‹ Le baron Charles DavillierChapitre 8 sur 20 · LA VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS · texte numérisé non relu

LA VIERGE ET L'ENFANT JÉSUS

(.Tcrro cuite de l’école florentine. Commencement du xve siècle.)

de son propriétaire, qui prêtait abondamment à toutes les expositions rétrospectives, a-t-elle fait connaître déjà un grand nombre de petits monuments. Beaucoup d’entre eux ont été gravés et signalés, comme il convenait, aux lecteurs de la Gazette dès leur première apparition en public. Nous bornant à indiquer dans chaque classe les objets principaux, nous insisterons seulement sur eeux qui, en raison de leur nature peu transportable, sont les moins connus des visiteurs des expositions rétrospectives, c’est-à-dire sur les monuments de la sculpture.

Terre cuiie. — La série s’ouvre par un petit groupe plein de caractère, la Vierge et l’Enfant Jésus. Cette sculpture, d’un sentimentprofond et sauvage, d’un goût rude et âpre comme quelques ouvrages des contemporains d’Orcagna, semble s’inspirer dans sa brutale énergie de certaines parties de l’autel de marbre d’Or San-Michele. L’œuvre relève presque uniquement de l’art du moyen âge italien et n’annonce, par au-

LA COLLECTION DAVI LL 1ER

cun signe, les temps qui doivent succéder. Ce rôle de précurseur, un buste à mi-corps de la Madone est là pour le remplir et se charger de relier matériellement à nos yeux le passé à l’avenir. C’est un monument

Torre cuite de l'école italienne. Première moitié du xvc siècle. )

qui nous fera sentir la transition du rigide et sévère style gothique, développé par l’école de Pise,au style souple et gracieux de la première Renaissance. La Vierge aux mains longues et fines, aux gros yeux à fleur de tête, aux longs cheveux déroulés sur son manteau peint en bleu, s’essaye à la grâce et n’aboutit qu’à se donner une attitude prétentieuse et un peu guindée. Les premiers primitifs en peinture n’ont pas procédé

XXVIII — 2e PÉRIODE.

GAZETTE DES BEAUX-ARTS

autrement. Cette sculpture, que des amateurs superficiels auraient dédaignée en se croyant habiles, a été judicieusement recueillie par Davillier. C’est ainsi que sculptaient quelques-uns des contemporains de Neri di Bicci et de Jacobello del Fiore. La pièce, indifférente au point de vue de l’esthétique transcendante, est un jalon précieux pour l’histoire. Elle montre en même temps dans quel esprit le collectionneur a formé son cabinet, suivant, pas à pas, à l’aide de monuments caractéristiques, les évolutions de l’art et éclairant, par des exemples heureusement choisis, ses plus mystérieuses transformations. Nous touchons enfin à l’épanouissement de la Renaissance. Une jolie esquisse, librement traitée, représentant un concert d’anges, nous fait voir ce que l’art devient dans l’École des délia Robbia, en même temps qu’une Vierge debout, émaillée de blanc et de bleu, rappelle l’immense industrie plastique développée en Italie par l’atelier de cette famille. Une épreuve de la Madeleine ravie au Ciel par des anges, sujet d’une grâce exquise dans les têtes de chérubins et déjà connu par deux exemplaires possédés, l’un par le South- Kensington Muséum *, l’autre1 2 , par la duchesse Enrichetta Caëtani di Sermoneta, nous met en présence d’une œuvre sortie de l’école florentine et digne de Benedetto da Majano. Enfin, un buste d’homme de la lin du xv0 siècle nous initie à l’art du Nord de l’Italie, et nous fournit un remarquable spécimen de la plastique vénitienne. Les portraits sculptés en terre cuite, à Venise, au xve siècle, sont fort rares. Gomme pièce analogue, il n’y aurait à citer immédiatement que le buste vénitien de terre cuite du Musée de Berlin 3. Le buste du cabinet Davillier a été très habilement dessiné par Jules Jacquemart 4.

Pierre. — Quelques monuments à signaler, quoique la pierre n’ait pas été la matière de prédilection des écoles de sculpture dont Davillier avait, de préférence, recueilli les ouvrages : La Vierge vue à mi-corps, la tête couverte d’un voile, soutient de ses deux mains et presse contre sa poitrine l’enfant Jésus endormi. Adroite et à gauche de la Vierge, une tête de chérubin. Ce bas-relief, comme on en peut juger par un dessin, est une œuvre d’un style grave, émanant de l’école ou de l’influence de

2. Exposé en 1880 à Florence, à l’exposition de la Société Donatello, sous le titré « Ilassorilievo in terra cotla di delicata fattura, opéra attribuita a Donatello, » p. 86 do la notice do l’Exposition.

3. Wilhelm Bode. Halicnischc Portrait sculpluren des XV Jahrhanderts in den Koniglicheti Muséum zu Berlin, p. 25.

h. Histoire du Mobilier, par A. Jacquemart, p. 339; gravé également dans la Notice sur le baron Davillier, par M. EudoL p. 33.

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Donatello. L’attitude de la Vierge est pleine do dignité. Elle porte l’enfant Jésus avec fierté et l’étreint avec une tendre sollicitude. Les mains sont d’une admirable souplesse et d’une grâce charmante. La pièce a malheureusement un peu souffert dans la bouche qui a dû être retouchée. Un

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