ACTE II, SCÈNE XXI
voir servir un amour malheureux qui ne vous conduisait à rien; mais depuis qu'un funeste duel, disposant de sa vie, vous a mis en sa place, j'ai eu l'orgueil de croire mon influence capable de disposer Monsieur votre père à vous unir à celle que vous aimez. Je l'attaquai de toutes les manières; unerésistance invincible a repoussé tous mes efforts. Désolé de le voir rejeter un projet qui me paraissait fait pour le bonheur de tous... Pardon, mon jeune ami, je vais vous affliger ; mais il le faut en ce moment, pour vous sauver d'un malheur éternel. Rappelez bien votre raison, vous allez en avoir besoin ! — J'ai forcé votre père à rompre le silence, à me confier son secret. 0 mon ami ! m'a dit enfin le Comte, je connais l'amour de mon fils; mais puis-je lui donner Florestine pour femme? Celle que l'on croit ma pupille... elle est ma fille, elle est sa sœur!
LEON, reculant vivement.
Florestine !... ma sœur?...
RÉGEARSS.
Voilà le mot qu'un sévère devoir... Ah ! je vous le dois à tous deux ; mon silence pouvait vous perdre. Eh bien ! Léon, voulez-vous vous battre avec moi?
Mon généreux ami, je ne suis qu'un ingrat, un monstre: oubliez ma rage insensée...
BÉGEARSS, bien tartuffe.
Mais c'est à condition que ce fatal secret ne sortira jamais... Dévoiler la honte d un père, ce serait un crime...
LEON, se jetant dans ses bras.
Ah ! jamais!