‹ Le Baptême de la FranceChapitre 8 sur 19 · VAINS REGRETS · texte numérisé non relu

VAINS REGRETS

paisiblement, quoique les francs veillassent avec une sollicitude constante sur la basterne. Ils étaient encore sur les terres du roi des Burgondes, lorsque l'homme de confiance, laissé par Aurelianus à Janua, accourut au plus fort galop de son cheval.

— Qu'y a-t-il? demanda Aurelianus inquiet.

— Arédius est revenu; il a désapprouvé le consentement de Gondebaud et j'ai compris qu'il allait l'exciter à envoyer sans retard des hommes d'armes pour reprendre de vos mains Ghlotechildis, sa dot et sa parole. Croyez-moi, il n'y a pas de temps à perdre, il faut aviser.

— N'est-ce que cela? dit Ghlotechildis qui avait entendu ces paroles, et y a-t-il de quoi se tourmenter?

— Hélas! dit Aurelianus, nous n'arriverons jamais, avec la lenteur de ces bœufs, à temps sur le territoire de Ghlodovigh. Nous serons rejoints avant par les envoyés de Gondebaud.

Mais déjà la fille d'Hilpéric avait sauté en bas de la basterne et s'écria :

— Qu'on me donne un cheval ! Si les Burgondes nous atteignent nous sommes perdus. En avant donc! sans déhbérer.

Le péril était, en efîét, imminent. Le gallo-romain ne pouvait se le dissimuler. Un cheval fut donné à Ghlotechildis, on enleva les trésors de la basterne qu'on abandonna vide sur le chemin et, à grandes journées, on se dirigea vers les frontières du pays franc.

Irrités, cependant, de leur déconvenue, les émissaires de Gondebaud ne voulurent pas abandonner la partie et, en poussant des cris de colère, ils se précipitèrent à la poursuite des fugitifs.

Mais l'avance de Ghlotechildis, quoique faible, était suffisante et elle et son escorte purent gagner à temps la cité des Tricasses, première ville du royaum-e du fils de Ghildéric.

Ghlodovigh, avisé de la poursuite dont la future reine

des Francs était l'objet, était accouru non loin de là, à Villariacum,^ pour la recevoir.

— Très douce princesse, lui dit-il, voici le plus beau jour de ma vie, puisque je suis au comble de mes vœux en vous recevant comme épouse. Vous êtes désormais à l'abri des atteintes de ceux qui vous poursuivent, et pour leur montrer ma puissance et leur apprendre à vous respecter comme moi, je viens de donner l'ordre à mes soldats de ravager et de brûler tout le pays Burgonde qui entoure mes frontières, afin que les soldats du roi Gondebaud craignent la colère de Chlodovigh.

Déjà, en eiiet, de toutes parts, des incendies s'allumaient devant les soldats du roi des Burgondes, qui comprirent que leur mission avait échoué et tournèrent bride aussitôt.

Et Ghlotechildis, s'agenouillant devant Chlodovigh, leva les bras au ciel et s'écria dans un élan de son cœur encore ouvert aux sentiments barbares :

— Je te rends grâces, ô Dieu tout-puissant, de ce que mes yeux voient le commencement de la vengeance contre le meurtrier de mon père, de ma mère et de mes frères.^

— Béni soit Dieu! disaient les chrétiens, car il a fait descendre sa bénédiction sur nous. Bientôt Chlodovigh confessera Jésus-Christ!

De son côté, Chlotechildis ne perdait aucun désir de revendiquer tous ses droits auprès de Gondebaud. Un jour, elle dit au roi des hommes hbres :

— Si tu m'aimes, tu puniras de leurs crimes les assassins de ma famille.

— Parle, répondit Chlodovigh, mon épouse bien-aimée, et demande-moi d'exercer les représailles que tu jugeras convenables.

(1) Villery à seize kilomètres de Troyes.

(Z) Frôdegaire. Eht. d^ Francs, eu. xviii, six, Patrol. lat.

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