‹ Le baron Charles DavillierChapitre 14 sur 20 · PORT H AIT D’ANDREA RICOIO · texte numérisé non relu

PORT H AIT D’ANDREA RICOIO

(Exécuté par lui-même.

Commencement du xvic siècle.)

La pièce a été trouvée en Espagne, à Valence. Mais à quel art appartientelle ? La grâce maniérée de la tête de la Vierge, l’arrangement de la coiffure, les petits anges de la base font tout d’abord penser à l’école italienne, et, dans l’école italienne, à l’école lombarde ; le modelé délicat et précieux de la tête rappelle en effet le sentiment des peintures milanaises du commencement du xvie siècle. Mais la tête trop peu idéale de l’enfant Jésus n’est guère de style purement italien et les plis sont tout au contraire inspirés par la manière d’une autre école, celle de Bourgogne, c’est-à-dire par l’école flamande avec addition d’un certain caractère d’ampleur dans le jet des figures et de lourdeur dans le mouvement de la draperie. L’école française des bords de la Loire, dont les attaches bourguignonnes par Michel Colomb sont assez visibles, avait adopté aussi ce système de plis. La tête de la Vierge cependant n’a pas assez de naïveté et de simplicité pour être donnée sans difficultés à l’école française. Le contact momentané des arts de la France, de la Bourgogne et de l’Italie a produit à Brou, au commencement du xvie siècle , des résultats qui sont connus et qui ne sont pas sans analogie avec l’œuvre examinée en ce moment. L’art espagnol lui-même, pour épuiser la série des hypothèses à formuler, doitil entrer, comme un coefficient appréciable, dans un alliage, j’oserais dire dans un amalgame aussi difficile à analyser? La proposition ne serait pas à priori invraisemblable , puisque l’école espagnole de sculpture, pendant toute la période de la Renaissance, a été pénétrée par l’influence de l’école flamande et que, notoirement déjà au xve siècle, en I Wi, c’est un Espagnol, Jean de la Ilerla dit d’Aroca, du pays d’Aragon, qui sculptait à Dijon le tombeau de Jean sans Peur. Quoi qu’il en soit, dans l’état actuel de la question, toute hypothèse qui tenterait de trop restreindre le champ des attributions serait téméraire ; mais on aurait beaucoup de chances de se rapprocher de la vérité en supposant que la Vierge d’ivoire rapportée de Valence est l’œuvre de quelque artiste flamand, bourguignon, peut-être même à la rigueur espagnol, très influencé par l’école italienne et surtout par l’école de peinture de Milan de la fin du xve siècle ou des vingt-cinq premières années du xvie.

A la classe des ivoires se rattachent les objets taillés dans la corne de cerf et la nacre de perle. La Gazette des Beaux-Arts & déjà entretenu ses lecteurs de deux amorçoirs ou poudrières delà collection Davillier. L’une

GAZETTE DES BEAUX-ARTS

est décorée d’une figure de Vénus accompagnée de l’Amour1. Le sujet qu’on voit sur la seconde est Samson terrassant un lion 2. Citons encore un charmant petit bas-relief du xve siècle, représentant une Annonciation sculptée dans la nacre de perle.

Fer. — Les maîtresses pièces de cette série sont d’abord une belle rondache repoussée et rehaussée de damasquine d’or, travail italien du xvic siècle, trouvé à Valence, en Espagne, orné au centre d’un sujet représentant Vénus, Adonis et l’Amour, puis l’admirable grille 3, de travail espagnol et de la seconde moitié du xve siècle, placée devant la cheminée monumentale de la galerie.

Orfèvrerie et bijoux. — Nous mentionnons plusieurs ostensoirs italiens du xve siècle en bronze doré, quelques couronnes de madones et de beaux fragments de travaux de fonte et de ciselure de la même époque ; une jolie suite de figurines en vermeil et en bronze doré du moyen âge et de la Renaissance ; une précieuse collection de bagues depuis l’antiquité jusqu’au xvie siècle; plusieurs nielles sur argent du xv". Il faut insister sur quelques bijoux. On sait l’emploi que la Renaissance fit de certaines perles énormes et de forme bizarre que la joaillerie courante ne pouvait utiliser. Elles servirent à composer des pendeloques, bijoux dans lesquels on s’efforcait de concilier la disposition de la perle baroque avec les formes d’un objet quelconque, d’un homme monstrueux ou d’un animal que l’orfèvrerie émaillée se chargeait de compléter. 11 est résulté quelques petits prodiges de ces combinaisons imaginées par les incomparables artistes du xvie siècle. Le baron Davillier avait recueilli plusieurs spécimens de ces pendeloques ; l’un d’eux est un triton barbu, et le plus beau de tous est un dragon d’or émaillé, d’une tournure superbe et d’une grande finesse4.

Gemmes et Pierres dures. — Il faut surtout remarquer deux magnifiques vasques ou coupes qui ont fait partie auxve siècle de la collection de Laurent de Médicis. M. Eugène Miintz les a ainsi décrites 5 : « Deux coupes

1. Gazette des Beaux-Arts, t. XV1IF, 2e période, septembre 1878, p. 291.

2. Gazette des Beaux-Arts , t. X, 2° période, août 1874, p. 137. Le pulverin portant le sujet de Samson est gravé dans la Notice sur le baron Davillier, par M. Eudel, p. 38.

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