‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 34 sur 102 · LA TANTE, LÉANDRE · texte numérisé non relu

LA TANTE, LÉANDRE

La T a N t £ , voyant que Le'andre veut sortir,

JLiiANDRE me laisser pour une Ffomenadc ;

LÉANDRE

3'admirois du Baron la plaisante boutade. Et voulois voir la fin de tout ce différent.

La Tante, Vous êtes bien secret.

LÉANDRE

Moi ; La Tante.

Cela vous surprend.

LÉANDRE

J'iScoute le reproche, et n'en sais point la cause.

La Tante.

Eh ! j'en avois déjà soupçonné quelque chose! hïiXi mon sexe..,.

LÉANDRE

Dequoi me voulez-vous parler î La Tante.

Un homme quand il veut sait bien dissimuler. Vous ne m'aimez donc pas î

LÉANDRE

Moi, Madame i

LaTante.

Vous-meine.

Si sans en tien savoir il se peut que l'on aime...

L K. Tante.

Que vous êtes injuste ! On me l'avoit bien dit Qu'à feindre on n'eut jamais tant d'adresse et d'esprit.

Mais qui donc vous a fait ce rapport de ma flamme?

La Tante.

Celui qui comme vous voit au fond de votre ame , Votre ami.

Quoi ! ces feux , ces amours prétendus, Vous les savez. d'Oronte ?

La Tante.

Oui, de lui; mais, bien plus.

Il m'a dit qu'ayant su combien je lui suis cliere , Vous prétendiez, pour lui renoncer à me plaire > Mourir plutôt cent fois d'un désespoir jaloux...

Madame , Dieu me damne , il se moque de vous , Je n'y pensai jamais.

La Tante.

Vous le voulez bien dire , Mais...

LÉ A N D R E

OÙ donc en pourroit être le mot pourtire? Je dis ce qu'il faut croire.

Po LE BARON D'ALBIKRAC>

La Tante.

A quoi bon affecter De nier un amour dont je ne puis douter?

Vous le devez pourtant.

La Tante.

C'est vous trahir vous-même.

Ne vous obstinez, point...

LÉ A N D R E

Enfin donc je vous aime?

La Tante.

Quand d'Oronte aujourd'hui je u'aurois pas appris Combien d'amour pour moi vous vous sentez épris , Vous m'en avez tant dit ce matin même encore , J'ai tant vu dans vos yeux que votre cœur m'adore Que le mien de vos feux jamais ne doutera.

ï'ai dit, vous avez vu tout ce qu'il vous plaira; Mais je ne vous aimai cependant de ma vie.

La Tante.

Vous ne m'aimez pas ?

Non , et n'en ai point d'envie, La Tante.

Le terme est un peu fier, et même injurieux ; Mais j'en iais le motif, et vous en aime mieux. Qui peut à son ami sacrifier sa flamme , S'il croit marie ch^riroit bien sa femme. Peut-on aiscz louer cet effort de vertu?

COMEDIE. Si

Mais je vous parle net.

La Tante.

Vous vous êtes trop tu , C'est d'où vient tout le mal; mais j'y vois du remède. Sans trop en murmurer ce cher ami vous cède ; Et même , s'il vous faut dire tout aujourd'hui , J'ai du penchant pour vous beaucoup plus que pour lui.

Est-ce en dépit des gens queselonson ençie...

La Tante.

Ik'^on , mais en dc'pit d'eux on prend soin de leur vie , EtsoutTric votre mort pouvant vous secourir...

Éh I faites-moi l'honneur de me laisser mourir.

La Tante.

Si quelques l'ours encor votre amour se veut taire, Différons, j'y consens •> mais vous aurez beau faire , Il faudra, malgré vous, enfin le déclarer.

LÉANDRl,à part.

Si quelque adroit détour ne m'aide à m'en tirer

( A la tante. ) Elle m'accablera... Madame, quand Orontc De mon amour pour vous vous a fait le beau conte , Ne lui parliezvous point d'épouser i La Tante,

Dès demain , S'il l'eût pu souhaiter.

Si LE BARON D'ALBIKP.AC,

Vous l'offriez en vain.

Je ne m'étonne plus s'il a joué d'adresse.

La Tante.

Seroit-il marié ?

L E A N D RE

Non pas , mais...

La Tante.

Eh ! bien , qu'est-ce ?

L E A ND R î.

Ce scroit le trahir que vous en dire plus.

La Tante.

De grâce,

Je ne puis m'cxpliquet là-dessus.

Il romproit avec moi s'il avoit pu l'apprendre.

r, a Tante.

Je n'en parlerai point.

Je crains trop...

La Tante.

Non , Léandre ,

Croycz-moî.

Le ANDRE.

Vous vouliez récompenser son feu :

La chose est inipoisible , il est votre neveu.

Mon....

Il m'a fait cent fois jurer de vous le t.iire»

La T a n t I.

Quoi ! vous dites.,..

LÉ A N DR E

Qu'Orontc est fils de votre frère, Qui , laissant ce pays pour l'Angleterre , aima la Comtesse d'Uspcck, qu'à son tour il charma. De leurs amours secrets ce fruit serra la chaîne. Mais au moins songez, bien....

L A Tan t e.

N'en scyez point en peine.

Allons les retrouver.-,. Mais si vous m'aimiez, r

Non , Madame , vous savez que j'agis sans façon.

Fin du troisième Acte.

Page 1