Le baptême d'une race [microforme]
Quand nous étions petits, nous étions avides des histoires que nos grands-pères et nos aïeules nous contaieur à la veillée: mais aucunes ne nous séduisaient autant que celles qu'ils avaient eux-mêmes vécues, quand ils étaient petits. Simples anecdotes d'enfance qui nous semblaient aussi mystérieuses et aussi lointaines que Cendrillon et Barbe bleue ; parce qu'il nous était impossible de concevoir que notre orand'-mère eut jamais été petite comme nous et enfant comme nous. À la regarder avec sa bonne figure encadrée de cheveux blancs plissée par les années,
(1) L'hon, sir L. A. Jeu, K.C.M.G., lieutenant-gouverneur de
la Province de Québec.
(2) M. E. Fauteux, E.E.D.
PS
aucun effort de l'imagination ne pouvait nous la représenter récitant à sa mère sa leçon du lendemain ou endormant sa poupée préhistorique.
Enfants d'une mère commune et passionnément aimée, la Franc. nous ne savons la voir autrement que dans l'épanouissement de sa beauté et de sa force et, nous aussi ne la concevons pas aisément à cette époque où, Sauvageonne et déjà charmante, la France essayait ses premiers pas dans l’histoire.
Mes chers compatriotes du Canada, avant la séparation, vous avez voulu m'inviter à une de ces veillées de famille où chacun, à tour de rôle, vient narrer son histoire. Puisque c'est mon tour de parole, l'histoire que je voudrais dire, c'est : l'enfance de la patrie. Je désire qu'à l'entendre, vous ayez tout le plaisir que j'éprouve d'avance à vous la conter. Au moment de nous faire nos adieux, je n'ai pas trouvé de moyen meilleur pour :ous dire merci des joies inoubliables que vous m'avez données, que de nous unir dans un baiser à
notre commune mère, à la France.
Il y a, dans les langues humaines, des mots qui ont eu et ont encore, quoi qu'on fasse, une singulière et illustre fortune. Nuls, que je sache, n'ont fait vibrer tant d'âmes, tant de lyres, tant d'épées que ces trois-là : autel, drapeau, foyer.
Trois vocables, pourtant, qui servent à désigner de vulvaires choses.
Autel : une pierre fruste ou travaillée.
Drapeau: une branche d'arbre avec un chiffon au bout.
Foyer : un endroit où l'on fait du feu.
Vulgaires choses qui sont de grands signes evocateurs des plus grandes passions de l’humanité. L'âme humaine, représentative et simpliste, s'est éternellement créée de visibles symboles, pour incarner les invisibles amours qui l'ont ét. 1ellement agitée.
L'autel : une pierre ; mais par delà les monts et par delà les mers les peuples se sont fait de gigantesques appels et, autour de cette
pierre, se sont donnés de mystérieux rendez-
vous, Autour de cette pierre, ils se sont assemblés pour adresser leurs adorations au Père universel des êtres qui tient dans ses mains la plénitude de la vie et la dispense sur ses fils, sans mesure et sans arrêt : autour de cette pierre, ils se sont unis dans une prière reconnaissante à Celui qui met la fécondité au flanc des mères, l'amour au cœur des fils, la toison à a brebis et l'épi au froment. Pour cette pierre ils se sont battus plus souvent que pour les frontières et le premier mot de leur cri de guerre fut celui-là: “ Pour les autels. Pro aris.…." L'autel : c'est la Religion.
Le foyer: un endroit où l'on fait du feu :
mais devant cette flamme nos ancêtres se sont assis, ont réchauffé leurs membres engourdis, ont cuit les aliments de la maisonnée. À la douce clarté de cette flamme, ils se sont regardés, ils se sont souri, ils se sont aimés. Elle à éclairé leurs bonheurs les plus intimes et autour d'elle, ils ont vécu tous les rêves et toutes les réalités de leur vie. Les minuscules frontières de l'âtre enferment déjà une
patrie, patrie bien petite et pourtant déjà
meer nee