D. J XJ A N
Hein?
Sganarelli.
Seroit-ce là-bas vers cet endroit sauvage? • *
l'cstc soit du benêt avec son herniitage ;
SGANARELLE
Pourquoi ? Frère Pacôme est un homme de bien , Bt je crois qu'avec lui vous ne perdriez rien.
D. Juan.
Parbleu ! tu me ravis. Quoi 1 tu me crois sincère Dans un conte forgd pour attraper mon père?
Sganarelle.
Comment I vous ne.... Monsieur , c'est.... Où donc Allons-nous ?
D. Juan.
la belle de tantôt m'adonne rendei-vous. Voici l'heure, et j'y vais ; c' est-là mon hermitage:
Sganarelle.
( A part. ) La retraitesera méritoire... Ah ! j'enrage !
D. Juan.
Elle est jolie! oui ?
Sganarelle.
Mais l'aller cherthcr si loin i
Elle m'a touche l'aine ; et, s'il ctoit besoin , roiu r.e la manquer pas, j'itois jusques à Rome.
Sganarelle, à part.
Belle cenversion ; Ah ! quel homme, quel homme;
{ H.m.: ) Vous l'attcndei en vain , elle ne viendra pas.
D. Ju*'N. Je crois qu'elle viendra , moi.
Sganarelle.
Tant pis.
D. Juan.
En tout cas
Ma pciilc au rendez-vous ne sera point perdue ,
C'est où du Commandeur on a mis la Statue ,
Il nous a convids à souper. On verra
Comment, s'il nous reçoit , il s'en acquittera.
Sga narelle.
Souper avec un mort , tué par vous ?
D. Juan.
N'importe;
J'ai promis : sur la peur ma promesse l'emporte.
Sganarelle.
Et si la belle vient , et se laisse emmener ?
D. Juan.
Ohl m'a foi '. la Statue ira se promener. Je préfère à tout mort une jeune vivante.
Sganarelle.
Mais voir une Statue et mouvante et parlante, îi'cstcepas...
iiS LE FESTIN DE PIERRE,
Il est vrai ., c'est quelque chose. Kn va: ;i Je ferois là-dessus un jugement certain : Pournes'y point mcprcndrc , il en faut voir la suite. Cependant, si j'ai feint île changer de conduite, Si j'ai dit que j'allois me ddchirer le cccur , D'une vie exemplaire embrasser la rigueur. C'est un pur stratagème , un ressort nécessaire, l'ar où ma politique, éblouissant mon père. Me va mettre à couvert de divers embarras. Dont , sans lui , mes amis ne me tireroicnt pas. Si l'on m'en inquiète , il obtiendra ma grâce. Tu vois comme déjà ma première grimace L'a porté de lui-même à se vouloir charger Des dettes dont par lui je me vais dégager ?
Sgana rilli.
Mais , n'étant point dé\ot, par quelle effronterie De la dévotion faire une moiuerie?
D. Juan.
11 est des gens de bien , et vraiment vertueux : Tout méchant que je suis , j'ai du respect pour eux ; Mais si l'on n'en peut trop élever les mérites , Parmi ces gens de bien il est mille hypocrites Qui ne se contrefont que pour en profiter , lit, pour mes intérêts, je veux les imiter, SGANArelle, à pan, Ahl quel homme , quel homme!
D. Juan.
Il n'est rien si commode, Vois-tu ? L'hypocrisie est un vice à la mode , £t quand de ses couleurs un vice est revêtu >
COMEDIE. lu
Sous l'appui delà mode il passe pour vertu.
Sur-tout ce qu'à jouer il est de personnages
Celui d'homme de bien a de grands avantages;
C'est un air grimacier dont les détours flatteurs
Cachent sous un beau voile un amas d'imposteurs.
On a beau de'couvrir que ce n'est que faux ze!i ,
L'imposture est reçue , on ne peut rien contre elle ;
la censure voudroit y mordre vainement :
Contre tout autre vice on parle hautement.
Chacun a iibettd d'en faire voir le piège ;
Mais pour l'hypocrisie elle a son privilège.
Qui , sous le masque adroit d'un visage emprunte.
Lui fait tout entreprendre avec impunité.
Flattant ceux du parti, plus qu'aucun redoutable.
On se fait d'un grand coips le membre inséparable ;
C'est alors qu'on est sur de ne succomber pas :
Quiconqus en blesse l'un les a tous sur les bras ;
F.t ceux même qu'on sait que le Ciel seul occupe,
Des signes de leurs mœurs sont l'ordinaire dupe:
A quoi que leur malice ait pu se dispenser ,
Leur appui leur est sûr, s'ils ^o.^t vu grimacer.
Ah ! combien j'en connols qui , par ce stratagêms
Après avoir vécu dans un dcsorJre extrême,
'i'armant du bouclier de la religion ,
Ont rhabillé sans bruit leur dépravation ,
Et pris droit au miiicu de tout ce que nous sommes ,
D'être sous ce manteau les plus méchans des hommes '.
On a beau les connoître, et savoir ce qu'ils sont.
Trouver lieu de scandale aux intrigues qu'ils ont;
Toujours même cicJit. Un maintien doux , honnête ,
i-o LE FESTIN DE PIERRE,
Quelques roiilemens d'yeux, de baissemens de tctc ,
Trois ou quatie soupirs inôlds dans un discours
Sont pour tout rajuster d'un merveilleux secours.
C'est sous un tel abri qu'assurant mes affaires
Je veux de mes censeurs duper les plussiveres.
Je ne quitteraipoint mes pratiques d'amour i
J'aurai soin seulement d'éviter le grand jour ,
F.t saurai , ne voyant en public que des prudes ,
Garder à petit bruit mes douces habitudes.
Si je suis découvert dans mes plaisirs secrets ,
Tout le corps en chaleur prendra mes intérêts ,
Et , sans me remuer, je verrai la cabale
Me mettre hautement à couvert du scandale,
C'est-làle vrai moyen doser impunément
l'ermettrc à mes désirs un plein emportement.
Des actions d'auuui je serai le critique ,
Médirai saintement , et, d'un ton pacifique
Applaudissant à tout ce qui sera blâmé
Ne croirai que moi seul digne d'être estimé.
S'il faut que d'intérêt quelque afvairc se passe ,
Fût-ce veuve , orphelin , point d'accoid, point de grjcet
Et , pour peu qu'on me choque , ardent à me venger ,
Jamais rien au pardon ne pourra m'obliger.
J'aurai tout doucement le zelc charitable
De nourrir une haîne irréconciliable;
Et quand on me viendra porter à la douceur ,
Des intérêts du Ciel je serai le vengeur :
Le prenant pour garant du soin de sa querelle,
J'appuirai de mon cœur !a malice infidelle •
Et selon qu'on m'aura plus ou moins respecté ,
COMÉDIE. m
Je damnerai les Etens de mon autorité.
C'est ainsi que l'on peut, dans lesiecle où nous sommes,
Trofiter sagement des foiblesses des hommes ,
Et qu'un esprit bien fait, s'il craint les mccontcns.
Se doit accommodci: aux vices de son tems.
<Qu'entcnds-jc? C'en est Fait, Monsieur, et je!e quitte, 11 ne vous manquoit plus que vous faire hypocrite i Vous êtes de tout point ichevé , je le voi. Assomtnci-moi de coups, percei^moi , tuez-moi , Il faut que je vous parle, il faut que je vous dise: «c Tant va la cruche i l'eau qu'enfin elle se brise; « Et comme dit fort bien , en moindre ou pareil cas, Un auteur renommé , que je ne eonnois pas , Un oiseau sur la branche est proprement l'cxcmpla De l'homme qu'en pécheur ici bas je contemple.... La branche est attachée à r?rbre, qui produit , Se'on qu'il est planté , de bon ou mauvais fruit... Le fruit s'il esc mauvais nuit plus qu'il ne proiitc ... Ce qui nuit vers la mort nous fait aller plus vîtc..,. La mort est une loi d'un usage important.,.. Qui peut vivre sans loi vit en brute ; es , partant , Ramassez. Ce sont-là preuves indubitables Qui font que vous irez , Monsieur, à tous les diablea
D. Juan.
Le beau raisonnement I
SCANARELLE.
Ne vous rendez donc pas :
Soyez damné tout seul , car pour moi, je suis las...
i2i LE FESTIN DE PIERRE,
n. Juan, aperceva^it L^oncr.
N'avois je pas raiion i legaidc , Sganaidle , Vient-on au rendez-vous ?