‹ Le baron d'Albikrac; comédie en cinq actes, en versChapitre 94 sur 102 · SCENE IX · texte numérisé non relu

SCENE IX

l L V I R E, D. JUAN, S G A N A R E L L E.

D. Juan.

%^ u o r ! vous encor , Madame .' En deux mots, s'il

vous plaît :

J'ai hâte.

Dans l'ennui dont mon ame est atteinte , Vous craignez madoulecr ; mais perdez cette crainte. Je ne viens pas ici pleine de ce courroux Que je n'ai que trop fait éclater devant vous. Par un nouvel hvmen une autre vojs possède : On m'a tout éclairci ; c'est un mal sans remède. Et je me fcrois tort de vouloir disputer Ce que contre les loix je ne puis emporter, l'ai sans doute à rougir , malgrd mon innocence , D'avoir cru mon amour avec tant d'imprudence Qu'en vous donnant la main j'ai reçu votre foi , Sans voir si vous étiezcn pouvoir d'être à moi. Ce dessein avoit beau nie sembler téméraire , Je chcrchois le secret par la crainte d'un frère ; Et le tendre penchant qui me fit tout oser , Sur vos sermens trompeurs servit à m'abuser. le crime est pour vous seul . puisqu'enSn éciaircie Je îonge à satisfaire à ma gloire noircie , £t que, ne vous pouvant conicrver pour époux,

roî LE FESTIN DE PIERRE,

J'éteins la folleavdcur qui m'attachoit àvous. Kon qu\\n juste remords l'ctoufFe dans mon ame , Jusques à n'y laisser aucun reste de flamme ; Mais ce rcste.n'est plus qu'un amour épuré. C'est un feu dont pour vous mon coeur est éclairé, Un feu pureé de tout , une sainte tendresse Qu'au commerce des sens nul désir n'intsreffe , Qui n'agit que pour vous.

SGANARELtl,

Ah !

D. J U A N , à Sg.mareUe.

Tu pleures, jecroi?

Ton caur esc attendri.

Sganarelli,

Monsieur , pardonnez-moi.

C'est ce parfait amour qui m'engage à vous dire

Ce qu'aujourd'hui le Ciel pour votre bien m'inspire ,

Le Ciel dont la bonté cherche k vous secourir ,

Trêt à choir dans l'abynie où )e vous vois courir.

Oui . D Juan, je sais par quel amas de crimes

Vos peines qu'il résout lui semblent légitimes ;

Et je viens, desapart, vous dire que pour vous

Sa clémence a faitplaceà son juste courroux ,

Que, las de vous attendre, il tient la foudre prête ,

Qui depuis si long tems menace votre tête.

Qu'il est encore en vous, par un prompt repsntiri

De trouver lesmoyensde vous en garantir.

Et que pour éviier un malheur si funeste ,

Ce jour, cejourpeut-êtrc est Icscul qui vous teste.

COMEDIE. loj

Sganarellî.

Mon si :■.;•. 1

Pour moi , q^i sors de mon aveuglement , îc n'ai plus pour la terre aucun attachement : Ma retraite cit conclue ; et c'est-là quesans cesse Mes larmes tâcheront d'effacer ma foiblesse. Heureuse si je puis par son auftcrité Obtenir lepaviion dema ctL-duIité !

Mais dans cette retraite , où l'on meurt à soi-mêmî , l'aurois , je vous l'avoue, une douleur extrcme Qu'un homme à qui j'ai cru pouvoir innocemment De mes plus tendres feux donner l'empressement , Devînt , par un revers aux nicchsns redoutable , Des vengeances du Ciel l'exemple épouvantable.

Sgaîiarelle.

Monsieur . encore un coup ; ....

De grâce , accordez-moi Ce que doit mériter l'état où je me voi ! Votre sa'ut fait sculmcsplus fortes alarmes: Ne le refusez poinf âmes voeux , à mes larmes; Et si votre intérêt ne vous sauroit toucher. Au crime en sa faveur daignez vous arracher, Et m'épargner l'ennui d'.nvo'r pour vous à craindre Le courroux que jamais le Ciel ne laisse éteindre.

SganxRELLe, à part, ta pauvre femme i

Enfin , si le fa-JX nom d'cpoux

M'a fait tout oublier poui vivre toute à vous , Si je vous ai fait voir la plus forte tendresse Qui jamais d'un ciur noble ait été lamaîtressc. Tout le prix que j'en veux , c'est de vous voir songer Au bonheur que pour vous je tâche à mc'nager.

Sganarelle.

Coeur de tigre !

Voyez que tout est périssable:

lîxaminez la peine infaillible au coupable; ït de votre salut faites-vous une loi , Ou pour l'amour de vous , ou pour l'amour de moi. C'est à ce but qu'il faut que tous vos désirs tendent, ït ce que , de nouveau , mes larmes vous demandent. Si ces lai mes sont peu , j'ose vous en presser Par tout ce qui jamais put vous inicresser. Après cette prière^ adieu ; je me retire. Songez à vous. C'est tout ce que j'avois à dire.

D. Juan J'ai fort prêfé l'oreille à ce pieux discours , IWadame; avccque moi demeurez quelques jours; Peut-être en me parlant vous me toucherez l'ame.

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