AUGUSTE, M™« DE REVEL
AUGUSTE
Vous êtes fScliee, Mademoiselle?. . . Je vous aicle'raage'e, sans doute?
M™« DE REVEL
Dérange'e ! que voulez-vous dire?
AUGUSTE
Rien Mon arrive'e subite, le trouble oii je vous
vois . . .
M™^ DE KEVEL.
Eh! qui ne serait pas troublé? ia familiarité de ce jeune homme me devenait fort désagréable, et je vous remercie de m'en avoir délivrée . . . Mais il est parti , et je ne veux pas vous empêcher de retourner dans le bal.
AUGUSTE
Ciiacun cherche le plaisir à sa manière , moi je n'aime à danser qu'avec vous.
Monsieur, je vous en prie, plus de ces enfantillages qui commencent à me fatiguer.
AUGUSTE
C'est que vous dansp/, fort bien , et vous valsez surtout avec une légèreté. . . C'est si rare, tmc bonne valseuse!
M™" DE REVEL
Je le crois; il est difficile de l'être, quand on n'a pour musique qu'une clarinette barbare , et un cor de chasse qui fait frémir.
AUGUSTE
Eh bien I voilà ce qui m'amuse. . . Et vous même, vous avez ri de bon coeur plusieurs fois.
M™'^ DE REVEL
J'ai ri, parce que je vous voyais rire. . . Vous faisiez des plaisanteries sur tout le monde; Le Bal,
AUGtJSTE.
Moi? Mais c'est voos, au contraire, qui avez tout critiqué avec une malice. . .
m"^" de revel.
Il faut bien s'occuper; et puis le moyen de tenir son sérieux, quand on a pour vis-à-vis M. Crochard, l'homme du monde qui danse le plus vite et le plus haut.. Il embrouille toutes les figures, et avec cela une pantomime si originale... Il est fort drôle.
AUGUSTE
Vous voyez que vous n'épargnez personne, et si vous osiez me dire ce que vous pensez de moi. , .
M™^ DE REVEL
Oh! vous, c'est différent, je n'y pense pas; d'ailleurs vous avez des manières qui annoncent une certaine éducation. . .
AUGUSTE
Oui , je sais lire et écrire , snns parler d'autres petits talens; c'est ce qui me donne un peu de confiance. . . Et franchement je commence à croire que je ne vous déplais pas trop.
M™^ DE REVEL
Ah I. . . vous ne manquez pas d'amour-propre.
AUGUSTE
Si je n'en avais pas, cela suffirait pour m'en donner.
M™« DE REVEL
Vous VOUS trompez bien, je vous assure.
AUGUSTE
Permettez , j'ai des preuves.
Air cCAmèdée de Beavplan,
Non , non , ce n'est point une erreur , Eu valsant avec vous , ma chère, Votre regard était sëvère ; Mais sous ma main , avec mystère, J'ai senti battre votre cœur.
Je ne crois plus à vos refus ; Jamais , nu* disiez-vous saiiS cesse , Vous n'obtiendrez de ma faiblesse iVIon bouquet, gage de tendresse,
( Montrant le bouquet qu'il tenait caché. )
Et pourtant vous ne l'avez plus !
M™® DE REVEL
C'en est assez, monsienr, il faut nous séparer; et le plus tôt sera le mieux . . . Heureusement la soirée s'avance. . . retournez avec vos amis. . . et jusqu'à la lin tki bal. . , pas un regard, pas une parole, je vous en prie.
AUGUSTB.
Quoi ! Pauline , vous me défendez même . . .
M™^ DE REVEL
Laissez-moi, je le veux, je l'exige.
AUGrSTE.
J'obéis. . ,{ A part.) Je saurai la retrouver plus tard.
( // rentre dans le bal. )
SCErVE XVll.
LES MÊMES, M"^'^ CAGIN.
M™« CAGIN, accourant.
Madame ! madame. . . vous pouvez vous en aller, maintenant si vous voulez.
M™® DE REVEL
Comment?
M™" CAGIN.
J'ai retrouvé mon autre clef.
Ail î déjà!... quel bonheur!
M™^ CAGIN.
Eh! bien , madame, que décidez-vous ^
M"« DE REVEL
Partons, partons à Tiustant. . . Cependant il doit <*tre bien tard.
M™" CAGIN.
C'est égal, il sera facile de trouver encore un fiacre dans le quartier.
M™« DE REVEL
V^ous avez raison , ayez la bouté d'envoyer chercher une voiture.
W™^ CAGIÎf.
Olympe vous accompagnera, je vais l'appeler. Justement la voici •••
scÈrvE XVIII.
M°^« CAGIN , M'^^ DE REVEL , OLYMPE, puis CROCHARD, et deux ou trois ouvrières,
OLYMPE, entrant.
Ma Kièrel ma mère I INI. Crochard vient de trouver une lettre dans le ba].. . Je ne sais pas ce que c'est, mais il est furieux; il dit qu'avant d^cclater il veut se consulter avec vous. Tenez , le voilà.
CROCHARD 5 entrant avec madame Robinot et les autres. Par ici , vous autres. . . et de la prudence.
M™® CAGIN.
Qu'est-ce qu'il y a donc, monsieur Crochard? encore quelque farce que vous voulez faire?
CROCHARD
Des farces I il s'agit bien de farces . . . lorsque nous courrons tous le plus grand danger.
M™« CAGIN.
Ah ! mon dieu , vous m'effrayez I . . .
CROCHARD
Ce n'est pas sans raison , madame Cagio. . . Voyez ce billet. . . tenez, regardez. . . Préfecture de police, (jllif.) ce Mon cher ami, viens demain mafin au bureau des affaires » secrètes, je le remettrai le papier en question. « Il est clair qu'on ne peut écrire ça qu'à un . . . D'abord, moi , je l'avais devine rien qu'à sa figure et à sa manière de danser...
M»^* CAGIX.
Mais que voulez-vous dire? Expliquez-vous donc.
CROCHARD
Puisque je vous dis que c'en est un.
M*"^ CAGIN.
Un quoi?
crochard.
Ce n'est pas un quoi. . . c'est un nioucliartl. . . c'est e'vîdent.
TOUS
Un mouchard î
CROCHARD
Taisez-vous donc. ... on ne crie pas ça si haut. On dit tout bas. . . nu moucliard. . .
M™" CAGIN.
Un mouchard ici, le connnissez-vous?. . . savcz-vous son nom?
CROCHARD
Parbleu ! le beau coleur , M. Auguste.
M™" DE REVEL
AllI
CROCHARD
Qu'avez-vons donc, inte'ressante Pauline? est-ce que par hasard vous auriez tenu devant lui (ies propos reprehensibles ? Et vous, mes amis, n'auriez->ous pas commis d imprudences dans le même genre ?
OLYMPE
Moi 1. . . Je me suis plaint que les rues étaient snles.
CROCHARD
Ah! ma chTre amie, vous avez dit que les rues étaient sales , vous êtes propre , vous vousêles compromise , grand dieu! et moi je me rappelle mnintenaiit : T.nUot eu sa présence... j'ai chante' un couplet sur la cUauibre des députes. .. Je suis un homme perdu î
OLYMPE
Le voilà , le voilà , il vient de en côté.
M™* DE REVEL
De grâce... madame Cagin , déptchcz-vous i\c me f.iire sortir d'ici.
M™' CAGIN.
Olympe, on allcnd.uit, conduis m.id.imc i!.»ns l,i chandjrc.
TOUS
Air de Fra Dlauolo.
Laissons le faire 9 Il va venir , Et ce mystère Va s'ëclaircir.
^Bis,
( Madame de Revel et Olympe sortent par la droite. Les autres rentrent dans le bal , après qu^ Auguste est venu en scène. )