AMÉLIE, LAPLACE
AMÉLIE , se montrant avec précaution.
Vous êtes seul, monsieur?
, LAPLACE, allant au-devant d'elle.
Absolument seul, madame.
AMÛLiE, se tenant à la porte.
Je ne vous retiendrai pas long-temps, monsieur... vos occujyations vous réclament... je viens prendre congé de vous et m'excuser des embarras que j'ai pu vous donner.
LAPLACE
Décidément, madame , vous nous quittez sitôt ?
AMÉLIE
J'y suis bicrx résolue.
LAPLACE
Vou» êtes parfaitement libre, madame; mais en partant ei vite, vous vôyogerez sur les pas de monsieur le comte.
AMÉLIE
Comment?
LAPLACE
Il vient de me faire ses adieux. II part à Tinstant même; tenez, voilà sa voiture que l'on altèle.
AMÉLIE, un peu piquée.
Qu'à cela ne tienne! puisqu'il part, rien ne me presse plus... je lui laisserai prendre les devans... il a très bien fai^, et je l'approuve... quand on sent ses torts, c'est le moins que l'on se fasse justice.
LAPLACE
Mon Dieu, madame, je le lui ai conseillé moi-même... si vous eussiez vu son chagrin , son désespoir...
AMÉLIE
Son désespoir! permettez-moi, monsieur, de n'y pas croire... avec cette légèreté que j'étais si loin de supposer... enOn , qu'importe à présent?... il part, c'est l'essentiel.
LAPLACE
Plaignez-le, madame... songez qu'il vous a vue, et qu'il vous perd, [près de ta croisée.) Voilà la voilure qui part. [O71 entend le roulement d'une voiture. Amélie reste silencieuse.) Allons y il est dit que je n'aurai dans votre famille que des malheurs de ce genre.
AMÉLIE
Dans ma famille !
LAPLACE
Sans doute... monsieur de Brémont, votre parent, qui se trouve à peu près dans la même position que vous...
AMÉLIE
Oui, je sais cela; votre femme m'a tout coDté.
LAPLACB.
Un amour qui datait de l'enfance.
AMÉLIE
Pauvre jeune homme!
LAPLACE
C'est d'autant plus fâcheux que je crains quelque catastrophe; il est là qui m'attend; il est d'une tristesse, d'un abattement... comment donc? nous avons craint le suicide.
AMÉLIE
Ah! mon'Dieu !
LAPLACE
Une tête volcanisée , à peu près comme quelqu'un que nous connaissons.
AMÉLIE
Est-ce que vous pensez que l'amour peut réellement conduire à un tel acte de désespoir?
LAPLACE
Malheureusement, cela arrive plus souvent que vous ne semblez le croire.
AMÉLIE
Vous m'alarmez pour ce jeune homme : je ne l'ai jamais vu; mais c'est mon parent, il souffre , il est malheureux; mon devoir m'oblige à lui offrir du moins quelques consolations, [à part.) Cela doit être si doux quand on souffre ! [haut.) Ne puisjelevoir?
LAPLACE
Comment donc, madame, rien n'est plus convenable; je n'osais vous le proposer, (d part.) Elle y vient d'elle-même; c'est merveilleux, (haut. ) Une femme s'entend si bien à adoucir les peines du cœur!
AMÉLIE
Eh bien! voyons, qu'il vienne; je vais lui parler.
LAPLACE
Je crois justement que c'est lui.
(Saint-VaUry entre, affectant le plus morne désespoir. )
AMÉLIE, bas à Laplace.
Il a l'air bien abattu.
LAPLACE, bas.
Oh ! le coup a été terrible , le creur est déchiré.
AMÉLIE , bas.
Il me fait de la peine.