‹ Le bandeau, comédie-vaudeville en un acteChapitre 2 sur 21 · LE CLERC · texte numérisé non relu

LE CLERC

Il suffit. (// sort et referme la porte.)

LAPLACE , reprenant ses papiers.

Quelle folie! je ne sais pas, en vérité, si je dois m'y prêter: moi, notaire; moi, homme public! cela peut me compromettre, me rendre ridicule dans tout le département... Diable! diable! le décorum avant tout; j'ai fait vœu de gravité en achetant ma charge, et en versant mon cautionnement. Eh bien! oui; mais voilà le contrat de mariage en bonne forme, to^t dressé dans mon étude : il n'y manque que les signatures ; et renoncer à une liquidation de sept cent mille francs, est plus ridicule encore que de se prêter pour une heure ù la fantaisie romanesque de deux jeunes têtes folles; et puis, comment résister aux instances d'un ami de vingt-cinq ans? Un homme titré, un conseiller d'étal qui m'appelle son cher camarade? re- Le Bandeau. i

disons donc sa lettre , qu'au premier aperçu j'ai prise pour un conte fantastique. [Il lit.) « Mon cher camarade. » — C'est toujours très flatteur. — « Vous savez que vous êtes chargé de « liquider tout ce qui concerne la succession de feu le vicomte « de Sommereuil, mon beau-frère ; ce que vous savez encore, « par les clauses du testament, c'est qu'il laisse ses biens en «partage, meubles et immeubles, au jeune comte de Saintu Valéry et à la jeune baronne d'Ervilliers ses seuls collaté- « raux. Nos deux cohéritiers ne se connaissent que de réputac tion : Amélie était restée près de son oncle mourant , dans un « vieux manoir des Alpes. Le comte tenait garnison en Breta- « gne. On s'écrivit d'abord des lettres où l'on faisait assaut de « politesse et de désintéressement ; on en vint bientôt aux épî- « très amoureuses; et tel fut le charme de cette correspon- « dance, que l'héritage ne fut plus qu'un prétexte pour s'écrire, « s'aimer, s'adorer. On en est venu \ se jurer une constance « éternelle. Bref, il ne s'agit rien moins que de s'épouser; mais « s'épouser comme tout le monde, après s'être vu, étudié, «éprouvé, fi! cela était classique, bourgeois, rien de plus « commun. Il serait bien plus piquant de signer son contrat les « yeux fermés; si bien donc que sans autre informé, on se jure, « de part et d'autre , de se rendre, ù jour dit , chez maître La- » V place, notaire à Montargis, et liquidateur de la succession. « Lu, un contrat sera dressé d'avance; là, se rencontreront à « jour fixe les deux époux qui feront leur première entrevue, « ayant un bandeau sur les yeux; et mal avisé serait celui des «deux amans qui fausserait cette promesse solennelle ; car il « est bien arrêté que celui qui renoncerait à cet hymen singu- « lier, en serait pour sa part d'une riche succession. — C'est (\e, ■-. M. l'extravagance! Voilà où en sont les choses, mon cher La- «. place; prières, menaces, rien n'a pu détourner ma nièce de « celte entreprise téméraire. Ma sciatique me cloue au fond du * Bourbonnais; je n'ai plus de ressource que dans votre vieille « amitié; faites donc tous vos efforts pour renverser ces beaux u projets qui m'effraient pour l'avenir des futurs époux : em- « ployex vos soins à les convaincre ; obtenez qu'ils se voient , et c plutôt deux fois qu'une, avant d'aller plus loin. >» — Certes, celte confiance m'honore, et je m'en montrerai digne; mais comment faire ? Ces jeunes gens vont venir ; (// se lève.) à quelles épreuves puis-jc les mettre? S'aiment-ils? se trompent-ils? Ma foi, c'est fort embarrassant.

KiKcUi Faudeville de l'Jcùice.

D'un côte c'est un hëritago Qui monte & deux coni milice-us; CVdt, (le l'anlrc, un Irislo veuvage Dont je pcDit* qu'on ne veut plus.

Par testament, «ans se connaître, Nos amans se sont estimés...

Ils font très sagement, peut-être, De s'épouser les yeux fermés.

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