SCENE II
Î.ÉONOR, D. JUAN, SGANARELtE.
D. Juan.
^"uEL bien plus grand le Ciel pouvoit-il m'accorder î Vrcsenter à mes yeux , dans un lievi si sauvage, î a plus belle personne .'...
Oh 1 point, Monsieur.
D. Juan.
Je gage Que vous n'avez encor que quatorze ans , au plus i
S G A N A R E L L I , hc^s , à D. Juan. C'est comme il vous les f,!ut.
Quatorze ans ? je les eus Le dernier de Juillet.
SGANARELLE,n part.
o I ma pauvre innocente !
D. Juan.
Mais que cherchiez-vous là ?
Des herbes pour ma tante.
C'est pour faire un remède: elle en prend très-souvent.
D. Juan, montrant Sganarelle, Veut-elle consulter un homme fort savant i Monsieur est Médecin.
Ce seroit-li sa joie.
SGANARELI-E , d'un ton grave.
OÙ son mal lui tient- il ? Est-ce à la rate , au foie ?
L É o N o R, Sous des arbres assise , elle prend l'ait là bas. Allons le savoir d'elle.
D. Juan.
Eh ! ne nous pressons pas.
{ A Sganarelle. )
Qu'elle C5t propre à cawser une flamme amoureuse!
LIÏONOK'
COMEDIE. Cl
Il faudra <]ue je sois pourtant religieuse,
r>. Juan.
Ah ! quel meurtre I et d'où vient ; est cefiuc vous avez. Tant de vocation ?
l'astii>p, mais voussavcx Qu'on menace une fille , et qu'il faut , sans muimuic.
C'est cela qui vous tient ?
Et puis ma tante assure Que je ne suis point propre au mariage. D. Juan.
Vous ?
Elle se mocque? Allez , fiai^cs c!-oix d'un dpoux. Je vous garantis, moi, s'A faut que j'en rcpondCt l'ropre à vous marier plus que fil'e du monde. Monsieur le Médecin s'y connoît , et |e veux Que lui-même...
Sganartlle, uuatit le pouls de Le'onor.
Voyons .. lecasn'eit po;nt tiouteux.
Mariez-vous, i! faut vous mettre deux ensemble , Si-non, il vous viendra mal encombre.
Ah ! je tremble.
Et quel mal est-ce là que vous nommez ? Sgânarelle.
Un mal F
Cl LE FESTIN DE PIERRE,
Qui coiisuinc en six mois l'humide radical , Mal terrible, astiingent, vaporeux....
Je suis morte i Sganarelle.
Mal sar- tout qui s'augmente au couvent.
Il n'importe ^
On ne laissera pas de m' ymettre.
Et pourquoi ?
A cause de ma soeur , qu'on aime plus que moi. On la mariera mieux , quand on n'aura plus qu'elle.
D Juan.
Vous êtes pour cela trop aimable et trop belle. Kon , je ne puis souffrir cet excès de rigueur ; Et, dès demain , pour taie enrager votre sœur , Je veux vous épouser. Un serez-vous contente ?
Eh ! mon Dieu , n'allez pas en rien dire à tna tante. Si-tôt que du couvent elle voit que je ris , Deux soufHets me sont suis ; tt ce seroit bien pis Si vous alliei pour mci parier du maiiage.
D. Juan.
F.h ! bien, mations nous en secret. Je m'engage, Puisqu'elle vous maltraite , à vous mettre en état De ne tien craindre d'elle.
SGANAR£LLZ,<i L^OTlOr.
Et par un bon contrat ; Ce n'est point à demi lue Monsieur fait les choses.
D. Juan.
J'avois pour fuir l'hymen d'assez pressantes causes > Mais pour vous fare entrer au couvent malgré vous, Skvoir qu'à la menace on aioute les coups. C'est un acte inhumain dont je me rends coupable Si je ne vous (5pou;e.
Sganarille.
11 est fort charitaMe !
Voyez ! se marier pour vous ôter l'ennui D'être religieuse : Attendez tout de lui,
L É o ii o R.
Si j'osoîs m'assurer...
Sg anarïlle.
C'est une bagatelle Que ce qu'il vous promet. Sa bonté naturelle Va si loin qu'il est prêt , pour faire trêve aux coups, D'épouser , s'il le faur, votre tante avec vous.
Ah ! qu'il n'en fasse rien ; elle est si dégoûtante. . . Mais moi , suis- je assez belle...
D. Juan.
Ah I Ciel ! toute charmante 1 Quelle douceur pour moi de vivresouî vos IO!.x :... Non , ce qui fait l'hymen n'est point de notre choix. 3^:r. suis trop convaincu : je vous conntis à peine , ït , tout-à-coup , je cède à l'amour qui m'entraîne.
F ij
^4 LE FESTIN Dï: PIERRE,
Je vouilrois qu'il fû: vrai , car ma tante et la peur Que me fait le coavenr...