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LA MARGE DE L HISTOIRE

Le frère de Ragnacaire assistait à cette scène.

— Et toi, lui dit Ghlodovigh, penses-tu avoir agi plus noblement. Si tu avais porté secours au roi ton frère, comme c'était ton devoir, il n'eut pas été enchaîné par ses ieudes.

Et il lui trancha la tête comme à son frère.

Pendant ce temps-là, des murmures s'élevaient parmi les Ieudes de Ragnacaire.

Ils venaient de s'apercevoir que les présents qu'ils avaient reçus et pris pour de l'or étaient en cuivre doré.

— De quoi vous plaignez-vous? leur dit Ghlodovigh, c'est bien assez pour des traîtres comme vous qui ont livré leur roi au supplice.*

Les deux princes étaient des proches parents de Ghlodovigh. Il leur restait un frère, Rigomer, roi des Genomani.*

Le roi des Francs le fît assassiner. Toute la Gaule septentrionale était, dç ce chef, soumise à ses lois.

Plusieurs autres princes et rois voisins, qui lui tenaient de près par les liens du sang, subirent le même sort. Ghlodovigh craignait qu'ils lui disputassent un jour la souveraineté ou ne se vengeassent sur ses fils.

Il jeta, alors, les yeux autour de lui et se demanda s'il lui restait encore des parents. Pour les découvrir, s'il en restait, il pleura et dit à ceux qui l'entouraient :

— Hélas! malheur à moi! Voici que presque toutes les branches de la famille royale des Francs sont coupées! Malheur à moi! je reste seul comme un voyageur parmi les étrangers! Si l'adversité frappe à ma porte, je n'ai plus de famille pour me tendre une main seoourable.

Mais, soit que sa ruse n'eut pas de succès ou qu'effectivement il ne lui restât plus de parenté, nul ne vint lui ofirir au

(1) Grégoire de Tours.

(2) Le Mans.

nom des devoirs du sang, son affection et l'assurance de son aide en cas de malheur.*

C'est ainsi que Dieu juge les rois qui ont plus de confiance dans la ruse et la force que dans la seule et unique puissance de Celui qui règne dans les cieux.

Quand Dieu veut leur faire comprendre que lui seul est grand, il suscite autour d'eux des fantômes sanglants qui les tourmentent et les poussent au crime. Heureux, lorsque comme David et Théodose, ils savent prosterner leur front humilié et leur cœur troublé devant le soleil de toute paix et le maître de toute justice, pour implorer dans les larmes leur pardon et sa miséricorde.

(1) Grégoire de Tours.

>OO^tfM>*-

C'en était fait, le soleil éclairait maintenant un trône nouveau et un royaume nouveau pour lequel le livre de la gloire s'était ouvert sous le signe de la croix.

Le joug des anciens conquérants était secoué, le chaos barbare éclairci ; Francs et Gaulois s'étaient donné la main, partis du même berceau, vêtus de la même gloire, drapés du même orgueil.

Et c'était la France qu'avait bercé l'Eglise. Ghlodovigh, dans tout l'éclat de sa puissance, trônait à Lutèce, dans ce palais de Julien, dont les murs raconteraient aux siècles les plus reculés l'écho des gloires antiques.

Cour brillante où les leudes orgueilleux s'appuyaient sur leur épée triomphante, fiers de l'incomparable prestige qui rayonnait sur le front de leur roi, génie libérateur qui avait brisé les chaînes de la Gaule et porté jusqu'aux nues la splendeur maternelle du nom chrétien et catholique.

Maintenant, le farouche Sicambre montrait la douceur de l'agneau devant les évêques, pasteurs du troupeau du Christ. Il appelait les arts à sa cour, et les poètes et les

i56 LE BAPTÊME DE LA FRANCE.

artistes venaient à Lutèce chanter des hymnes et bâtir des églises jusque des confins de l'orient.

Ghlotechildis et ses fils faisaient l'ornement de la couronne du roi Ses hommes libres.

Cependant, l'âme de Ghlodovigh n'était pas en paix et des spectres sanglants troublaient son sommeil royal.

Il voulut chasser ces sombres nuages et quittant, pour un temps, les rives fleuries de Lutèce, il partit revoir les rives de l'Escaut et la ville de Tournai, lieu de sa naissance, pour s'y reposer de ses travaux dans le palais de son père Ghildéric.

Il y fut suivi par Ghlotechildis, ses fils et sa cour.

L'église Notre-Dame venait d'être achevée par les soins d'Eleuthère, alors évêque de Tournai, et dont la réputation de sainteté était grande.*

Ghlodovigh l'entendit annoncer la parole de Dieu, et, touché de sa pieuse éloquence, se rendit à sa demeure, accompagné de son fidèle Aurélianus.

Eleuthère, touché de cet honneur, reçut le roi des Francs avec respect, mais bientôt il fut efirayé en voyant la tristesse répandue sur ses traits assombris.

Sur un signe de l'évêque, Aurélianus, sous un prétexte, se retira, et Eleuthère, regardant le roi avec bonté et compassion, lui dit :

(1) En mémoire de cette édification de l'église Kotre-Dame, on représente saint Eleuthère, évêque de Tournsii, portant une église sur la main. Mais ce n'est pas seulement a cause de cette construction matérielle, c'est aussi à cause de l'edincation spirituelle de cette chrétienté, comme nous le iait remarquer en son style naif, le chanoine Cousin, aans son histoire de Tournât/, d'après les chroniques, annales ou démonstrations du christianisme de C'évéchë de Tournât/ : « C est pourquoj il porte en sa main le pourtraict d'une église pour signai qu'il a spirituellemeni édifié Téglise de Tournay, en convertissant les Touroaisiens, ou aussi matériellement, pour avoir depuis que les gouverneurs et magistrats de la ville se sont faicts chrestiens, faict construire et esiever le bastiment public et magnifique de l'église de Nostre-Dame de Tournay, commencée par S. Plat en Ihéritage et fond d Ir eneus son aieul. «

— Prince, vous êtes triste et vous cherchez des consolations que Dieu seul peut vous donner par ses infinies miséricordes. Votre âme est-elle en paix? Un remords l'accable, et il faut vous réconcilier avec Dieu.

Ghlodovigh soupira et, baissant la tête, répondit à l'évêque :

— Vous dites vrai, seigneur père, j'ai péché devant la justice de Dieu. La paix, depuis ce jour, est sortie de mon âme. Intercédez pour moi.

— Priez, répondit l'évêque et faites pénitence, puis venez demain dans l'église du Seigneur.

Ghlodovigh passa toute la nuit en prières, en compagnie de Chlotechildis, son épouse, et, le lendemain, se rendit à l'église pour assister au divin sacrifice.

Gomme Théodose, il se prosterna sur le pavé de la basilique, demandant avec larmes au Dieu de toute miséricorde, le pardon de ses crimes.

Cependant, le pontife, après avoir, lui aussi, passé la nuit en prières, était à l'autel, où il célébrait le divin sacrifice.

Gomme il élevait la salutaire et samte Hostie pour l'offrir à l'adoration du peuple, une grande lumière éclaira tout à coup la basihque, la tête du pontife resplendit embrasée par une auréole de feu, et un ange du ciel apparut à Eleuthère et lui dit :

— Tes prières sont exaucées, le roi aes Francs est pardonné de son crime.

Quand le sacrifice fut terminé, le vénérable évêque descendit de l'autel, et s'approchant de Ghlodovigh, lui donna le baiser de paix en lui disant :

— Seigneur roi, réjouissez- vous. Dieu vous a fait miséricorde, vos péchés vous sont remis.

Et, levant sa main bénissante, il prononça sur la tête royale, les paroles qui délient au ciel et sur la terre.

Ghlodovigh sentit son cœur allégé d'un grand poids, et k paix rentra dans son âme.*

Le roi des Francs revint à Lutèce avec l'automne et s'enquit de l'état des travaux de la basilique des saints apôtres qu'il avait fondée sur le mont Leucotius.

Il ne devait pas la voir achever.

Ghlodovigh régnait depuis trente ans, et il n'était âgé que de quarante-cinq ans, quand la mort étendit son aile sombre sur son front glorieux, cinq ans après la bataille mémorable de Voclada.*

Auprès de sa couche pleurait et priait Ghlotechildis, entourée de ses fils, et ses leudes farouches avaient peine à dissimuler leurs larmes.

Remigius était là qui lui montrait le ciel.

Le roi très chrétien fut enseveli dans la basilique des saints apôtres qu'il avait fondée.

Le temps n'était pas loin, où sur la fosse ouverte des rois de France, allait retentir en pareille circonstance le cri héréditaire de la glorieuse monarchie :

— Le roi est mort! Vive le roi!

Glotechildis partit pour Tours vivre dans une silencieuse

(1) Cet épisode qui fait partie de l'histoire de Tournai était autrefois représenté sur les vitraux de la cathédrale de cette ville.

La ville de Tournai, dont nous avons déjà eu l'occasion de citer le nom antérieurement à ce volume, est une charmante petite cité industrielle de la frontière belge, pleine de beaux monuments et d'antiques souvenirs.

Assise sur les deux rives de l'Escaut, ce fleuve la divise en deux parties, dont celle de la rive gauche qui forme la ville neuve est la plus animée.

La cathédrale de Tournai, construite du XI« au XIl» siècle, est un des plus magnifiques édifices de style roman que l'on possède.

On y remarque, à l'intérieur, un riche jubé en marbre blanc et noir de 1556, admirable quoique peu en harmonie avec le style général de l'église. On y admira aussi le reliquaire de Saint-Eleuthàre, un précieux travail, d'orfèvrerie.

Tournai est plein de vieilles et remarquables églises. Son hôtel de ville, où ou a installé le musée, est l'ancien prieuré de Saint-Martin.

(2) Veuille.

et chaste retraite, auprès du tombeau du bienheureux Martin, depuis la mort duquel œnt douze ans s'étaient éooulés.

Theuderic,^ Ghlodomer,* Ghildebert et Ghlotarius,^ ses fils, se partagèrent le royaume de Ghlodovigh.*

(1) Thierry I«^

(2) Clodomir.

(3) Clotaire !•'•.

(4) Clovis, mort en 511, fat enterré dans le chœnr de la basilique Saint-Pierreet-Saint-Paui qu'il avait fondée et qui changea plus tard son vocable en celui de Sainte-Geneviève, puis devint le centre de l'abbaye du même nom qui subsista jusqu'à la Révolution française. 11 reste des vestiges de cette abbaye sur l'emplacement de laquelle est aujourd'hui à Paris le collège Henri IV.

Le tombeau de Clovis fut retrouvé en 1807 et porté à Saint-Denys, dans la sépulture royale, dont la Révolution avait balayé les cendres. L'efBgie du prince, taillée en demi-relief, dans la pierre tombale ne semble remonter qu'au XII® siècle. Les Isormands, sans doute, avaient compris la tombe de Clovis dans leurs ravages et on avait dû la refaire k cette époque d'après le mausolée primitif, mais on ignore si le type court et trapu de Clovis représenté tur cette dalle est bien une copie hdèle de l'ancien tombeau.

■•»oj}o*»

Cependant la pastourelle de Nemetodorum était toujours conservée à la vénération des Parisii.

Genovefa touchait à sa quatre-vingt-neuvième année, et chaque jour encore elle opérait des merveilles de charité et de sainteté.

De retour à Lutèce, la ville de son cœur, après un pèlerinage au tombeau du bienheureux Martin, elle continuait à guérir les malades par les onctions de l'huile bénite.'

On lui amena, un jour, un homme possédé du démon, et elle se préparait à lui faire l'onction accoutumée, lorsqu'elle s'aperçut que la fiole d'huile était épuisée et sèche.

Elle s'agenouilla et se mit en prières, suppliant le Seigneur avec larmes de faire miséricorde au malheureux possédé.

Pendant qu'elle priait, l'ampoule se remplit d'huile et la vierge bienheureuse put faire les onctions sur le possédé qui fut aussitôt délivré de l'esprit qui le tourmentait.

(1) Voir les deux volumes précédents.

(2) Bollandistes.

A l'aube, une biche effrayée traversa le fleuve rapidement et toute l'armée le passa à sa suite sans difficulté. (P. 129.)

Dès lors, l'huile se renouvela constamment dans la miraculeuse ampoule.

Quelques mois après la mort de Ghlodovigh, Genovefa sentit sa fin approcher.

Ce fut une consternation universelle dans la ville de Lutèce et aux environs.

Des foules immenses se succédaient autour de son lit d'agonie, et Genovefa, se faisant soutenir les bras, bénissait tous ceux qui pleuraient, et sa bénédiction faisait des miracles.^

Enfin, elle mourut chargée d'années et de vertus.

Ses funérailles furent célébrées par les habitants de Lutèce avec une pompe magnifique.

fl) Le peintre Puvis de Chavaoaes a magistralement peint à fresque la Tie de Bîtinte Gdneviàve sur les murailles du Panthéon.

Ce tnatrninque édifice, situé à Pans, en haut de la montagne Sainte-Geneviève, a^aïc été cesliné à être l'église de la patronne de Paris, lorsqu'il fut fondé en ITM {■ar Louis XV.

Le PanUiéon, dont le dôme magnifique rappelle ceux de Saint-Pierre de Rome, du capitoie de Wasbington et de la basilique londonienne de Saint-Paul, est cuustr lit sur le plan d'une croix grecque formée de quatre ailes s unissant sous un di*>me de vingt-trois mètres soixanle-dix-sept centimètres de diamètre à la base et quairevingt trois mètres de hauteur, depuis l<s sol jusqu'au sommet de la lanterne. La hauteur intérieure de l'éditice est de cinquante-sept mètres, sa longueur à l'extérieur est de cent douze mètres.

Les V'.cissitudes de ce monument furent grandes. Terminé en 1790, il fut inauguré en 1791, non comme église mais comme Panthéon, destiné à recevoir les tombeaux des grands hommes et à perpétuer la mémoire des citoyens illustres. En 1822, on le rendit à sa ilestmation primitive et il fut ouvert au culte sous le litre d'eghse Sainte-Genevieve. En 1831, il redevint Panthéon, puis il fut de nouveau réatlecté au cuite en 185 5. Enfin, en ISaô, on le désatlecta de nouveau et il redevint encore une fois Panthéon  l'occasion des funérailles de Victor Hugo.

Sur le tronton triangulaire qui domine le péristyle, on lit cette inscription : Aux

GKANOS HOMMES, LA PATRIE KKCONNAISSANTK.

Oû peut supposer que le Panthéon n'est pas au bout de ses vicissitudes et «jue, quelque jour peut-être, il fera encore une fois reudu au culte.

Ses crjpifs contien- ent de nombreux tombeaux on dorment côte à côte les célébrités .es plus diverses.

Elle aussi alla dormir dans la basilique des Apôtres Pierre et. Paul, à côté de Ghlodovigh, et n'en vit pas l'achèvement.*

Son corps y fut déposé en paix le m des nones de Janvier et deux miracles signalèrent ses obsèques.

Un jeune homme, nommé Pudens, qui soufîrait d'une maladie incurable, avait été amené par ses parents sur le tombeau de la bienheureuse et illustre vierge, et, à l'instant, il s'était levé guéri.

Un goth, paralysé des deux mains et souffrant de cette dure infirmité, était venu à la basilique, et il avait passé la nuit en prières sur le tombeau de la sainte bergère. Le lendemain, quand l'aube blanchit les fenêtres, il était guéri.

Ghlotechildis donna tous ses soins à l'achèvement de l'église et fit décorer le triple portail de peintures représentant les patriarches, les prophètes et les martyrs, et la dédi-

(1) La Terreur moanaj* 1& châsse de Sainie-GeneTiàve et brûla sacrilègemeat en place de Grève les insignes relique» de la vénérable bergère de JSemetodorum, précieusement vénérées depuis treize siècles. Cinq fragments authentiques des osseuieuts de la sainte avaient échappé à cette profanation, ayant «té détachés de la châsse pendant le moyen âge et doiiues à diverses églises. Mgr de Quelen, archevêque de Paris, le* réunit lorsqu'il inaugura, le 3 janvier 1822, la nouvelle »»glise Sainte-Geneviève (aujourd'hui le Panthéon) fondée en 1757 par Louis XV à la suite d'un vœu fait dau« sa maladie à Metz. Le tombeau de sainie Geneviève est conservé a l'egiise Saint-Etienne-du-Mont à Pans et l'inscription suivante qui y a été placoe fait foi de son authenticité :

" La pierre du tombeau de sainte Geneviève offerte ici à la vénération des fidèles est celle qui a reçu le corps de la sainte le 3 janvier 512. Elle a j^ardé ces restes précieux pendant cent vingt ans. Apreà qu'ils eurent été déposés dans la châsse que saini Eloi leur avait préparée, et placés dans l'église supérieure de l'abhaye, ;a pierre du tombeau, religieusement conservée dans l'église souterraine, demeura l'objet de la piété des fidèles jusqu'à la révolution de 1793. Le 3 décembre 1803, elle a été transférée do l'église ruinée de Sainte-Geneviève en celle de Saint-Eîiennedu-Mont, par les soins de M. de Voisins, curé de la paroisse, avec l'autorisation de S. E. Mgr le cardinal du Belloy, archevêque de Paris. »

Ajoutons que la pierre de pe tombeau et les reliques de la sainte sont toujours en grande vénération à. Paris.

cace en fut faite par le bienheureux Remigius, évêque de Durocortorum, qui, lui aussi, touchait au terme de sa carrière, en présence des trois fils de Ghlodovigh, Glotaire, Ghiidebert et Ghlodomir.

Une lampe brûlait sans cesse sur le tombeau de la bienheureuse Genovefa, et non seulement l'huile de cette lampe guérissait les malades, mais il arriva que, quoique les pèlerins y puisassent constanmient comme à une source intarissable, elle se renouvelait miraculeusement, attestant jusque dans le silence du tombeau la vertu et la sainteté de celle que Paris ne devait pas cesser d'honorer à travers les siècles eonime sa glorieuse patronne.

»ooj^ooo-

La Constitution du royaume des Francs dans l'unité catholique, était une grande consolation pour i'Egiise, qui luttait toujours dans le monde pour l'intégrité de la foi.

Le pape Anastase* était mort au milieu des combats que la chaire apostolique livrait toujours à l'hérésie et l'élection de son successeur ne s'était pas opérée sans troubles.

Symmaque, natif de Sardaigne^ et fils de Fortunatus, lui avait succédé.

Pendant qu'on l'élisait dans la basilique de Constantin, une faction sénatoriale proclamait pape, dans celle de i^ainte-Marie, le prêtre Laurent.

Les deux pontifes portèrent le diâérend de leur élection au tribunal de Théodoric, à Ravenne.

Le roi d'Italie rendit le sage avis suivant :

— Le Siège apostolique doit être occupé par celui qui a reçu le premier les saints ordres ou qui a obtenu le puis grand nombre de suflrages.

(Il Saini Ansisiase I[.

(2) belon les Bollanilistes et contmirem'i'^t à la Patrologie qui le croyai< citojan romain.

Ce fut Symmaque qui réalisait ceUe dernière condition el prit possession de l'héritage du prince des apôtres.

Il réunit un concile, dans lequel, avec bonté, il investit Laurent de 1 evêché de Nuceria .

Mais les sénateurs ne voulurent pas se soumettre et prolongèrent par tous les moyens les plus arbitraires, un schisme pendant quatre ans.

Cent quinze évêqiies réunis en synode par le vénérable Symmaque, proclamèrent ses droits au Siège apostolique et anathématisèrent les dissidents. Ceux-ci entrèrent en fureur et se livrèrent à des violences sans nom.

Chaque jour, des clercs tombaient sous le poignard des assassins et de nombreux fidèles payèrent de leur sang leur fidélité au pontife légitime. Les veuves, les vierges étaient chassées de leurs maisons ou de leurs monastères; on les dépouillait et on les flagellait sur les places publiques. La ville de Rome était changée en un véritable champ de bataille où coulait le sang des catholiques fidèles.

Les clercs n'osaient plus se hasarder dans les rues de Rome ni la nuit ni le jour.

Lorsque, le calme fut revenu, Symmaque constata avec douleur que les Manichéens avaient profité du désordre pour faire de nouveaux prosélytes.

Le pontife brûla solennellement leurs livres et leurs simulacres.

Il enrichit les basiliques de Rome, construisit des hospices, répara les cimetières souterrains et ordonna à la messe le chant du Gloria in excelsis. Chaque année, il envoyait en Afrique et en Sardaigne, aux évèques exilés, des aumônes en argent et des vêtements. D'innombrables captifs furent rachetés par ses soins.

Un saint diacre de Pavie, Ennodius, avait écrit une éloquente apologie du Synode, qui avait proclamé Symmaque, l'unique et légitime successeur de Pierre.

« Le Seigneur, s'écrie-t-il, entrera en jugement avec les vieillards qui trompent et pervertissent son peuple. Malheur à eux î leuf péché sera puni avec la rigueur qui atteignit les villes coupables.^ »

« Nous croyons que le bienheureux Pierre a eu le mérite et la gloire dune merveilleuse innocence, nous cro^^ons que ©e privilège, qui fut pour lui la récompense de son mérite, il l'obtient pour ses successeurs par sa prière et sa perpétuelle assistance.

y> Quelle sainteté ne suppose pas le fait d'être élevé à ce comble de la dignité ecclésiastique ! Si la vertu pouvait manquer à ceux qui y sont promus, les mérites de leurs prédécesseurs la leur obtiendraient. Le Siège apostolique est tel qu'on n'y appelle que les mérites éclatants, ou qu'il fait éclater les mérites de ceux qui y sont appelés...

y> Dieu a voulu que, dans le gouvernement de l'Eglise, toutes les autres causes fussent terminées par une sentence rendue par des hommes; mais le pontife du Siège apostolique ne peut être jugé par personne. Le Seigneur a réservé les successeurs du bienheureux Pierre à son propre jugement. Ne craignez pas que la conscience d'un souverain pontife soit à l'aise dans ce privilège. Sa responsabilité, au contraire, est d'autant plus formidable qu'elle relève uniquement d'un aussi redoutable tribunal.

» C'est à Pierre seul que le Seigneur a dit :

y» Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise... Ce que tu lieras ou délieras sur la terre sera lié ou délié au eiel. Voilà pourquoi tous les saints, tous les pontifes, tous les pères ont exalté d'une voix unanime la prérogative du Siège apostolique vénéré dans tout l'univers, et considéré partout comme le chef auguste dont les autres sont membres, de sorte qu'on peut lui appliquer la parole du Prophète :

(1) Issue m, 9- 14.

« Si cette majesté est humiliée, à qui donc aurez-vous recours et que deviendra la gloire d'Israël?^ »

« Artisans de blasphème et d'impiété qui troublez l'Eglise, le désordi'e est votre élément; retournez dans les ténèbres de votre origine. Laissez-nous jouir en paix de la lumière. Par votre retraite ou votre pénitence, rendez enfin la paix à i'EgUse.^ «

Le cinquième synode romain approuva complètement l'apologie d'Eunodius et décréta qu'elle serait insérée dans les Actes apostoliques, atin d'en partager l'autorité.

Puis, après avoir de nouveau prononcé l'anathème contre les fauteurs de troubles, les évéques réunis s'écrièrent huit fois de suite :

— Christ, exaucez-nous!

Ils proclamèrent dix fois :

— Longue vie au pape Symmaqueî Qu'il ait les années de Pierre comme il en a le siège !

Et douze fois, ils s'écrièrent :

Qu'il soit fait ainsi I nous vous en prions. Seigneur! Exaiuii Christel Symmacho papœ vita! Cujus sede^m et aiiiiusl lit fiât rogamus!

Alors, Symmaque prit la parole et dit :

« — Votre fraternité, vénérables pères, n'a cessé, avec un zèle plein d'amour, de piété et de vigilance, au prix des plus rudes travaux et des plus périlleux efforts, de défendre l'Eglise et de soutenir le Siège apostolique, établi sur la confession immuable de Pierre, auquel le Seigneur a voulu nous élever, malgré notre indignité.

" Avec l'aide de Dieu le succès a couronné votre patience, la tranquillité est rétablie dans l'Eglise de Jésus-Ghi'ist, et je viens vous demander miséricorde pour nos persécuteurs,

(1) Isale X, 3.

(2) Eaaodius, Libellus apologeticus (passim Patrol. lat.)

y> Ils ont mérité l'anathème selon le droit, mais, au nom de la charité, il convient de leur appliquer le précepte de Notre- Seigiïeur qui nous enjoint de pardonner à nos frères, si nous voulons que le Père céleste nous pardonne à nousmêmes.

r> Couvrons-les donc du voile de l'indulgence et de l'oubli!

» Ailn de prévenir le retour de ces attentats qui ont tant affligé l'Eglise, il suffira de renouveler en les confirmant, les décrets solennels antérieurs contre les schismatiques, les persécuteurs des évéques, les intrus, les usurpateurs de titres, dignités et possessions ecclésiastiques. Si ces mesures, bieii-aimés frères, vous paraissent convenables, veuillez en exprimer votre avis. »•

Le bjnode acquiesça tout d'une voix.

Le schisme était terminé.

Une autre consolation allait réjouir le cœur du vénérable Symmaque.

De l'Orient toujours désolé par le schisme et l'hérésie, arriva à Kome une lettre remarquable souscrite par les évéques de ce pays troublé.

« — Hâtez-vous, disaient-ils au pape Symmaque, de secourir cet Orient d'où le Seigneur a fait sortir deux grands astres, Pierre et Paul, pour éclairer toute la terre.

» Si votre prédécesseur, le grand pape Léon, n'a pas cru indigne de lui de courir au devant d'Attila pour soustraire à la captivité corporelle des populations entières menacées, combien plus votre sainteté ne s'empressera-t-elle pas d'arracher à une captivité non moins funeste des millions d'âmes, qui déjà y gémissent, et y tombent encore chaque jour!

» C'est à vous de délimiter d'une façon rigoureuse et précise, la route de la foi véritable entre les deux sentiers pleins d'embûches d'Eutichès et de Nestorius.

« Hâtez-vous, avec l'aide de Dieu, de venir à notre secours. Montrez nous quelle est la véritable loi orthodoxe.

celle que nous ont transmise le pape saint Léon et les pères de Chalcédoine touchant les deux natures, divine et humaine, unies dans la personne de Jésus-Christ, notre Sauveur et notre Dieu.* »

Le vénérable pape Symmaque ne devait pas voir la fin du schisme d'Orient, qu'il appelait de tous ses vœux. Après un pontificat de quinze années, il mourut le 19 Juillet 514, digne de son nom,* car il avait, avec un héroïque courage, coubattu le bon combat.

Le campanien HormisJas, fils de Justus, de la ville de Frusinona, fut élu à l'unanimité pour lui succéder.

Son élection réunit tout le clergé romain et efiaça jnsqu'aux dernières traces du schisme de Laurent.

Il construisit une basilique sur le territoire d'Albe, dans le domaine appelé Fontis.

En un synode qu'il tint à Rome, il fut convenu que pour donner une nouvelle preuve de la sollicitude du siège aposto.ique, on enverrait des légats à l'empereur grec d'Orient, afin de mettre un terme à la division qui se perpétuait dans ce pays.

Ennodius de Pavie et Fortunatus de Gatane, évêques, en compHgnie du prêtre romain Venantius, du diacre du siège apostolique Vital et d'Hilarius, notaire du même siège, eurent la charge de cet ambassade auprès de l'empereur Anastase. Mais, n'ayant pu rien obtenir de lui, le pape Hormisdas dut renouveler ses tentatives de conciliation.

Hélas! les nouveaux légats n'eurent pas plus de succès et l'empereur persista dans l'erreur eutychéenne.

Bien plus, Anastase essaya de corrompre les légats et d'acheter leur conscience.

Ils rejetèrent ses propositions avec, horreur.

(1) Sjmniaque, Orienlaiium cpist. {y&iroi. lat.)

(2) En giec : cotnbatiant.

Anastase, furieux, les fit sortir de la ville pendant la nuit par une porte dérobée et conduire à un navire par une escorte de soldats et de prétoriens.

L'empereur avait pris toutes les précautions pour les empêcher de communiquer avec les évêques d'Orient, mais les légats avaient pu remettre à quelques moines orthodoxes, les protestations pontificales qui furent, par leur ministère, répandues et affichées dans toutes les cités de l'Asie.

A cette nouvelle, les eutychéens arrachèrent ces affiches et les envoyèrent à l'empereur qui entra dans une grande colère et écrivit au pape une lettre injurieuse.

Mais la main de Dieu frappa ce prince impie; pendant un orage, la foudre tomba sur lui et l'étendit mort.

Son successeur, Justin-le Vieux, envoya des ambassadeurs au pontife romain pour le prier de l'aider à rétablir la paix des églises.

De nouveaux légats furent envoyés qui furent reçus au chant des hymnes sacrées, par tout le peuple et le clergé de Gonstantinople. Ainsi l'œuvre de réconciliation s'accomplit.

L'empereur Justin envoya de Gonslanîinople à Rome un grand nombre de vases d'or et d'argent, une patène d'or enrichie d'hyacinthes, du poids de vingt-cinq livres; un calice d'or orné de pierreries, du poids de huit livres; une couronne d'or du même poids; deux patènes d'argent pesant chacune vingt-cinq livres ; deux plateaux d'ambre pesant chacun deux livres; deux coffi^ets d'or pour conserver le cierge pascal, pesant chacun six livres ; des manteaux de soie pourpre et, dans un cofiret d'or, un parement provenant de la chlamyde impériale et destiné à couvrir la confession du bienheureux Pierre, apôtre; enfin, un manuscrit des Evangiles revêtu de deux tablettes d'or du poids de quinze livres et enrichies de pierres précieuses.

Tels étaient les présents que l'empereur Justin envoya en actions de grâces au bienheureux Pierre.

De son côté, le roi d'Italie, Théodoric, ofïrit deux candélabres d'argent pesant soixante-dix livres.

Le pape Hormisdas, en plusieurs ordinations faites à Rome au mois de décembre, avait consacré vingt et un prêtres, et cinquante-cinq évêques destinés à plusieurs églises.

Il fut enseveli dans la basilique du bienheureux Pierre, apôtre, le vm des ides d'août,^ sous le consulat de Maximus.*

Il eut la consolation de voir se terminer le schisme d'Orient, la foi se propager victorieusement dans le monde et, dans la Gaule chrétienne, la Burgondie encore arienne, revenir au giron catholique, illustré par la noble et vaillante épée de la Fille aînée de l'Eglise.

(1) 6 août 523.

(2) Liber Fontificalis. — Darras, Hist, de tEgltse.

• OCggOtt*'

TABLE DES MATIÈKI s.

Avant-propos vri

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