SCÈNE XV
Les MÊMES, moins Dominique.^ LE BARON, LA BARONNE, HORACE*.
(Le Baron tient à la main le portrait de la Baronne, et Horace le portefeuille que lui a rendît le Baron.)
LE BARON. Mais venez donc , Baronne, venez donc, et levez la tête. Que diable ! une espièglerie n'est pas un crime, et ce portrait vous a complètement justifiée.
HORACE. Sans doute; je suis le seul coupable.
LE BARON. Certes, vous avez eu grand tort d'enlever ce portrait, qui m'était destiné, ainsi que l'atteste ce double fond : {Lisant.) Donné par
* Céline, Didier, le Baron, la Baronuc, Ilorate.
Yolande à .Ican-Bonifacc baron de Castel-Sarrazin, le jour de sa fête.
CÉLINE, à part. Mon Dieu, que signifie?...
LE BARON. Certes, sans celte preuve de l'innocence d'Yolande... une réparation terrible...
HORACE. Oui, Yolande avait besoin de réparation ; mais son innocence est prouvée, n'en parlons plus.
LE BARON. Vous avcz raison ; un soin plus important... {Apercevant Didier.) Monsieur le chevalier, mon neveu m'a fait connaître le danger que vous couriez tous deux. Croyez-moi, fuyez avant qu'on ne vous arrête...
DIDIER. Merci, mille fois merci, monsieur le baron, irrais je voudrais profiter de votre offre généreuse que je ne le pourrais pas.
LE BARON. Comment?
DIDIER, d'un air tragique. C'est un aveu bien pénible que celui que je vais être obligé de faire... je sens qu'il me couvre de ridicule, mais cet aveu sera ma justification... Je le dois à l'hospitalité que j'ai reçue dans ce château... je le dois à Madame. . à Madame surtout... Veuillez prendre place.
HORACE, à part. Que va-t-il dire ?
LE BARON, après s'être assis, ainsi que les autres personnages. Expliquez-vous, chevalier.
DIDIER, seul debout. Monsieur le baron, je suis marié.
TOUS. Marié!
DIDIER, A une femme jeune et belle, plus riche et plus noble que moi ; une femme qui tient entre ses mains mon avenir tout entier.
HORACE, à part. Que signifie?
DIDIER. Je ne vous parlerai pas des premiers temps de notre mariage, du bonheur que je goûtai près d'Arlémise.
HORACE. Arlémi.<^e !..
DIDIER. Monsieur le comte , veuillez ne pas m' interrompre.
LE BARON. Taisez-vous, mon neveu.
LA BARONNE. Oui , taiscz-vous. {A part,) C'est plein d'intérêt.
DIDIER. Ce bonheur ne devait durer qu'un instant... Il y avait trois mois que nous étions mariés, la lune de miel était dans son plein , quand le régiment d' Artois-cavalerie vint tenir garnison dans notre petite ville... Pour mon malheur, ce régiment comptait au nombre de ses officiers le comte Didier de Varinville.
HORACK, à part. Mais c'est mon histoire, qu'il raconte là.
DIDIER. Pour mon malheur encore, ce fut chez moi qu'il vint loger...
HORACE. Un instant, je ne puis permettre..
LA BARONNE. Taiscz-vous donc, mon neveu.
LE BARON. Mais, mordicu ! taiscz-vous, mon neveu, vous êtes insupportable !