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FIANCÉE DU BRIGAND DE RIES. OUVERTURE DU ROI DES

GÉNIES DE WEBER. CREDO DE M. CHERUBINI. 26 février 1833.

Lorsque quelques artistes pleins de zèle , de patience et d'ardeur, a la tète desquels il faut placer M. Habeneck, conçurent l'idée, il y a plusieurs années, de fonder la Société des concerts pour nous initier a l'intelligence des grandes compositions allemandes, il se fit en France une révolution dans le monde musical, et ce fut pour l'art, même pour l'art considéré en général , une époque de réveil et de progrès. On commença a comprendre ce qu'un instinct du vrai et du beau avait fait pressentir déjà, que l'art n'est pas une chose isolée, indépendante des lois de l'humanité, une chose de convention, de fantaisie et de caprice, une chose de

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délassement et de loisir, un passe-temps dont la frivolité était le principe, le talent le moyen , et le plaisir le but, mais au contraire l'expression sincère et vraie de l'homme et de la nature , et qu'il devait obéir aux lois générales de l'humanité en même temps qu'il en suivait les développemens.

Alors le moment fut venu d'émanciper l'art de cet état d'enfance et de servage dans lequel il avait trop long-temps été retenu , de le débarrasser de ses lisières et des langes dans lesquels on l'avait emmaillotté, de briser les joujoux, les hochets qu'on lui avait mis entre les mains, de débarbouiller son visage de fard et de lui dire : Tu es homme enfin ! prends une allure posée et fière ; sois libre, sois hardi , marche !

Aujourd'hui que cela est fait, il est temps que la critique s'élève au point où l'art est parvenu. Il est temps qu'elle abjure ce petit bavardage superficiel , ce ton puérilement prétentieux et guindé , ces minauderies dédaigneuses ou grimaçantes , et qu'elle se fasse large et grave , quand il s'agit des œuvres du génie et des inspirations de la conscience. Nous savons a quel point ce langage semble contraster avec les formes légères qu'on est convenu d'employer dans le feuilleton , mais ce n'est pas au moment où nous venons d'être transporté dans les plus hautes régions de la poésie par

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lesaeccns de Beethoven et de "Wcber, au moment où le sublime orchestre du Conservatoire vient de nous communiquer quelques étincelles de ce mens dwinior dont il est embrasé , et a fait passer dans notre aine l'ivresse de l'enthousiasme à l'audition des merveilles du génie , que nous nous sentirions la présomption de vouloir plaire par nous-mêmes et le courage de le tenter. Mieux vaudrait nous taire. Ce serait profaner l'art , qui est chose sainte a nos yeux , puisqu'il découle de Dieu comme tout ce qui est vrai et beau.

C'est , on n'en peut douter , d'après des données semblables et sous ce point de vue que nous ne pouvons qu'indiquer ici, que les derniers grands compositeurs de l'Allemagne , Beethoven surtout, ont envisagé la musique. Expliquonsnous cependant. Est-ce a dire que ces musiciens se rendaient un compte bien net et bien distinct de l'alliance intime des idées religieuses et de l'art? Non, sans doute. Un poète , un artiste , n'est pas tenu d'être philosophe, et nous n'ignorons pas que de grands poètes et de grands artistes ont été incroyans. Mais au moins ils ont eu foi en leur art et l'humanité , et l'instinct du génie leur disait que ce qu'ils exprimaient avec leur art n'était autre chose que la vérité, je veux dire la peinture des sentimens, des joies , des douleurs de l'humanité

dont leur ame était l'écho. Chacun d'eux sentait comme le poète qui a dit :

Mon ame aux mille voix , que le Dieu que j'adore Mit au centre de tout comme un écho sonore.

Et ceci nous ramène aux symphonies de Beethoven, profondes et sublimes méditations d'une homme pour qui la musique était la pensée et l'orchestre la parole.

Son génie lui crie : Marche ! et le géant s'élance au grand étonnement de la foule qui se meut en bas, et qui , ne voyant pas où il pose le pied , s'imagine qu'il va se perdre dans les nuages. Je conçois trèsbien qu'on ait pu dire que Beethoven sortait des limites de l'art, parce qu'on ne s'était pas aperçu qu'il les avait prodigieusement reculées. Sans doute , Haydn et Mozart ont composé d'admirables symphonies, et ces chefs-d'œuvre, pour ceux qui resserrent le génie dans les bornes que leur intelligence conçoit , sont la perfection classique. Haydn conduit son motif avec un art infini ; il tire du sujet le plus simple et de l'idée la plus vulgaire les développemens les plus riches ; et depuis les profondeurs de la science jusqu'aux aspérités du contrepoint, l'élégance, la lucidité ne l'abandonnent jamais. Rien de plus suave que

sos amiante , et les trésors les plus purs de l'harmonie se mêlent sans effort à ses mélodies ravissantes. Mozart, plus passionné, plus impétueux, plus sombre , sans avoir peut-être autant de clarté , a toutefois ennobli le motif principal des divers morceaux de la symphonie. Du reste, ni Haydn, ni Mozart ne se sont écartes du cercle d'idées fixé par l'école. Beethoven est arrivé : qu'a-t-il fait? Peut-être n'avait-il pas pénétré assez avant dans les mystères de la science , pour lutter avec de tels athlètes dans la même carrière , mais il avait assez de génie et d'audace pour en reculer les bornes. C'est une idée toute poétique , c'est une grande inspiration qui le domine et a laquelle il se livre tout entier. Il poursuit cette idée comme une divinité fantastique qui lui a apparu; il s'élève avec elle dans une région inconnue, où l'on respire l'air d'une autre atmosphère , et la on assiste a une conversation mystérieuse, parmi des ombres et des fantômes. Il sommeille et s'endort parfois, mais son rêve est sublime.

Dans la symphonie exécutée dimanche dernier au Conservatoire , et qui est connue sous le nom de Pastorale, l'auteur n'a voulu peindre que des scènes champêtres. Mais encore ici, voyez quelle place il a su faire a la rêverie, a la mélancolie, à l'ame! Son poème n'est point fade comme une

idylle , d'une symétrie et d'une monotonie didactiques. Il a compris que la nature était un désert sans la présence de l'homme et sans l'idée de Dieu , et il a fait intervenir l'homme , la nature et Dieu tout ensemble. De ce double contact il a fait jaillir une source abondante de poésie, car la poésie est encore une chose intellectuelle. C'est qu'il est impossible , à moins que l'aine ne se soit refroidie au sein de l'homme, de n'entrevoir, dans la contemplation de l'univers , rien au-delà des limites matérielles. C'est qu'il est impossible que l'idée de l'infini ne s'empare pas de celui qui sent battre son cœur aux scènes de la nature. H y a dans l'homme, et surtout dans le poète , un désir ardent de connaître , de s'agrandir et d'aimer , qui le force quelquefois, malgré lui, à soulever un coin du voile derrière lequel une main divine se cache. Ainsi la présence invisible du Créateur de toutes choses devient sensible pour sa créature intelligente.

D'abord le musicien peint les impressions de calme que l'on éprouve a l'aspect de la campagne. Tout est gracieux, joyeux , riant , parfumé. C'est une ivresse de tous les sens , un chatouillement délicieux. On entend le chalumeau du pâtre, on voit les agneaux bondir en rhythmes inégaux et brisés. Le poète s'endort ou sommeille ensuite au

bord d'un ruisseau ; le murmure harmonieux de Tonde

Le plonge en une longue et douce rêverie.

Il ressent cette tristesse qui accompagne toujours les jouissances, même les plus pures, et qui est ellemême une jouissance. Il interroge la brise , les vents , les branches qui se balancent , les oiseaux qui chantent, et le bruit monotone du ruisseau lui répond toujours. Il continue sa marche , il arrive près d'une ferme ou d'un hameau. Il est témoin d'une fête villageoise. De jeunes filles sveltes, élégantes , dansent et folâtrent aux sons du hautbois et du cor. Puis arrivent de lourds paysans qui interrompent brutalement les jolies filles et gambadent en frappant le pavé avec leurs sabots de bois. On les prendrait pour des confrères de taliban. Les jeunes filles recommencent de leur côté, les paysans continuent de l'autre ; jusqu'à ce que l'orage qui survient tout a coup mette en fuite et paysans et jeunes filles et hautbois.

Le tonnerre en grondant roule dans rétendue.

L'éclair flamboie de temps en temps. La pluie commence, l'orage éclate, la tempête est déchaînée , les vents mugissent. La nature gémit , sup-

plie, haletante sous la main terrible qui la frappe. Elle est clans la détresse et la stupeur ; elle se croit menacée d'un cataclysme, d'un chaos ou du néant. Peu à peu cependant, les ténèbres se dissipent, la lumière renaît , les nuages fuient , les vents perdent haleine, et voila la nature qui tressaille d'allégresse, qui rend grâce à l'Etre des êtres , et entonne l'hymne de la réjouissance. C'est la prière du salut, le chant du bonheur. La nature bouleversée, défaillante, s'élève vers Dieu, réjouie et reconnaissante. Elle est redevenue la terre promise.

Nous croyons avoir fait suffisamment connaître la pensée qui domine dans cette merveilleuse symphonie. Néanmoins on nous saura gré d'emprunter a un grand critique , Frédéric de Schlégel , le compatriote et le contemporain de Beethoven , une page qui semble avoir été inspirée par cette œuvre sublime , bien qu'elle ait été écrite sous une inspiration toute différente. « Le poète, dit- » il, entre en contact avec la nature par le »> sentiment. Ce n'est pas seulement dans le chant » du rossignol , ou dans tout ce qui émeut chacun » de nous , mais aussi dans le bruit du torrent et » dans le frémissement des forêts, qu'il nous » semble entendre des accens de joie ou de tris- » tesse qui ne nous sont pas inconnus , comme si

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» des esprits et des sentimens semblables aux » nôtres voulaient pénétrer jusqu'à nous, et se » l'aire entendre de nous en brisant des entraves » pénibles et en franchissant de grandes distances. » C'est pour écouter ces accens , c'est pour com- •» prendre et pressentir l'ame de la nature , que » le poète cherche la solitude. Les doutes du sa- » vaut sur la question de savoir si la nature est a ainsi animée , ou si ce n'est qu'une illusion , » lui importent peu ; il suffit que ce sentiment et » ce pressentiment existent dans l'imagination et » dans le cœur de l'homme et du poète; et quand » bien même son regard pourrait percer les mys- » tères de la création , et apercevrait comment les » esprits de la nature opèrent dans ses secrets la- » boratoires , le poète ne voudrait ni n'oserait » soulever entièrement le voile bienfaisant qui les » cache. On ne rencontre chez les poètes grecs et » romains que de légères traces de ce dernier aperçu » de la nature, si plein de profondeur; on en » trouve davantage dans les anciens poètes du )> Nord , qui vivaient tout-a-fait dans le sentiment » de la nature. Mais tous ces tableaux ne peuvent » être présentés en poésie , séparés de l'homme. . . m Si on les en sépare, le tableau de l'univers, si » grand et si complet que la poésie doit mettre » sous les yeux , est morcelé , et l'harmonie per-

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» due ; et les effets , si grands lorsque le tableau » est présenté dans son ensemble , sont divisés et » tombent dans le mesquin. . . 1

Après la symphonie, Mlle Dorus a chanté avec le talent qu'on lui connaît l'air si beau et si difficile de Robin des Bois : Le calme se répand sur la nature entière. Ensuite MM. Tulou, Vogt , Henri , Dauprat et Buteux ont exécuté un charmant quintette de M. Reicha. Nommer ces artistes , c'est dire que ce morceau a été rendu dans la perfection. L'ouverture de la Fiancée du Brigand, de Ries , est pleine de nerf et de chaleur. Le chant intermédiaire ne manque ni de grâce ni de délicatesse, et la péroraison de cette symphonie est d'un bel effet ; mais l'introduction est trop coupée par de petites phrases vagues et écourtées. Quant a l'ouverture du Roi des génies, de Weber, jusqu'à ce jour inconnue en France, nous avouons n'en avoir pas saisi le plan. Le motif en est remarquable par la vigueur et l'originalité, mais la mélodie des trois mouvemens plus lents , intercalés dans cet allegro vif et fier , nous a paru commune. Cependant Weber ayant conçu ses ouvertures d'après une donnée toute nouvelle , en en faisant une sorte de programme poétique, un

' Histoire âe il liUc) attire.

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résumé dramatique de toutes les situations de la pièce, nous ne nous bâterons pas de prononcer définitivement sur sa symphonie.

De quelles idées pénibles et diverses n'est-on pas assailli lorsqu'on entend la musique d'église de M. Chérubini ? Combien il est regrettable de voir un talent si correct et si nerveux , qui tire un si grand parti des masses de voix et des effets de l'orchestre , si étranger à la véritable inspiration religieuse? à part le beau morceau Incarnatus est, le Passus et sepultus est , le Credo de M. Chérubini n'est qu'une œuvre musicale et rien de plus. On sent que tout cela est écrit à froid, que les paroles sacrées n'ont été pour le compositeur qu'un livret indifférent, un thème de commande. Pourquoi la conviction ne se rencontre-t-elle pas avec le génie? demandez au siècle. M. Chérubini est un de ces hommes qui ont le cœur dans la tête. Il y a cent fois plus de sentiment religieux et de foi dans la symphonie pastorale de Beethoven que dans toutes les messes de M. Chérubini. Aussi ce dernier n'aura fait en résultat que de l'admirable musique de chambre , mais de la musique d'église, point. Cela est triste a penser, surtout lorsqu'on considère la puissance d'un semblable talent.

Les concerts du Conservatoire, tel est aujourd'hui le foyer de l'art. Ce ne sont point des soi-

rées, ce sont des matinées. Ce n'est point un lieu de réunion et de causerie, c'est un sanctuaire où accourent l'écrivain, le peintre, tous les artistes sérieux. Entendez en sortant de la salle ces exclamations qui partent de tous côtés dans le vestibule ; remarquez l'émotion peinte sur tous les visages ; voyez ces jeunes aveugles qui se font conduire au temple de l'harmonie pour y oublier la privation de la vue et qui en reviennent avec cette autre mystérieuse vue de l'ouïe ! Maintenant l'Allemagne musicale est a nous, et tandis que nos jeunes littérateurs , MM. Edgard Quinet , Miclielet, Barchou, J.-J. Ampère, etc., etc. , sont obligés d'aller au-delà du Rhin chercher les inspirations scientifiques et philosophiques du peuple le plus éminemment artiste de la terre, nous, jeunes musiciens, nous retrouvons Vienne et Munich au Conservatoire de musique.

OUVERTCRE D EURYANTHE. CHOEUR D UTIUL. SYMPHONIE

CONCERTANTE POUR QUATRE VIOLONS DE MAURER. SYM- PHONIE HÉROÏQUE DE BEETHOVEN. Avril 1833.

Dimanche dernier, l'ordre habituel du programme a été interverti. La symphonie a été

conservée pour la fin. 11 est certain qu'après ces grandes compositions et cette exécution puissante et si vivement colorée, les morceaux secondaires devenaient maigres et pâles. La séance a commencé par l'ouverture à? Euryanthe , la plus sublime , à notre avis, des ouvertures de "Weber. Elle est d'une création plus forte , d'une conception plus profonde que celle de Freysckiitz ; elle a plus de grandeur que celle d'Oberon , laquelle d'ailleurs est et doit être d'un genre tout différent. Quelle magnifique préface pour un ouvrage comme celui d1 ' Einyanthe ! On peut dire que Weber fait entrer deux drames dans un opéra. Le drame vocal et instrumental , c'est l'opéra proprement dit ; le drame instrumental , c'est l'ouverture. Aucun compositeur ne l'a égalé sous ce rapport. Son svstème dramatique est le plus large qui ait été conçu jusqu'à ce jour, parce qu'il comporte les plus grands développemens de la voix humaine dans les chœurs et les ensembles, et les combinaisons les plus riches de l'instrumentation.

Nous avons presque renoncé à donner des éloges a l'orchestre du Conservatoire ; c'est s'exposer a des répétitions continuelles, sans apprendre rien de nouveau au lecteur. Mais son exécution est chaque fois si surprenante, si prodigieuse; on a beau la connaître , son effet est toujours si

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inattendu , elle est si foudroyante dans la peinture des passions violentes, si délicate, si veloutée dans toutes les nuances des sentimens calmes, si caressante dans la rêverie; elle est tour à tour si solennelle, si vive, si éblouissante, qu'on se demande si c'est le génie du musicien qui se révèle à l'orchestre, ou si c'est l'orchestre qui fait valoir l'œuvre du musicien. C'est l'un et l'autre , je pense. Dans le fait, M. Habeneck a Lien formé cet orchestre , mais c'est Weber et surtout Beethoven qui l'ont fait ce qu'il est, et M. Habeneck , c'est aussi Beethoven qui l'a fait ce qu'il est.

Mais voici un chœur de bardes et de guerriers, religieux , calme et mélancolique , c'est le chœur à'Uthal de Méhul. Il est soutenu par deux cors , deux flûtes , deux harpes qui semblent frémir parmi des tombeaux ou sur le bord d'un lac. La ritournelle en tierces des flûtes monte et redescend amoureusement comme une vague harmonieuse, ou plutôt comme un flux et reflux qui ramène le même chant pour le second couplet. C'est là, je l'imagine , une harmonie semblable a celles que, après lord Byron , l'auteur du Pianto a entendu murmurer la nuit par de pauvres gondoliers sur la mer de Venise.

Aussi , lorsque le soir un chant mélancolique , Un beau chant alterné par une flûte antique ,

S'en vient saisir votre ame et vous monter aux cieux , Vous pensez que ce chant , cet air mélodieux , Est le reflet naïf de quelque ame plaintive, Qui , ne pouvant le jour, dans la ville craintive , Epancher à loisir tous ses tristes ennuis , Par la douceur de Tair et la beauté des nuits , S'abandonne sans peine à la musique folle, Et , la rame à la main , doucement se console. Alors , penchant la tête , et pour mieux écouter, Vous regardez les flots qui viennent de chanter ; Puis passe la gondole , et sur les vagues brunes , Son flambeau luit et meurt au milieu des lagunes ; Et vous , toujours tourné vers le point lumineux , Le cœur toujours rempli de ces chants savoureux Qui surnagent encor sur la vague aplanie , *,

Vous demandez quelle est cette lente harmonie , Et vers quels bords lointains fuit ce concert charmant.

Il faut avouer qu'après l'impression laissée par l'ouverture à'Euryanthe, et les chants de Selma, la symphonie concertante de Maurer pour quatre violons, et la fantaisie de M. Vogt pour le hautbois , ont produit un effet mesquin. La symphonie concertante a été rendue avec une rare perfection par MM. Tilmant, Urhan, Claudel et Cherblanc. 11 v a beaucoup d'artifice et d'habileté dans la manière dont les motifs sont distribués et répartis entre les quatre instrumens. Mais le compositeur a été obligé presque constamment de quadrupler les traits, ce qui rend sa symphonie démesurément longue. Le défaut si commun aux virtuoses qui

n'écrivent que pour leur instrument favori , s'y fait sentir à chaque pas. On s'imagine qu'il prépare la péroraison finale , nullement ; il vous jette dans une modulation nouvelle pour faire recommencer la lutte des quatre violons qui donnent au public une véritable représentation d'escrime musicale.

Je saute vingt feuillets pour en trouver la fin , Et je me sauve à peine au travers du jardin.

Après la fantaisie de M. Vogt est venue la bénédiction des drapeaux du Siège de Corinthe , grande et belle scène qui a besoin néanmoins de tout l'appareil théâtral pour produire son effet. Les souvenirs du public ont suppléé a cet accessoire , et ce morceau a été vivement applaudi ; il est vrai qu'il y a dans la strette finale , dans le rhythme fier et rapide de cette basse en doubles gammes attaquée par les instrumens a cuivre, cette verve et cette puissance d'entraînement irrésistible que personne mieux que Rossini ne sait communiquer aux masses. Les chants cessent, la foule des guerriers se précipitent, enseignes déployées, vers les remparts. On n'entend plus que le rhythme de la marche militaire qui s'éloigne tandis que les troupes montent a l'assaut.

Quel moment magique que celui qui précède une symphonie de Beethoven ; l'orchestre est la qui attend, haletant, immobile, le signal de son chef. Un tressaillement prolongé parcourt toute la salle et vient s'éteindre dans un recueillement solennel. Quel est cet être extraordinaire qui fait naître dans le même moment le même sentiment dans une foule de quinze cents personnes ! quelle est cette puissance qui fait de cette foule , de cet être collectif un seul être, et lui communique non-seulement une même pensée , mais encore la même série d'émotions et d'impressions! Il me semble assister a cette assemblée dans le palais de la reine de Tyr, au moment où , au sortir du festin antique , après qu'Iotas a chanté sur sa harpe d'or le grand Atlas, la lune errante, les courses du soleil, tous les convives s'inclinent pour écouter l'histoire des voyages et des malheurs d'Enée.

Conticucre omnes, intentique...

La symphonie héroïque, celle qui a été exécutée dimanche dernier , avait été commencée sous le consulat; elle avait pour titre ce seul mot Napoléon. Beethoven y travaillait un matin lorsque son élève Ries entre chez lui un journal a la main et lui annonce que Bonaparte vient de se

faire proclamer empereur. Beethoven , pétrifié par cette nouvelle, demeure un instant absorbé dans ses pensées, puis il s'écrie: «Allons, c'est un ambitieux comme tous les autres , » et il substitua à son titre ces mots italiens : Simfonia eroïca composta per festiggiure il sovenire di un grand" uomo , voulant dire qu'au lieu d'un chant de victoire il allait faire un chant de deuil , parce que pour lui son Napoléon était mort1. En effet, cette symphonie est une sublime et mélancolique épopée, où l'on voit que le poète a tour a tour été inspiré par les exploits de son héros et par cette tristesse poignante qu'il éprouve à l'idée de son ambition, Il se livre tantôt a des accès de fureur, tantôt a une sombre rêverie.

Ce combat de divers sentimens énergiques qui luttent dans son arae remplit le premier allegro. Il y a ici de ces accens tels qu'il en échappe a Job et a Jérémie. L' adagio est une véritable marche funèbre , comme celle que le compositeur a écrite sur la mort d'un héros et qui fait partie de ses œuvres pour le piano. Lés violons murmurent un chant grave et large , accompagné par le rhythme voilé des basses. Ce chant passe aux

' Voir la biographie de Beethoven dans le Correspondant du M août 1823.

instrumens a vent et prend une expression plus plaintive ; suit un majeur comme une pensée consolante. Le premier motif revient ensuite , mais il reparaît plus agité ; le poète a le cœur gonflé Je soupirs, il est suffoqué par les larmes ', sa pensée ne s'explique plus que par des élans douloureux. Sou ame s'épanche en une longue lamentation; il s'affaisse bientôt; sa voix s'éteint, et ses lèvres bégaient a peine sa phrase entrecoupée plusieurs fois et qu'il achève en succombant.

Il se relevé noble et fier, mais pourtant triste dans le scherzo, comme un homme qui sort d'un abattement profond et prend son parti avec une courageuse résignation. Sa marche est vive , animée, heureusement accidentée par les contrastes d'une harmonie colorée et pittoresque. Les cors jettent leurs accords pleins de rondeur et d'éclat au milieu de ce mouvement rapide qui se termine par un rhythme brisé et énergique , et par une explosion de toutes les forces que l'orchestre semble avoir acquises dans sa course.

L'allégro final ne nous a jamais paru correspondre a la beauté et a la grandeur soutenue des trois morceaux précédens. La première partie est pleine de verve et d'originalité piquante, mais les développemens qui suivent et surtout cet épisode qui coupe le premier mouvement , bien qu'il soit

remarquable par une belle phrase mélodique , nous semblent enchaînés dune manière peu heureuse. Ce n'est qu'en tremblant que nous hasardons ce jugement, mais il faut bien, après tout, rendre compte de ses impressions , sauf à se rétracter ensuite , et nous ne demandons pas mieux que d'en avoir l'occasion. Cela n'empêche pas que la symphonie héroïque ne soit une des plus belles conceptions du génie par le constant caractère de noblesse, la grandeur des inspirations, et cette expression solennelle de tristesse qui pénètre l'ame et la remplit d'émotions sublimes.

SYMPHONIE EN la DE BEETHOVEN. SYMPHONIE EN Ut MI- NEUR. AVE VERUM , DE MOZART. FRAGMENS DE QUA- TUORS DE BEETHOVEN. TEMPETE ET CALME DE HAYDN.

OUVERTURE EN lit DE BEETHOVEN. CONCERTO DEM. KALK-

brenner. — 23 mars 1833.

Nous avons essayé de faire connaître l'idée principale des deux symphonies, la Pastorale et l'Héroïque, exécutées aux deux premières séances du Conservatoire. Cette idée , nous avons tâché de la saisir dans ses développemens et jusque dans cette variété de scènes , d'épisodes et d'iucidens dont le musicien enrichit son poétique drame. Dans la septième symphonie , celle en la , qui a

ouvert le concert de dimanche dernier, Beethoven s'est proposé un plan tout différent. Cet ouvrage n'est pas, comme les autres, composé sous une seule et grande inspiration. C'est une œuvre de pure imagination. La marche du compositeur est ici lihre et capricieuse. Chacune des quatre parties de la symphonie se détache des autres auxquelles elle n'est pas liée par un sens logique et rigoureux. Ce n'est point un drame en quatre actes, mais en quatre tableaux qui diffèrent entre eux de genre et de caractère. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer entre elles les impressions particulières que nous laissent ces divers morceaux. L'introduction et le premier allegro, Yandante, le scherzo , le finale j, ne nous transportent-ils pas successivement dans un monde inconnu , dans une région nouvelle, et cela par surprise, par enchantement, sans transition et sans plan arrêté ? Tel est le génie. Tantôt c'est tout un ordre d'idées, tout un ensemble de réalités qu'il déroule a notre esprit ; sa marche est sinon tracée d'avance, du moins indiquée de distance en distance par des jalons correspondans au point de départ , et qui fixent la direction de sa course. Tantôt il quitte la terre, s'élance d'un bond dans l'espace, et poursuit son rêve poétique a travers ces mondes fan tastiques que son imagination conçoit et qu'elle

crée au moyen de l'art, ce magique instrument. C'est sous ce dernier aspect qu'il faut considérer la symphonie en la. Si une pensée mère et une ne plane pas sur tout l'ensemble de cette merveilleuse composition; si on n'y rencontre pas d'un bout à l'autre cette couleur méditative, ce caractère d'imposante grandeur que nous avons observés dans les ouvrages déjà signalés, et que nous aurons l'occasion de remarquer dans la symphonie en ut mineur y et dans la plus gigantesque de toutes, la symphonie avec chœur, il est vrai de dire pourtant que ce que Beethoven a fait ailleurs pour chacune de ces épopées, il l'a fait ici pour chacun des morceaux de la symphonie, en sorte que tous, pris isolément, forment un tout parfait, une création a part, variée et complétée par les détails qui, pareils aux rouages d'une machine, se meuvent d'après une loi générale, et pivotent autour d'un point fixe. C'est pour cela même qu'il y a dans cette symphonie plus d'images , de tableaux, de ces effets soudains , et de cette étonnante magie qui ont fait de Beethoven, considéré comme artiste , un être surnaturel .

L'introduction, d'un style d'abord gracieux, puis sévère, puis enfin qui prend un caractère terrible et solennel, est coupée par une mélodie en fa pleine de charme , de mélancolie et de suavité.

Le mi dominante vient mugir sous l'archet des contrebasses ; il est répété a l'aigu par les flûtes , avec un accent plaintif et comme par hésitation. Les premières le disputent un instant aux secondes, pour le leur abandonner tout-a-fait. Les flûtes alors s'en emparent , et le font bondir sur un rhythme gai et sautillant. Bientôt l'accord parfait s'établit et s'échelonne aux instrumens à vent, qui entrent à leur tour, suivant l'ordre de leurs fonctions. Les violons commencent ensuite le motif à six-huit, motif que le compositeur n'abandonne plus ; il le scinde , il le démembre , il le déjoint , pour le reconstruire pièce à pièce, pour le présenter sous toutes faces , les unes obscures , les autres brillantes, les autres dans des demi-teintes, comme les formes du kaléidoscope. Il le rapetisse , il l'amincit, il le grossit tour a tour : vous croyez voir une baguette légère et flexible aux mains de l'enchanteur. Regardez bien , c'est une massue. Ce n'est pas tout. Quand cet être fantastique a assez folâtré, le voilà qui s'assoupit, qui s'endort, qui rêve comme ferait un géant. On entend un ronflement de basses, qui s'accroît peu à peu et ce cauchemar finit par toutes les convulsions du délire.

L'imagination du poète ne connaît ni limites de temps ni limites de lieux. A lui les siècles, a lui

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les espaces, l'infini a lui. Beethoven se réveille dans le moyen âge. Les cors et les bassons soutiennent un accord dont l'effet a quelque chose de religieux. Ce n'est point un accord parfait proprement dit, c'est un renversement de cet accord, la sixte et quarte , ce qui est important a remarquer pour le résultat. Tout à coup les violoncelles et les basses murmurent un rhythme antique; c'est la mesure ou la coupe d'un verset d'hymne ou de prose. La procession se met en marche. Ce n'est encore qu'une psalmodie grave , éloignée et mesurée. La procession avance autour de la nef circulaire; a chaque pas elle s'augmente de la foule des fidèles, qui se joignent aux lévites et aux prêtres. Les voûtes sonores du temple retentissent bientôt des mille voix de la multitude. Mais un second chant vient alterner avec le premier chœur. A la suite des chantres et du chapitre, s'est formé un groupe de vierges. Le majeur succède au mineur; c'est une mélodie suave, céleste, c'est un concert de voix angéliques dont les molles ondulations se prolongent en flots harmonieux, et qui est toujours soutenu par le rhythme de la marche processionnelle. Cependant cette marche est troublée un instant , le cortège semble se séparer. Deux coups de timbales se font entendre ; ce signal est répété aux deux extrémités

de la foule, et tout rentre dans l'ordre. Le .premier motif de l'hymne reparaît , mais avec des déve- Loppemens plus riches; le chœur des vierges lui succède encore. La procession vient de rentrer dans le sanctuaire, des chœurs nouveaux d'hommes, de femmes, d'enfans, se forment et se répondent les uns aux autres. Cette disposition de l'orchestre est merveilleuse de génie et d'art; ce sont les clarinettes et les flûtes, les hautbois et les bassons, les cors ensuite qui se partagent les fragmens de la mélodie primitive, tandis que le pizzicato des instrumens à corde termine la phrase et marque le rhythme. La phrase finale respire une mélancolie pleine d'onction , et la pédale de la trompette en la produit un frémissement qui ajoute encore à cette expression pathétique. Les chants cessent, et l'hymne se termine par l'accord solennel qui l'a commencé.

L'effet de ce morceau est impossible a décrire. Dans le recueillement et l'espèce d'extase où vous plonge cette musique , vous vous croyez transporté à ces temps où les chrétiens de la primitive église célébraient leurs cérémonies dans les catacombes. Je voudrais , pour mon compte, entendre cet amiante exécuté par un orchestre invisible dans une magnifique église gothique, afin que mon imagination et mes sens fussent frappés de

souvenirs et d'impressions analogues. Après une semblable excursion dans le passé, rentrez dans le siècle, et défendez-vous, si vous le pouvez, de cette profonde compassion et de ces colères involontaires qui vous prennent à la vue des productions déjà surannées des artistes contemporains, et du mépris qu'ils professent pour les inspirations des âges écoulés ! Tant il est vrai que notre époque, prise en masse , est vieille et usée entre toutes les époques ; et que le moyen âge , confronté avec elle, a encore un air de jeunesse !

Après cet épisode , ce poème , cette prière , il fallait nécessairement captiver l'attention par un contraste frappant. C'est ce qu'a fait Beethoven dans le scherzo. Il nous emporte dans sa course ou plutôt dans son vol magique, a travers une région de délices et d'enchantemens. Il nous montre toute sorte d'oppositions, toute sorte d'accidens, puis il s'arrête pour nous charmer l'oreille par des accens pleins d'enthousiasme et un chant dont les contours sont tellement arrondis et si naïfs, qu'on le prendrait pour un ranz de vaches. C'est le trio. L'impression de ce morceau est inexprimable. Quel élan ! quelle grandeur ! quelle suavité ! Voilà, de ces mélodies qui respirent je ne sais quel amour de la patrie , je ne sais quel parfum de la nature , je ne sais quelle poésie du sol. Le poète se plaît à

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prolonger ce ravissement ; il rallentit la mesure. Ecoutez d'abord cet appel des instrumens a vent sous les tenues des violons , qui se balancent mollement du sol dièze au la aigu ; puis ces tierces amoureuses des bassons , qui se nouent et se dénouent en riches périodes , au-dessus de la pédale rauque du second cor, et enfin, cette effet d'orgue, ces accords prolongés , cette harmonie toujours égale et soutenue, jusqu'à ce que le dernier de ces accords signale le retour au premier motif. Vous revenez au point de départ, vous parcourez encore les mêmes sites, les mêmes tableaux; le ranz des vaches vous ravit une seconde fois. Mais, a la troisième , le musicien , après vous avoir rappelé les deux premières mesures du trio , rentre brusquement du ton de ré dans le ton de fa , et vous laisse sur ce souvenir délicieux.

Le finale réunit tous les genres. C'est d'abord un motif d'une piquante originalité, d'une ironie vive et mordante. Bientôt le géant apparaît dans ce trait en tierces , que les violons attaquent en trémolo, et il poursuit sa marche immense dans un pays de merveilles; c'est léger, c'est grandiose, c'est moqueur, c'est infernal. Il y a un moment, au commencement de la seconde reprise de ce morceau, où l'on pourrait se faire cette demande de M. Hugo: Ou sommes-nous donc? sommes-

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- nous chez le Diable! Au porte- voix aigu des violons succède la réponse de la contre-basse béante; ensuite c'est une désolation, un désespoir, qui finit par s'exhaler en rires frénétiques.

Une observation : A peu près vers la 4-âe mesure de ce finale (n'ayant pas la partition sous les yeux, je suis forcé de m'en rapporter à mes souvenirs), les violons montent de la tonique a la dominante par un gn/ppetto de notes intermédiaires. Suivant les habitudes de l'école, la réponse doit s'opérer a la basse, de la dominante à la tonique. Il n'est pas un écolier, pas un peut-être de nos professeurs, qui ne s'attende à cela. Eh bien! le compositeur a supprimé cette réponse. Je me trompe ; il ne l'a employée qu'une seule fois , pour prouver a messieurs les professeurs de routine qu'il savait son affaire.

Cette symphonie est un miracle de génie. Partout des idées, des tableaux, des images, de l'inspiration, des effets sublimes, de la poésie. Point de longueurs, point de froid, point de ces momens où l'on pourrait dire que l'Homère musical sommeille.

La symphonie en ut mineur présente un tout autre caractère. Ici ce n'est point par une gradation insensible que le poète s'élève au sublime; c'est pour ainsi dire du sein de la pleine inspiration

que le barde échevelé entonne ses accens magnifiques. Sombre, flamboyant, du milieu de l'éclat de son volcan poétique, s'échappent de sinistres lueurs.

Dans Yandante en la bémol son ame se recueille, ses sens se taisent ; il médite sur les profondeurs des mystères de la création et de la nature. Dans le menuet, descendant des hauteurs métaphysiques , il nous fait part des pensées qu'il a rapportées du ciel. La fugue n'est plus pour lui un jeu il' esprit , une ergoterie du génie , c'est un raisonnement serré, logique, entraînant, une polémique de poète ex-abrupto. Plein de ces idées sublimes, fatigué de ces apparitions, il s'abandonne à une vague rêverie. Il s'endort : ces idées se présentent flottantes , limpides a son esprit ; ses lèvres effleurent sans les achever des mots mystérieux ; peu à peu il revient de cette extase , il se réveille, et, invoquant toutes les puissances de son art , il réunit toutes les voix de la nature , les ranime par son rhythme vainqueur et remplit l'immensité du bruit de sa marche triomphale et pompeuse.

La séance de dimanche dernier a été jusqu'à présent la plus remarquable , et par le choix des morceaux, et, il faut toujours en revenir la, par celte incomparable et brûlante exécution. IJ'an-

dante a été redemandé. Il n'a pas été également bien rendu la seconde fois. Cela est presque inévitable : avis au public. Après la symphonie, nous avons entendu successivement l' Ave verum de Mozart pour chœur , accompagné du quatuor ; prière sublime, harmonie grave et pure, profonde adoration d'une ame qui se brise et s'épanche au pied des tabernacles saints ; des fragmens d'un quatuor de Beethoven exécutés par \A premiers violons , 1 4 seconds , i 0 altos , i 0 violoncelles , 6 contrebasses ; en tout 54- instrumens. Cette tentative avait obtenu l'an passé un succès complet. Elle a excité dimanche dernier des bravos universels. Je ne crois pas qu'un pareil essai soit praticable ailleurs qu'a Paris. Suave, veloutée dans Y andante, Y exécution a été énergiqueet véhémente dans la fugue. Loin de manquer de proportions , les quatres parties concertantes se détachent plus pleines, plus arrondies sur la masse d'harmonie. Dans les piano surfout , la mélodie semble glisser comme le roulis de la vague sur la nappe bleuâtre d'un lac. Le morceau de Haydn, intitulé Tempête et Calme , est plein de vigueur et d'énergie. Le compositeur s'y est montré grand musicien et grand peintre. La séance a été dignement terminée par une ouverture en ut de Beethoven. Cette ouverture , entendue pour la première fois aux

concerts de l'Athénée, avait produit pen d'effet. On doit savoir gré a M. Ilabencek d'avoir fait exécuter ce morceau qui , bien qu'il soit écrit dans un style léger, peut figurer dans le nombre des belles compositions du grand artiste.

J'oubliais de parler du concerto de M. Kalkbrenner. Personne plus que moi , je l'assure , n'admire le talent de ce virtuose. Mais, je le demande, que vient faire ce piano à côté d'un semblable orchestre? En pareille circonstance, un pianiste devrait se borner a jouer une fantaisie sans accompagnement ; mais lorsque après l'introduction pompeuse et obligée qui précède toujours le solo , on entend les sons grêles , les maigres roulades du piano , on se rappelle involontairement la fable de la montagne qui accouche d'une souris.

SYMPHONIE AVEC CHOEUR DE BEETHOVEN. 3 avril 1831.

Il est d'un haut intérêt pour l'art de rechercher les causes de la singularité des jugemens qu'on a jusqu'à ce jour portés parmi nous sur les compositions qui appartiennent à la dernière époque de la vie de Beethoven. Deux ou trois critiques sont en possession de rendre compte des diverses pro-

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dictions musicales qu'on exécute soit dans les concerts , soit sur nos théâtres lyriques. Il serait absurde et injuste en même temps de nier que ces écrivains , accoutumés depuis plusieurs années à éclairer le goût du public et à former ses opinions, joignent a des connaissances variées, à un talent d'analyse très-rare , une érudition toute spéciale. Comment se fait-il donc, lorsqu'il s'agit de Beethoven, que leurs jugemens, tantôt émis avec un ton dédaigneux, tantôt enveloppés dans une discussion timide et froidement scolastique , ne peuvent devancer l'opinion d'un public qui sent et ne comprend pas , et restent en arrière de l'opinion de cette nouvelle génération d'artistes qui comprend et sent a la fois?

Il faut le dire : ceux qui ne voient dans Beethoven qu'un musicien, ne se font qu'une demi-idée de ce profond compositeur. 11 y a deux hommes en lui, le poète et le musicien. Je serais presque tenté d'en indiquer un troisième , le philosophe. La poésie est ce souffle divin qui anime le génie , et les arts sont les instrumens du génie. Dans Beethoven , le musicien n'est que le piédestal du poète. Comme musicien , il a ajouté de nouveaux développemens a son art, il en a reculé les bornes, il l'a enrichi de découvertes. Comme poète, il s'élance par-delà les âges, et, chargé des dé-

pouillcs poétiques de toutes les époques, il rentre dans son siècle tout scientifique et tout moderne, pour l'enivrer des inspirations du passé.

11 serait impossible de rien comprendre aux dernières œuvres de ce grand maître , si on ne les envisageait sous ce double point de vue, et si l'on s'obstinait a les juger d'après un système arrêté à priori , en s'efforeant de les resserrer dans le cercle mesquin si ridiculement tracé par l'école. En partant de ce principe , que l'art est nécessairement subordonné a la puissance et aux caprices même du génie, il est absurde de critiquer l'ait du compositeur, sous prétexte qu'il pèche contre telles ou telles formules arbitraires , abstraction faite du génie. L'élan poétique entraîne toujours des développemens proportionnels dans l'art. Chaque génie fait le sien. Sans doute il y a de. la poésie dans la symphonie en sol mineur de Mozart, dans les mélodies pleines de charme et d'expression de Haydn ; mais il y en a plus encore dans Beethoven, et c'est pourquoi il est impossible d'assigner à la musique de Beethoven les limites fixées par Haydn et Mozart. Ces deux grands compositeurs écrivaient une symphonie comme une sonate de piano, comme un quatuor, comme toute autre œuvre musicale. C'était presque toujours le même plan , la même forme , la même

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facture. Beethoven au contraire est sous l'empire d'une grande pensée, et il épuise toutes les inspirations qu'elle peut lui donner. Ainsi, le cœur ulcéré a l'idée de l'ambition de Napoléon , il compose la symphonie héroïque ,• dans la pastorale j il peindra toutes les scènes de la nature, le calme mystérieux de la nuit, le lever du jour, le chant des oiseaux, l'orage. Dans la symphonie en la, il fera un hymne d'un andante; il adressera dans Y adagio d'un quatuor une action de grâces à la Divinité. Ce n'est plus une œiwre musicale, c'est un poème.

Je sais bien que l'expression musicale et poétique étant nécessairement vague, la pensée de. Beethoven échappe par cela même très-facilement à ceux qui ne sont pas familiarisés avec sa musique. Et<de cette difficulté seule de saisir sa pensée, naît le préjugé qui fait regarder ses compositions comme le résultat d'une imagination brillante , mais désordonnée. Qu'on me cite pourtant un homme supérieur qui ait triomphé sans contradiction. Ne sait-on pas que le génie est obligé de faire en quelque sorte l'éducation du public pour se révéler a lui? Aussi ne suffit-il pas d'une seule audition pour juger une production comme la symphonie que nous allons examiner. Il faut la méditer, et la méditer long-temps, avant de se flatter d'en

avoir mesuré la portée et d'entrer dans l'inspiration sons l'influence de laquelle elle a été écrite. Qu'on en juge par les longues études, les efforts inouïs auxquels il a fallu pendant un an se livrer, les découragemens journaliers qu'on a été obligé de surmonter avant d'aborder en public l'exécution de cet ouvrage. Quant à moi, je rendrai compte de mes propres impressions.

Comme toutes les autres symphonies , la symphonie avec chœur se compose d'un allegro j d'un scherzo , d'un adagio ; c'est dans le dernier morceau que Beethoven a introduit les voix. Bien que les trois premiers puissent être considérés chacun comme formant un tout complet , ils ne sont ici que la préparation du grand drame final, dans lequel s'opère le dénouement. L' allegro est en ré mineur; il est néanmoins précédé d'une courte exposition en la. On verra tout a l'heure quelle a été l'intention du compositeur en disposant ainsi son introduction. Tout ce que les passions ont de plus impétueux et de plus volcanique est renfermé dans X allegro. Un trait décisif, attaqué par trente archets avec une incroyable énergie, semble un de ces accens terribles qui résument la colère d'un homme, et forme le motif principal. Le poète se livre à ce premier élan de sa fureur. Après l'explosion, son ame affaissée retombe sur elle-même.

Une faible lueur d'espérance semble la traverser ; les hautbois commencent une phrase mélancolique, les violons la répètent. Il voudrait se laisser aller a un sentiment tendre, mais les accens étouffés des trompettes , la voix souterraine des trombones, annoncent assez que ce calme n'est qu'apparent. Son imagination fait un dernier effort; elle se replie sur elle-même, elle interroge toutes ses idées, tous ses souvenirs ; elle les abandonne, les reprend ; ils s'entre-choquent, se heurtent. Enfin un long délire s'empare d'elle. Pour peindre ces fluctuations du désespoir, l'artiste a recours aux profonds développemens de son art. La phrase expressive du hautbois reparaît encore, mais les violons la rejettent en mineur. Cependant la crise est passée; on n'entend plus qu'un sourd mugissement des basses-, il s'accroît, il s'enfle, semblable a une vague lointaine qui se grossit en approchant du rivage, et finit par s'y briser avec fracas. Le poète se réveille , il reprend ses sens , et ce long drame se termine par le trait vigoureux dont j'ai déjà parlé, et que tout l'orchestre frappe du même coup.

Dans le scherzo, un motif léger, sautillant, attaqué d'abord en canon par le hautbois, la flûte, la clarinette, le basson, s'échelonne peu a peu dans toutes les parties de l'orchestre, et plane

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enfin largement dans le tutti. Sans l'abandonner un seul instant , le compositeur nous présente une infinité de contrastes et de scènes variées, comme, en parcourant une perspective, on est frappé à chaque instant par des aspects et des accidens toujours nouveaux. Qui n'a été émerveille de l'effet magique des timbales qui , a cinq reprises différentes, jettent leurs sons rauques a travers les mesures entrecoupées de l'orchestre ; de ce rhy thme qui se prolonge d'écho en écho ; de ces périodes mordantes d'ironie et de verve, qui bondissent sur le velouté de l'harmonie; de ces images grotesques, fantastiques, sévères qui se poursuivent, se groupent , se séparent et forment au moyen des sons une véritable fantasmagorie de l'oreille? Dans le trio,, le deux-quatre remplace le galop a trois temps. Le premier cor module un chant à contours naïfs et gracieux , sous la tonique que le second cor lient en pédale , tandis que les archets des premiers violons piquent un badiuage sur la chanterelle. La réponse s'opère sur l'accord de dominante ; les bassons se joignent aux cors, et montent en tierces arrondies ; les basses s'élèvent lentement par demi-tons, et au moment où les accens du hautbois nous tiennent suspendus audessus de la tonique, une transition délicate nous jette dans une modulation inattendue qui s'exhale

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comme un parfum délicieux. Après cet épisode ravissant, le retour au motif du scherzo dévient plus piquant; il nous entraîne dans sa course iapide, et au lieu de nous ramener, dans les dernières mesures, a la modulation favorite, le compositeur s'arrête et se contente de nous la laisser entrevoir dans le lointain.

Mais le poète a pris son essor vers une région plus élevée. On dirait que les bruits de la terre viennent d'expirer dans les derniers accords du scherzo. Les instrument a vent entrent successivement sur chaque temps d'une mesure lente et donnent l'accord parfait. On croirait entendre les sons religieux de l'orgue qui se prolongent sous les voûtes du temple, au moment où le dernier rayon du jour vient mourir dans la longue nef. A cette musique toute idéale, toute contemplative, pleine d'onction comme la prière, l'ame s'ouvre a de grandes pensées. Tout a coup, d'autres accens produisent sur elle d'autres impressions. Une mélodie voluptueuse se balance mollement sur la mesure à trois temps. H y a ici deux idées. Dans le cours du poème, le compositeur veut s'élever par gradation des jouissances terrestres aux joies ineffables qui découlent du sein de la divinité. C'est sa pensée dominante. Dans X adagio , il est indécis, il flotte, il hésite encore entre le ciel et

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la terre; il oppose les sensations humaines aux chastes déliées de l'extase. Et c'est ce qu'exprime tout ce morceau, profonde composition qui peint merveilleusement cet homme double dont parle Racine, et que la religion seule nous révèle.

Jusqu'à présent nous avons vu Beethoven suivre le plan tracé dans ses autres symphonies, avec, cette seule différence qu'ici il taille plus largement dans son art et découvre des proportions qui consternent l'imagination. Nous allons le voir maintenant s'isoler de toutes les traditions reçues, et, par la seule force de son génie , produire une de ces créations neuves et originales, dont il n'existe nulle part de modèle , et dont rien de ce qui est. " n'a pu lui donner l'idée. D'ahord a cet accord rauque et sauvage attaqué soudainement par les instrumens a cuivre , a cet orchestre qui se précipite et roule avec fracas sur une harmonie rocailleuse, on se figure entendre la sybille, impatiente du dieu qui la presse, mugir dans son antre :

Immanis in antro

Bacchatur vates, magnum si perfore (lo^sil Excussisse deuni.

L'orchestre se tait. La voix grave et solennelle des contrebasses entonne un récitatif. Il est in-

terronipu par les trombones; l'orchestre recommence sa phrase ; mais tout haletant comme la déesse, il s'arrête. Le récitatif continue. L'orchestre, impatienté , impose de nouveau silence aux basses., et leur jette le premier motif en la de l' allegro ; forcé de l'abandonner, il veut saisir celui du scherzo; vaincu pour la cinquième fois , il recommence Y adagio. Les contrebasses l'emportent enfin ; elles murmurent seules, a l'unisson , un chant religieux. Les violes , les violons s'en emparent successivement et se le cèdent les uns aux autres pour l'orner d'accompagnemens , jusqu'à ce que l'orchestre tout entier, subissant la loi du vainqueur, répète unanimement ce motif sur un mouvement de marche dont les violons marquent le rhythme. Après une ritournelle pleine d'éclat, les trombones et l'orchestre font encore entendre de nouveau l'accord terrible ; alors une voix s'élève , et sur la mélodie du récitatif des contrebasses, elle prononce des paroles dont voici le sens : Amis , il est temps de mettre fin a ces accords profanes ,~ faisons entendre des chants plus pars et qui respirent une joie céleste. L'orchestre obéit; les violons, les flûtes, les hautbois reprennent le chant religieux, tandis que l'accompagnement du basson imite les modulations du serpent des églises. La voix principale ,

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un quatuor d'ensemble et le chœur chaulent alternativement l'hymne a la gloire du Créateur, et célèbrent sa bonté, qui s'étend sur tous les êtres depuis l'insecte jusqu'au chérubin. Ces paroles sont tirées de Y Ode à la Joie, de Schiller; et c'est a M. Richard, de Calmar, à la fois poète et musicien, que l'on en doit la traduction.

Tout à coup la scène change. Le si bémol du basson résonne seul au grave par intervalle. Les tierces de la flûte et du hautbois marquent un lîiythme gai et sautillant , les notes sèches des. trombones, les grupetti de la petite flûte donnent a ces accens le caractère d'une danse villageoise et je ne sais quelle allure antique. Je cherche à pénétrer l'idée du compositeur, et je m'aperçois , a nia grande surprise, qu'elle est toujours la même, quoique sous une autre forme. Ici je désespère de rendre l'impression de cette scène sublime , de cet effet d'orgue porté jusqu'à l'illusion au moyen des instrumens a vent et des basses , de ces mille voix qui retentissent comme dans une vaste cathédrale , de ces larges unissons empruntés au chant grégorien , de ces éclats des trombones, de ees groupes des flûtes et des clarinettes, de ces voix graves qui murmurent des sons sourds et étouffés au moment où le poète invite les astres, les millions, toutes les créatures à courber le front

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devant le Créateur suprême et a lui chanter un Te Deum solennel.

Il était réservé a Beethoven de réaliser au dixneuvième siècle les idées sublimes que les philosophes orientaux s'étaient formées de la musique :«La » musique , dit le Li-Âi, est l'expression et l'image » de l'union de la terre avec le ciel. » L'on croit voir ici cette divinité dont parle Hoai-Nan-Tse : « Les deux premiers inst rumens , nommés sens » et hoangj servaient a Niuva pour communi- » quer avec les huit vents , par le moyen des » kouen ou fiâtes doubles ; elle réunit tous les sons » à un seul , et accorda le soleil , la lune et les » étoiles : c'est ce qui s'appelle un concert parfait, » une harmonie pleine ; sa lyre était a cinq cordes : -j elle en jouait sur les collines et sur les eaux ; » le son en était fort tendre; elle augmenta le » nombre des cordes jusqu'à cinquante, afin de » s'unir au ciel pour inviter l'Esprit a descendre. »

C'est aussi en se pénétrant des hautes idées de l'antiquité sur la voix humaine comparativement aux instrumens , que l'auteur les a réservées pour le dernier morceau , tout consacré a chanter les louanges de Dieu. Kant a défini le beau : « L'apparition immédiate de l'infini dans le fini. » Cette pensée s'applique merveilleusement aux compositions poétiques de Beethoven. Donnez une voix

aux montagnes, aux vallées, aux fleuves, aux vents, "-aux élémens, à toute la nature, la musique île Beethoven représente cet immense concert. Tantôl il prend son vol dans l'espace, et, voyageur aérien, il découvre un monde nouveau; tantôt, dans sa vaste sphère musicale, rassemblant les inspirations de toutes les époques , il se joue entre les traditions religieuses du moyen-âge et la verve scientifique des temps modernes. Jamais compositeur n'offrit un semblable mélange de • liants naturels, de mélodies simples, et d'une harmonie compliquée et scabreuse. Et voila le génie auquel on fait subir , en France , une longue quarantaine ! Les artistes du Conservatoire se sont bien promis de l'abréger, et , pour obtenir ses lettres de naturalisation , ils n'ont qu'à montrer l'homme.

La symphonie avec chœur est une de ses dernières œuvres- Il ne l'entenditjamais ; il était devenu sourd. Du fond de l'isolement où l'avaient jeté ses infirmités , accablé de dégoï\ts et d'ennui , il la lança dans son siècle comme un défi a la postérité. Après sa mort , arrivée h Vienne le 27 mars \ 827, onfrappaunemédaille en l'honneur du barde musicien , avec cet exergue : Le temps destructeur ri atteindra pas celui qui a devance le temps.

Dimanche dernier, pendant et après le concert,

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l'émotion des exécutans était visible. Heureux les artistes qui jouissent ainsi des bienfaits du génie , et qui ont la conscience que leurs efforts ne seront pas perdus pour l'art ! L'impression n'a pas été moins extraordinaire sur une partie de l'auditoire. L'exécution a été en tout digne de cette grande production. M. Habeneck tient l'orchestre sur la pointe de son archet. Je ne cite aucun des autres artistes : il faudrait les nommer tous.

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