T. XVII, 1879, p
2. Recherches sur l'Orfèvrerie en Espagne au moyen âge et à la Renaissance, documents inédits tirés des Archives espagnoles; dix-neuf planches gravées à l’eau- forte d’après d’anciens dessins de maîtrise, dessins dans le texte par Fortuny, Édouard de Beaumont, Madrazo, etc. Paris, A. Quantin, 1879. I vol. in-4° de vi-286 pages,
GAZETTE DES BEAUX-ARTS
11 mérite en effet une analyse qui montrera comment étaient conçus les travaux du baron Daviilier.
L’Espagne a été de tout temps le pays de métaux précieux et la patrie prédestinée de l’orfèvrerie . L’auteur trace d’abord un historique des développements de cet art en Espagne. 11 signale les époques de progrès et de décadence depuis les plus anciens témoignages jusqu’au xvne siècle. Chemin faisant, il traite de la constitution des corporations d’orfèvres, des lois qui régissaient ces associations et de la situation politique et sociale faite à leurs membres. A l’aide de descriptions contemporaines, il nous transporte dans la boutique d’un praticien, nous fait assister aux fontes innombrables qui ont épuisé les plus beaux et les plus vieux trésors et détruit les plus nobles spécimens de l’art étudié par lui. Il a patiemment relevé, dans d’anciens inventaires, la description de quelques objets que nous possédons encore ou dont nous connaissons les similaires. 11 nous fournit ainsi, sur ces objets, des indications certaines de date, de provenance et de destination. Enfin il donne une liste chronologique — accompagnée de notices biographiques souvent étendues — de tous les orfèvres espagnols dont il a rencontré le nom dans les documents ou dont il a déchiffré la signature ou le monogramme sur des œuvres d’art. Cette liste est fort longue, bourrée de faits, gonflée de dates et de renseignements graphiques. Des planches gravées en taille-douce reproduisent des dessins exécutés et signés par un grand nombre d’artistes du xvb siècle, pour satisfaire aux exigences d’un règlement d’administration publique. Si les archives trop fermées de l’Espagne n’eurent pas de secrets pour le baron Daviilier, l’auteur ne connut pas moins bien les trésors des églises de la péninsule ibérique, ses musées et les pièces d’orfèvrerie sorties de son territoire et dispersées dans les collections publiques et privées de l’Europe. Documents et monuments lui étaient également familiers et s’éclairaient réciproquement dans son esprit et sous sa plume. De cette confrontation perpétuelle des uns et des autres, de cette méthode excellente et scrupuleusement scientifique, résulte la création d’un certain nombre d’étalons et de types caractéristiques; ce sont les bases d’un critérium sérieux. A l’aide de ces types soigneusement déterminés et élucidés, on pourra désormais dater et attribuer avec certitude un grand nombre d’objets appartenant à l’art espagnol du moyen âge et de la Renaissance, L’histoire générale de l’art dans tous les pays profitera elle-même beaucoup de ces recherches raisonnées et de ces renseignements positifs. Le baron Daviilier a fait à la fois œuvre d’artiste et œuvre d’érudit. Son livre, beau à voir et intéressant à lire, est de ceux qu’il sera toujours utile de consulter.
LA COLLECTION DAVILLIER
Au moment de sa mort, Davillier composait encore une histoire de la verrerie espagnole d’après les documents inédits, et il préparait une seconde édition de son Histoire des faïences hispano-moresques. L’art moderne de l’Espagne ne l’avait pas non plus trouvé indifférent. Des relations l'unissaient aux premiers artistes de ce pays, qui se firent souvent ses collaborateurs. Le plus célèbre d’entre eux, Fortuny, fut son intime ami et, quand le peintre mourut prématurément, Davillier paya à sa mémoire un généreux tribut de regrets
L'Italie eut aussi une bonne part dans les travaux du baron Davillier. La majeure partie des objets de sa collection sont italiens. Il a écrit sur la porcelaine florentine des Médicis un mémoire magistral dont nous avons déjà parlé. 11 préparait sur les verres églomisés et sur les émaux peints italiens deux études que la mort est venue interrompre.
Les ouvrages de Charles Davillier sont inséparables de sa collection, ou, si l’on veut, cette collection raconte et commente sa vie d’érudit. De tous les objets dont il a si bien disserté, de tous les genres de curiosité qu’il avait étudiés avec amour, Davillier possédait chez lui d’importants spécimens. C’était peu, pour lui, de connaître, dans chaque série, les principaux monuments répandus de tous côtés; il avait voulu s’entourer de quelques-uns de ces monuments eux-mêmes, sur lesquels il aiguisait en quelque sorte sa clairvoyance et qu’il avait toujours sous la main pour appuyer la démonstration qu’un ami ou un disciple venait lui demander. La collection de la rue Pigalle, qui renferme tant de chefs-d’œuvre, ne visait pas uniquement, comme beaucoup d’autres, à être une réunion de raretés ou d’œuvres hors ligne, un abrégé de musée organisé pour l’étonnement du visiteur. Davillier dédaignait la mise en scène. 11 faisait à ceux qu’il recevait l’honneur de les prendre pour des connaisseurs et pour des savants. Il les introduisait avec affabilité et courtoisie dans l’arsenal des pièces justificatives qui lui servaient à établir l’ histoire de certains arts à l’aide de spécimens de choix. On peut dire que, sans aucune prétention pédante, le cabinet de Davillier, dans son charmant pêle-mêle, ressemblait
1. Atelier de Fortuny , œuvre posthume, objets d'art et de curiosité , avec des notices en collaboration avec MM. Éd. de Roaumont et A. Dupont-Auberville. Nombreux dessins d’après Fortuny. Paris, 1875, in-8°.
Fortuny, sa vie, son œuvre, sa correspondance, avec 5 dessins inédits en facsimilé et 2 eaux-fortes originales. Paris, 1873, in -8°.
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à un laboratoire scientifique beaucoup plus qu’à une galerie d’apparat. Aucun objet n’avait de place fixe, consacrée, inévitable. La constante mobilité des pièces permettait tous les rapprochements. Éparses sur les tables, elles provoquaient l’examen des doigts et de l’esprit. On ne traversait pas la galerie sans apprendre quelque chose, et, à chaque pas, l’admiration forçait le visiteur surpris à s’arrêter.
Hommage flatteur, que, dans trop de collections, les œuvres d’art ne méritent pas toujours par elles-mêmes, mais qu’elles doivent surtout à la place qu’ elles occupent dans une disposition habilement combinée et à une certaine mise en vedette qui affiche leurs prétentions et
les désigne fatalement au regard !
Il serait impossible, sans disposer d’un espace que nous n’avons pas, de décrire en détail ou même d’analyser sommairement toutes les séries d’objets d’art qui composent la collection Davillier. Aussi bien la libéralité