‹ Le Baptême de la FranceChapitre 2 sur 19 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Nous avons assisté aux premiers efforts de TÉglise pour adoucir les barbares, embaumer le cadavre encore chaud de l'empire romain et semer sur cette terre corrompue la graine généreuse de l'Evangile.

Mais l'œuvre est loin encore d'être parfaite; ce n'est qu'une ébauche sur laquelle le génie chrétien répand avec beaucoup d'ardeur l'idéale grandeur de l'organisation divine.

L'œuvre, en effet, doit être immense. L'Eglise se trouve en présence des matériaux et des éléments les plus divers avec lesquels il lui faut construire un édifice homogène et grandiose qui sera l'Europe nouvelle et chrétienne surgie du chaos des grandes invasions barbares dans l'empire.

Pour mener à bien cette œuvre, il lui fallut commencer par la conversion des hordes barbares qui se ruaient comme des troupes de vautours sur le sol du vieux monde.

Œuvre surhumaine et divine, car c'était affronter une tempête qui eut infailliblement englouti toute barque qiii n'eut pas été conduite par l'Esprit-Saint et montée par Celui-là même qui avait dit cette parole immortelle :

Vm AVA.NV-PROPOS.

« Voici que je suis avec vous jusquà la consommation des siècles 1 »

Cette période, plus terrible à traverser que celle où les bourreaux versaient à flots son sang, menaçait assurément d'anéantir une œuvre commencée au prix de tant de sacrifices et jamais, pour l'Eglise, le danger n'avait été plus grand.

Quand le Gésarisme romain opprimait le monde, parfois, il écrasait sous son sceptre de fer des légions de ces apostoliques ouvriers qui travaillaient dans l'ombre à construire le trône de Jésus-Ghrist parmi les hommes; mais l'ordre régnait, la paix s'étendait sur les campagnes, et l'organisation politique de l'empire, centralisée sur une seule tête, ouvrait des routes directes, sinon sûres, à l'extension régulière des progrès de l'Evangile.

Aujourd'hui, il n'en est plus de même. Le chaos est partout. Pas un brin d'herbe qui ne soit écrasé par le talon dévastateur des barbares qui, comme une invasion de grouillantes et dévoratrices sauterelles, couvrent l'Occident pendant tout le cinquième siècle.

Ge sont les Francs et les Burgondes qui ont envahi les Gaules, les Visigoths qui sont campés en deçà et au delà des Pjrénées, les Vandales qui, opprimés en Espagne, et appelés par le romain Boniface, accablent l'Afrique de maux si atroces, que l'on doute un instant de la suprématie divme sur les choses humaines.

Et d'autres flots poussent impitoyablement ces flots, des flots de sang et de boue que soulève l'atroce ouragan de l'invasion Hunnique.

Ceux qui restent, alors, des citoyens du vieux monde, encore debout dans les rages de la tempête, comme des roseaux élastiques prè§ des chênes foudroyés, et qui jettent

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