‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 86 sur 102 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

n. LOUIS, D. JUAN, SGANARELLE.

D. Louis.

1 A présence vous choque, et je vois que, sans peine, Vous pourriez vous passer d'un père qui vous gêne. Tous deux à dire vrai, par plus d'une raison, Kous nous incommodons d'une étrange façon; Et si vous êtes las d'ouir mes remontrances , Je suis bien las aussi de vos extravagances. Ah! que d'aveuglement quand , raisonnant en fous, Uoiis voulons que le Ciel soit moins sage que nous , Quand sur ce qu'il connoî: qui nous est nécessaire i Jîos impvudens désirs ne le laissent pas faire , Et qu'à force de vccux nous tâchons d'obtenir Ce qui nous est donné souvent pour nous punir 1 La naissance d'un fils fut ma plus forte envie : Mes souhaits en faisoient tout le bien de ma vie ; Et ce fils que l'obtiens est le fléau rigoureux De mes jours que par lui je croyois rendre heureux !...; De quel oeil , dites-moi , pensez- vous que je voie Ces commerces honteux qui seuls font votre joie,

se LE FESTIN DE PIERRE,

Ce scandaleux amas de viles actions

Qu'entassent chaque jour vos folles passions?

Ce long enchaînemeiit de méchantes affaires

Oii liu Prince pour vous les grâces nécessaires

Ont tpuisc déjà tout ce qu'auprès de lui

Mes sciviccs pouvoient m'avoir acquis d'appui ?

Ah ; fils ! indigne fils ! quelle est votre bassesse

D'avoir de vos aveux démenti la noblesse !

D'à' oiv osé ternir par tant de lâchetés ,

le pioneux écUr du sang dont vous sortez ,

De ce sang que i'iristoire en mille endroits renomme !

Et qu'avez- vous donc f^it pour être gentilhomme ?

Si ce titre ne peut vous être contesté ,

Pensez-vous avoir droit d'en tirer vanité ,

Et qu'il ait rien en vous qui puisse être estimable.

Quand vos déréglcmens l'y rendent méprisable î

Non, non, de nos aycux on a beau faire cas ,

La naissance n'est rien où la vertu n'est pas;

Aussi nous ne pouvons avoir part à leur gloire ,

Qu'autant que nous faisons honneur à leur mémoire.

L'éclat que leur conduite a répandu sur nous ,

Des mêmes scnlimens nous doit rendre jaloux;

C'est un engagerr.eit dont rien ne nous dispense

De marcher sur les pas qu'a tracés leur prudence ,

D'être à les imiter attachés , prompts , ardens ,

Si nous voulons passer pour leurs vrais desccndans.

Ainsi de ces héros que nos histo'res louent ,

Vous descendez en vain , lorsqu'ils vous désavouent,

Et que ce qu'ils ont fait et d'illustre et de grand

K'a pu de votie coeur leur en être garant.

loin d'être de leur sang, loin que l'on vous en compte , L'éclat n'en rejaillit sur VOIS qu'à votre honte. Et c'est comme un fla'nbeau , qui, devant vous porte, Fait de vos attions mieux voir 1 indignité. Enfin si la noblesse est un précieux titre , Sachez que la vertu doit eh être l'atbitre , Qu'il n'est point de grands noms , qui sans elle obscurcis.,.

D. Juan.

Monsieur , vous seriez mieux si vous parliez, assis. D. Louis.

Je ne veux pas m'asseoit, insoient I l'ai beau dire , Ma remontrance est vainc, et tu n'en fais que rire. C'est trop, si jusqu'ici dans mon coeur , malgré moi) la tendresse de père a combattu pour toi ; Je l'étouffc: aussi bien il est tems que j'efFace La honte de te voir déshonorer ma race. Et qu'arrêtant le cours Je tes dércglemens. Je prévienne du Ciel les justes chàcimens. J'en mourrai ; mais je dois mon bias à sa colère.

( Il sort. )

Hij

D.JUAN, SGANARELLE

D. Juan

rvJlouRiz quand vous voudrez , il ne m'importe

guère

Ah! que sur ce jargon qu'à toute heure j'cincnds , Les pères sont fâcheux qui vivent trop long-tcms.

Monsieur...

O. Juan.

Quelle sottise à moi quand je l'ifcoute i

Sganarellï.

Vous avea tou.

D. Juan.

J'ai tort ?

Sganarellï,

thi....

D. Juan.

J'ai tort ?

SGANARELLE

Oui , sans doute.

Vous aveï très-grand tort de l'avoir dcouté Avec tant de douceur et tant d'honnêteté. le chassant au mil'eu de sa sotte harangue. Vous lui devic7, apprendre à mieux rcîgler sa langae, A-t-on jamais rien vu de plus impertinent ?

COMÉDIE. 8g

Un pcre contre un fils faire l'cnrreprenant ?

lui venir dire au nez que l'honneur le convie

A mener dans le monde une louable vie ?

le faire souvenir qu'étant d'un noble sang,

I! nedevroit rien faire indigne de son rang?

les beaux enîeignemens : c'est bien ce que doit suivre

Un homme tel quevous, qui sait comme il faut vivre ;

De votre patience on se doit étonner.

Pour moi , je vous l'aurois envoyé promener.

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