DEUXIEME VISION
L'intérieur de la maison de Laïs.
Une salle dont le fond donne sur une cour intérieure entoure'e de colonnades et ombragée par un vélum. Un jet d'eau chante au milieu. Au fond de cette cour, entre deux Hermès, on aperçoit la porte prijicipale de la maison.
Chaises, tables, arbustes fleuris. Dans une niche, une petite statue d' Aphrodite.
5 Le Baisfr
Lais — claire tuîiiqiie de se'rique chatoyante — nous apparaît entoure'e de ses fetnmes: essaifn jaseur et bruyant, au plumage multicolore. Laïs, assise, sumeille nonchalamment les jeunes courtisanes occupées à de'corer la salle.
Arètè, une vieille servante de confiance, se tient agenouille'e sjir un coussin aux pieds de sa maîtresse.
LAÏS, à ses femmes Surtout, beaucoup de fleurs! Cachez sous des pétales De roses et de lys le marbre de ces dalles! Les esclaves ont-ils rempli le réservoir? Ce jet d'eau ne doit pas s'arrêter!
[A une courtisane^
Allez voir!
{A Arètè.) La pourpre des coussins me semble un peu fanée!
C'est impossible! Ils sont tout neufs de cette année!
LAÏS
Ce marchand de Karthage est un voleur! Tais-toi!
Je sais ce que je dis, Arètè! — Puis, pourquoi Ce vélum reste-t-il fermé? C'est ridicule! Il empêche le vent de mer du crépuscule De purifier l'air! Rien ne sera donc prêt! Surtout que le jet d'eau marche bien, sans arrêt! Il aime la fraîcheur par-dessus toutes choses! Des fleurs ici, partout! N'épargnez pas les roses! Vous devriez savoir, depuis trois mois qu'il vient, Et tout ce qui déplaît et tout ce qui convient A Démosthènes!
(On tire le vélum)
Bien! C'est mieux! On voit l'Hymette Qui revêt pour le soir sa robe violette! Arètè! venez donc! Je dois vous dire encor,.. Ah! oui! — Vous placerez ici les flambeaux d'or, Les grands, que m'envoya le Tyran de Corcyre! Et que les torches soient de la plus belle cire!
[Elle va pour sortir, puis, se ravisant, elle prend Arètè à l'écart et lui dit tout bas:) Ah! j'allais oublier! Dites à Théoris, Que des sourires, des regards, par moi surpris, Me déplaisent profondément! — Qu'elle se mette Moins de rouge et de fard!
(Haut.)
Je ne serai pas prête!
(A une coiirtisane, dans le fond) Le Gnomon marque-t-il?
RHODEÏA, dans le fond
Le soleil est couché!
LAïS, à Arèiè Qu'elle ne prenne plus son petit air penché, Et montre moins ses bras en jouant de la flûte!
{Elle sort.)
THÉANO, jetant ses fleurs Ouf!
RHODEÏA, se laissant tomber sur un siège Ouf!
ARÈTÈ
Ah! mes enfants, mes enfants, quelle chute! Laïs, — qui l'eût pensé! — Laïs, qui méprisa Tant d'éphèbes charmants et beaux, et qui brisa Tant de cœurs, sans jamais permettre qu'en échange On effleurât le sien! Laïs, retour étrange! Cette même Laïs, la voilà, maintenant, Éprise follement... d'un vieillard!
THÉANO
Étonnant !
RHODEÏA
Et triste! Car, enfin, l'on n'est plus courtisanes!
Autrefois l'on voyait passer sous les platanes
Du porche, incessamment, un flot toujours changeant
D'amis, de visiteurs...
thÉano, soupirant Plus d'amour!
arÈtè, soupirant
Plus d'argent!
RHODEÏA
Depuis qu'à ce seul homme elle a donné sa vie, Depuis qu'à son caprice elle s'est asservie, La porte reste close, et notre seul emploi...
THÉORlS, qui est entrée depuis un instant Est de jouer des airs de flûte, pour son roi!
THÉANO
De mimer devant lui des danses...
RHODEÏA, l'interrompant
Oh!... Pudiques!...
ARÈTÈ
D'essayer à Laïs de nouvelles tuniques!
RHODEÏA
Ou de semer de fleurs les sublimes pavés Que «ses» pas fouleront!
THEANO
Est-ce que vous savez Comment cela lui prit, à la pauvre maîtresse, Cette... faiblesse?
RHODEÏA
Non!