LA MARGE DE LHISTOIRE
Ghlodéric se baissa et se mit en devoir de vider le cofire.
Mais, soudain, d'un coup de francisque, un des ambassadeurs de Ghlodovigb lui fendit le crâne.
Le roi des Francs accourut alors à Cologne, réunit le peuple en assemblée extraordinaire et lui dit :
— Ecoutez-moi; pendant que je naviguais sur la Scaldis,^ Ghlodéric, fils de mon parent Sigebert, nourrissait des projets parricides et faisait courir le bruit faux que je méditais moi-même la mort de son père qui s'enfuit pour échapper au fer d'un fils dénaturé. Mais pendant qu'il traversait la forêt de Buconia, Ghlodéric le fit égorger par des brigands. Il a été puni lui-même de ce crime, je ne sais par quelle main, car il vient d'être assassiné pendant qu'il ouvrait les trésors de Sigebert. Groyez bien que je ne suis en aucune façon complice de tous ces forfaits. Loin de moi l'affreuse pensée de verser le sang de mes parents! Mais, enfin, ce qui est fait est irréparable. Suivez mon conseil si vous le jugez bon. Donnez-vous à moi et je saurai vous défendre.
11 avait à peine achevé de parler, que les guerriers de Cologne agitèrent leurs boucliers et crièrent avec enthousiasme :
— Vive le roi des Francs !
Ghlodovigh fut aussitôt élevé sur le pavois et on le mit en possession des trésors de Sigebert.^
Il songea alors à se tourner contre Gararic, le roi de Therouanne qui, jadis, n'avait pas voulu prendre parti pour l'un ni l'autre de Ghlodovigh et de Siagrius.
Ghlodovigh l'accusa de ce chef d'être son ennemi.
Gararic fut saisi avec son fils et Ghlodovigh leur ayant fait couper les cheveux, les fit tous deux entrer dans les ordres sacrés.
(1) L'Escaut.
(2) Grégoire de Tours.
i52 LE BAPTÊME DE LA FRANCE.
Gararic pleurait sur sa tête rasée, son fils lui dit :
— Mon père, regardez ma tête. Les branches qu'on a coupées là sont celles d'un arbre vert. Prenez courage, elles refleuriront; et, s'il plaît à Dieu, l'auteur de nos malheurs mourra en aussi peu de temps que mes cheveux mettront à repousser.
Mais Ghlodovigh à qui furent rapportées ces paroles, fit décapiter le père et le fils.
Restait Ragnacaire, le roi de Gameracum, païen farouche, violent et cruel, qui ne voyait que par les yeux d'un favori débauché nommé Farro.
Ghaque fois que quelque présent était offert à Ragnacaire, son favori s'écriait :
— Voilà qui va bien pour le roi et son fidèle Farro ! Ghlodovigh résolut de tendre un piège aux leudes du roi
de Gameracum.
Il leur fit distribuer des bracelets et des baudriers de cuivre si bien dorés qu'ils paraissaient d'or.
Gette largesse, qu'ils crurent plus grande qu'elle n'était, lui gagna toutes leurs sympathies.
Le roi des Francs se mit en campagne avec ses guerriers, surprenant à l'improviste le roi de Gameracum qui envoya des éclaireurs afin de savoir qui ils étaient.
— Nous sommes, répondirent les leudes de Ghlodovigh, des amis qui venons nous mettre aux ordres du roi et de son fidèle Farro.
Gette réponse leur ouvrit la ville et, quelques heures plus tard, Ragnacaire, pieds et poings liés, était amené devant Ghlodovigh.
— Pourquoi, lui dit le roi des Francs, as-tu laissé amsi humilier en ta personne notre royale famille? Lâche, tu aurais mieux fait de mourir que de te laisser mettre dans les fers.
Et, d'un coup de sa f ramée, il lui trancha lui-même la tête.