FRERE
Le deuxième baron de Lahontan fut Tsanc de Lom d’Arce,
Isauc de Lom d'Arce appartenait une famille bien connue du Béarn, Ilétait apparenté par les de Braigelonne À la fameuse maison d'Artagnan qui a joué un si grand rôle pendant les troubles religieux de la France. ! Les Lom étaient eux-mêmes seigneurs de Labastide, Après avoir servi avec distinction dans les armées du roi en qualité d'ingénieur, Lom d'Aree avait d'abord acquis la terre d'Esleich, située en face de la baronnie de Lahontan, sur la rive droite du gave de Pau, 15 endit alors aux populations du midi de la France des ser-
vices considérables en amélioran Et navigation des gaves pyrénéens, Le wave de Pau, nourri des glaciers et des neiges éternelles des pics qui séparent la re = = (| France de l'Espagne, passe À Lahontan. [la roulé jusque Ià comme un torrent, mais en tra- S l versant cette plaine heureuse, il calme ses ondes écumantes, pour prendre les allures plus
paisibles d’une honnête rivière, jusqu'à ce qu'il se jette au golfe de Gascogne, Tel il est aujourd'hui, mais au temps où vivait Lom d'Arce, il était impossible d'en exploiter le cours. Trois siècles auparavant, Edouard IT, roi d'Angleterre, pris d'un beau zèle pour ses sujets de Béarn, voulant faciliter la navigation et le flottage, avait ordonné l'enlèvement des sables de l'Adour, ainsi que celui de quelques obstacles sur le gave de Pau. Ilprit dans son ordonnance pour point de départ l'abbaye d’'Abet, *
Lom d’'Arce voulut renouveller des travaux du même genre, mais plus en grand. Il ne désirait rien moins que de rendre le gave navigable depuis Bayonne jusqu'à Pau (1630).
Pour cela il fallait faire sauter les rochers qui obstruaient la navigation, aplanir les rapides, détourner le cours de centaines de ruisseaux qui pourraient grossir les gaves d'Adour et d'Oléron, affluents du Pau, creuser et élargir des rivières,
Par ses deux branches, les Montluc et les Montesquion,
Les écrivains du Canada et des Etats-Unis ont tellement défiguré le noin patronymique du baron de Lahontan que je crois utile d’en rétablir la véritable orthographe. Je dois ces notes aux patientes recherches de M. Dufau de Maluquer, l’auteur de l'Armorial de Béarn, et celui qui connait le mieux les anciennes familles des provinces pyrénéennes. Il est incontestable que le nom patronymique de la famille du baron de Lahontan était du Lom, quoique ce nom soit écrit très lisiblement du Loin dans les arrêts du conseil du roi de l’époque. Il existe encore à Nay, une famille de Lom, et dans les environs de Lembeye une famile de Lom-Sorbé, Mais il n’y à pas en Béarn de localité du no'n d’Arce, On ne trouve dans le Dictionnaire des Postes qu'un village de ce nom, situé dans la commune de Vendensiès, dans l'Aube. Lahontan est un nom de terre et un nom patronymique. Il y a en France la commune de Lahontan, dans les Basces-Pyrénées, canton de Salies. 11 y a aussi la commune de Hontaux (département des Landes).
Les mots Lahontan et Lafontan sont absolument synonymes. (Paul Raymond, Dictionnaire topographique des Basses- Pyrénées, page 90.) 11 existe à Pau une famille Lafontan. On écrivait indiffé,emment autrefois Lahontang Lafontan, Lahon-an. Ce mot signifie un pays de fontaines.
John Gilmary Shea, dans sa traduction de Charlevoix, Histoire de la Nouvelle-France, écrit: Armand Louis de Delondarce de la Hontan, baron de la Hontan et Herlèche, Il faut lire Lom d’Arce, baron de Lahontan et Heslèche (maintenant Esleich).
Un mot sur les armes d'Isaac de Lom d’Arce.
On voit dans sa correspondance avec le corps de ville de Bayonne Qu'il s’est servi des sceaux suivants: 1° écu à la bande chargée de trois sangliers ou pores-épics, *“imbré d'un heaume de profil à lambrequins, surmonté d’un sanglier au naturel (lettre du 12 octobre 1659); 2’ écu portant le nom d’Arce en lettres entrelacées, surmonté d’un tortil de baron (lettre du 12 octobre 1661).
Lahontan, qui se trouve dans le canton de Salies, fait partie d’une région où l’on trouve assez communément des sangliers. On organise même, de temps en temps, des battues, ces animaux faisant beaucoup de ravages dans la plaine. Rien de surprenant si, à raison do cette particularité, le baron de Lahontan a fait figurer des sangliers dans ses armes.
? En 1313.— Archives de Gascogne, citées par M'° Consseyon.
Un jour (1648) les habitants de Bayonne étonnés virent aborder devant leur ville trois bateaux, qui venaient de plus de 22 lieues dans l'intérieur des terres. C'était Lom d'Aree qui les envoyait, Cela ne s'était jamais vu et frappa tout le monde d'étonnement, On en éerivit à Paris et les gazettes en parlèrent, Les échevins de Bayonne assemblés donnèrent aux mariniers qui avaient conduit les bateaux une gratification de 20 livres,
Ce travail gigantesque, couronné de succès, et que lon avait eru jusque-là impossible apporta À Bayonne l'abondance, Son port difficile d'accès, enfoui sous les sables que charroyaient les gaves, en fut grossi à tel point qu'un vaisseau de cinquante canons y put entrer avec plus de facilité que ne le pouvait faire auparavant une frégate de dix. On pat dès lors opérer la descente des mâts et des vergues des Pyrénées, par les gaves creusés par 10m d'Arce,
On comprendra encore inieux l'importance de ces travaux, si l'on songe qu'auparavant, les navires du plus faible tonnage échouaient dans le port de Bayonne,
C'est en 1630 que Lom d'Aree avait commencé cette gigantesque entreprise, Il prit dix-huit ans à la mener à bonne fin, Il eut À lutter tout le temps contre l'opinion et les diflicultés qu'on lui suscitaif de toutes parts. Afin de rendre la navigation libre il avait dû rompre les nasses des pêcheurs, détruire les écluses des moulins, déposséder des propriétaires. On lui suscita mille procès où les officiers provinciaux favorisaient les particuliers contre le hardi novateur. Lom d'Arce était obligé d'interrompre ses travaux afin de répondre à ces sommations, Où alla même jusqu'à dérober lesoutils de ses ouvriers. I fallut l'intervention directe du parlement atin de rendre le passage des rivières libres, En 1648, le roi accorda à Lom d'Acre, pour luiet ses héritiers 4 perpétuité, le monopole de la navigation et du transport des marchandises sur le gave qu'il avait rendu navigable, Malgré ce privilège royal, Lom d'Aree eut encore À subir toutes espèces d'empêchements et de contradietions, Au bout de dix années, le téméraire navigateur, fatigué de lutter seul contre les caprices du torrent et l'inertie des riverains, dut renoncer À ses hardis projets, TT y avait dépensé plus de 150,000 livres.
Pour récompenser Lom d'Aree des services qu'ilavait rendus, dans les armées, et l'indemniser des dépenses énormes qu'il avait faites afin de rendre les gaves navigables, le rot lui accorda une pension de 3,000 livres par an, pendant douze ans, À prendre sur les droits de la commune de Bayonne (1658). En 1664, Lom d'Aree était nommé réformateur général du domaine de Béarn et conseiller honoraire au parlement de Navarre, Quelques années auparnvant, il avait été fait chevalier de l'ordre de Saint-Michel, puis reçu bourgeois de la ville de Bayonne, Ce dernier titre, fort recherché à l'époque, était bien dû à celui qui avait fait de
Bayonne une cité maritime, !
1 Voir appendice. Pièces relatives à l'amélioration de la navigation du gave de Pau. Un arrêt de la ville porte que nul ne sera reçu bourgeois de grâce de Bayonne s’il n’a part pour 2,000 livres au moins dans un vaisseau de fabrique française du port de 100 tonneaux et au-dessus. (Archives communales de Bayonne, BB. 2; 1669-1781.)
15 décembre 1664 :
Provisions de l’un des offices de réformateur du domaine de Béarn et de l'office de conseiller au parlement de Navarre, en faveur d’Isaac du Lom, sieur d’Arce. (Archives des Basses-Pyrénées, B., 3974.)
Louys, par la grace de Dien, roy de France et de Navarre, a tons ceux qui ces presentes lettres verront, salut. Sçavoir faisons que pour le bon rapport qui nous a esté fait de la personne de nostre bien amé Isaac du Lom, sieur d’Arce, et de ses sens, suffisance, loyauté, prud’homie, experience et bonne diligence, et nous confians sur la [sa] fidélité et affection a nostre service, dont nous avons une satisfaction particulière, Pour ces causes et autres consgiderations, a ce nous mouvans, nous luy avons donné et ottroyé, donnons et ottroyons, par ces presentes, l’un des
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LE BARON DK LATONTAN 69
Fame D'ISAAC DE Lou D'ARCE NAISSANCE DU BARON DE LAHONTAN.=NON PÈRE EST RUINÉ,—
DÉMÊLÉS AVEC LES CRÉANCIERS DE SA SUCCESSION — DÉPART 20 BARON POUR L'AMÉRIQUE,
Le baron Fsuac de Lom d'Arc, marié À Paris le 8 février 1648 l'avec Jeanne Guérin, m'avait pas eu d'enfant de ce mariage, Resté veuf le 10 juillet 1663,7 11 épousa quelques années après Jeanne-Françoise Le Fascheux de Couttes, la sœur d'un abbé bien connu à la cour, C'est de ce second mariage que naquit à Lahontan, le 9 juin 1666, Louis. Armand de Lom d'Arc, le sujet de cette étude, ?
I était écrit que le futur officier devait jouer de malheur dès son entrée dans la vie, Baptisé une première fois dans la chapelle du ehâteau, on s'aperçut, trois ans après la cérémonie, que certaines for. tités essentielles au sacrement avaient été omises où différées pour faire un chrétien du jeune baron, fallut renouveler le baptême à Pau, le 15 juillet 1669, Le gouverneur du pays de Béarn, Armand de Grammont, comte de Guiche, et «a sœur
Françoise de Granmmont, marquise de Lons, portèrent l'enfant sur les fonds baptismaux. !
deux oflices de refformateurs de nostre domaine de Bearn, et d'autant que les dits oflices de refformateur ont acecoustume d'estre exercés par ey devant par des conseillers de nostre cour, comme il semblerait estre requis pour avoir le droit d'entrée et de voix délibérative en icelle, Nous, a cause de la confiance particulière que nous avons audit d'Arce et en son expérience au fait de nostre domaine, l'avons créé et créons, par ces mosmes présentes, nostre conseiller en ladite Cour «d actum de pouvoir exercer ledit oflice de refformatenr qu'exerçoit cy devant M°.... de Laugar, dernier paisible possesseur d'iceluy, vacquant a present par sondit décès, pour ledit oflice avoir, tenir et dosrenavant exercer et rapporter en la Grand Chambre dudit parlement des affaires contestéea concernant a nostredit domaine, avoir voix délibérativo, oppiner et juger conjointement avec les autres ofliciers, conseillers en icelle es affaires de nostre domaine seulement, et aux honneurs, authorités, prerogatives, preeminences, privileges, franchises, libertés, gages, droits, revenus et esmolnmens, au dit oflice appartenans, tels et semblables que les avoit, jouissoit ou pouvoit jouir ledit decedé de Laugar, tant qu’il nous plairra. Si donnons en mandement a nos amez et feaux consoillers les gens tenant nostre Cour de parlement de Navarre, sceant a Pau que leur estant appareu des bonne vie, mœurs, conversation et religion catholique, apostholique et romaine, aye (sic) requis par nos ordonnances dudit Lom, sieur d'Arce, et de luy pris et receu le serment en tel cas requis et sans s'assubjectir à aucun examen sur le droit et la loy ny sur autre matiere que nostre dit domaine a, dont nous le dispensons par ces presentes, ils le mettent et instituent ou fassent mettre et instituer en procuration (sic) [en possession] dudit office le faisant jouir d'iceluy, ensemble du rapport des affaires contestées concernant ncstre domaine, avoir voix déliberative, oppiner et juger avec les autres officiers, conseillers de la dite Grand Chambre, et desdits honneurs, authorités, prerogatives, preeminences, franchises, libertés, gagos, droits, revenus et esmolumens susdits, plainement et
! Date du contrat de mariage.
#4 Lo 10 juillet 1663, madame d’Arce est décédée et ensevelie en la chapelle du présent lieu par moy Soustraz.” (Archives communales de Lahontan. Etat civil, 1651-1666, f 12.)
* Lahontan est situé sur les confins du département des Landes. C’est sans doute pour ce motif que tous les dictionnaires et les encyclopédies disent que le baron de Lahontan naquit aux environs de Mont-de-Marsan, cheflieu du département des Landes, vers 1666. Cf. Larousse, Michaud, American fncyclopedia.
* Extrait des registres de l’état civil de Pau (GG. 2, f’ 128.)
“ Le neufvieme de juin mil six cents soixente six nasquit et receut l’eau du sacrement de baptesme en la paroisse de Lahontan, Louis Armand de Lom d’Arce, fils legitime de messire Isaac de Lom d’Arce, seigneur et baron de Lahontan et Esleix,et de dame Françoise de Coute, son espouse. Et le quinzieme de juillet mil six cents soixente neuf ce mesme enfant a esté presenté dans l’eglise St-Martin de la ville de Pau aux ceremonies obmises* à son baptesme, par haut et puissant seigneur messire Armand de Gramunt, comte de Guiche et gouverneur pour sa Majesté dans le pays de Bearn, son parrain, et par dame Françoise de Gramont, marquise de Lons, tenant la place de haute et puissante madame la comtesse de Guiche, sa marraine. Ces sainctes ceremonies ont esté sup-
plees, l’an et jour que dessus, par moy, , | (Signé :) LAJOURNADE, curé de Pau.” e On a écrit, postérieurement à la rédaction de l'acte, dit'érées au-dessus du mot bn ies,
Jusqu'en 1663, le baron Isaac de Lom d'Arce avait habité le plus ordinairement Paris,
où il logeait duns l'enclos du Temple, Ils'y étuit employé au service de ses compatriotes du
Béarn, et la ville de Bayonne, dont il était un des bourgeois citoyens, eut plus d'une fois l'occasion d'user de son influence pour défendre les privilèges que les anciennes chartes royales lui avaient octroyés, !
paisiblement, et a luy obéir et entendre de tous ceux, ainsy qu'il appartiendra, es choses concernant ledit oflice, a condition qu'après son décès, les dits officiers («ic) de refformateurs ne pourront estre possedés que par un des conseillers dudit parlement ; manduns, en oultre, au receveur des deniers et fisc dans nostredit pays de Bearn, qu'il ayt à payer, doresenavant, par chascun an, audit de Lom, lesdits gages et droits, a commencer du jour en datte des prosentes, rapportant lesquelles où coppies d’icelles, deuement collationnées, pour une fois seulement, avec quittance dudit de Lom, sur ce suflizante. Nons voulons lesdits gages et tout ce qu'il aura erté payé par ledit receveurz estre passé et alloué en la despence de 868 comptes deduit et rabant (sic) [rabattu] de la recepte d'iceux par nos ames et feaux les gens de nos comptes en Bearn, auxquels mandons ainsy le faire sans difficulté, Car tel est nostre nlaisir. En tesmoing de quoy, nous avons fait mettre nostre scel a cesdites presentes. Donné à Paris, le quinzième jour de decembre, l'an de grace mil six cons soixante-quatre et de nostre reigne le vingt-deuxième. Collationné, (Signé :) BORDEU,
9 décembre 1667 :
Arrêt du parlement de Navarre ordonnant l'enregistrement des provisions de l'oflice de réformation du domaiue de Béurn, obtenues par Me Isaac de Lom, sieur d’Arce, et donnant acte de 8a prestation de serment et de son installation en ladite charge. (Archives des Basses-Pyrénées, B., 3974.)
Veu par la Cour, les chambres assemblées: les lettres de provision d'un des oftices de refformateurs du domaine en faveur de M: Isaac de Lom, sieur d'Arce, données à Paris, le quinzième jour de décembre 1664, signées Louis et plus bas, par le roy, de Guenegaud, avec le grand sceau de cire jaune; requete dudit d’Arce aux fins d’estre reçu audit otlice; appointement portant que le procureur general du roy dira ; conclusions par luy baillées, par lesquelles il requiert estre ordonné que les dites provisions seront publiées À l'audiance et demeureront huict jours au grefle, suivant le reiglement, pour recevoir tontes oppositions, s'il y en a; acte de la publication desdites lettres, faite a l’audiance; arrest portant qu'elles demeureront au grefle huictaine; certitficat du greffier que lesdites lettres patentes ont demeuré au greffe pendant ladite huictaine, sans qu'il y ayt esté formé aucune opposition ; autre requete du suppli.nt a mesmes fins que la precedante ; conclusions du procureur general, requerant qu’il soit procedé a l'enque'e de vie et mœurs dudit sappliant; ladite enquete faite par le sieur de Debats, conseiller et commissaire a ce deputté; autre requete a mesmes fins que la premiere; conclusions sur icelle dudit procureur general, par lesquelles il consent a la reception du suppliant; et le tout veu ; dit a esté que la Cour a ordonné et ordonne que lesdites lettres seront registrées es registres d’icelle pour jouir ledit d’Arce de l’effect et utilité d'icelle, suivant leur forme et teneur, en prestant le serment en tel cas requis. Prononcé au parlement de Navarre, seant a Pau, les chambres assemblées, le neufvieme descembre mil six cens soixante-sept.
Et peu apres, ledit d’Arce estant mandé en la chambre du Conseil, les deux bureaux assemblés, et examiné sur le fait du domaine, a presté le serment en tel cas requis et accoustumé et a esté installé par le sieur de Sorberio, doyen des conseillers d’icelle, au bureau, en la place qu'ont accoustumé de tenir les conseillers de la Cour, quand ils rapportent, De quoy a esté mandé le present acte.
1 Paris, 19 décembre 1660: Lettre relative aux affaires de la ville de Bayonne, adressée aux échevins par M, de Cheverry : “....Je suis agsés persuadé que M° d’Arce est honneste homme, mais l'amitié que nous avons ensemble, ne m'empesche pas de cognaistre qu'il est de Bear et qu’il est intéressé autant que moy...” (Archives communales de Bayonne, CC, 852, n° 65.)
Paris, 12 octobre 1661: Lettre de M. d'Arce au corps de ville :—au sujet d’un différend entre la ville et le maréchal de Gramont, sur le serment devant les commis de la coutume ;—qu'on lui envoie des mémoires :—il est bourgeois de Bayonns;—il tâchera d'arranger cette affaire. Sceau plaqué sur cette lettre: “ écu portant le nom d'Arce (?) en lettres entrelacées, surmonté d’un tortil de baron.” (Archives communales de Bayonne, CC. 852, n° 124.)
Paris, 14 septembre 1664: Lettre de M. Martenot, [avocat au Conseil] : — rend compte d’un entretien de M. d'Arce avec M. Béchameil, secrétaire du Conseil, relatif à l'affaire de la coutume. (Archives communales de Bayonne, CC. 853, n° 81.)
Paris, 29 septembre 1664: Lettre de M. d’Arce à MM. les échevins ot jurats et conseil de la ville de Bayonne :— il s'occupe de l'affaire de la coutume, dont il est fort chagrin. (Archives communales de Bayonne, CC. 853, n° 82.)
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Lorsqu'il fut nommé, en 1664, conseiller an parlement de Pau et réformateur du domaine des eaux et forêts de Béarn, Lom d'Arce dut nécessairement abandonner la capitale pour venir exercer sex emplois en province, I possédait déjà sur les bords du gave de Pau dont il avait dompté le cours la terre seigneuriale d'Esleich, ajouta à ce domaine la baronnie de Lahontan, qui étuit située en face sur la rive opposée, C'est Th que, devenn vieux, Lom d'Aree voulait terminer ses jours,
Une sérieuse considération l'engageait encore à échanger le faste de la cour contre le train d'un gentilhomme campagnard vivant au milieu de ses vassuux,
Pour rendre les gaves de son pays navigables, le baron evait dépensé des sommes Cnormes, [ravait pus su éviter l'éeneil dans lequel les grands sentiments jettent souvent des hommes de médiocre fortune, et son avenir et celui de su fumille s'en trouvaient sérieuse. ment engagé pour le bien publie,
Du temps de son premier mariage avec Jeunne Guérit, alors qu'il était déjà avancé en Âge et «uns postérité, le baron avait fait don à la ville de Bayoune à titre viager d'une somme de 30,000 livres. Profitant de ce que Bayonne lui avait toujours mul servi ses intérêts, il réelama ce constitut, afin de se libérer de ses créanciers les plus ennuyeux, et de payer le prix d'achat de Lahontan. Mais le eupital de la vente bayonnaise n'avait pus suffi à combler le gouffre, et les emprunts ruineux s'étaient succédés à courte échéance, !
C'est ainsi que s'écoula tristement la vieillesse d'un homme auquel le Béarn avait les plus grandes obligations,
Le 4 novembre 1674, on ensevelissait dans la chapelle du château de Lahontan, Esaue de Lom d'Arce, La mort était venu le prendre à l'âge de quatre-vingts ans, à temps pour qu'il
ne vit point la ruine complète de sa maison. *
1 Voir l'appendice. Pièce 11. Finances et démélés financiers du père du baron de Lahontan, de 1658 à 1683. Les malheurs de famille ont influé d’une façon si notable sur le caractère de celui dont nous étudions la vie, qu’il semble utile de recueillir tous les documents qui peuvent s’y appliquer. Il est important de connaître le point d'où Lahontan est parti.
* 4 Le 4° dudit mois de novembre 1674, est decedé monsieur d’Arce, seigneur et baron de Lahontan, agé de quatre vingtz ans ou environ et est ensevely dans la chapelle du present lieu,—par moy, (signé :) de Goeytes, benoit; —Soustrar.”” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1668 à 1680, £° 39.)
La chapelle de la baronnie, distincte de l’église de la paroisse, se nommait “de Sainte-Magdeleine.” Elle formait partie du château et servait aux baptêmes et aux sépultures des vassaux marquants. Cette chapelle devint dans la suite “église paroissiale,” et sur son emplacement on a bâti l’église actuelle de Lahontan. (Lottre de M. le curé Bacqué à l’auteur.)
De 1666 à 1674, Lom d'Arce avait presque continuellement vécu sur ses terres, ainsi que les actes suivants en font foi :
“Le 10 juin 1666 a esté baptisé Isaac de Lamaison, fils d’Arnaut de Lamaison, juge, et de damoiselle [Mario] de Lestrade :—parrin: Monsieur le baron de Lahontan, et marrine.,.., (Signé:) Soustrar.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1652-1668.)
“Lo 21 décembre 1667, & esté baptisé Isaac de Laule, fils de Bernat de Laule et de Jeanne de ,de la parroisse de Habas ;—parrin: [saac d’Arce, baron, et marrine: madame sa femme,—par moy, (signé:) Soustrar.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1652-1668.)
“ Le mesme jour (21 décembre 1667) et heure, a esté baptisé Isaac de Comme, fils d'Arnaud de Comme et Isabé d’Arribot ;—parrin : Isaac d’Arce, baron de Lahontan, et marrine: madame sa fomme, par moy, (signé) Soustrar.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1652-1668).
“Le tronte unième de juillet 1670, Henriette de Dupin, fille legitime de............ de la paroisse de Misson, a receu les coremonies du bapteme dans la paroisse de Laffontang (sic), sous le bon plaisir de M. le curé de Misson qui l’a baptisée dans 8a paroisse, le .....,...,.,:; — parrein, Jean Rolland de Saint Mesmin, escuyer, commissaire général des poudres et salpedres (sic) de France et departemens de Guyenne et Languedoc et directeur général de
J.-EDPMOND ROY
Le châtelain octogénaire laissait sa famille plongée duas d'innombrables procès. Trois ans après sa mort, en 1677, la baronnie était saisie et, pour comble de malheur, une nièce de sa première femme venait revendiquer, au nom des héritiers de Jeanne Guérin, part du capital prêté jadis à la ville de Bayonne. Ce dernier procès devait durer plus d'un sièele, !
Louis Armand de Lom d'Aree était âgé de huit ans à la mort de son père? C’est au milieu des discussions des hommes de loi, âpres à la curée, que <'écoulèrent ses premières années, Enfant, il assista aux horreurs des ventes de justice; il vit son père désolé; il connut pour lui et pour les siens la détresse et la misère; il fut témoin journalier des
angoisses d'une mère, désireuse de sauver du naufrage les débris de sx fortune, De telles
épreuves durer avoir une profénde influence sur son esprit et sur sa manière de juger des
hommes et des choses, Il devait garder toute sa vie une haine implacable contre les gens de finance et les papiers timbres,
la foraine de Guyenne et Languedor et directeur général de la foraine de Guyenne, patantes de Languedoc, coustumes de Bayonne et droit de fret, tenant la place de Monsieur Ilenri Aguesseaux, president au Grand Conseil, commissaire député pour l'exécution des ordres de Sa Majesté en (inyenne; et marreine, dame Françoise de Coutes, baronne de la Hontang et Esleix, au catechisme seulement et non pas an sacrement,— per moy, soubsigné, souts le bon plaisir de monsieur de Soustrar, curé de la Hontang. (Signé:) Esclaux (?) enré de Labatut et vicaire forein.” (Archives communa'es de Lahontan, Etat civil, 1668-1680, f° 10.)
“ Le 1S febrier 1672, a esté baptisée une filie que Françoise du Casson, sage femme, a dit estre fille de Jean Larreillet et Margueritte de Betbeder, ainssy que ledit sieur de Larreillet me l’a luy mesme conrmé ; —parrin, Monsieur Mestre Jean Germain Millet, cominis a la recepte des tailles de l'élection des Lannes; et marrinne, Jeanne Francoise de Couste, espouse de monsieur d’Arca, baron de Eabiontan,—laquelle fille est nommée, au presant baptesme Jeanne Francoise de Larreillet, lesquels parrin et marrine et ledit sieur de Lar:eillet sont soubs signé, avec moy, ce que n’a faict ladite sage femme pour ne scavoir.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1668-1680, f° 14.)
1 Voir à l’appendice, la pièce 11 concernant les démélés financiers d’Isaac de Lom d’Arce.
2 Du mariage d’Isaac de Lom d’Arce avec Jeanne Françoise Le Fascheux de Coutte paraissent être nés trois enfants: 1” Louis-Armand de Lom d’Arce, 9 juin 1666 ; 2° Une fille décédée à Lahcntan, à l’âge de six mois ou envirer, le 15 juin 1672; 5° Marie-Françoise de Lom d’Arce, baptisée à Lahontun, le 19 décembre 1669, qui épousa, #ant le 23 juin 1699, M. de Sallus.
“ Le 18 décembre 1666, a esté baptisée Marie Françoise, de messire d'Isaacq (sic) de Lon d’Arce, baron de Lahontan, ut de dame Françoise de Costte, (sic) son espouse ;—parrin......du Campt [David du Camp], conseiller el. 4 Charmire de Comptes du parlement de Navarre, et marrine, Marie Fransoise de Coste, damoyselle, —par moy. (Signé:) P. de Gueÿtes, benoit; —Soustrar.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1668-1680, f° 7.)
‘Le mesme jour, mois et an que d' ,,. juin 1672),est décédée une fille de Mesire Izaacq de Lom d’Arche, svigneur et baron de Lahontan et Esleix, âgée de six ans ou environ et est ensevelie dans la chapelle du present lieu, par moy, (fasse © Soustrar ;—de Goeytes, benoit” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1668-1680
On trouve rcor., : v * iâmes archives l’acte de buptème qui suit:
“3 24 sous !tus, je, mestre Guilhem Arnaut de Soustrar, prôtre et curé de Lahontan, certifie avoir, ce jourd'hay, bypter ! 45e Pom d’Arce, fils de messire Isaac de Lom d’Arce, seigneur baron de Lahontan et Esleix, cowgiiiot Lu leva pu mw6nt de Navarre et general reformatur du domaine de Sa Majesté en Bear, et de dame Vranç ise de {C'ite, son espouse ; — parrin, Arman Louis de Braielonne, et marrine, dame Agne Galan de Braigelonne, — tenu à leur place par M! Jacques Commis, docteur en médecine, et damoiselle Louise de Huber.
(Signé :) Soustrar ; —-de Betlocq, présent ; —de Bordenave, témoin; — de Goeytes, benoit ; de Betlocq, présent.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1668-1680, £° 2.)
Cet enfant est évidemment le méme que Louis Armand de Lom d’Arce, ré en 1666, et dont le baptême fut renouvellé à Pau en 1669,
Isaac de Lom d’Arce eut encore un enfant naturel qui fut baptisé à Lahontan le 25 février 1674,
“ Le 25° dudit mois de jeanvier 1674, a esté baptissé Jean, fils naturel d’Izacq de Lom d’Arche, baron de Lahontan, comme il m'a esté attesté et confirmé par le raport de Marie de Poydebasque, mere sage, aux portes de l'église, l'ayant interrogée sur ce faict d’en dire la verité en 8a consience ;—parrin, Jean de Miremonde,—et marine. .
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A peine sorti de l'enfance, le jeune baron voulut embrasser la carrière des armes, et sa famille lui obtint une lieutenance au régiment de Bourbon, !
La terre vatale n'avait plus pour Armand de Lom & Arce que d'amers souvenirs. Comment lui, pauvre cadet de Gascogne, ne possédant plus que la cape et l'épée, pouvaitl vivre désormais dans ces lieux où son père avait tenu un jour le premier rang? Les revers l'avaient brutalement assailli à l'entrée de la vie, 1 Tai fallait chercher à refaire une fortune nouvelle, Dans l'espoir d'obtenir un avancement plus rapide, il se fit bientôt verser dans les gardes de la marine.
Le jeune baron de Lahontan n'était pas sans avoirentenda parler souvent de l'Amérique, Un des alliés de sa famille, Claude Bragelonne, surintendant et commissaire général des vivres et des camps et armées de France, avait formé autrefois partie de la compagnie des Cent-Associés de la Nouvelle-France, C'est du pays de Béarn, de la ville d'Oloron, presque
voisine de la baronnie de Lahontan, que quelques vingt ans auparavant était parti le baron
de Saint-Castin. On avait dû se raconter bien souvent À la veillée, comment ce Béarnais, qui
s'était embarqué à l'âge de quinze ans, simple lieutenant, avait fini par épouser une princesse indienne, puis était devenu comme le véritable roi de la puissante et belliqueuse nation des Miemacs,
Plus d'une fois, Isaac de Lom d'Arce avait dû conduire son fils aîoé dans ce port de Bayonne agrandi par ses soins. [y avait vu se balancer les barques des hardis pêcheurs de baleines, il s'était rencontré sur les quais avec les équipages, retour des banes de Terre-Neuve, N'était-ce point À Bayonne et au pays de Labour que les armateurs recrutaient les meîlleurs matelots pour la pêche à la morue? Son imagination d'enfant avait dû S'éprendre au récit de ces lointains et périlleux voyages,
Le petit nays où Lahontan était né touche aux confins du Béarn et des pays basques, Or, il n'y a pas de provinces en France qui aient autant donné à l’émigration que cette région, Encore aujourd'hui on y signale le même exode,
“ Les jeunes hommes, dit Elisée Reclus, faciles À entraîner par l'amour des aventures lointaines, qui est chez eux instinet de race et qui fit de leurs ancêtres de si hardis pêcheurs de baleines, ne craignent pas de S'expatrier et de s'enfuir en Amérique, même sans espoir de retour. Ces gens, à leur tour, entraînent après eux des parents et des amis. C'est ainsi que le nouveau monde, au Vénézuela, au Chili, contient maintenant plus de Basques français, émigrés ou fils d'émigrés que n’en contient la France elle-même. Dansles Pyrénées basques,
... de Bonebaig,—en presence de Guillaüme de Goëeytes, benoit, signé avec moy, (Signé :) Soustrar, curé.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1668-1680, f° 33.)
Madamo veuve de Lom d'Arce demeurait encore dans la baronnie en 161,
“ Le 3° octobre 1680, a esté baptisé Arnault Francois de Palete, fils legitime de Moyse Palette ot de Margueritte de Puyo, coujoints. A esté parrin Mr M° Arnault de Lamaison, juge de la baronnie de Lahontan, et mareine noble Francoise le Fagchen de Counttes, dame dudit Lahontan,—par moy, (sigué:) Carrère, curé de Lahontan.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1668-1680, {° 2.)
“ Le onzième du mois de juin 16$1, a esté baptisée Jeanne Francoise de C'amiade, fille legitime de Ciratian de Camiade et de Quitterie de Landemadine, conjoints. A esté parrin: M' Arnault de Lamaison, juge de Lahontan, et marreine, dame Jeanne Francoise de Coutte le las-cheux, baronne de Lahontan, bien que leurs enfans ayent tenu laditte fille sur les fons bapatismaux (sic) en leur absence, —par Monsieur de Thil, curé de Belloc.” (Archives communales de Lahontan, Etat civil, 1680-1689, £9 3.)
Françoise de Coute, veuve de messire Isaac de Lom d’Arce, baron de Lahontan, signait: de Coute (acte du 18 août 1677, (Archives communales de Bayonne, CC, 818, n° 7.)
! Lettre de M. Paul Labrouche, archiviste du département des Basses-Pyrénées, en la possession de l’auteur. Sec. I, 1894. 10.
il n’est pas rare de voir des champs abandonnés par le propriétaire, même avant les récoltes, È villa D'ailleurs, les Béarnais voisins du pays basque, notamment aux environs des campagnes 5 chât d’Oloron et des vallées d'Aspe et de Barétous, ne sont pas moins ardents que les Basques à à aura quitter leur patrie.” ! | vas Suivant les instinets de sa race, et un peu par désespérance et par goût des aventures, le è chi baron de Lahontan résolut done de s'embarquer pour l'Amérique. I laissait, sans regrets È alon comme sans remords, le beau pays de France, renonçant dès lors, ainsi qu'il nous Papprend È Lah lui-même, À toute sorte d'attachement de patrie. * $ dé Ë baie IIT | cont | qu’u ARRIVÉE AU CANADA CAMPAGNES DE 1684 ET 1687.—VIE DE GARNISON.—CANTONNEMENT ÿ hab DANS LES VILLAGES, : pay | aisé Depuis son arrivée au Canada, où il était venu remplacer le comte de Frontenue, le gou- | v fa verneur Lefebvre de la Barre ne cessait d'écrire à la coar pour lui demander des troupes. Ë Cet ancien magistrat, dont presque tonte la vie s'était passée dans les parlements de province, j ville ne rêvait plus que la gloire des armes depuis que, nommé au gouvernement de Cayenne, il y | Le avait remporté quelques succès militaires. Il s'était mis en tête de pulvériser les tribus con- ! de j tédérées des Iroquois, ennemis presque séeulaires des Français établis au Canada, comme il de avait fait jadis des Anglais.* Pour exécuter son projet, le belliqueux gouverneur demandait Fe huit cents hommes ; la cour lui envoya trois compagnies de marine, bier Parmi les jeunes officiers qui accompagnaient la recrue nouvelle se trouvait Louis- sie Armand de Lom d'Arce.! La saison de 1683 était déjà avancée lorsque les vaisseaux partirent ent de la Rochelle, Ils arrivèrent en rade de Québec le 8 novembre, La terre était couverte su de neige, et il faisait un froid à mourir” [ne fallait plus songer pour cette année à la guerre su contre les Iroquois. Le gouverneur marqua les quartiers des trois compagnies dans Îles An TE NT Dre 7 ONE EEE pei
1 Géographie Universelle— La France, IT, p. 94. da
? Lattre du 31 janvier 1694, éd, de 1704, p. 26.
L'acte de vente et l’adjudication par décret de la terre de Lahontan, dont le jeune officier portait le nom, adju- les dication faite le 4 décembre 1684, sur Charles Carpentier, bourgeois de Paris, curateur créé à la succession vacante mails du sieur Isaac de Lom d’Arce et d’Esleich, témoignent trop certainement qu'Armand de Lahontan, son fils d’un qu’ second mariage avec Françoise le Fascheux de Couttes, avait pris, en venant dans la colonie une résolution désespérée. (Note de M. Margry.) Fe
5% 11 faut attaquer les Iroquois, écrivait-il, ou abandonner le pays...... Je périrai à la tête des troupes ou je réduirai cet ennemi.—Je les pulvériserai comme j'ai fait des Anglais à Cayenne......(Lettre de M. de la Barre et octobre 1682--mai 1683.) Monsieur de la Barre fit partir, au printemps de l’année 1683, un petit bastiment pour la France, commandé far le sieur Lagarenne, par lequel il demandait à la cour un nombre de tronpes. A remarquer qu'il n'y en avait point au Canada. (Mémoires sur le Car da, Collection de manuscrits de la Nouvelle-France,
# Charlevoix dit que Lahontan vint au Canada comme simple soldat, mais nous préfèrons suivre la version de às LeBeau (préface de l'édition de 1738) qui dit que Lahontan était dans les gardes de la marine. Ceci s'accorde Cas mieux avec les coutumes de l'époqne. Les fils de famille, dans l'espoir d'obtenir des avanrements rapides, permutaient leurs brevets de lieutenant dans l’armée de terre pour des lettres de gardes de la marine. fra
5 La cour fit équipper le vaisseau la Tempête, commandé par le sieur Pinyo, sur lequel on mit trois compaynies Le de soldats de cinquante-deux hommes chacune. Le vaisseau partit de la rade de la Rocho le, le 29 du mois Le
d'août, et arriva devant Québec le 7 novembre. (Manuscrits de la Nouvelle-France, 1—552.) Voir la première lettre de Lahontan.
ltes, villages des environs de Québec, à Beaupré, Beauport et Saint-Jean. Le sort donna au jeune Le châtelain béarnais un billet de logement chez des colons de la seigneurie de Beaupré. Il FER aurait pu se croire chez lui dans ce coin de pays. En effet, les anciens pêcheurs basques avaient donné à cette partie de la colonie le nom de Biscaye, et ils appelaient Pyrénées la 28, le A . , » . . 2. pue chaîne de montagnes qui la sépare des régions du nord.!' La seigneurie de Beaupré était poets alors, comme aujourd’hui, une des plus belles et des plus riches campagnes du Canada. prenel $ Lahontan garda le meilleur souvenir de l'hospitalité qu'il y recent. C’est de l’une des fermes de Beaupré, par un jour elair et serein d'hiver, qu'assis devant une large cheminée où flam- Ë baient d'énormes bâches, il écrivait À un de ses vieux parents ces lignes qui respirent le | contentement et le bien aise: ? “Les paysans vivent ici, sans mentir, plus commodément | qu’une infinité de gentilhommes en France. Quand je dis paysans, je me trompe, il faut dire MENT É habitants, car ce titre de paysans n’est pas plus reçu ici qu’en Espagne, soit parce qu'ils ne payent ni sel ni taille, qu'ils ont la liberté de la chasse et de la pêche, ou qu'enfin leur vie aisée les met en parallèle avec les nobles. Tout le monde y est bien logé et bien meublé, On gou- ë y fait des feux prodigieux pour se garantir du froid.” * Fa k Le printemps venu, le jeune officier, après avoir visité l'île d'Orléans, Québec et les trois " x ê villages indiens de Lorette, de Sillery et du saut de la Chaudière, remonta le fleuve Saint-Lau- : m3 | rent jusqu'à Montréal, où il arriva avee son détachement dans la première semaine du mois A | de juin 1684. C’est là que devaient se réunir les troupes destinées à l'expédition que méditait “ : depuis tantôt deux ans le gouverneur la Barre! Mais le belliqueux commandant qui DS n'avait cessé dans sa correspondance de proclamer contre l'Troquois un Delenda est Carthago Has bien accentué, une fois le temps venu de mettre ses projets à exécution, sentit son zèle se ne ralentir. Pendant qu'il entamait d’un côté des négociations de paix avee les Troquois, il faisait ou entrevoir le gouverneur anglais pour lui demander de les maîtriser, puis commandait aux te coureurs de bois de venir se joindre à lui sous les murs du fort de Frontenac. Ses lenteurs et ae ses temporisations firent que les troupes ne purent partir de Montréal qu'au mois de juin. Rs Après avoir franchi les rapides qui coupent le Saint-Laurent en cet endroit, à travers mille WE peines et fatigues, tantôt en canots d'écorce, tantôt en bateaux plats, le plus souvent à pied, dans l’eau jusqu'à la ceinture, faisant portage sous des forêts vierges infectées de moustiques, , adjn- les troupes arrivèrent enfin sous les retranchements palissadés du fort (11 juillet). On avait acante mis vingt jours à faire le trajet. Il fallut attendre l'arrivée de M. de la Barre, qui n'eut lieu ls d’un qu'au milieu d'août. L'armée traversa le lac et se rendit à la rivière Famine, à l'entrée du RENE pays des Iroquois. Le commandant s’aperçut alors qu'il n'était point en état d'attaquer 8 où je l'ennemi. Les troupes avaient campé pendant plus d’un mois dans un endroit marécageux, Barre et presque tous les soldats étaient pris d'une fièvre maligne, mal étrange qui en fit périr plus our la arquer E France, ! Voir la carte de Champlain, p. 422 de ses Œuvres, volume II, édition Laverdière.
? Lahontan avait alors dix-sept ans. Dans la préface des Dialogues (p. ii.—éd, 1704), il dit qu'il avait de quinze ion de à seize ans lorsqu'il passa au Canada. Mais il est facile de vérifier par son acte de naissance. Le baron de Saintccorde Castin, son compatriote d'Oloron, avait quinze ans lorsqu'il passa avec le régiment de Carignan.
CRUE # Quelle différence entre ce portrait du paysan du Canada en 1683 et celui que trace de la Bruyère du paysan
français à la même époque! Voir aussi Taine, {a France Contemporaine, volume premier, au chapitre le Peuple. agynies Le spectacle de la misère de l’un et de l'abondance de l’autre devait frapper vivement l'esprit d'un observateur. | Inois Le paysan canadien était déjà un citoyen, celui de France n’était encore qu’un ilote.
* Comparer les lettres 1v, v et vi de Lalhontan eur cette expédition avec le mémoire publié dans la Collection des manuecrils de la Nouvelle-France, I-pp. 552-553.
de quatre-vingts. IL fallut retraiter sans avoir frappé coup. Pour cacher sa faiblesse, la Barre fit un simulacre de paix avec la Grande-Gueute, chef de guerre de l'ennemi,
Cette campagüe infructueuse n'était pas de nature à contenter un homme du caractère de Lahontan. Le bruit courait sous le manteau que M. de la Barre s'était servi de ectte expédition pour favoriser et couvrir la marche de plusieurs canots pleins de castors qu'il avait fait trafiquer chez les sauvages des lues, et laigreur du Béurnais n'en fit qu'augmenter. N'était-ce pas une honte que de faire la guerre pour quelques marchands ?!
De retour À Montréal, au commencement de novembre, Lahontan y passa l'hiver à mener la vie ennuyeuse de garnison, Ilen profita pour accompagner dans les boïs un parti de chasseurs algonquins et apprendre la langue des aborigènes, Au printemps, on le trouve cantonné À Chambly. C'était alors l'habitude de disperser les troupes dans les seigneuries pour y passer la saison des neiges, Au mois de septembre 1685, Lahontan reçut l'ordre de se rendre À Boucherville. Il devait demeurer dans ces nouveaux quartiers jusqu'au mois de juin 1687. Pendant ces trois longues années, le jeune homme employa son temps, l'été à la pêche, l'hiver À chasser l'orignal ou le earibou dans les forêts du nord ou sur les rivières du lac Champlain. Il préférait encore la solitude des bois où le calme de la campagne à la vie que l'on menait à Montréal. Là, au moiïns, il pouvait faire à sa fantaisie, tandis qu'à la ville on menait rondement la discipline parmi les troupes cantonnées, Ille fallait bien. [ne manquait pas, en effet, parmi ces soldats de la marine, de nombreux fils de famille que les parents envoyaient au Canada pour calmer un peu la fougue de leur jeunesse. On peut s'en convainere en parcourant la correspondance des gouverneurs et des intendants, Aussi les prêtres tenaient-ils la main à faire observer rigoureusement les ordonnances dans toutes les relations sociales, Lahontan s'en plaint amèrement À plusieurs reprises dans sa correspondance,
On ne saurait y faire, dit-il, aucune partie de plaisir, ni jouer, ni voir les dames, que le curé n'en soit informé, et ne le prâche publiquement en chaire. Son zèle indiseret va jusqu'à nommer les gens, et s'il refuse la communion aux femmes des nobles pour un simple fontange de couleurs, jugez du reste, Vous ne sauriez croire à quel point s'étend l'autorité de ces seiuneurs ecclésiastiques. avoue qu'ils sont ridicules en leur manière d'agir, îls excommunient tous les masques, et même ils accourent aux lieux où il s'en trouve pour les démas-
quer et les accabler d'injures ; ils veillent plus soigneusement À la conduite des filles et des
! Les accusations que Lahontan porte à ce sujet dans ses lettres sont parfaitement corroborées par des témoins contemporains. L’intendant de Menles (lettre de 1684) accuse M. de la Barre d’avoir décidé cette guerre dans son cabinet avec six des principaux marchands de la colonie. Ils lui ont fait comprendre que leurs marchandises allaient être pillées et qu'il fallait que le peuple fût appelé à défendre leurs intérêts. On accusait aussi la Barre d'avoir envoyé des pelleteries à Albany sous prétexte de communications officielles avec le gouverneur de New- York. Nicolas Perrot pense comme de Meules. “Tout cela, dit-il, est pour favoriser son commerce et celui de ses amis. (Mémoires sur les mœurs, coutumes et religion des sauvages, ch. x.) Le sulpicien Belmont dit que l’avarice des marchands fut la cause de cette campagne.... Chose curieuse, Lahontan, si sévère pour la Barre, qu’il accuse de faire la traite clandestine des pelleteries, accusation qu’il porte du reste contre Perrot, gouverneur de Montréal, contre le gouverneur de Trois-Rivières et tous les gens en place, montre une certaine bienveillance pour l’intendant de Meules, soupçonné du même mal. “Je veux croire, dit-il, qu’il ait pu faire quelque commerce couvert; cependant, il n’a fait de tort à personne, au contraire, il a procuré du pain à mille pauvres gei”, qui seraient morts de faim sans son secours.”
Pour en finir avec l'expédition de 1684, disons que dans un rôle des troupes au fort l‘rontenac pour cette année, (Paris-New York Documents, IX, p. 236), le nom de Lahontan n'apparaît pas parmi ceux des officiers. ('e silence s'explique par le fait qu’il n'était alors que garde de la marine.