‹ Le baron Charles DavillierChapitre 4 sur 20 · XXVIII. — 2* PÉRIODE · texte numérisé non relu

XXVIII. — 2* PÉRIODE

GAZETTE DES BEAUX-ARTS

fils d’un gouverneur de la Banque de France, il aurait pu se faire, par ses relations, une grande position dans le monde de l’argent; mais il n’avait pas hérité des aptitudes spéciales qui ont assuré à sa famille une légitime et honorable réputation dans la haute finance et dans l’industrie. Après un effort loyalement tenté, après s’être convaincu qu’il n’aurait jamais la vocation de financier ou d’industriel, Charles Davillier résolut de consacrer sa vie aux études vers lesquelles il se sentait porté. Très heureusement doué par la nature, ayant reçu de naissance l’instinct spécial du collectionneur, il ne voulut pas se borner, comme tant d’autres, à ne demander aux arts que des jouissances intelligentes et des distractions raffinées. Esprit observateur et d’une rare sagacité, il ne se livra pas à l’art et à la curiosité en simple dilettante. Dès le début, il s’appliqua à mettre à la disposition de ses goûts d’amateur la science consommée d’un érudit et les hautes vues d’un historien.

Pendant près de trente ans, Charles Davillier parcourut presque toutes les contrées de l’Europe, principalement l’Espagne et l’Italie, visitant les musées et les églises, butinant dans les archives et les bibliothèques , recueillant pièce à pièce, dans des conditions exceptionnellement avantageuses, la plupart des objets de sa collection. Après chaque voyage, le nomade amateur rentrait au logis riche des dépouilles glanées ou conquises le long du chemin, plus riche encore en fécondes observations.

C’est ainsi qu’il assit sur des bases solides, par la méthode la plus rigoureusement scientifique, la remarquable doctrine qui avait fait de lui un arbitre et un maître indiscutés en matière de curiosité.

Davillier attendit longtemps avant d’écrire. Modeste et prudent, il ne prit la plume que lorsqu’il se sentit sûr de lui. Dédaigneux des travaux de simple vulgarisation, il estimait que ce n’est pas en savoir assez que de ne pas pouvoir ajouter à la science des autres, et il aimait les sujets où tout fût à découvrir. Les problèmes difficiles l’attiraient. Il étudia ainsi, une à une, quelques-unes des branches les moins connues de la curiosité, et il coordonna dans de substantielles monographies le résultat des enquêtes qu'il ouvrait au cours de ses voyages ou la somme de renseignements qui découlait de ses lectures et de ses vastes dépouillements d’archives. Il débuta par une Histoire des faïences hispano-moresques à reflets métalliques. Paris, 1861, in-8°. Ces faïences avaient été jusquelà confondues avec les produits de la céramique italienne. Le mémoire, justement remarqué, et dont la Gazette des Beaux-Arts1 a signalé la première les ingénieuses conclusions, a établi d’une façon péremptoire

t. T. XIII, |>. 265-284.

LA COLLECTION DAVILLIER

la provenance, désigné les lieux de fabrication et défini lo caractère de la majolique espagnole. Au milieu d’un article inséré en 1865, ici même1, sous le titre Aiculoso Francisco, peintre céramiste italien, établi à Séville (1503-1508), l’auteur a complété l’élude des rapports qui existèrent entre les deux péninsules dans l’art spécial du potier. Il publia presque en même temps une Histoire des faïences et porcelaines de Mousticrs, Marseille et autres fabriques méridionales. Paris, 1863, in-8°. C’est un chapitre important des annales d’une industrie française dont l’organisation et le développement sont retracés <à l’aide de documents positifs. La Gazette des Beaux-Arts a analysé cet excellent travail dès son apparition2. Fidèle à ce début, Davillierne cessa.de porter toute sa vie un vif intérêt à la céramique. 11 publia encore sur cette matière préférée les deux ouvrages suivants : La Faïence, poème de Pierre de Frasnay, suivi de Va sa faventina, carmcn, 1735, avec une introduction sur les prix de la faïence et sur sa place dans la curiosité aux siècles derniers (Paris, 1870, in-8n); et les Porcelaines de Sèvres de Mme du Barry, d’après les mémoires originaux de la manufacture royale; avantpropos et notes sur le prix des porcelaines de Sèvres au xviir siècle (Paris, 1870, in-8°). 11 avait réimprimé, en le faisant précéder d’un avantpropos, Y Essai sur l'art de restaurer les faïences, porcelaines, etc., de P. Thiaucourt. Paris, 1865, in -12. Son dernier ouvrage était encore consacré à lacéramique. En voici le titre : Les origines de la porcelaine en Europe, les fabriques italiennes du xve au xvte siècle, avec une étude spéciale sur les porcelaines des Médicis. Paris, 1882, grand in-h°. C’est une très remarquable et très savante monographie, où une branche presque inconnue de la curiosité, représentée par de rarissimes objets, est traitée d’une manière définitive.

L’art du mobilier au xvme siècle avec ses suprêmes élégances, la curiosité et son personnel à la même époque avaient piqué l’attention de Davillier. Il interrogea avec persistance cette période de l’art, que son apparente frivolité ne doit pas soustraire aux investigations de la science. Il substitua des faits précis et des appréciations raisonnées aux éloges dithyrambiques dont les arts décoratifs des règnes de Louis XV et de Louis XVI avaient été précédemment l’objet de la part de leurs admirateurs. De cet examen sortirent les livres et les opuscules suivants : Le Cabinet du duc d'Aumont et les amateurs de son temps, catalogue de sa vente, avec les prix, les noms des acquéreurs, trente-deux planches

Page 1