ACTE III, SCÈNE IV
ROSINE
Non, Monsieur; je sais que la musique n'a nul attrait pour vous.
BARTHOLO
Je t'assure que ce soir elle m'enchantera.
ROSINE, au Comte, à part.
Je suis au supplice.
LE COMTE, prenant un papier de musique sur le pupitre.
Est-ce là ce que vous voulez chanter, Madame ?
ROSINE
Oui, c'est un morceau très agréable de la Précaution inutile.
bartholo.
Toujours la Précaution inutile !
LE COMTE
C'est ce qu'il y a déplus nouveau aujourd'hui. C'est une image du printemps, d'une genre assez vif. Si Madame veut l'essayer...
ROSINE, regardant le Comte.
Avec grand plaisir : un ta bleau du printemps me ravit ; c'est la jeunesse de la nature. Au sortir de l'hiver, il semble que le cœur acquiert un plus haut degré de sensibilité : comme un esclave enfermé depuis longtemps goûte avec plus de plaisir le charme de la liberté qui vient de lui être offerte.
BARTHOLO, bas au Comte,
Toujours des idées romanesques en tête.
LE COMTE, bas.
En sentez-vous l'application ?
BARTHOLO
Parbleu! Il va s'asseoir dans le fauteuil qu'aoccupé Rosine.) ROSINE chante*.
Quand, dans la plaine, L'amour ramène Le printemps Si chéri des amants,
* Cette Ariette, dans le goût espagnol, fut chantée le premier jour à Paris, malgré les huées, les rumeurs et le train usités au Parterre en ces jours de crise et de combat. La timidité de l'Actrice l'a depuis empêchée d'oser la redire, et les jeunes rigoristes du théâtre l'ont fort louée de cette réti-
Tout reprend l'être, Son feu pénètre Dans les fleurs .
Et dans les jeunes cœurs.
On voit les troupeaux Sortir des hameaux ; Dans tous les coteaux Les cris des agneaux Retentissent; Ils bondissent ; Tout fermente ; Tout augmente ; Les brebis paissent Les fleurs qui naissent; Les chiens fidèles Veillent sur elles Mais Lindor enflammé
Ne songe guère
Qu'au bonheur d'être aimé
De sa bergère.