‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 18 sur 29 · IMAGE EVALUATION TEST TARGET (MT · texte numérisé non relu

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adue doivent quitter le pays! Une antre fois il renvoie en France toutes les personnes inhabiles au travail. Avant d: pouvoir s'établir définitivement dans le pays, tout colon doit faire un stage de trois ans. Ce n’est que lorsqu'il a prouvé son caractère et ses aptitudes qu'il acquiert enfin la qualité d'habitant. Etre reconnu habitant est presque un titre de noblesse dans cette colonie nouvelle,

Est-il possible de croire que les autorités de la métropole, désireuses de perpétuer des familles dans cette colonie si pleine d'avenir, et qui devait être comme un prolongement de la France de ce côté-ci de l'Atlantique, eussent choisi pour compagnes à ces braves gens, les filles des Tupanars de Paris? Est-ce ainsi que le roi de France récompensait des soldats qui, pour M plupart, avaient fait les campagnes de Bohême, de Hongrie on d'Italie? A quoi devait servir le soin particulier que l’on prenait de choisir les colons de cette nouvelle terre, si c'était pour les jeter dans les bras de filles perdues? Comment ces hommes libres pouvaient-ils accepter an semblable hymen ?

C'est À l'année 1639 qu'il faut faire remonter un des premiers convois réguliers de filles qui aient été dirigés de la métropole sur la colonie du Canada, dans le dessein de peupler ce nouveau pays. Le Mereure français raconte dans quelles circonstances fut fait ce premier envoi, Ce récit est de nature à justifier les Canadiens des accusations que l'on a portées contre leur origine, Il suffit de le citer.

“ La piété n'a point de bornes, écrit lnnaliste, elle Sétend au delà des mers, et va jusqu'aux extrémités de la terre. Quardité de religieux étant partis les années passées pour amener les sauvages du Canada à la connaissance de leur créateur, le grand fruit qu'ils vont fait, a donné envie à plusieurs personnes de contribuer à ce charitable dessein, et pour ce sujet l'on tire tous les ans un assez bon nombre de filles de Fhôpital Saint-Joseph du faubourg Saint-Germain de Paris, pour peupler ces terres désertes. Une si sainte coutume avant donc fait choisir trente-cinq où quarante filles dans cet hôpital, pour les envoyer à Dieppe, et les faire embarquer sous la conduite d'un capitaine nommé Bontemps, la fondatrice des ursulines, veuve du sieur de Touvois la Freté, voulut témoigner le zèle qu’elle avait pour la gloire de Dieu ; elle entreprit la conduite de toutes ces filles, leur associa quelquesunes de ses religieuses, avec intention de leur faire bâtir un couvent en ce pays-à, et pour appuyer ce dessein, alla trouver la reine À Saint-Germain pour recevoir ses commandements, Elle avait espéré un bon accueil de cette sage et grande princesse, elle ne fut pas trompée en son opinion. Sa Majesté approuva son dessein, loua son courage et sa piété, lui promit que sa libéralité seconderait l'ardeur qu'elle faisait paraître, et témoigna vouloir que l'Eglise qu'elle bâtirait en ce nouveau monde, fût consacrée À sainte Anne, qui est sa patronne. La flotte dans laquelle elle était, partit de Dieppe le 15 du mois de mai (1639). *

C’est done de cet hôpital Saint-Joseph que l'on tirait tous les ans quelques filles pour les diiger sur le Canada. Et les personnes que lon envoyait pour aider aux religieuses À “ amener les sauvages du Canada à la connaissance de leur créateur? ne devaient pas être de trop mauvaises mœurs après tout,

Anne d'Autriche prenait beaucoup d'intérêt à l'accroissement de la colonie, aussi bien

l Jugements et Délilfrations, vol. I, p. 114,

# Ibid, vol. T, pp. 263-264,

* Vingt-troisième tome du Mercure français, où Suite de l'Histoire de notre Temps, sous le règne du Très Chrestien Roy de France et de Navarre Louis X IL, ès années 16389 et 1640, A Paris, chez Olivier de Varennes, rue Saint-Jacques, au Vase d'Or, MDCXLVE, pp. 3553 et 334,

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que plusieurs des principales lames de la cour. Elle fit diriger de nouveau en 1654 un certain nombre de filles vers le Canada, “Ce printemps, écrit le P, le Jeune, la Reine y envoya quelque nombre de filles fort honnêtes, tirées des maisons d'honneur, On n’en reçoit point d’autres dans cette nouvelle penplade. Je sais d'assurance que dix-huit ans se sont écoulés, sens que le maître des hautes œuvres aît fait aucun acte de son métier, sinon sur deux vilaines, que lon bannit après avoir été publiquement fustigées. Tant que ceux qui tiennent le timon défendront aux vaisseaux d'amener de ces marchandises de contrebande, tant qu'il: s'opposeront au vice et qu'ils feront régner la vertu, cette colonie fleurira et sera bénie de la main du Très-Hant.” !

Un autre convoi de trente-deux filles arriva en 1659,

Voilà ce qui fut fait sous le régime des compagnies, et la colonie n'eut pas à se plaindre de la qualité des émigrants qui lui arrivèrent alors.

A partir de 1662 jusqu'à 1670, on peut retracer d'année en année le nombre des filles qui vinrent au Canada, leurs noms, leurs qualités, leur pays d'origine, leur état de fortune, à quelle famille elles appartenaient, Et que l'on remarque que ce fut pendant ces huit années que se forma le gros de la population eanadienne. Les PP. jésuites, dans leur journal de chaque jour, la mère Marie de l'Incarnation, dans ses lettres, le gouverneur et lintendant, dans leurs correspondances avec le ministre, notent soigneusement l’arrivée de chaque convoi, La surveillance la plus sévère est exercée dans le choix des personnes au point de vue physique et moral. Jamais émigration ne fat plus intelligemment organisée. Jamais peuplement d'un pays ne sexerça avec un soin plus minutieux. Colbert, le grand ministre, présidait de la métropole À la formation de ce peuple nouveau qui devait continuer les traditions de la France de ce côté-ei de l'Océan. Laval et Talon complétaient son œuvre dans la colonie.

Suivons de date en date l'arrivée de ces nouveaux colons,

1662,—10 août. On attend de jour en jour de France deux vaisseaux du roi, où il y a deux cents hommes d'armes, le reste sont des familles et des gens de travail que le roi fait passer gratis afin que le pays en soi soulage. (Lettres de Marie de l'Eneurnation, 156.)

6 novembre, — Arrivée de M. de Monts et de M. Boucher avec près de quatre cents personnes,

1663.— Arrivée de M, de Mésy et de l'évêque de Laval, avec cent familles composées de cinq cents personnes, avec des avances pour un an pour défrayer les dépenses de leurs terres. (Lettres de Marie de P Inearnation, XE, 269.)

1664.—18 août. Le roi, voulant continuer de peupler le pays, envoye trois cents hom-

mes, tous défrayés pour le passage, à condition qu'ils servent les habitants qui leur paie-

ront gages. Après trois ans de service ils seront en droit de se faire habitants, (/bid,, TT, 274.)

1665.—2 octobre. Le vaisseau de Normandie arrive avec quatre-vingt-deux, tant filles que femmes, entre autres cinquante d'une maison de charité de Paris, où elles ont esté très bien instruites. {em cent trente hommes de travail tous en bonne santé. (Journal des Jésuites, p. 235, éd, de 1871.)

— Le roi a envoyé cent filles. Elles sont quasi toutes pourvues, Il en enverra encore

deux cent l'an prochain. 1 envoie aussi des hommes pour fournir aux mariages. Cette

\ Relation de 1654,

année il en est bien venu cinq cent, sans parler de ceux qui composent l’armée. (Lettres de Marie de l’Incarnation, IX, 313.)

1667.—25 septembre. Quatre-vingts filles arrivées par le Saint-Louis. (Journal des Jésuites.)

— I est venu cette année quatre-vingt-douze filles de France qui sont déjà mariées pour la plupart à des soldats et à des gens de travail, à qui l'on donne une habitation et des vivres pour huit mois, afin qu'ils puissent défricher des terres pour s’entretenir, Il est aussi venu un grand nombre d'hommes aux dépens du roi. Le roi a envoyé des chevaux, cavales, chèvres, moutons, afin de pouvoir peupler le pays de troupeaux et d'animaux domestiques, Il est probable que les soldats resteront ici. Ils y trouveront des terres qu'ils n'auraient peut être pas dans leur pays. (Lettres de Marie de l'Incarnation, 18 octobre.)

1668.—Le vaisseau arrivé cette année était chargé comme d'une marchandise mêlée. Il y avait des Portugais, des Allemands, des Hollandais, et d'autres de je ne sais quelles nations, 11 y avait aussi des femmes maures, portugaises, françaises et d'autres pays. Il est venu un grand nombre de filles et on en attend encore. La première mariée a été la mauresque qui à épousé un Français! Quant aux hommes, ce sont les gens qui ont été cassés du service du roi et qu’il a envoyés en ce pays. On les a tous mis au bourg Talon, À deux lieues de Québec pour y habiter et le peupler. Le roi leur donne une barrique de farine et de lard, L'on ne veut plus demander que des filles de village, propres au travail comme les hommes ; l'expérience fait voir que celles qui n’y ont pas été élevées, ne sont presque pas propres pour ici, étant dans une misère d'où elles ne peuvent se tirer. (Lettres de Marie de L'Incarnation, 196%.)

1669.—15 mai. Sa Majesté envoie cent cinquante filles pour y être mariées. (Lettres de Colbert.)

— octobre, M" Bourdon a été chargée, en France, de cent cinquante filles que le roi envoye en ce pays par le vaisseau normand. Elles ne lui ont pas peu donné d’ennuis durant un si long trajet—car comme il y en a de toutes conditions—il s’en est trouvé de très grossières et de très difficiles à conduire. Il y en a d’autres de naïssance, qui sont plus honnêtes et lui ont donné plus de satisfaction. Un peu auparavant arriva un vaisseau rochelais chargé d'hommes et de filles, et de familles fournies. Les vaisseaux ne sont pas plus tôt arrivés que les jeunes hommes ÿ vont chercher des femmes, et dans le grand nombre des uns et des autres on les marie par trentaine. Les plus avisés commencent à se faire une habitation un an avant que de se marier, parce que ceux qui ont une habitation trouvent un meilleur parti. C’est la première chose dont les filles s'informent, et elles font sagement, parce que ceux qui ne sont point établis souffrent beaucoup avant d’être à leur aise. Outre ces mariages, ceux qui sont établis depuis longtemps ont tant d'enfants que cela est merveilleux. (Lettres de Marie de P Incarnation.)

! Au registre de la paroisse de Québec, sous la date du 9 octobre 1668, on trouve en effet que Simon Longueville, fils de Marcel Longueville et de Jeanne Bernard, de Notre-Dame-d'Estable, ville de Montpellier, épousa Espérance-du-Rosaire, maure do nation, qui avait été baptisée en la paroisse de St-Paul de la ville de Lisbonne, en Portugal.

Le 17 septembre 1668, Octive Zapaglia, écuyer, sieur de Ressan, fils d’Achilles Zapaglia et de Dominique Razetti, de la ville de Mantoue, épouse à Québec, Anne Guillemot du Plessis, fille de feu Guillaume du Plessis et de Tiennette Desprès.

Parmi les Portugais dont parle la mère de l’Incarnation se trouvent les ancêtres de la famille Dassilva. Parmi les Allemands, ceux de la famille Molleur (Mülher).

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