‹ Le Baptême de la FranceChapitre 12 sur 19 · LEAU SAINTE · texte numérisé non relu

LEAU SAINTE

Exclamation partie d une âme sauvage, mais sincère, et qui fait voir combien l'intelligence des barbares était peu apte à comprendre les mystérieuses grandeurs de la Rédemption par le sacrifice et quel miracle l'Eglise dut accomplir pour plier à la morale idéale de l'Evangile, ces cœurs qui eussent vibré plus logiquement aux immoraux et vindicatifs préceptes du Talmud.

Cependant, pour mieux caractériser ce grand acte de la naissance du nouveau royaume d'Occident à la foi du Christ, Remigius choisit pour le baptême du roi des Francs, le jour anniversaire lui-même de la naissance du Verbe Eternel à l'humanité terrestre, et il fut décidé que la ville de Reims serait le théâtre de ce grand fait.

Dans la soirée qui précéda cette illustre cérémonie, le saint et vénérable Remigius passa quelques heures en prières devant l'autel de l'église de Sainte-Marie, pendant que la reine Chlotechildis priait elle-même dans l'orarium de l'apôtre Saint-Pierre, situé tout près de la villa royale.

Quand il eut prié, le pontife se rendit près du roi afin de profiter du silence de la nuit pour donner ses dernières instructions au grand néophyte.

Les cicbiculari ^ lui ouvrirent les portes et le firent entrer près du roi des Francs.

Chlodovigh, en voyant l'évèque, se leva, vint à sa rencontre, le serra dans ses bras et le conduisit à son épouse qui priait encore dans l'orarium du très bienheureux Pierre, apôtre.

On disposa des sièges pour le roi, la reine, les clercs qui accompagnaient l'évèque, et quelques ofiiciers du palais, seuls témoins de cette scène intime et pieuse.

Remigius, alors, prit la parole et, en quelques mots, résuma tout l'enseignement qui avait été donné aux néophytes pour les préparer à leur baptême.

(1) Cbambellans.

Pendant qu'il parlait, soudain, une lumière céleste éclata dans l'église, pâlissant la lueur des cires et des lampes, et une voix se fit entendre qui disait sur un ton doux ces douces paroles de bienvenue du Christ au Cénacle, lorsqu'il apparut à ses Apôtres assemblés, après sa résurrection glorieuse :

« C'est moi, ne craignez pas! Persévérez dans mon amour. »

Après que ces paroles eussent été dites, la lumière céleste s'effaça et disparut, laissant un parfum d'une céleste suavité.

Le roi et la reine, se jetèrent aux pieds du saint pontife en versant des larmes d'émotion et de joie.

Alors Remigius, transfiguré, les jeux brillants d'un feu prophétique, les mains étendues sur le couple prosterné, s'écria :

— Heureux enfants de Jésus-Christ et de sa sainte EgHse, voici votre bénédiction, car votre postérité illustre gouvernera noblement ce royaume. Elle glorifiera la sainte Eglise et héritera de l'empire des Romains. Elle ne cessera de prospérer tant qu'elle suivra la voie de la vérité et de la vertu...

Puis, une ombre rapide passa sur le visage rayonnant de ce Moïse catholique et il ajouta :

— Hélas ! la décadence viendra; ce sera par l'invasion des vices et des mœurs dépravées. C'est là, en eÔet, ce qui précipite à la ruine les royaumes et les nations.*

Puis il prononça une dernière prière devant l'autel et c'était pour consacrer la France à la Vierge immortelle et sans tache qui, dès avant les siècles, fut conçue dans l'esprit du Père et créée dans son amour, celle qui est perpétuellement la Mère de Dieu et que la voix des générations chante Bienheureuse. Le royaume des Gaules était celui de Marie!

Cependant, rien ne fut épargné pour rehausser la splendeur de se solennel baptême.

(i; Hincmac : JUa S. Remiçii, ch. xxxvii, Fatrol. lat.

l'eau sainte. 71

Le parcours, depuis la maison du roi jusqu'au baptistère de la basilique, avait été tendu de tapisseries et de guirlandes; les rues pavoisées et couvertes de riches étoffes. Le portail de la basilique étincelait de mille feux et l'air était embaumé des angéliques parfums de l'encens.

Une longue théorie se déroule conduite par la croix, au milieu des chants qui célèbrent les miséricordes divines et la gloire des saints. L'évêque Remigius tenant Ghlodovigh par la main, le conduit au baptême.

Ce n'est plus le guerrier farouche, il a dépouillé ses insignes militaires et royaux, le lion franc adouci a des bêlements d'agneau qui sont des murmures de joie et de prière et il s'avance revêtu de la robe blanche des catéchumènes, suivi de son épouse ravie et de plus de trois mille de ses intrépides guerriers.

Tant de douces splendeurs et de si angéliques pompes étonnent tellement les sens de ce héros habitué au fracas des armes et au sang des batailles, qu'il se croit transporté dans un autre monde et s'écrie dans l'ivresse inaccoutumée et naïve de son âme :

— 0 Père saint, est-ce là le beau royaume de Dieu que tu m'as promis?

— Non, mon fils, répondit Remigius, ce n'est pas le royaume du ciel, mais c'est l'entrée du chemin qui y conduit.*

Tous les assistants, d'ailleurs, partageaient l'admiration du roi et croyaient voir les splendeurs du ciel.

Nouveau Constantin, Ghlodovigh s'avança vers la piscine sacrée pour y être purifié, non de la lèpre matérielle, mais de celle du péché. Il demanda au pontife l'ablution régénératrice.

Remigius, alors, avec cet à-propos et cette sainte éloquence qui le distinguaient, lui dit d'une voix à la fois forte et douce :

(1) Hincmar, loc. cit.

— Courbe la tête et adoucis-toi, fier Sicambre, adore ce que tu as brûlé et brûle ce que tu as adoré.

Cette expressive parole frappa tous les esprits ; on eut dit la majesté du pape Sjdvestre commandant à la majesté du fils de sainte Hélène.^

Chlodovigh avait incliné la tête et, maintenant, répondant à levêque, il demandait le baptême, confessait l'Unité et la Trinité de Dieu et les principaux dogmes de la foi chrétienne et catholique.

En ce moment, Remigius, étendant la main, attendait que le clerc chargé de porter le saint chrême le lui remit, afin qu'après avoir béni l'eau, selon l'usage, il y mêlât l'huile sacrée.

Mais la foule était si dense, que le clerc qui portait le chrême ne pouvait la percer et arriver jusqu'à l'évêque.

Alors Remigius leva les yeux et les mains vers le ciel et l'on vit, pendant sa prière, des larmes inonder son visage.

Soudain une colombe au plumage immaculé comme la neige s'approcha de lui, tenant dans son bec une petite ampoule pleine de chrême.

Le pontife la prit, l'ouvrit, et il s'en exhala un parfum délicieux.

Au même instant la colombe disparut et le vénérable évêque répandit l'huile sacrée dans la piscine baptismale.*

(1) Grégoire de Tour.~. Hist. des Francs.

{2) Hincmar. Yita Sancti Remtc/ii. On a contesté ce miracle dans son authenticité. Hincmar, qui fut évêque de Reims, ne l'a pas seulement rapporté dans la vie de son illustre prédécesseur, il ''a encore affirmé solennelleineat au couronnement de Charles le Chauve à Metz, en 869, auquel il présida et il y dit : « Nous avons conserve jusqu'à ce jour quelques parcelles du chrême apporté miraculeusement du ciel au saint évêque Rémi, lejour où il baptisait le premier roi clirétien des Francs. • (Hincmar, Couronnement de Charles le Chauve.) Aimoin raconte le même !ait : {Hist. des Francs, 1. i, ch. xvi.) Flodoard, dans son Sût. ef cl ësias tique de Retms, (1. I, ch. xii:) est aussi précis. De plus, la tradition constance de la France, unanime sur ce point, était confirmée par l'existence du monament lui-même. La sainte

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