‹ Le Ballet à travers les agesChapitre 9 sur 11 · LA REVOLUTION · texte numérisé non relu

LA REVOLUTION

vei la Révolution, nous retrouvons le vrai ballet,

qui n'est plus seulement un prétexte à da quelconques, mais, selon la mode antique, un enseignement, une cérémonie légale et civiqu» Ton ne vienl pas voir des danseurs faire des pirouettes et les danseuses lever le pied en l'air; la partie lyrique et chantée j reprend en ouli' juste place. Tel est :

« Le Triomphe de la République ou le Camp de Crand-Pré, divertissement lyrique en un représenté par V Académie de musique, le --Janvier, tau II de la République française. La musique est du citoyen Gossec, les ballets du citoyen m sous. » Quanl aux paroles, elles sont de M.-.l. Chénier, qui ne se nomme pas sur le livret.

La scène est à Grand-Pré dans le camp des Français, qui i iré du camp

Prussiens par la rivière de l'Aisne.

Le livret en est simple: le Maire, les Officiers municipaux, les Citoyens, hon femmes et enfants, chantent en chœur la gloire de Dieu. Puis le chœur invoque '• et c'est un des meilleurs morceaux de M.-J . ( !hc nier

Suleil, qui, parcourant ta rouir accoutun Donnes, r.-i\ Ls le jour el i . >,

Oui. versant (1rs torrents de lumière en (la m nu

Mûris nos Fertiles moissons, Feu purl œil éternel, ame el ressort du mon.

Malheur ai me! el que l'Europe >'i

Du sang des oppresseurs engraiss lions,

pour notre Déesse, un vaste sanctuaire Qui dure autant que les raj

s trompés le long crime s'ex| Le ciel pour être libre a fail l'humanité; Ainsi que le lyran l'esclave est un impie Rebelle à la Divinité.

Des Villageois arrivent alors en portant des fruits el du vin el l'on da de

l'Arbre de la Liberté on chantant chacun un couplet dont le chœur reprend le refrain. La danse est interrompue par la générale qui bal; les jeunes gens courent aux armes. C'est Brunswick qui a rompu la trêve; mais l'étranger est défait et les soldats reviennent exécuter un ballel militaire. La Liberté descend du ciel et vient s'asseoir sur un trophée d'armes. Alors s'avancent toutes les Nations délivrées par elle et chacune d'elles vient danser les danses de son pays, lesquelles se mêlent dans un grand ballel.

Nous avons encore : « la Réunion du dix Août ou l'Inauguration de la République française, sans-culottide dramatique en cinq actes, en vers, mêlée de déclamations, chants, danses et évolutions militaires. — Au Peuple souverain, par les citoyens G. Bouquier, membre de la Convention nationale et du Comité de F Instruction publique, et P.-L. Moline, secrétaire greffier attaché à la Convention. Paris. De l'imprimerie du Journal des Hommes libres, an deuxième de la République française une et indivisible. »

Le théâtre représente l'emplacement de la Bastille. Parmi ses décombres, on voit la fontaine de la Régénération, représentée par la Nature qui, pressant de ses mains ses fécondes mamelles, en fait jaillir deux sources d'une eau pure qui s'épanchent dans un vaste bassin. Plusieurs arbrisseaux entourent la fontaine. Des Citoyens de tout sexe et de tout âge sont occupés, avant le point du jour, à orner de fleurs l'enceinte du lieu où la cérémonie de la fête doit commencer. Pendant que chantent les chœurs, les Citoyens et les Citoyennes dansent et font des ballets.

Le Président prend une coupe, et, «après avoir par une sorte de libation arrosé le sol de la Liberté, il boit le premier et l'ail successivement passer la coupe aux envoyés des assemblées primaires. A chaque fois qu'ils boivent, une salve d'artillerie annonce la consommation de l'acte de fraternité. »

Chaque acte est terminé par un grand ballet; c'est, à la fin de l'acte II, un ballet de Villageois et de Villageoises avec, comme centre, un vieux Laboureur que ses enfants (rainent sur une charrue. A l'acte III, « ballet-pantomime, pendant lequel des Citoyens viennent orner les arbres qui entourent la statue de la Liberté des offrandes patriotiques de tous les Français libres ». Des Citoyens, les uns sont habillés à la moderne, les autres costumés à l'antique. Enfin, à l'acte IV, « ballel. Des Citoyens de tout sexe et de tout âge viennent se mêler parmi les Représentants du peuple, les Envoyés des Assemblées primaires et les Autorités constituées. Ils se livrent à la joie que leur inspire une si belle fête » et un ballet général termine le spectacle.

Nous pourrions encore citer : Toute la Grèce ou ce que peut la Liberté, tableau patriotique en un acte (S janvier 1^04), etc., etc., et les ballets accompagnant les opéras de Mëhul, de Grétry, de Le Moyne, etc., tels que : la Rosière républicaine, Denys le Tyran, Léonidas, Miltiade à Marathon, Fabius, et autres.

Et ce n'était pas seulement sur la scène de l'Opéra que, s'inspiranl des événements et des passions à l'ordre du jour, le ballel célébrait la chute des tyrans, l'avènement de la libelle cl les glorieuses batailles qui défendaient et faisaient respecter l'œuvre révolutionnaire; partout dans les provinces et dans les campagnes des fêtes populaires mêlées de chants el de danses avaient lieu quotidiennement, plus ou moins élégantes et esthétiques, toutes évidemment aussi sincères el où les figurations dansantes n'étaient point laites par des personnages gagés; mais, comme jadis, par des « citoyens » et des itoyennes ». Les rapports sur ces fêles, bien typiques et symbolisant bien celte époque, sont innombrables. Il nous suffira de choisir entre mille le Compte rendu à la Convention nationale de ce qui s'est passé à la fête civique de Brunoy, le décadi 3o ni- ; y janvier), par les représentants du peuple nommés pour assister à cette fête.

Tout le monde connaîl du reste Brunoy, ce polit pa; mi-roule de Paris el de Melun, si joli du chemin de fer, lorsqu'on j passe sur le viaduc dominant la verdoyante vallée de PYère aux eaux calmes et aux grands arbres.

Celle commune, «.lit le rapport, èlail j.. célèbre par les processions extravagantes et somptueuses auxquelles son seigneur dépensait annuellement des sommes qui auraient suffi à L'établissement de plusieurs milliers de familles. » Mais depuis la chute de Capet, à qui Ton va couper l< surlendemain, tout cela, heureusement, a changé et la population a tenu a en mai sa joie par la fêle civique en question. « Tout indiquait, continue le rapport, qi i cœur avait fait les apprêts de celle fêle dont le génie de la Liberté dirigea lion. Des hymnes patriotiques bien choisis, des discours moraux el révoluliom

LE BALLET A TRAVERS LES \(iKS

des hommages aux mânes des martyrs de la liberté, hommages desquels on avait eu soin d'écarter jusqu'aux plus légères nuances de l'idolâtrie, des danses rustiques, un banquet dans lequel les citoyens de Brunoy offraienl avec empressemenl à leur frère le morceau qui pourrait lui plaire davantage et dont ils se privaient pour lui; tout enfin annonçait le retour de ces temps antiques mais heureux » (né de parents auvergnats mais honnêtes, dit un vaudeville) « où l'homme ne voyait dans l'homme que son frère, n Puis l'on inaugura les bustes de Marat, de Brutus et de Jean-Jacques Rousseau. Quel mélange, Dieu du ciel ! On inauguré un temple de la Raison, un autel de la Patrie, et l'on alla recevoir avec un détachement de cavalerie et un tambour- les envoyés de la Convention. Après les discours, le cortège se mit en marche dans l'ordre suivant : 1° la cavalerie; 2° le tambour; 3° les députés des Sociétés populaires; 4° les députés de la Convention; 5° des Jacobins et la citoyenne Quinelte, recommandable par son patriotisme et sa vertu, accompagnée de son vieux père; 0° une charrue, une herse, un cultivateur, des moissonneurs, des vendangeurs, les musiciens, trente-cinq jeunes filles portant une bannière où était inscrite la Déclaration des Droits de l'homme, el les bustes des susnommés Marat, Brutus et Jean-Jacques Rousseau; 7° un char- qui portait les trois déesses : la Liberté. Bellone et Thémis; plus deux vieillards et deuxblessés pour la patrie.

Le cortège, ainsi composé, se promenait par les rues de la commune, s'arrêtant, de place en place, devant les bustes de Marat, Brutus et Jean-Jacques, devant l'autel de la Patrie, le temple de la Raison, l'arbre de la Liberté; on chantait alors des hymnes patriotiques et l'on dansait des figures rustiques de ballet.

Et ce qui se passait là à Brunoy avait lieu également aux quatre coins de la France. Ces processions civiques, ces inaugurations de bustes, ces chars traînant des vieillards et des laboureurs, la Liberté, Bellone et Thémis, ces exhibitions de citoyennes vertueuses et de leur père, où l'on retrouve l'influence sentimentale de Jean-Jacques et de Robespierre, les grands ballets patriotiques et républicains de l'Opéra, toutes ces « sans-culotlides » nous font aujourd'hui un peu sourire; ils n'ont pourtant rien en eux de plus ridicule que bien des choses qui nous enthousiasment à celle heun .dont riront nos petits-neveux. Et si l'on se reporte à l'époque où tout cela axait lieu, aux circonstances ambiantes, cela prend alors une incontestable grandeur, naïve el puissante comme toutes les manifestations populaires; on seul passer là le grand souffle qui poussait aux frontières les volontaires pieds nus faisant fuir- devant eux. étonnées, les vieilles armées de l'Europe coalisée; il fallait cet universel enthousiasme pour que put s'accomplir l'œuvre surhumaine qui du vieux monde faisait un monde nouveau, el n'oublions pas que, pendant que se dansaient les ballets révolutionnaires, l'écho canons ennemis accompagnait l'orchestre. Il n'x a pas de vérité absolue, il n'x a que des points de vue divers auxquels seuls il convient de se placer pour juger- les chos si l'on pense à l'écrasement de l'homme des campagnes pendant de- 3, au mépris

dans lequel on le tenait, on comprend sa joie à sa délivrance, à la glorification d< charrue, et que les vieux paysans qui axaient connu tant de misère pie d'émotion quand, au pied îles arbres de Libelle, ils présidaient les rondes <\.\: en l'honneur de la Révolution. El n'admirez-vous pas la Convention qui, à la veille du jour où elle faisait exécuter Louis XVI, où elle osait lancer aux ro audacieux défi, envoyait deux de ses membres la représenter a un. el dansante dans la petite commune de Brunoj ?

Page 1