I.'agr(îable rencontre ! Et d'où me vient, la belle
L'incspdrc bonheur de trouver en ces lieux ,
Sous cet habit ru;;tique , un chef-d'œuvre des Cieux î
Charlotte.
Hd ! Monsieu I...
D. Juan.
Il n'est point un plus joli visage I
Charlotte.
Monsieu 1....
D. Juan.
remeurezvoiis , ma belle, en ce villagtî Charlotte.
Oui , Moniicu.
COMÉDIE. ^j
Votre nom ?
Charlotte.
Charlotte,! voussarvir, Si j'en étois capable.
D. Juan.
Ah I je me îcns ravir !
( A Sganarelle. )
Qu'elle est belle, et qu'au Ciïur sa vue est dangereuse Pour moi...
Charlotte.
Vous me tendez, Monsieu, toute honteuse. D. J U A N , à Charlsue, Honteuse d'ouir dire ici vos vdritcs i Ç A Sganarelle. )
Sganarelle, as- tu vu jamais tant de beautés? ( A Charlotte. ) ( A Sganarelle. )
Tournez-vous, s'ilvousplaît... Quesa taille est mignonci ( A Charlotte. ) (A SL^anarJU )
Haussez un peu la tête.... Ahl l'aimable personne ! {A Sganarelle.) ( A Ch.zrlotie. )
Cette bouche, ces yeux Ouvrez-les tout-à-fait....
Qu'ils sont beaux !... Et vos dents... Il n'est tien si parfait '....
Ces lèvres ont sur-tout un vermeil que j'admire ; J'en suis charmé '.
Charlotte.
Monsieu , cela vous plaît à dire ; Et je ne sais si c'est pour vous railler de moi.
5« LE PEStiN DE TlEPvRÈ,
D. Juan.
Me railler de vous ! Non , j'ai trop de bonne foi. ( A Sg'inarellt. )
Kegaide cette main plus blanche que l'ivoire , Sganaielle , peut-on...
Charlottî.
Fi; Monsicu, air est noire.
Tout comni' je ne sais quoi '.
D. Juan, a Charlotte.
Lsisscz-li moi baiser.
Chariotte.
C'est trop d'honneur pour moi. J'n'os'roisvous refuser; Waissi j^cu jû tout ça, devant votre arrivée, Exprcs , aveu du son , je m'ia serois lavée.
Vous n'êtes point encor maiice î
Charlotte.
Oh î non pas î Wais je dois bientôt l'être au fils du grand Lucas. ■y se nomme Piarrot; c'est ma tante Phlipotc Qui nous fait marier.
D. Juan.
Quoi ! vous , belle Chavlotte , D'un simple paysan être la femme ! Non , Il vous faut autre choie , et je crois , tout de bon , Que le Ciel m'a conduit exprès dans ce village Pour rompre cer injuste et honteux mariage ; Car , enfin , je vous aiale , et , malgrd les jaloux , Pourvu que je vous plaise , il ne tiendra qu'à vous Qu'on ne trouve moyen de vous faite paroittc
Dans
Dans l'éclat des honneurs où vous méritez d'être. Cet amour est bien prompt , je l'avouerai ; mais quoil Vos bontés , tout-d'un-coup , ont triomphé de moi , Et ic vous aime autant, Charlotte, en un quart d'heure. Qu'on aimcroit une autre en six mois.
Charlotte.
Oui?
Je meure J S'il est rien de plus vrai.
Charlotte.
Monsieu , je voudrois bian Que ça fut tout com'ça ; car vous n'me dites rian Qui n'me fasse asseï zaize , et j'arois bian envie De n'vous m'ccroire point ; mais j'ai toure ma vie Entendu dire à ceux qui savent bian c'que c'est , Qu'il n'est point de Monsieus qui ne soient toujou prci A tromper queuque fille , à moins qu'ail' n'y regarde.
D. Juan.
Suis-jede ces gens là? Non, Charlotte.
SganaRELLE, a part.
Il n'a garde J D. J U A K.
Le teir.s vous fera voir comme j'en veux user.
Charlotte.
Aussi je n'voudrois pas me laisser abuser. Voyez-vous ! si j'sis pauvre c" native au vil'age , , î'ai d'I'honneur rout aurnnt qu'an en ait à mon âge; Et pour tout l'or du monde an n'me pourroit tenter.
Si j'pensois qu'sn m'aiœan; l'an me l'voulut ôter !
î8 LE FESTIN DE PIERRE,
I>. Juan.
Je voudrois vous l'ôter , mèi ? Ce soupçon m'ofFcnsc. Croyez que pour cela j'ai trop de conscience , Et que si vos appas m'ont su d'abord charmer , Ce n'est qu'en tout honneur que je vous veux aimer. Pour vous le faire voir, apprenez que dans l'ame J'ai forme le dessein de vous faire ma femme : J'en donne ma parole ; et pour vous , au besoin , L'homme que vous voyez en sera le témoin,
Charlotte. Vous m'vouiiez épouser , moi î
cela vous étonne ?
Demandez au témoin que mon amour vous donne: Il ms connoît.
SCANARELLE,(t CharUltC,
Tics-fort! Ne craignez rien, "allez; Il vous épousera cent fois , si vous voulez. J'en réponds.
Eh ! bien donc , pour le prix de ma flamme , Kc consentez-vous pas à devenir ma femme ?