‹ Le baron Charles DavillierChapitre 19 sur 20 · XXVIII. — 2e PÉRIODE · texte numérisé non relu

XXVIII. — 2e PÉRIODE

GAZETTE DES BEAUX-ARTS

à l’aide de monuments judicieusement choisis, montrer la naissance, le développement et les vicissitudes successives de sa fabrication sur le sol de la France. La salle à manger de l’hôtel de la rue Pigalle contient, en exemplaires de choix, tous les éléments d’un traité complet de la céramique nationale.

Tapisseries. — La tapisserie étant un des arts industriels que le baron Davillier aimait à l’égal de la céramique, il est naturel de rencontrer chez lui de très beaux spécimens de cet art. Le plus ancien, de fabrication flamande ou bourguignonne, date de la première moitié du xvc siècle. 11 représente un jeune gentilhomme et une damoiselle se rencontrant dans un bois. La jeune fille porte un faucon sur le poing. Celui qui se classe ensuite dans l’ordre chronologique est une Résurrection. Le costume plein de fantaisie donné aux gardes du tombeau par l’auteur du carton, — un Flamand du xvc siècle, — est curieux à étudier1. Puis apparaît la plus admirable pièce de la série. C’est une tapisserie en forme de retable d’autel. Au centre, dans un encadrement gothique, la Vierge couronnée par des anges tient sur ses genoux l’enfant Jésus. A sa droite, on voit le Frappement du rocher } et à sa gauche l’ange qui vient remuer, sous un édicule à colonnettes, l’eau de la piscine probatique. Le tissu porte cette date : Aclum anno 1485. Cette œuvre merveilleuse, empreinte de toute la suavité de l’école de Bruges, est désignée parmi les amateurs sous le nom de la Reine des Tapisseries. Elle a été achetée à Ségovie. Pour lui trouver un terme de comparaison, il faut aller à Beaune contempler les tentures conservées par l’église Notre-Dame ou à la cathédrale de Sens. Les lecteurs de la Gazette connaissent, par une gravure insérée dans ce recueil 2 3 , le chef-d’œuvre possédé par le baron Davillier. Enfin un splendide tissu rehaussé d’or et d’argent vient fermer la série sur une œuvre du x\ie siècle. C’est l’apparition du Christ à la Madeleine, ou le Noli me tangere. La Gazette 3 a déjà publié cette tapisserie, exécutée au commencement du xvi° siècle, sur une gracieuse peinture de quelqu’un de ces Flamands qui, comme Van Orley, avaient franchi les monts pour venir puiser à la source de la Renaissance italienne.

1 . Los deux soldats sont gravés dans la Notice sur le baron Davillier par M. Eudel, p. 51.

2. T. X, 2* période, p. 51. La pièce est gravée également dans la Notice sur le baron Davillier par M. Eudel et dans la Tapisserie par Eugène Müntz, p. 143.

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