‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 64 sur 102 · CHARLOTTE, PIERROT · texte numérisé non relu

CHARLOTTE, PIERROT

Charlo tte.

X^ OTRT-DINSE I Pianot , pour les tirer de peine. Tu t'cs-là rencontre bian à point I

Pierrot.

Oh ; niorgucnne !

Sans nous , c'en dtoit fait.

Charlotte.

Je le crois bian.

Vois-tu?

Il ne s'en falloit pas l'épaisseur d'un f3tu. Tous deux de se nayer eussiont fait la sottise.

Charlotte.

C'est donc l'vent d'à matin ?

Pierrot.

Aga ! quicn , sans feintlse , Je te vas, tout fin drait, conter, par le menu. Comme en n'y pensant pas , le hasard est venu.

COMEDIE. ij

ÏI aviont bian besoin d'un œil comme le nôtre ,

Qui lesvit dctoutloin; carc'cstmoi, comm'c'ditl'autie,

Qui les ai le premier avisds. Tanquia don ,

Sur le bord de la mar bian leu prend qre j'équion ,

OÙ de tarre Gros-Jean me jcttoit une motte ,

Tout en batifolant , car comm' tu sais , Charlotte ,

Pour v'nir batifoler Gros-Jean ne charche qu'oui

tt moi , par foas aussi , je batifole itou.

En batifolant don , j'ai fait l'aperccvance

D'un grouillement su gl'icau , sans voir la diffe'rcnce

De c'qui pouvoit giouillcr. Ça grouilloit à tout coups ,

Et grouillant par secousse alloit comme cnvars nous.

J'étois embarrassé : c'n'dtoit point stratagème ,

ït tout comm' je te vois , je voyois ça de même ,

Aussi fixiblement ; et pis , tout d'un coi;p , qu'ian ,

Je voyois qu'après ça je ne voyois plus rian.

3>Hc I Gros- Jean ( ç'ai-je fait) , c'tanpendant que je

sommes « A niaiscr parmi nous : je pens' que v'ia de zommcs , sj Qui nagiant tout-là-bas I... Bon '. { ç'm'a-ti fait ) vra-

ment , s» T'auras de quelque chat vu le trdpasscmcnt ; «T'as la veu' trouble... Oh ! bian ( ç'ai-je fait ) , tas

bieau dire , » Je n'ai point la veu' trouble , et c'n'est point jeu pour

rire ; » C'cst-là de zommcs,... l'oint ( ç'm'a-ti fait ) , c'n'cn

est pas, y) Piartot : t'as la barlue... Oh I j'ai c'quc tu vouras >■> (Ç'ai-jcfait) imaisgagconsquc j'n'ai point la barlue»

%r, LE FESTIN DE PIERRE,

y Et qu'ça qu'an voit là bas (ç'ai- je fait ) qui remue,

55 C'est de zommes , voi-tu t qui nagcont vais ici...

» Gag' que non ( c'm'atifait ).,. Oh; morgue ] i,ag' que si ,

s3 Dix sous ! .. Oh !«.( c'm'a-ti fait) je le veux bian, nnorguiennc !

3> Quian , mets ^argent su jeu ; via le mien. » Palsanguicnne !

Te n'ai fait aussitôt l'étourdi , ni le fou ,

/'ai bravement bouté par tarre mes dix sou , Quatre pièce tapée , et le restant en double , v> Jarnigué ! je varrons si j'avons la veu trouble ! » ( Ç'ai je fait ) les boutant , plus hardiment enfin

Que si j'eusse svalé queuque varre de vin ;

Car je sis hasardeux I Moi, qu'an m'mette en boutade , Je vas , sans tant d'raisons , tout à la débandade ! Je savois bian pouitant c'que j'faisois d'en par-là: Queuque gniais ! Enfin don , j'non pas plutôt mis , v'!a

Que j'voyon , tout à plein, conim'dcux zomm' à la nage. Nous faisian signe; et moi , sans rian dir' davantage , De prendre les lenjeux. « Allon, Gros-Jean, allon 51 ( Ç'ai-je fait 1 , vois-tu pas comm' y nous zappellon ? 3>Y vont s'nayer... Tant mieux ( c'ma-t-i fait ) , je

m'en gausse I » Y m "an fait pardte«. Adon le tirant par la chausse, J'Uai il bian sarmoiic , qu'à la parfin vars eux l'avons dans une barque avironné tous dei.x. Et p:s cahin , caha , j'ons tant fait que je somme Venus tout conrre ; ei pis j'ics avons tirés comme Il aviont quasi bu déjà pus que ds jcUi

Et pis j'ics ion cheu nous menés zadprcs du feu , Où je l'ionsveutous deux nudssdcher leu zoup'landc ; Et pis il en est v'nu deux autres de lou bande , Qui scquian , vois tu tian ' sauvés tous seul ; et pis Mathuiine est venue à voir leus biaux zhabits ; Et pis il liont conté qu'ail' n'était pas tant sotte , Qu'air avoir du malin dans l'oeil ; et pis , Charlotte , Via tout comm'ça s'est fait , pour te l'dire en un mot.

Charlotte.

Et ne m'disois-tu pas qu'glian avoit un , l'iarrot , Qu'ctoit bian pu mieux fait que tretous ?

Pie r r o t.

C'est le maître, Queuque hian gios Monsieu, des pus gros qui puisse

être , Car il n'a que du d'or par ila , par ici ; Et ceux qui le sarvont sont des Monsieus zaussi. C'tanpandant , si je n'eûme été là , palsanguenne ! Il en tcnoit !

Charlotte.

Ardcz un peu !

Pierrot.

Jamais , morgiiienne !

Tout gros Monsieu qu'il est, il n'en fut revenu !

Charlotte.

Et cheu toi, dis, Piarrot, est-il encor tout nu?

Nannin ! tout devant nous, <iui les regardions faire, 11 Tavont t'habille. Monguieu ! combian d'affaire J î'navois tu s'habiller jamais de courtisans ,

Cij

Ki leu langingorniaiix. Je me pardrois dedans. Pour les z'y faire entrer comme n'an les balotte ! ï'etois root cbobi devoir ça. Quian, Charlotte, Quand ils sont zabillés^ il vous lan , tout à point , De grands cheveux toufus ; mais qui ne tenont point A leu teste ; et pis v'ia tout d'un coup qui l'y passe: 11 boutont ça tout comme un bonnet de filasse. Leu chemise , qu'à voir j'étois tout étourdi , Ant des manche où tous deux j'entrerions tout brandi. Eiigiieu de haut de chausse , ils zant cartaine histoire

( McntraTit son genou, ) Qui ne leu viant que là. J'aurois bian do quo; boire , S; j'avois tout l'argent des lisets de dessus. Gliena tant, glien a tant qu'an n'an saroit voir pus.

Y n'ant jusqu'au colet , qui n'va point en darriere , Et qui leu pend devant, bâti d'une magnicre

Que je n'te l'sarois dire , et si jTai vu de près. 11 ant au bout des bras d'autres petits colets. Aveu des passeniens faits de dentallcs blanches , Qui veniant par le bout , faisant le tour des manches, Charlotte.

Y faut que j'aille voir , Piarrot...

Oh .' s'y te plaît , J'ai qu'eu'chose à te dire.

Charlotte.

Hc I bian, dis qu'est c'que c'est?

VoiS-tu, Charlotte, y faut qu'aveu toi, com'c'dit l'autre. Je di^bonde mon cœur, II, irroic trop du nôtre ,

COMEDIE. ty

Quand ie sommes pour ctic à nous deux, tout de bon. Si je n'me plaignois pas !

Charlotte.

iQuemeiitiqu'cst-qu'yglia don?

Pierrot.

Tglia que fianchement tu me chagiaines l'ame,

Charlotte.

Et d'où viant ?

Pierrot.

Tatigud I tu doi t'ctrc ma femme , Et tu ne m'aimes pasl

Charlot te.

Ah! ah ! n'est- ce que ça?

Pierrot.

Kon , c'n'cst qu'ça; c'tanpandant c'est bian assez... Viança, . . .

Charlotte.

Monguicu .' toujou, Piarrot , tu m'dis la même chose !

Pierrot.

Si i'te la dis toujou , c'est toi qu'en est la cause; F.t si tu me faisois queuquefois autiement , J'te ditois autre chose.

Charlotte.

Apprend-moi doncqucment Tu vourois que j'te fisse.

Ohl je veux que tu m'airr.î.

Charlotte, Eitc'que je n'taime pas ?

C iij

Non , tu fais tout de même Que si j'navions point fait no zacordaille , et si J'n'ai rian à me r'piocher là-dessus, Dieu marci ! Drèsqu'y passe un maicier , tout aussitôt j'tajcttc Les pus jolis lacets qui soient dans sa banr.ctte. Pour t'allcr di!nichei- des maries j'nesais loù , lous les jouis je m'hazarde à me rompre le cou. Je fais jouer pour toi Je vieillcu za ta fête ; Et tout ça contre un mur, c'est me battre la tête. J'n'y gagne rian. Vois-tu ? ça n'est ni biau , ni bon De n'vouloir pas zaimcr les gens qui nou zaimon.

Charlotte.

Monguieu I je t'aime aussi! de quoi te mettre en peine.

Pierrot.

Oui , tu m'aime ; mais c'est d'une belle déguaine :

Charlotte.

Qu'cit-c' donc qu'tu veux qu'an fasse > Pierrot.

Oh I je veux que , tout haut , L'an fasse ce qu'an fait pour aimer comme il faut.

Charlotte.

3't'aime aussi comme il faut : pourquoi don qu'tu t'étonne i

Pierrot.

Kon, ças'voit quand il est; et toujou zaux parsonnc, Quand c'est tout d'bon qu'on aime , an leu fait , zen

passant , Mill' p'tite singerie. Et sis-je un innocent ? Morgue ; je n'veiu que voir comm' lu grosse Thcmassc

COMEDIE. jT

fait -.au jeune Robin : ail' n'tian jamais en place ,

Tant air n'est zassotc'e , et Jrcs qu'ail' l'voit passer ,

All'n'attcnd point qu'y vienne, all's'en court l'agacer.

Ly jctt' son chapiau bas, et toujou , sans reproche ,

Ly fait exprès queuq'ntche , ou baille une taloche;

lîarnaircnient encor que suzun escabiau

y rcgardoit da.nscr : all's'en fut , bian et biau ,

Ly tirer de dessous , et l'mit à la renvarse.

Jarny ! v'Iac'qu'c'est qu'aimer I mais, morgndl l'an me

barsc , Quand drait comme un piquet j'vois qu"tu vians te

parchev.

Tu n'me dis jamais mot, et j'ai biau t'entincher , En glicu de m'fair' présent d'un'bonne cgratignurc, ]Je m'bailler queuque coup , ou d'voir , par avanture. Si j'sis point chatouilleux, tu te grates les do'gts; Et t'es là toujou comme un'vrai' souche de bois. T'est trop fraide , vois-tu ? ventreguc ; ça me choque .'

Charlotte.

C'est mon ymeur , Piarrot, que vcu.x-tu *

Tu te moque!

Quand l'an aime les gens, l'an en baille toujou Queuqu'peiit'signifiance.

Charlotte.

Oh ! charche don par où !

S'tu pense qu'à t'aimer qucuqu'autre soit pu promt£> Va l'aimer , j'te l'accorde.

P I E an O T.

Hé ! bian v'ia pas mon compte !

Tatigué! s'tu m'aimois , m'dirois tu ça i

Charlotte.

Pourquoi

M'vkns-tu tarabuster toujou l'esprit ?

Pierrot.

Dis-moi ,

Queu mal t'fais-jc à vouloir que tu m'fasse paroître

Un peu pu d'amiquid ?

Charlotte.

Va, ça vienra peut-être.

Ne me presse point tant, et laisse faire.

Pierrot.

Hd ! bian ,

Touche donc là , Charlotte , ctd'bon cœur.

Charlotte, lui touchant dans là main.

Hc 1 bian, quian.

Promets qu'tu tâchera za m'aimer davantage ?

Charlotte, apercevant D. Juan et S^anarelle. Est-ce là ce Monsieu ?

Pierrot.

Oui , le v'ia.

Charlotte.

Queu dommage Qu'il eût dtc nayd 1 Qu'il est genti î

Pierrot.

Je vas

Boive chopaine ; aguicu ; je ne tarderai pas.

( Il ion. )

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