X JUGEMENS ET ANECDOTES
Troupe dont j'ai l'honneur d'être étant la seule qui ne l'a poiiit représenté à Paris , j'ai cru qu'y joignant ces superbes ornemens de Théâtre , qu'on voit d'ordinaire chez nous , elle pourroit profiter du bonheur qu'un sujet si fameux a toufours eu. Tu t'étonneras encore des fautes qui ' sont dans cette Pièce i mais saclie qu'il est impossible de la mettre dans les règles , que niéms j'ai donné deux amis de débauche à D. Juan , pour remplir davantage la scène , et que mon dessein n'a été que de te divertir.... Fais-moi la grâce , cependant , de ne point confondre ce Fcsûn de Pkrrc avec un que tu as pu voù , ou pourras voir sous le nom de M. Dorimon. Nos deux noms ont assez de rapport pour t'empêch:r de lire celui-ci , croyant que c'est le même 3 et , quoique le sien soit infiniment meilleur , sic me refuse pas un quart-d'heure de ton tems. »
Malgré ce modeste jugement de Rosimontiiit sa Pièce , les frères Parfaict prétendent « qu'elle est un peu au-dessus de celles de Dorimon et de Villiers 5 mais fort inférieure à ce'.le de Molière. » On admet sans peine cette dernière assertion.
Les
JUGEMENS ET ANECDOTES, xj Les frères Parfaict rendent ainsi ccmpto des changemens que Rosimont a fait à ce sujet.
« D'abord , pour éviter la censure des gens de'vots , il feint que ses personnages sont payens. Il retranche une partie des évcnemens de la vie de D. Juan , que les deux premiers Auteurs o::t mis en action , et qu'ici , ainsi que chez Molière , l'on suppose arrivés avant l'ouverture de la Pièce. Ce vuide est rempli par les scènes de D. Félix et de D. Lope , camararîes de débauche de D. Juan , qui périssent à table en sa présence, et viennent, après leur mort, l'avertit de changer de vie. Ajoutez que les scènes de la statue sont extrêmement longues. Il résulte de I tout cela CMC le Poëme dont nous parlons n'est pas fort bon ; mais qu'il y avoit beaucoup de spectacle , et c'est ce qui convenoit au Théâtre du Marais , qui se soutenoit principalement pat ses machines et ses magnifiques décorations, n
« Il est singulier, dit l'Auteur du Dïcàonnalre Dramatique , qu'un sujet qui choque toute vraisemblance , et qui , au lieu de ridicules , n'étale que des crimes , ait exercé tant de plumes différentes.... De tomes les Comédies qui portent le
xi) JUGEMENS ET ANECDOTES, tiire de Festin de Pierre , celle de Thomas Corneille est la seule qui se soit emparée du Théâtre et qu'on y souffre aujourd'hui i ce qui prouve combien la Poésie l'emporte sur la prose au Théâtre. »
Une singularité , assez remarquable encore , c'est que presque tous les Auteurs qui ont traité ce sujet étoient Comédiens. Thomas Corneille n'avoit même vraisemblablement pas songé à s'en occuper j mais , comme on le voit par une quittance de Mademoiselle Béjart , veuve de Molière , pour sa part à elle et celle de Thomas Corneille , sur le produit des représentations du Festin de Pierre, ce fut elle qui engagea Thomas Corneille à mettre en vers la Pièce de son mari.
Un autre Auteur , qui n'étoit pas Comédien , mais qui n'a travaillé que pour les Théâtres de la Foire , c'étoit le Tellier , il donna à celle de Saint Germain , en 171 j , un Opéra-Comique , en trois actes , en vaudevilles , intitulé Le Festin de Pierre , et « qui eut un très-grand succès , » dit l'Historien de l'Opéra Comique.
LE FESTIN
DE PIERRE