ELVIRE, GUSM A N,D. J U A N,S G A N AK ELLE
JJL/'oN luAN voudra-t-il encor me rcconiioître ? Et , puis-je me flatcr que le soin que j'ai pris . . .
Madame, àdireviai, j'en suis un peu surpiis ; Rien ne dévoie ici presser votre voyage.
J'y viens faire sans doute un méchant personn.ige ; Et par ce froid accueil je commence de voir L'erreur où m'avoit mifc un trop crddulc espoir. J'admiïe ma foiblesse, et l'imprudence extrême Qui m'a fait consentir à me tromper moi-même, A de'mentir mes yeux sur une trahison Où mon cœur refusoit dîcroirema raison.
Oui , pour vous , contre moi , ma tendresse se'duite , Quoi qu'on pût m'oppostr , cxcusoit votre fuite. Cent soupçons , qui dévoient alarmer mon amour , Avoient beau contre vous me parler chaque jour , A vous justifier toujours trop favorable , J'en rejettois la voix qui vous tendoit coupable, Bt je ne regardois , dans ce trouble odieux , Que ce qui vou speignoit innocent à mes yeux ; Mais un accueil. si froid et si plein de surprise M'apprend tiop ce qu'il fautquc poutvous je me discj
B iij
1? LE FESTIN DE PIERPv.E,
Je n'a: plus à douter qu'un honteux repentir Ke vous ait , sans rien dire , obligé de partir. J'^en veux, pourtant, j'en veux , dans mon miihout
extrême , Entendre les raisons de votre bouche même. Parlez donc , et sachons par où j'ai mdrité Ce qu'ose contre moi voire infidélité.
D. Juan.
Si mon éloignement m'a fait croire infidèle , J'ai mes rsisons , Madame; et voilà Sganarelle , Qui vous dira pourquoi., .
SGANAREl.I,ï,(i part.
Je le dirai î . . . . Fort bien î
D. Juan.
Il sait. . .
SCANAllELLE, ias , à D. Juan.'
Moi ?... S'il vous plaît. Monsieur, je n'en sais rien.
Eh ! bien , qu'il parle. Il faut souffrir tout pour vous plaire.
D. Juan, à Sgiinarelle.
Allons, parle à Madame; il ne faut point se taire.
Sganarïlle, ia! , à D. Juan.
Vous vous mocquci , Monsieur!
E L V I R E , à Sganarelle.
Puisqu'on le veut ainsi.
Approchez , et voyons ce mystère éclairci. . . Quoi 1 tous deux interdits? Est-ce-Ià pourconfondlC ...
D. Juan, à Sganarelle, la ne répondras pas I
Sganarelle, h.u, à D. Juan.
Je n'ai rien à répondre.
D. Juan.
Veux-tu parler , te dis-je !
SGANARÎILE.
Eh! bien, allons, tout doux.
( A Khire. ) M.idarae. . .
Quoi ?
Sganarelle, à B. Juan,
Monsieur. . . .
Redoute mon courroux!
Sganarelle, à Ehire.
Madame, un autre monde... avec quelqu'autre chose... Comme les conqucrans. . . . Alexandre .... est la cauiS Qu! nous a fait en hâte , et sans vous dire adieu , Décamper l'un et l'autre , et venir en ce lieu....
( A D. Juan. ) Voilà pour vous. Monsieur , tout ce que je puis faire.
Vous plait-il, D.Juan, m'écîaircit ce mystère?
D. JUAN
Madame , à dire vrai , pour ne pas abuser. . . .
E L V IR e.
Ah ! que vous savez peu l'art de vo'js déguiser ! Pour un homme de Cour , qui doit avec étude De feindre , de trorrper avoir pris l'habitude , Demeurer interdit, c'est mal faire valoir La ncble cStonteric où je vous deviois voir !
»o LE PESTIN DE PÎERîlE,
Ouc ne me juiez-vous que vous êtes le même ,
Que vous m'aimez toujours , autant que je vous aime ,
Et que la seule moit, dégageant votre foi,
Kompra l'attachement que vous avez, pour moi J
Que ne me dites-vous qu'une affaire importante
A causé le départ dont j'ai pris l'épouvante ?
Que si de son secret j'ai lieu de m'offenser ,
Vous avez craint les pleurs qu'il m'auroit fait veiser?
Qu'ici d'un long séjour ne pouvant vous défendre
Je n'ai qu'à vous quitter ce vous aller attendre?
Que vous me rejoindrez avec l'empressement
Qu'a pour ce qu'il adore un véritable amant ?
Et qu'éloigné de moi l'ardeur qui vous enflamme
Vous rend ce qu'est un corps séparé de son ame î
Voilà par où , du moins , vous nie ferlez douter
D'un oubli que mes feux dcvroient peu redouter .'
D. Juan.
Madame , puisqu'il faut parler avec franchise , Apprenez ce qu'en vain mon trouble vous déguise. Je ne vous dirai point que mes empressemens Vous conservent toujours les mêmes seniimcns , Et que loin de vos yeux ma juste impatience Pour le plus grand des maux me fait compter l'absence. Si j'ai pu me résoudre à fuir, à vous quitter , Je n'ai pris ce dessein que pour vous éviter. Won que mon coeur encor, trop touché de vos charmes» N'ait le même penchant à vous rendre les armes ; Mais un pressant scrupule , à qui j'ai dû céder , M'ouvrant les yeux de l'aine a su m'intimidcr , Lifait voir qu'avec vous , qudqu'amour qui m'engage,
COMEDIE. ti
Je ne puis, sans péché, demeurer davantage. J'ai fait réflexion que , pour vous épouser , Moi-même trop long-tcms j'ai voulu m'abuser , Que je vous ai forcée à faire au Ciel l'injure Pe rompre en ma faveur une sainte clôture , Où par des vœux sacrés vous aviez entrepris De garder pour le monde un éternel mépris. Sur ces réflexions un repentir sincère M'a fait appréhender la céleste colère.
J'ai cru que votre hymen , trop mal autorisé , K'étoit pour tous les deux qu'un crime déguisé , Et que je ne pouvois en éviter les peines Qu'en tâchant de vous rendre à vos premières chaînes. N'en doutez point, voilà, quoiqu'avec mille ennuis , Et pourquoi je m'éloigne , et pourquoi je vous fuis. Par un frivole amour voudriei-vous, Madame , Combattre le remords qui déchire mon ame , Et qu'en vous retenant j'attirasse sur nous Du Ciel , toujours vei-.geur , l'implacable courroux ?
Ah ! scélérat ! ton coeur, aussi lâche que traître ,
Commence tout entier à se faire connoître ;
Et ce qui me confond dans ks maux que j'attends ,
Je le connois enfin lorsqu'il n'en est plus tems !
Jlais sache , à me tromper quand ce cœur s'étudie s
Que ta p:rte suivra ta noire perfidie ,
Et que ce même Ciel , dont tu t'oses railler ,
A me venger de toi voudra bien travailler 1
SGANARELLE, a pjrt.
Se peut-i! qu'il résiste , et que rien ne l'étonné ?
( A D. Juan. )
Monsieur...
D. Juan.
De fausseté je vois qu'on me soupçonne i Mais, Madame...
II suffit , je t'ai trop écouté :
î-n ouir davantage , est une lâcheté ; £t, quoi qu'on ait à dire, il faut qu'on se surmonte l'our ne se faire pas trop expliquer sa honte. Ke te figure point qu'en reproches en l'air Mon courroux contre toi veuille ici s'exhaler I Tout ce qu'il peut avoir d'ardeurs , de violence Se réserve à mieux faire éclater ma vengeance ! Je te le dis encor , le Ciel , armé pour moi , Punira , tôt ou tard, ton manquement de foi \ Et si tu ne crains point sa justice blessée. Crains du moins la fureur d'une femme offensée !
( Elle sort avec Gusman , et D. Juan Id regarde partir. )
COMEDIE. zî