‹ Le baron de LahontanChapitre 29 sur 53 · EUR ER PE LEUR MORE RTE EEE · texte numérisé non relu

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reçurent des soins à cet hôpital sous le régime français.

Il y a ceci de certain, Lahontan ne reçut jamais aucune mission officieile de faire ce voyage. Lorsqu'il partit de Michillimakinac avec ses soldats, qui venaient de recevoir leur solde, il alla faire la traite quelque part. S'il a rencontré une rivière aussi importante que la rivière Longue, il n’en a jamais rendu compte au gouvernement, ni à Denonville, qu'il vit à Montréal au retour de son voyage, ni à Frontenac, qui fut son protecteur. Il semble pourtant qu’en faisant valoir alors sa découverte, il eut pu en obtenir de l’avancement. Jamais, dans le temps, la nouvelle de cet extraordinaire voyage ne fut connue. Il n’en est question ni dans la correspondance des gouverneurs avec les ministres, ni dans les récits des voyageurs contemporains, ni dans les milliers de lettres qui ont été conservées de cette époque lointaine. Lahontan, lui-même, lorsqu'il implorait sa grâce des Pontchartrain auprès des personnages influents, garda l’inviolable secret de sa découverte. Ce n'est que treize années après son expédition (1689-1703), alors qu’il a perdu tout espoir de rentrer dans sa patrie, qu'il fait connaître au monde ce voyage désormais fameux. C'est la tactique que Hennepin avait suivie lorsqu'il voulut se donner le mérite dela découverte de l'embouchure du Mississipi.

Quels motifs poussèrent donc Lahontan à faire le récit de cette expédition imaginaire ? Reportons-nous à l’époque où parut la première édition de son ouvrage.

Cavelier de la Salle avait découvert l'embouchure du Mississipi, mais ses voyages restaient encore un mystère pour le plus grand nombre. Plusieurs même les contestaient. Les relations de Marquettte, de Tonty, de

MN D Me mena TA Te | Hennepin trouvaient des incrédules. {

La science, de son côté, voyait un grand problème géographique à résoudre dans ces mystérieuses explorarions du centre américain. Découvrirait- on, enfin, ce passage vers l'ouest, qui devait mener aux royaumes du Cathay et du Japon, et qui avait été le but des premières expéditions de Cartier ? D: même que, de nos jours, on a suivi avec une fiévreuse curiosité les entreprises de Livingstone, de Stanley, de Brazza, cherchant à arracher

ses secrets au continent noir, les savants du commence-

ment du XVIrIe siècle voulaient savoir cequ’il fallait penser de ces régions de l'Amérique du Nord récemment explorées, de ces grands fleuves, de ces mers intérieures, de

ces plaines imménses, et, en particulier, de cette route

vers l’ouest depuis si lonotemps cherchée et fe l’on disait tenir enfin. :

La Gazette d2 Hollande etla Gazette de France avaient tenu le public au courant de ces explorations autant que le permettait alors le système encore embryonnaire du reportage. Renaudot, surtout, qui rédigeait la Gazette de France, s'intéressait particulièrement aux découvertes-de la Salle. Il entretenait à ce sujet une

correspondance fort suivie avec l’abbé Bernon. Il s'était :

occupé aussi du méchant livre du P. Hennepin. Le Mississipi était devenu populaire. Les gazetiers de Paris Remonville, Thoisnard, Argour s'étaient joints à Renau-

dot età Bernon. Ce groupe important avait pris l’affaire

en main. De 1694 à 1703, toute l’Europe savante est anxieuse d’avoir des nouvelles certaines de Ja Salle et de ses compagnons, En 1698, avait eu lieu la première

campagne d’Iberville au golfe du Mexique, Ce célèbre

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marin s’y était rendu une deuxième fois l’année suivante. En 1700, il avait remonté le grand fleuve jusqu’à la nation des Taensas. Dans un troisième voyage, opéré de 1701 à 1702, il avait poussé ses explorations encore plus loin, et, enfin, en 1703, le roi de France l’avait nommé commandant en chef de la Louisiane.

On conçoit qu'un voyage en Amérique, paraissant dans ces circonstances toutes spéciales, eût manqué d’intérêt, si l’auteur avait négligé d’y traiter des régions de l'ouest, du Mississipi et de ses affluents. Lahontan sut saisir le bon moment pour publier le récit de ses aventures. Il était sûr d’un succès de librairie, ce qui n’était pas à dédaigner pour un baron sans emploi,sans baronnie et sans fortune, Il attirait sur lui l'attention des savants, il se créait ainsi des relations sociales, rentrait dans le mouvement qui poussait l'attention des cours vers l’Amérique, se ménageait des entrées auprès des princes ou des souverains étrangers dont il recherchait la protection. La faim, l’occasion, l'herbe tendre purent l’engager à se donner le mérite d’une découverte imaginaire. Pourquoi n’aurait-il pas recueilli sa petite part des lauriers réservés à la Salle et à ses illustres compagnons ? Pourquoi ne se serait-il pas donné lui aussi la gloire du découvreur ? Ces pays d'Amérique, il en revenait. , Il avait connu Tonty, du Luth, Perrot, la Durantaye. N'était-il pas à Michilimakinac lorsque les restes de la malheureuse expédition de la Salle y arrivèrent au printemps de 1688 ?

Une autre raison put encore engager Lahontan à raconter ce voyage, où il prétendait avoir pénétré plus loin vers l’ouest qu'aucun explorateur connu.

Les explorations des Français dans l’intérieur du continent américain, avaient stimulé l'ambition des Hollandais et des Anglais. En 1609, ces deux nations songeaient sérieusement à créer des établissements sur le Mississipi et au pays des Illinois. Les Anglais, tenaces, se préparaient à faire une concurrence redoutable à la France dans ces nouvelles contrées. Ils y avaient été excités par un homme qui ne connaissait ces pays que parce qu'il avait été au service de la France, sous les ordres de Cavelier de la Salle. Cet homme, c'était le récollet Louis Hennepin, dont le grand découvreur avait bien deviné le caractère le jour où il disait de lui, qu’il éprouvait l'invincible besoin de mentir, pour se faire valoir et se mettre en évidence.

Après avoir, en 1683, dédié son livre de là Découverte de la Louisiane à Louis XIV, Hennepin en avait donné une nouvelle édition avec des modifications étranges. Il prétendait avoir descendu le Mississipi en 1680, avant la Salle, et l'avoir remonté en quarante-huit jours. Cet ouvrage avait été multiplié à l'infini. On l'avait traduit en allemand, en hollandais, en espagnol. Utrecht Amsterdam, la Haye, Londres, Leydes, Rotterdam, Brême et Bruxelles en répandirent des éditions de tous les formats. ; |

La dédicace qui, en 1683, avait dépassé les bornes de la flatterie à l'égard de Louis XIV, avait été remplacée dans la nouvelle édition par une autre où Hennepin accablait Guillaume III de ses hyperboliques éloges. “ Triste personnage, dit Margry que ce moine qui feignant d'interprêter les secrets de la Providence, colportait ses

flagorneries d’un prince à l’autre, proposait à un prince

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