‹ Le barbier de Seville, Le mariage de Figaro, La mire coupable;Chapitre 80 sur 288 · ACTE ï, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE ï, SCENE I

FIGARO

Bazile! ô mon mignon ! si jamais volée de bois vert, appliquée sur une échine, a dûment redressé la moelle épinière à quelqu'un...

SUZANNE

Tu croyais, bon garçon ! que cette dot qu'on me donne était pour les beaux yeux de ton mérite ?

FIGARO

J'avais assez t'ait pour l'espérer.

SUZANNE

Que les gens d'esprit sont botes !

FIGARO

On le dit.

SUZANNE

Mais c'est qu'on ne veut pas le croire.

FIGARO

On a tort.

Apprends qu'il la destine à obtenir de moi, secrètement, certain quart -d'heure, seul à seul, qu'un ancien droit du Seigneur... Tu sais s'il était triste !

FIGARO

Je le sais tellement que, si Monsieur le Comte en se mariant, n'eût pas aboli ce droit honteux, jamais je ne t'eusse épousée dans ses domaines.

SUZANNE

Eh bien! s'il l'a détruit, il s'enrepent; et c'est de ta fiancée qu'il veut le racheter en secret aujourd'hui.

FIGARO se frotte la tête.

SUZANNE

Ne la frotte donc pas !

FIGARO

Quel danger?

SUZANNE, riant.

S'il y venait un petit bouton ; des gens superstitieux...

FIGARO

Tu ris, friponne ! Ah ! s'il y avait moyen d'attraper ce grand trompeur, de le faire donner dans un bon piège, et d'empocher son or!

SUZANNE

De l'intrigue, et de l'argent; te voilà dans ta sphère.

FIGARO

Ce n'est pas la honte qui me retient.

La crainte?

FIGARO

Ce n'est rien d'entreprendre une chose dangereuse mais d'échapper au péril en la menant à bien : car d'entrer chez quelqu'un la nuit, de lui souffler sa femme, et d'y recevoir cent coups de fouet pour la peine, il n'est rien plus aisé ; mille sots coquins l'ont fait. Mais...

(On sonne de l'intérieur).

SUZANNE

Voilà Madame éveillée; elle m'a bien recommandé d'être la première à lui parler le matin de mes noces.

FIGARO

Y a-t-il encore quelque chose là-dessous?

SUZANNE

Le berger dit que cela porte bonheur aux épouses délaissées. Adieu, mon petit fi, fi, Figaro ; rêve à notre affaire.

FIGARO

Pour m'ouvrir l'esprit, donne un petit baiser.

SUZANNE

A mon amant aujourd'hui? Je t'en souhaite! Et qu'en dirait demain mon mari? (Figaro l'embrasse.)

SUZANNE

Eh bien ! eh bien !

C'est que tu n'as pas d'idée de mon amour.

SUZANNE se défripant.

Quand cesserez-vous, importun, de m'en parler du matin au soir?

FIGARO, mystérieusement.

Quand je pourrai te le prouver, du soir jusqu'au

matin. (On sonne une seconde fois.)

SUZANNE de loin, les doigts unis sur sa bouche.

Voilà votre baiser, Monsieur; je n'ai plus rien à vous.

FIGARO court après elle.

Oh! mais ce n'est pas ainsi que vous l'avez reçu. SCÈNE II.

FIGARO, seul.

La charmante fille! toujours riante, verdissante, pleine de gaîté, d'esprit, d'amour et de délices! mais

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