V. HUGHES
Lettre de M. de Suffren à H. de Belle , sur le combat du 3 septembre 1782.
J'ai reçu, Monsieur , les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire par le Convoi et par le Columbo. J'accepte avec plaisir l'honneur que vous voulez bien me faire de faire baptiser votre enfant ; vous n'avez qu'à choisir la commère, même les noms, si vous ne voulez pas
donner les miens. Je vous envoie la lettre pour le ministre ; je désire qu'U y ait égard. Il y aurait une place qui vous aurait bien convenu, c'eût été d'être auprès de M. de Bussy, pour l'éclairer sur les objets de marine» mais ce qui m'a empêché de le proposer , c'est la crainte que les gens qui l'entourent ne vous eussent donné des désagréments qui auraient retombé sur moi.
Je vous suis bien obligé de ce que vous me dites du combat du 3 septembre ; la seule ressemblance qu'a cette affaire avec celle du 17 février, c'est qu'on ne s'est pas plus soucié de se battre à l'une qu'à l'autre. Voici le fait : c'est que depuis six heures jusqu'à trois, on n'a pu se mettre en ligne. Enfin, à cette heure là étant venu à bout de faire passer de l'avant les charrettes telles que le Sévère et le Brillant, la ligne passablement formée à grande portée du canon anglais, je fis signal d'arriver et tirai un coup de canon pour le faire remarquer ; le feu partit des deux lignes. Comme je ne voulais commencer que de très-près, pour réparer cette erreur, je pris l6 vent, fis cesser le feu et fis sur le champ signal de s'approcher à portée de pistolet, et j'exécutai le signal. Tous, oui, tous pouvaient en faire autant. Vlllustre, marchant passablement, VAjaœ, mal, se sont mis en ligne ; tous, oui, tous ont pu en faire autant ; ils ne l'ont point fait ou point voulu. M. de la Landelle dit qu'il a parcouru toute la ligne : pourquoi quitta-t-il son poste ? VAnnibal , en panne au vent à moi, etc. Je crois qu'une source de leur mauvaise manœuvre, c'est qu'ils ont cru qiieles Anglais , qui couraient à dix et même à douze aires de vent , étaient au plus près , qu'ils n'ont pas vu que , quoique avec le grand hunier sur le mât, je gouvernais et faisais grand chemin , et qu'eux ont mis en panne la barre sous le vent. C'est la plus lâche des défections. Les Anglais leur ont bien rendu justice : il faut voir la Gazette de Calcutta, qui dit, dans un article, que j'ai été fort mal
secondé ; dans un autre, que le commodore et sept autres vaisseaux ont eu peu ou point de part à l'action ; dans un troisième, que j'ai été obligé de casser sept capitaines; dans im quatrième, que, quoique trois vaisseaux tirassent sur moi, j'ai toujours fait un feu très vif. C'est assez parler d'ime affaire sur laquelle ces Messieurs devraient avoir la pudeur de ne rien dire. Nous pouvions détruire M. Hughes et rester les maîtres de l'Inde. Dieu le leur pardoime 1
Je suis inconsolable du parti que l'on a pris pour V Alexandre ; il semble qu'un vaisseau, pour venir dans l'Inde , ne doit pas être examiné rigoureusement comme pour croiser sur le cap Clark ou Ouessant. Les Anglais ont dix-sept vaisseaux plus forts que nos quinze, et sûrement mieux commandés. Si vous partez pour Finance , tâchez de revenir avec un vaisseau ou une place agréable.
Agréez , je vous prie , l'assurance du respectueux attachement avec lequel j 'ai l'honneur d'être , Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Le chevaUer de SUFFREN.
(28 Avril 1788). (Letlre confidentielle).
Lettre de M. le Marquis de Castries à H. le Bailli de Suffren.
Versailles, 6 Avril 1788.
N'ayant eu, Monsieur, aucune nouvelle de M. de Bussy depuis le mois de juillet de l'année dernière, et plusieurs avis remis indirectement, me donnant les plus vives inquiétudes sur le dépérissement de sa santé, j'ai cru devoir prendre les ordres du Roi , pour le cas ou mon dit sieur de Bussy serait mort, ou viendrait à manquer avant
l'exécution du traité définitif, S. M. a senti la nécessité d'y pourvoir et de prévenir les inconvénients qui pourraient résulter du partage de l'autorité , et jugeant ne pouvoir mieux placer sa confiance qu'entre vos mains, au défaut de M. deBussy, elle vous donne le commandement en chef de ses forces et de ses établissements au-delà du Cap de Bonne-Espérance, avec les mêmes pleins pouvoirs qu'elle avait accordés à mondit sieur de Bussy.
Et elle ordonne que ledit cas prévu arrivant , vous soyez reconnu, par qui il appartiendra, comme commandant en chef, sans autre ordre de sa part que la présente lettre.
J'enverrai , par la frégate du Roi, la Surveillante , les ordres de S. M. à ce sujet, à l'Ile-de-France et au Cap de Bonne-Espérance.
{Archives de la Marine).
Brevet du 1"' Mars 1780.
Le 1"' Mars 1780, le Roi a accordé à M. le Commandeur de Suffren , capitaine de vaisseau , une pension de quinze cents livres, pour lui marquer sa satisfaction du zèle et de l'activité qu'il a apportés à remplir diverses missions particulières, commandant le vaisseau le Fawia^çwe , de l'escadre de M. le comte d'Estaing , ainsi que de la bravoure et de l'habileté dont il a donné des preuves dans les combats qu'il a eu à soutenir, et particulièrement dans celui de la Grenade, où il était chef de file de cette escadre.
Cette grâce aura lieu à compter dudit jour 1" mars.
BLOUIN.
(Archives de la Marine)*
4 Avril 1784.
Le Roi a jugé à propos de créer une quatrième charge de vice-amiral , en faveur de M. le Bailli de Suffren, Saint-Tropès, ladite charge devant rester supprimée après lui.
Pour extrait de la décision de Sa Majesté.
BLOUm.
(Archives de la Marine).
Nous trouvons encore aux archives de la Marine , dossier de M. de Suffren , une série de lettres.
Sous les numéros 1 et 2, nous trouvons le mémoire de M. de Suffren pour l'obtention du grade de Maréchal.
La lettre n" 4 est datée du 8 mars 1782, Suffren demande des officiers de santé et de l'argent pour son escadre qui en est dépourvue.
Le n" 4 a trait à des demandes de rechanges pour être en état de doubler le Gap de Bonne-Espérance.
Le n* 82 est un ordre donné à bord du Héros, le 21 février 1782, à M. de Salvert, commandant la Fine.
La lettre 53 contient les plaintes de M. de MaurvUle, à M. de Salvert, relatives à la façon dont l'accueillit le commandeur après sa défection.
Le n* 14, est un ordre à la frégate la Fine, Suffren l'envoie à Goudeloure débarquer les malades et de là établir sa croisière devant Madras et Tranquebar, 12 juin 1782.