‹ Le baron de LahontanChapitre 28 sur 53 · NAT · texte numérisé non relu

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que les Sauvages tracèrent à Lahontan sur des peaux de cerfs, représentait une pareille rivière,hors qu'il la place à 2 ou 3 degrés plus au S. ; mais il n'a jamais prétendu garantir la latitude qu’il lui donnait, d’après une carte aussi grossière. Toutes les notions anciennes et modernes acquises depuis la découverte de l'indication des différentes routes proposées en remontant le Missouri, la Rivière longue, le Mississipi même, ou en traversant le lac des bois dans le pays des Sioux, tout s'accorde à supposer une chaîne de montagnes du S. au N,. dontles eaux coulent à l’E.et à l'O. Plus la route qu’on tentera sera dans un pays bas et voisin du Golfe du Mexique, plus le trajet sera long et pénible pour aller chercher au revers de la montagne une rivière navigable d’un cours opposé, et enfin plus on s’exposera à traverser les terres dont les Espagnols sont en possession, ou sur lesquelles ils ont des prétentions. Plus au contraire on cherchera cette route dans le haut des terres et dans le voisinage des sources du Mississipi, plus on s’éloignera des terres espagnoles ; il ne serait pas même impossible que le terrain s’élevant de plus en plus, on ne trouvât les montagnes applanies, comme on le peut présumer de la quantité de lacs dont tout le pays est entrecoupé dans la partie septentrionale du Canada ; c'est de quoi l’Amérique offre plusieurs exemples.

“ Quelqu'un de ces lacs peut donner naissance à deux rivières d’un cours opposé ; et dans ce cas on pourrait, à la faveur de ce lac, passer d'une rivière qu’on aurait remontée, dans une autre qui descendrait, traverser en canot tout le continent de l'Amérique Septentrio-

nale d’une navigation continue et du Golfe du Mexique

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ou de la mer du Nord, en remontant le Mississipi ou le fleuve St-Laurent, retomber dans une rivière qui conduirait à la mer du Japon ; découverte, sans contredit, plus avantageuse pour le commerce de France, que ne serait à celui d'Angleterre le fameux passage cherché par la Baie d'Hudson, quand même on l'aurait trouvé.

“Il me conviendrait moins qu’à tout autre de m'étendre sur les moyens qu'on peut employer pour prouver un heureux succès à cette entreprise. Je me contenterai de remarquer qu’elle doit être secrète, ignorée également des Sauvages et des habitants du Canada. On sait les peines et les tracasseries que la jalousie et l'intérêt particulier des compatriotes ont suscité de tout temps à ceux qui ont travaillé aux découvertes dans ce pays ; quand on n’a pas osé s'y opposer ouvertement, on a fait agir les sauvages. Ces peuples ne consentent qu’avec peine que l’on passe sur leurs terres pour former des liaisons avec leurs voisins ; c’est les dépouiller d'un commerce qu'ils font eux-mêmes, et dont ils sentent tout l'avantage. Il s'agirait de leur persuader que l’objet de l'entreprise leur est utile, pour les engager à concourir à son succès. Les guerres presque perpétuelles qui subsistent entre eux, forment un nouvel obstacle ; ils ne voient pas tranquillement les Français porter du fer et autres munitions offensives à leurs ennemis. Ces peuples que nous traitons de Sauvages, ne sont pas si grossiers qu'on se l’imagine communément, et il faut plus de ménagements et de politiques qu'on ne pense pour les amener à ce que l’on peut désirer d'eux. Malgré ces

difficultés, je crois qu’un. très petit nombre de personnes intelligentes suffirait pour tenter cette découverte, pourvu

qu’elles n’eussent point d'autre but que l'honneur de la nation et le succès de l'entreprise, et qu’elles fussent subordonnées à un chef qui réunit les qualités nécessaires pour réussir, dont la première est la confiance de ceux qui marcheraient sous ses ordres.”

Comme on le voit, ce mémoire de M. de la Grange de Chézieux contient des arguments assez sérieux. Ecrit par un homme impartial et fort au courant de tous les ouvrages concernant les découvertes sur le continent américain, il est de nature à faire hésiter le chercheur qui, au milieu de toutes ces contradictions et de tous ces démentis, désire fixer son esprit et arrêter un jugement définitif.

L'abbé Prévost, Eyriès, la Grange de Chézieux semblent apporter un grand poids au fait que le voyage de Lahontan ne fut jamais démenti par aucun de ceux qui l’accompagnaient. Cet argument, à notre sens, ne vaut rien. Lahontan ne cite aucun nom parmi ses compagnons de voyage, qui, d’après lui du reste, ne se composaient que de quelques soldats de sa garnison et d’une troupe de sauvages. Comment veut-on que ces simples manœuvres, coureurs de bois ou trappeurs, ignorants ou besogneux, eussent pris connaissance des écrits du baron

qui ne parurent qu’en 1703, plus de quinze ans après

l'expédition.

Au Canada, où l’on ne s’occupait guère alors des derniers ouvrages parus en librairie, le livre de Lahontan était connu pourtant. Il ne manquait pas, à Québec ou à Montréal, de gens qui s’intéressaient à toutes les relations qui s’imprimaient en Europe au sujet du pays. Dans le cours de nos recherches, un fait nous a souvent

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frappé, c'est que dans la plupart des inventaires de successions, dans les familles un peu à l'aise, il se trouve presque toujours quelques exemplaires, parfois même des séries complètes des Relations des Jésuites et du Mercure français. Les prêtres de Saint-Sulpice, ceux des missions étrangères, de même que les jésuites d’ Europe, tenaient leurs confrères du Canada au courant des nouvelles publications. Le 13 mars 1683, par exemple, on voit M. Tronson envoyer à M. de Belmont, supérieur de Saint-Sulpice à Montréal, un exemplaire du livre de Hennepin, Découverte de la Louisiane. Nous avons trouvé un exemplaire du livre de Lahontan dans la bibliothèque

de Philippe Boucher, qui fut curé de Saint-Joseph de la

Pointe de Lévy, de 1690 à 1721. La mère Duplessis de Sainte-Hélène, supérieure de l'Hôtel-Dieu de Québec, connaissait aussi l'ouvrage du même auteur, et elle écrivait, le 25 octobre 1740; à Mde Hecquet de la Cloche, une de ses parentes qui demeurait à Abbeville : “ Je suis bien aise que le baron de la Hontan vous ait fait connaître un peu Je Canada. Il’ dit vrai en plusieurs choses, et HET aussi quelquefois en exagérant es trop ce qu'il avance.’

C'est là le sentiment d’une one et sainte religieuse

.qui ne voudrait point faire de médisance et craint d’être

injuste en disant trop. D'autres n’eurent point tant de ménagement. C’est ainsi que, dans un mémoire du missionnaire Lemaire, daté de la Louisiane le 15 janvier 1714, on lit : “ On rerte en ce pays, comme des contes faits à plaisir, ce, qu'on lit dans le baron de La Hontan de cette partie occidentale de la Louisiane, et il faut

attendre que celle-ci soit peuplée de Francais pour décou-

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| vrir cê qui nous est inconnu de ce pays là.”

* Il semble que, pendant un temps, un mot d'ordre

ait été donné quelque part de battre en brèche, à tort ou

à raison, les écrits de Lahontan. Aussi, au Canada, où, règle générale, on ne pensait que ce que les autorités voulaient, Lahontan passa généralement pour ün romancier.

Que penser, encore une AE, au milieu de toites ces contradictions ?

S'il était possible de retracer les agissements de Lahontan depuis le 24 septembre 1688, jour où il dit a voir commencé son expédition, jusqu'au mois d'avril 1689, date de son retour à Michilimakinac, les nœuds de cette ténébreuse énigme seraient bien vite déliés. Mais on ne gardait pas alors dans les postes établis aux confins du désert des rôles de paie ou de présence bien

réguliers ; chacun faisait un peu à $a fantaisie. C'était :

chose presque entendue que l'officier qui recevait une

“commission d'aller commander dans une de ces garni- sons lointaines, apportait dans ses bagages autant de.

lettres de congé qu’il lui en fallait pour faire une traite profitable. Commént prouver un alibi quelconque à

deux siècles de distance ? Comment suivre à la piste un

parti de voyageurs ou une escouade de soldats se dirigeant vers un point quelconque à des distances considérables ?

L'avocat le Beau PER que Lahontan fut long-

temps malade à Québec et qu'il n’alla jamais plus loin que Montréal. Pourtant, si cet officier avait été malade, comme on le dit, son nom serait inscrit sur les registres

de l'Hôtel-Dieu de Québec, où l’on garde encore les

livres des entrées et des sorties de tous les militaires qui

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