NOTICE VII
commissaire Chenu se transporta à son domicile et lui notifia un ordre de Louis XVI en vertu duquel il devait être conduit a Saint- Lazare. C est dans une prison destinée aux fils de famille libertins , aux prêtres scandaleux, qu'un monarque d'une honte proverbiale laissait, à force de faiblesse et d'une coupable condescendance, enfermer un commerçant notable, âgé de cinquante-trois ans, et qui avait été mêlé aux affaires les plus graves du pays, et qui n'avait fait que répondre, dans les termes les plus modérés, à des attaques anonymes et remplies de lâcheté. Sa captivité, pendant laquelle les outrages et les pamphlets redoublèrent contre luiy ne fut pas de longue durée : il sortit de prison dans la nuit du dimanche au lundi qui suivit. Rentré dans sa demeure, il déclara qu'il nen bougerait point avant d' 'avoir obtenu justice, et tout en accueillant la foule qui se pressait che^ lui pour le complimenter, il rédigea un long mémoire au roi dont le projet se trouve aux archives de la Comédie française, parmi les manuscrits de Londres. Bientôt, il reçut de M. de Colonne, qui agissait d'après des ordres venus de haut, une lettre des plus flatteuses, dans laquelle on lut adressait force louanges pour la justice et la modération avec lesquelles il avait écrit son mémoire justificatif. Une somme importante, complément de réclamations légitimes faites depuis longtemps, lui fut en outre accordée par Louis XVI. Interrompues depuis six mois, les représentations du Mariage de Figaro reprirent leur cours, et la soixante-quatorzième , donnée le mercredi iy août 1785, fut pour V auteur une sorte de triomphe. Presque tous les mi-