nous venons de le voir, est nulle pendant la période d'incubation et entière aussitôt qu'elle se manifeste.

Principe immunisant. — Dans les conditions de l'expérience, c'està-dire en milieu non contaminé quiel est, dans une culture du Bactériophage, le principe qui intervient dans l'immunisation?

Une culture du Bactériophage renferme, comme nous le savons :

i^ des ultramicrobes bactériophages,

2® des substances solubles contenues dans le milieu de culture, substances solubles provenant des corps des bactéries aux dépens desquelles se sont développés les ultramicrobes, puis les lysines sécrétées par ces ultramicrobes et qui restent dans le milieu une

(i) Le buffle vit en général de vingt-cinq à trente ans. L'Annamite ne tue jamais un buffle : vieux et ne pouvant plus travailler, il le nourrit et le soigne aussi bien que les animaux jeunes. L'attachement de l'indigène pour ses buffles est tel qu'il est très difficile d'obtenir qu'il vende un de ses animaux; ceux qui ont servi aux expériences nous ont été procurés, les uns par l'intermédiaire de M. le Gallen, gouverneur de la Cochinchine, les autres par M. Privé, directeur des plantations d'An Loc et Suzannah, sans tenir compte des pertes possibles. Je tiens à les remercier bien sincèrement.

IMMUNISATION CONTRE LE BARBONE 201

fois la lyse terminée ; enfin, éventuellement, des anti-lysines de défense sécrétées par les «bactéries.

I/allure seule du phénomène nous montre déjà que le principe immunisant doit être différent suivant que l'immunisation se produit en milieu contaminé j comme c'était le cas pour les expériences concernant la typhose, ou en milieu non contaminé^ pour celles touchant le barbone : dans les premières l'immunité a été immédiatement acquise, dans les secondes elle n'est devenue eflfective qu'après un temps d'incubation. L'expérience directe permet d'ailleurs de trancher la question.

I® Si l'on injecte à des taurillons^ par voie sous-cutanée, de 5 à 20 cm' de culture du Bactériophage anti-barbone on peut isoler des ultramicrobes actifs du sang pendant les premières 24 h. qui suivent l'injection, passé ce temps ils ont disparu. L'expérience montre de plus que les ultramicrobes passent rapidement dans Tintestin : on peut les isoler des déjections à partir d'une douzaine d'heures après l'injection, ils y persistent un peu plus longtemps que dans la circulation, deux ou trois jours, jusqu'à six jours dans un seul cas ; en tous cas ils ont disparu de l'organisme bien avant que l'immunité soit établie. Répétons que cette constatation ne s'applique que dans le cas considéré de l'introduction du Bactériophage dans l'organisme effectuée en milieu non contaminé, nous avons vu, par exemple, que cinq mois après la cessation d'une épizootie de barbone on peut encore isoler un Bactériophage actif contre la bactérie pathogène des déjections des buffles qui ont résisté ; d'autre part l'expérimentation sur la Poule nous a montré qu'on pouvait maintenir l'activité du Bactériophage vis-à-vis de la bactérie pathogène aussi longtemps qu'on continuait à faire ingérer ces bactéries par l'animal en expérience.

2® Bablet a montré que les germes bac térioph âges sont détruits par un séjour d'une semaine dans la glycérine. D'autre part ce liquide n'exerce aucune influence destructive ni sur les diastases ni sur les toxines : on peut donc présumer que dans un mélange de culture du Bactériophage et de glycérine, les ultramicrobes seuls seront détruits et que les substances immunisantes éventuellement contenues dans le milieu resteront intactes.

Partant de cette hypothèse nous avons mélangé o,5 cm^ de culture du Bactériophage anti-barbone avec 9,5 cm' de glycérine. Après un séjour du mélange à l'étuve à 87° prolongé pendant dix jours et après nous être assuré que les ultramicrobes bactériopha-

20a LE BAGTERIOPHAGE

ges étaient effectivement détruits, nous avons inoculé deux taurillons avec ce liquide dilué dans 5oo cm' d'ffliu salée : chacpie taurillon reçut donc i/4 de cm^ de la culture primitive. Eprouvés après 45 jours, respectivement avec 5 et 5o doses mortelles de culture de la bactérie du barbone, ces deux animaux résistèrent, ils avaient donc acquis Timmunité malgré la destruction des ultramicrobes bactériophages.

Dans le cas du barbone expérimental, les expériences étant réalisées en milieu indemne, le principe qui intervient dans l'établissement de rimmunité est vraisemblablement constitué par la substance des corps bactériens. Le rôle du Bactériophage se borne ici à dissoudre les bactéries dont la substance se trouve alors dans un état particulièrement propre à impressionner les cellules de Torganisme qui jouent un rôle dans la production de Timmunité organique. La substance des corps bactériens dissoute dans le milieu sous l'action des lysines sécrétées par les ultramicrôbes bactériophages, ne se trouve d'ailleurs certainement pas dans le même état sous lequel elle existait dans le corps de la bactérie vivante, car le Bactériophage n'agit pas simplement en produisant une désagrégation, et ce qui le montre, c'est que le milieu de culture devient parfaitement limpide ; il resterait nécessairement louche dans le cas d'une simple désagrégation. Comme nous l'avons vu à plusieurs reprises, la dissolution des bactéries se produit sous l'influence de lysines, de diastases, qui opèrent une solubilisation de la, ou plutôt des substances composant le corps bactérien, solubilisation qui s'accompagne nécessairement d'un changement d'état. Ce n'est donc pas à proprement parler la substance même des bactéries qui constituerait le principe provoquant la formation de l'immunité, mais en réalité des corps nouveaux résultant de la dégradation des substances composant le corps de la bactérie, sous l'influence des lysines sécrétées par l'ultramicrobe bactériophage.

Il est évident qu'il ne s'agit là que d'une hypothèse ; Inexpérience montre seulement que le principe qui provoque l'apparition de l'immunité n'est pas, dans les conditions de l'expérience, le Bactériophage en tant qu'être vivant. Les divers principes existant dans la culture, autres que les substances dissoutes des corps bactériens, à savoir : les corps des ultramicrobes morts, les lysines et éventuellement les anti-lysines, jouent- t-ils un rôle dans le phénomène de l'acquisition de l'immunité? Il est encore impossible de l'affirmer ou de le nier en l'état actuel des recherches.

IMMUNISATION^ CONTRE LB BARBONE 2o3

Nous avons vérifié l'action de la température sur Télément immunisant contenu dans le bactériolysat. A cet effet nous avons repris l'expérience de la culture du Bactériophage traitée par la glycérine avec cette différence que cette culture a été soumise préalablement à une température de 56° maintenue pendant une demi-heure. Deux taurillons ont reçu chacun une dose de cette culture chauffée et g-lycérinée correspondant à i/4 de cm' de la culture primitive. Après quarante-cinq jours ils ont été éprouvés respectivement avec 5 et 5o doses mortelles de culture de la bactérie du barbone : le premier a résisté, le second est mort. Le principe immunisant contenu dans la culture du Bactériophage n'est pas détruit mais sensiblement affaibli par un chauffage d'une demi-heure à 56^.

S'il ne nous est pas encore possible de savoir quel est le processus qui régit l'établissement de l'immunité, nous pouvons tout au moins en connaître le résultat et voir quelle est la propriété qui distingue un animal immunisé par l'injection d'une culture du Bactériophage, d'un animal neuf.

Dans le cas de l'immunité acquise à la suite d'une atteinte d'une maladie contagieuse le sang jouit de propriétés préventives ; le sang des animaux immunisés jouit de la même propriété comme le montrent les expériences suivantes :

I ® Le taurillon 54 reçoit le 5 novembre, i /4 de cm* de culture du Bactériophage anti-barbone. Quatorze jours plus tard on prélève 5oo cm' de sang qui sont recueillis dans un flacon contenant 25 cm^ d'une solution de citrate de soude à lo o/o; ce sang est immédiatement injecté dans la jugulaire du taurillon 43. Ce dernier est éprouvé 23 h. plus tard avec i.ooo doses mortelles de culture de la bactérie du barbone : il résiste sans présenter la plus légère réaction. Un témoin meurt en 23 h.

Le taurillon 54 résiste également à l'inoculation de i.ooo doses mortelles le i3 décembre.

1^ Même expérience que ci-dessus : le taurillon 112 reçoit dans la jugulaire 5oo cm* de sang du taurillon 95, ils résistent tous deux à répreuve.

3** Le taurillon io4 reçoit le 29 décembre une injection sous-cutanée de 1/35 de cm* de culture du Bactériophage; quatre jours plus tard on prélève comme précédemment 5oo cm* de sang qui sont transfusés au taurillon 108. Le lendemain les deux taurillons résistent à l'inoculation de 5 doses mortelles qui tuent un témoin en 32 h.

204 LE BAGTÉRIOPHAGE

4** Même expérience que la précédente : le tauritlon ayant reçu le sang de l'animal immunisé n'a été éprouvé par l'inoculation de 5o doses mortelles que 45 jours après la transfusion ; il a résisté sans présenter aucun trouble apparent, de même d'ailleurs que le taurillon directement immunisé lui-même.

Cette dernière expérience ne prouve d'ailleurs rien quant à la durée de l'immunité passive conférée par le sang d'un animal immunisé, car il s'agit d'un sang homologue, et nous savons que l'immunité est alors de beaucoup plus longue durée que s'il s'agissait d'un sang hétérologue. En tous cas l'immunité passive ainsi conférée est extrêmement puissante et ces expériences ouvrent la voie à des recherches tendant à Tobtenlion de sérums thérapeutiques provenant d'animaux immunisés par une seule injection d'une culture d'un Bactériophage actif et cela, non pas seulement pour le barbone, mais d'une manière générale.

On pourrait penser que le « principe » contenu dans le sang de l'animal immunisé et qui confère l'immunité passive n'est autre que la culture du Bactériophage qui persisterait pendant un certain temps dans la circulation ; il n'en est rien, car si le sang est prélevé à un moment assez rapproché de celui de l'injection immunisante pour que l'immunité ne soit pas encore effective, c'est-à-dire pendant la période d'incubation, l'animal auquel ce sang est transfusé ne jouit d'aucune immunité.

. Les taurillons 89 et 90 reçoivent le 19 décembre, t/4 de cm^ de culture du Bactériophage par voie sous-cutanée ; seize jours plus tard on prélève à chacun d'eux 5oo cm^ de sang qui sont transfusés^ respectivement aux taurillons 92 et 98. Les quatre animaux éprouvés le lendemain succombent sans aucun retard sur les témoins.

Le taurillon 46 reçoit le 5 novembre, 20 cm^ de culture du Bactétiophage, le 19 novembre on prélève 5oo cm' de son sang qui sont transfusés au taurillon 42 ; les deux taurillons succombent à Tépreuve en même temps qu'un témoin.

Comme on le voit l'incubation de l'immunité chez les animaux qui reçoivent l'injection immunisante de culture du Bactériophage, marche de pair avec l'apparition du pouvoir protecteur dans leur sang. L'immunité se déclanche brusquement, de même le pouvoir protecteur apparaît brusquement au même moment.

Quel est donc le principe immunisant qui fait brusquement son apparition dans le sang au moment où s'établit l'immunité, même chez des animaux qui n'ont reçu que la minime dose d'une seule goutte de culture du Bactériophage ?

IMMUNISATION CONTHE LE BARBONE 2o5

Serait-ce une sensibilisatrice ? Nullement, car la réaction de fixation du complément montre que le sérum des animaux immunisés avec des cultures du Bactériophage ne contient pas de sensibilisatrice spécifique en quantité décelable. En opérant la réaction de Bordet avec 1/2 cm' de sérum, on obtient une hémolyse identiquement semblable, comme intensité et comme temps, à celle qui se produit dans un tube témoin contenant la même quantité de sérum normal.

J*ai alors recherché le pouvoir opsonique de ces sérums : deux échantillons m'ont fourni des indices de o,3 et o,4, c'est-à-dire que rindice est négatif (1).

Le sérum contenant le principe protecteur ne renferme pas de substances empêchant ou même gênant la culture de la bactérie du barbone. Du bouillon, mélangé avec un tel sérum, en n'importe quelle proportion (de 1/20 à 3 cm' pour 10 cm' de bouillon), avec ou sans addition de sérum frais de cobaye, fournit un milieu qui, ensemencé, donne des cultures luxuriantes de la bactérie du barbone.

Le sérum, enfin, ne contient pas trace d'agglutinine.

L'immunité organique n'est donc due ni à la présence d'une sensibilisatrice, ni à la présence d'une opsonine dans le sang des sujets vaccinés. Le sang ne contient de plus, ni agglutinine, ni substances empêchantes. II s'agit vraisemblablement d'une antitoxine.

Nous avons vu dans les expériences réalisées dans la typhose aviaire, que, en milieu contaminé^ la protection de l'animal était immédiate et que cette protection était assurée uniquement par la présence des ultramicrobes bactériophages virulents pour la bactérie pathogène. Nous avons retrouvé cette immunité immédiate dans le cas du barbone : c'est elle qui a assuré la protection des taurillons io3 et 107 contre l'inoculation de cinq doses mortelles de culture de la bactérie du barbone, 24 h. seulement après Tinjection de la culture du Bactériophage.

Dans la typhose cette immunité hétérologue a été permanente, car les réinfections journalières qui se produisent en milieu contaminé permettent au Bactériophage de se cultiver aux dépens des

(1) Nous avons vu dans la première partie que la lysine sécrétée par Tul- Iramicrobe.Bactériophage possédait un pouvoir opsonique très élevé, l'organisme a xiû répondre à une injection de lysine (certainement contenue dans la culture du Bactériophage) par la production d'un anti-corps antiopsonique.

2o6 LE BAGTÉRtOPHÀOE

bactéries pathog'ènes ingérées et de garder ainsi sa virulence vis-àvis de cette bactérie. Dans le barbone le même fait se produit en milieu contaminé puisque nous avons vu le Bactériophage virulent pour la bactérie du barbone être présent dans l'intestin des buffles cinq mois après la cessation complète de Tépizootie.

En milieu indemne^ ce qui était le cas pour les expériences effectuées sur le barbone, il n'en est pas de même : en l'absence de réinfection le Bactériophage actif pour la bactérie en cause s'élimine très rapidement de l'organisme, puisqu'il ne peut se cultiver aux dépens de cette bactérie, l'immunité hétérologue disparaît avec lui, c'est-à-dire après un ou deux jours, l'animal redevient alors sensible. Il se maintient tel pendant toute la durée de l'incubation de Timmunité organique, qui se développe sous l'influence des produits solublcs contenus dans la culture du Bactériophage ; dès que cette immunité organique s'est établie, l'animal devient réfractaire.

Nous allons voir, à propos de la dysenterie, qu'à une injection de culture du Bactériophage l'organisme répond par la production d'une anti-toxine : il semble probable qu'il en- est de même dans le barbone et que le principe protecteur existant dans le sang, qui n'est ni une sensibilisatrice ni une opsonine, soit également une antitoxine, réponse de l'organisme à l'injection de la substance lysée et modifiée des corps bactériens contenus dans la culture du Bactériophage.

En résumé l'injection au Buffle ou au Bœuf d'une culture du Bactériophage actif pour la bactérie du barbone confère une immunité voisine de l'état réfractaire, mais qui n'est acquise qu'après un temps variable d'incubation suivant la dose injjectée, et d'autant plus long que cette dose a été plus élevée.

Une injection unique de 1/25 de cm*, soit moins d'une goutte normale pour un taurillon de cent kilogrammes, met déjà l'animal en état de résister à une inoculation d'épreuve effectuée quatre jours plus tard, représentant cinq doses mortelles. Soixante jours plus tard l'animal résiste à une inoculation d'épreuve représentant cinquante doses sûrement mortelles.

En ce qui concerne les très vieux animaux, l'immunité étant vérifiée par une épreuve expérimentale extrêmement sévère, plus l'animal est âgé, moins l'immunité conférée est forte.

L'injection de culture du Bactériophage confère à l'animal :

I o Une immunité hétérologue uniquement due à la présence dans l'organisme des ultramicrobes bactériophages virulents yis-à-vis de la bactérie du barbone, qui assurent la destruction des bactéries dès leur introduction dans Torganisme. Cette immunité cesse aussitôt que ces ultramicrobes ont été éliminés de l'organisme. En l'absence de réinfections fréquentes qui leur permettent de continuer à se cultiver dans l'organisme en gardant leur virulence pour la bactérie en cause, ce qui est le cêIs pour les expériences réalisées en milieu indemne, cette élimination est très rapide.

2^ Une immunité homologue ou organique, provoquée par une réaction de l'organisme de l'animal sous Pinfluence des principes solubles contenus dans la culture du Bactériophage injectée ; cette immunité organique se caractérise principalement par l'apparition dans le sang d'un principe immunisant extrêmement puissant qui est vraisemblablement une anti-toxine. L'immunité organique s'établit brusquement après un temps d'incubation variable suivant la dose de culture du Bactériophage injectée et d'autant plus longue que cette dose a été plus élevée.

L'injection de sang provenant d^un animal immunisé à un animal neuf confère à ce dernier une immunité passive aussi solide que celle dont jouit l'animal activement immunisé lui-même, même si ce dernier n'a reçu qu'une unique injection de 1/26 de cm* de culture du Bactériophage, et cette immunité passive est encore entière quarante-cinq jours après l'injection de sang, tout au moins dans les conditions de l'expérience.

« Les cultures lysées de SmoA sous Taction du microbe invisible, a qui sont en réalité des cultures du microbe anti, jouissent de la « propriété d'immuniser le lapin contre une dose de bacilles de « Shiga tuant les témoins en cinq jours ». C'est ce que j'indiquais dans la première communication concernant le Bactériophage. Voici l'exposé des expériences sur lesquelles était basée cette affirmation.

Le lapin, naturellement réfractaire à la dysenterie bacillaire, est par contre sensible à l'inoculation de la toxine dysentérique : il peut

être utilisé pour des expériences préliminaires d'immunisation antitoxique.

Les expériences suivantes montrent d'abord que la culture du Bactériophage anli-SniGA, peu de temps après la lyse, est toxique, quoiqu'à un degré moindre qu'une culture normale de Bacilles de Shiga.

Lapin i, loaoût: i cm^ culture normale de Shiga en injection intra-veineuse : mort le lô août;

Lapin 2, 10 août : 2 cm^ culture normale de Shiga en injection sous-cutanée: mort le 16 août.

Lapin 3, 10 août : i cm' culture de Shiga lysée depuis 6 heures (même concentration bacillaire que les précédentes) en injection intra-veinense: résiste.

Lipin 4» 10 août : 2 cm'* culture de Shiga lysée depuis 6 heures en injection sous-cutanée : mort le iC août.

Six jours après la lyse, la toxicité est déjà fort atténuée.

Lapin 5, 10 août : 2 cm^ culture de Shiga lysée depuis 6 jours, en injeclion intra-veineuse : résiste.

Lapin 6, 10 août': 3 cm^ culture de Shiga lysée depuis 6 jours, en injection sous-cutanée : résiste.

Lapin 7, 10 août : 5 cm^ culture de Shiga lysée depuis 6 jours en injeclion inlra-veineuse : mort le 21 août.

Après un mois, la toxicité a disparu.

Lapin 8, 10 août : i5 cm* cultures de Shiga lysée depuis i mois en injeclion sous-cutanée : résiste.

Lapin 9, 10 août : 10 cm' de la même culture en injectioo intra-veineuse : résiste.

Expériences d'immunisation.

Le 23 août : huit lapins reçoivent une injection sous-cutanée de i/4 de cm^ de culture du Bactériophage anti-SniGA, deux mois après la lyse. Ils sont éprouvés avec 3 cm^ d'une culture de bacilles de Shiga en bouillon de 24 heures, ce qui, avec la souche employée, représentait deux doses sûrement mortelles. La souche de bacille dysentérique de Shiga employée pour Tépreuve était différente de celle qui avait servi à préparer l'émulsion lysée par le Bactériophage.

Lapin 10, éprouvé après 48 heures, succombe 6 jours plus tard. Lapin 11, éprouvé après 4 jours, succombe 5 jours plus tard. Lapin 12, épcouvé après 6 jours, résiste.

Lapin i3, éprouve après 8 jours, résiste.

Lapin i4, éprouvé après 10 jours, résiste.

Lapin i5, éprouvé après i mois^ résiste.

LapJD 16, éprouvé après 2 mois, résiste.

Lapin 17, éprouvé après 3 mois, résiste.

Tous les lapins témoins inoculés avec la moitié de la dose, soit i,5 cm^ de culture du bacille de Shiga, succombèrent entre quatre et sept jours.

Le lapin est donc immunisé contre deux doses sûrement mortelles de culture du bacille dysentérique de Shiga par l'injection de 0,25 cmM'une culture du Bactériophage anti. L^immunité anti-toxique est établie six jours après l'injection, elle persiste au moins pendant trois mois.

Ici nul doute n'est possible, le Bactériophage en tant qu'être vivant ne joue certainement aucun rôle dans le déclanchement du processus d'immunité, seuls sont responsables les principes solubles contenus dans la culture (i).

Avant de passer à l'expérimentation sur l'homme, je me suis assuré sur moi-même que l'administration de cultures de Bactériophage anti-SHiGA n'ofifrait aucun inconvénient. J'ai d'abord ingéré des quantités croissantes de cultures âgées de six jours à un mois, de I à 3o cm^, sans ressentir le plus léger malaise. Trois personnes de ma famille en ont ensuite ingéré des quantités variables à plusieurs reprises, sans jamais présenter le moindre trouble. Je me suis ensuite injecté, par voie sous-cutanée, i cm' d'une culture âgée de quarante jours, sans présenter la plus légère réaction locale où générale. Dans tous les cas, 24 heures après l'ingestion où l'injection, j'ai pu isoler des déjections un Bactériophage doué pour le Bacille de Shiga d'une virulence égale à celle que présentait l'ultramicrobe administré.

Plus récemment G. Elïava a reçu par voie saus-cutanée 5 cm^ d'une culture de Bactériophage anti-SniGA âgée de 3o jours, sans présenter aucune réaction, ni locale ni générale.

On sait que l'injection sous-cutanée de bacilles de Shiga tués

(i) J*ai effectué plusieurs expériences d'immunisation avec des cultures de Bactériophage anti-typhique et anti-paratyphiques A et B, sur des animaux de laboratoire, cobayes ou lapius. Dans tous les cas j'ai obtenu une immunisation parfaite, si toutefois il est permis d'employer le mot d'immuuisation quand il s'agit d'animaux réfractaires. N'attribuant aucune valeur à des expériences de ce genre, je ne les cite que pour mémoire. Dans tous les cas le Bactériophage administré, soit par voie sous-cutanée, soit par voie buccale, a pu être isolé peu d'heures après du contenu intestinal.

2IO . LE BAGT£RIOPHA.aE

par un procédé quelconque ne peut être faite par suite des réactions extrêmement violentes qu'elle provoque et qui sont dues à la toxicité de ce germe ; c'est même ce qui a empêché l'extension à la dysenterie de la méthode de vaccination par corps bactériens, telle qu'elle est pratiquée pour la typhoïde.

L'inocuité absolue de l'injection de cultures du Bactériophage anti-SniGA, qui contient pourtant la substance des corps bacillaires à Tétat dissous, montre bien que ces substances subissent de profondes modifications sous l'influence des lysines sécrétées par Tultramicrobe bactériophage ; ces nouvelles substances jouissent pourtant d'un pouvoir immunisant spécifique beaucoup plus considérable que les substances primitives : les expériences sur le lapin et surtout les exemples fournis en ce qui concerne l'immunisation contre le barbone le démontrent sans aucun doute possible.

La vaccination préventive contre la dysenterie bacillaire au moyen des cultures du Bactériophage anti-dysentérique est donc applicable à l'homme; il y aurait naturellement lieu de pratiquer les injections préventives avec un mélange de cultures de Bactériophage anti-SniGA, anti-FLEXNER et anti-Hiss, mélange qui constituerait un vaccin anti-dysentérique polyvalent.

Le Bacille de Shiga étant l'un des germes les plus toxiques connus, il était à présumer que J'innocuitéde l'injection des cultures du Bactériophage devait être un fait général, quelle que fut la bactérie aux dépens de laquelle se soit fait la culture. Pour le vérifier je me suis administré, par voie sous-cutanée r/2 cm' de culture de Bactériophage anti-pesteux, je n'ai pas présenté la plus minime réaction locale ou générale. Un examen des selles pratiqué 24 heures après l'injection m'a permis d'en isoler un Bactériophage jouissant d'une virulence pour le bacille pesteux égale à celle qu'il possédait dans la culture injectée. J'ai répété l'expérience sur moi-même avec un culture de Bactériophage anti-typhique, CEli^va^vcc une culture de Bactériophage anti-staphylococcique : le résultat a toujours été le même. Cela vient confirmer en outre le fait, que j'ai observé à plusieurs reprises, qu'administré, soit par injection soit par ingestion, le Bactériophage passe peu de temps après dans l'intestin ; il s'élimine rapidement s'il ne s'y trouve pas en contact avec la bactérie vis-à-vis de laquelle il possède la virulence, ce qui est le cas en milieu indemne ; il s'y cultive au contraire et s'y maintient virulent s'il se trouve au contact de cette bactérie, ce qui, comme nous Tavons vu à plusieurs reprises, se

IMMUNISATION CONTRE LA DYSENTERIE 2 I l

produit en milieu contaminé, chez les animaux qui restent sains ou qui, atteints, ont guéri.

Après m'êlre assuré de l'innocuité de l'ingestion de cultures du Bactériophage anti-SniGA, j'en ai tenté Tadministration à titre curatif à des malades atteints de dysenterie bacillaire (i). Comme il s'agissait d'expériences, je me suis limité au traitement des seuls cas dans lesquels la nature de la maladie était prouvée par l'isolement du bacille pathogène et où, de plus, la virulence du Bactériophage intestinal était nulle vis-à-vis des divers bacilles dysentériques lors de l'administration de la culture du Bactériophage. Il est évident qu'en pratique courante il n'y aurait pas lieu de se préocuper de ces faits, étant surtout donné que l'administration de cultures du Bactériophage est toujours inoffensive.

Dans chacun des cas suivants. Tunique traitement institué a été l'ingestion de culture du Bactériophage.

Robert K. . ii ans Dysenterie de moyenne gravité : 5 à 7 selles sanglantes par jour

i^r août. Examen des selles : présence du Bacille dysentérique de Shigà^ Virulence du Bactériophage intestinal : coli -| — |-, Shiga o, Flexnkr o, Hiss o.

2 août, 10 heures : ingestion de 2 cm^ de culture du Çactériophage anti- Shig (25 jours après la lyse). 3 selles sanglantes au cours de Taprès-midi, une selle non sanglante dans la soirée..

3 août. I selle moulée.

Examen : absence du Bacille de Shiga. Virulence du Bactériophage intestinal ; Coli + + + +, Shiga +4-+-f-,FLEXNEi\ +++, Hiss +++. 8 août : Cou -\ — | — f-, Shiga -[-»• Flexner o, Hiss -j- . Le malade sort guéri de l'hôpital le 9 août.

(i) Expériences réalisées avec la collaboration de M. Nadal, dans le Service (lu Pr. HuTiKEL, à l'Hôpital des Enfants Malades.

Des essais ont été également tentés dans la diarrhée toxique des nourrissons : je n'en parlerai pas car je ne suis pas encore arrivé à une conclusion : il existe ici une difficulté spéciale car la bactérie pathogène n'est pas encore connue; il s'agit tout d'abord de la déterminer avant de pouvoir isoler et cultiver une souche active du Bactériophage qui puisse être utilisée à titre curatif. Il est même vraisemblable qu'il existe non pas une, mais des diarrhées des nourissons causées par des bactéries différentes (ce qui résulterait d'ailleurs également des recherches effectuées depuis plusieurs années par Nobégourt). La solution du problème n'est pas impossible, mais il faudrait administrer au nourrisson atteint un mélange de cultures des diverses souches du Bactériophage, actives vis-à-vis des diverses bactéries susceptibles de provoquer la diarrhée. On conçoit que dans de telles conditions les recherches soient fort longues.

^12 LE BACreRIOPHAGE

André B. . . , io ans. Dyseoterie de moycnoe gravité. Du 25 au 29 août inclus de 9 à II seUes sanglantes par jour.

28 août : examen des selles, présence du bacille de Shiga. Bactériophage intestinal : Coli -{-, Shiga o^ Flexner o, Hiss o.

29 août à 16 heures : ingestion de 2 cm' de culture du Bactériophage aqli- Shiga (2 mois après la lyse).

30 août : i selle sanglante le matin puis 5 selles non sanglantes Vaprèsmidi et durant la nuit.

Si août : 3 selles liquides non sanglantes.

Examen : absence de bacilles de Shiga. Virulence du Bactériophage intestinal : Coli 4-f-f.4-, Flexner ++, Hiss +++, Shiga ++++. 1^^ septembre : i selle liquide non sanglante.

2 septembre : i selle liquide non sanglante.

3 septembre : i sell« moulée.

Bactériophage intestinal : Coli + + +? Shiga ++++, Flexner +-l--f, Hiss +•

8 septembre. Bactériophage intestinal : Coli ++, Shiga o, Flexner o, Hiss +.

Sort de l'hôpital le 9 septembre.

AoBERT D,..,*i2 ans. Dysenterie très grave avec vomissements, sueurs froides, refroidissement des extrémités ; selles incoercibles et incomptables.

8 septembre : selles incomptables^ fétides, purulentes, avec stries sanglantes. Examen : présence de bacilles de Shiga (environ i colonie sur 10 sur les plaques d'isolement).

Virulence du Bactériophage : Coli o, Shiga o, Flexner o, Hiss o.

9 septembre : ingestion à 11 heures de 2 cm^ de culture du Bactériophage (3 mois et demi après la lyse).

Dans l'après-midi et la nuit, selles un peu moins nombreuses, mais présentant le même aspect.

10 septembre : 6 selles liquides non sanglantes.

Examen : absence de bacilles de Shiga. Bactériophage intestinal : Coli ++++, Shiga + + +.+ , Flexner +++-f , Hiss +++.

11 septembre : 2 selles moulées normales.

Sort de l'hôpital le 20 septembre.

Julien D. . . 3 ans 1/2, dyseaterie très grave ; très mauvais état général. Une sceur âgée de 2 ans 1/2 est morte à domicile de dysenterie le 8 septembre.

'Du II au 1 3 septembre, selles sanglantes incomptabies.

i3 septembre (entrée ^à l'hôpital). Examen : présence du Bacille de Shiga {très abondaint, environ 4 colonies sur 5 sur les plaqrues d'isolement) Baoiépiophage intestin»! : Coli o, Shiga o, Flexner o, Hiss o.

i3 septembre à 17 heures, ingestion de 2 cm^ de cultuveéu Bactériophage (ï5 jours après la lyse).

i4 septembre : 6 selles sanglantes. Bactériophage intestiisal : Coli +++, Shiga H — [— f-, Flexner ++^ Hiss +.

i5 septembre : i selle sanglante, 5 selles non sanglantes.

Examen : abseneedu Bacille de Shiga. Bactériopbage inte&iînal Coti +-h+-f ^ Shiga ++++, Flexner +++, Hiss +++.

i6 septembre : 4 selles non sanglantes. Bactériophage intestinal ; GoLi -I-+++, Shiga +++ + , Flexner +-}-, Hiss +++.

ry septembre : i selle liqujde, 2 selles moulées. Bactérîophage intestinal : Go)i -{—{-++. Shiga ++++, Flexner ++, Hiss +.

18 septembre : 2 selles moulées. Bactériophage intestinal : coH -j — | — | — |-, Shiga -| — \ — | — f-, Flexner +, Hiss -| — f-. *

Sortie de Thôpital le 26 septembre ; ce jour là, la recherche de la virulence du Bactériophage donne : Coli -\ — | — |-, Shiga o, Flexner o, Hiss +•

Emile D..., 7 ans 1/2, frère du précédent. I>ysenterie grave. Les 11 et 12 septembre : 20 a 25 selles liquides, fétides non sanglantes.

12 septembre. Examen des selles ; bacilles de Shiga très abondants. Bactériophage intestinal : Coli o, Shiga o, Flexner o, Hiss o.

i3 septembre : 25 selles sanglantes, à 17 heures ingère 2 cm' de culture du Bactériophage (6 mois 1/2 après la lyse).

i4 septembre : 4 selles sanglantes dans la matinée, 2 selles non sanglantes Taprès-midi. Examen d'une de ces dernières : absence du Bacille de Shiga. Virulence du Bactériophage intestinal : Coli -\ — | — | — |-, Shiga +-| — | — j-, Flexner + +, Hiss +-I-+.

i5 septembre : 5 selles non sanglantes.

16, 17, 18 septembre : 3 à 4 selles non sanglantes par jour.

19 septembre : 2 selles moulées.

Sort de Thôpital le 28 septembre.

Dans tous ces cas Tëtat général a toujours coïncidé avec la gravité des symptômes intestinaux.

Deux autres cas de dysenterie à Bacille de Shiga, traités de la même manière, mais en dehors de l'hôpital, m'ont fourni un résultat semblable : cessation des selles sanglantes avec amélioration parallèle de l'état général dans les 24 heures suivant l'administration de la culture du Bactériophage anti-SniGA.

11 est évident que sept cas ne sont pas suffisants pour constituer une preuve absolue en faveur du traitement spécifique de la dysenterie bacillaire au moyen de la culture du Bactériophage anttidysentérique ; ils suffisent toutefois pour montrer que 1 ingestion de cultures du Bactériophage virulent pour la bactérie en cause est aussi inofFensif pour le malade que pour l'homme sain, que le Bactériophage ingéré franchit les premières voies digestives chez l'homme aussi bien que chez l'animal et passe, après peu d^heures, dans l'intestin où il se cultive aux dépens des bactéries vis-à-vis desquelles il est virulent. Ces sept cas acquièrent d'ailleurs une signification du fait que les cultures du Bactériophage enrayent

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également la maladie dans le cas de la typhose aviaire, comme il résulte des expériences qui ont été exposées, expériences portant sur une centaine de cas.

Tous ces faits autorisent les cliniciens à poursuivre les expériences de traitement sur une plus grande échelle, tant dans la dysenterie bacillaire que dans les autres maladies infectieuses humaines pour lesquelles j'ai jusqu'ici isolé des souches du Bactériophage actives vis-à-vis de bactéries pathogènes ; fièvre typhoïde et paratyphoïdes et peste bubonique.

Qu'elle que soit d'ailleurs la maladie considérée, l'isolement d'une souche active du Bactériophage vis-à-vis de la bactérie pathogène est aisé, du moment qu'il s'agit d'une maladie aiguë dont la bactérie est connue et cultivable : il suffit d'appliquer les principes qui ont été développés au cours de cet ouvrage.

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