‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 2 sur 29 · BET.— LUSTRE · texte numérisé non relu

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Au xuT siècle, un paysan y découvrait au milieu d’une solitude couverte de ronces et de broussailles une statue en bois de la Vierge Marie. En ces temps de ferveur et de foi vivace, une parcille trouvaille fat considérée comme miracle, et lu statue devint bientôt l'objet d'une grande vénération dans toute la contrée, Elle fut invoquée sous le nom de Notre-Dame d'Abet, et on éleva en son honneur un magnifique sanctuaire, Les moines d'un abbaye voisin, les bénédictins de Sordes, en eurent la garde picuse.

Des frontières d'Espagne, des pays basques, des rives de l'océan, et des landes stériles accouraient de nombreux pèlerins. La légende et la tradition locale disent qu'Urbain LE, le pape des Croisades, Saint-Bernard, d'ilustres templiers, Le pape Clément V, se plarent à venir saluer la vierge miraculeuse dans ces lieux Dénis,

ME Charles- Auguste Lequien de x Neuville, dernier évêque de Dax, diocèse d'où Luhonts dépendait alors, confirma de son autorité, à la fin du xvur sièele, le récit des merveilles qui s'opéraient au sanctuaire de Notre-Dame d’'Abet. Cet antique pélerinage subsiste encore, mais l'église qui abrita si longtemps la statue vénérée est toute en ruines, Ses murailles décrépites, noircies par le temps, s'élèvent comme une sentinelle perdue aux bords du gave de Pau. Depuis quelques années, des âmes pienses et charitables travaillent à la restaurer, |

A droite et à gauche du vieux sanctuaire, gisent d'anciennes fondations d'une grosseur démésurée et d'une solidité à toute épreuve. On croit y voir les restes de constructions conne mencées sous la domination romaine, mais les traditions sont obscures, et les Vandales ont anéanti toutes traces historiques de ces temps reculés

Situé sur les confins du Béarn et de l'ancienne Guyenne, Lahontan dût pendant plus de deux siècles et demi subir le joug anglais. La chronique rapporte que les Béarnais et les Basques, voulant reconquérir la liberté de lenr patrie, trouvèrent plus d'une fois refuge derrière les épaisses muraîlles de Notre-Dame d’'Abet,

Un des anciens seigneurs de Lahontan, le baron de Cès-Canpenne, qui appartenait À une maison illustre de la Chalosse, était très attaché À la famille royale d'Angleterre. On dit même qu'il lui prêtai de l'argent. Mais les vassanx de ce banquier de haut ton lui prouvèrent qu'ils ne goûtaient guère ses sentiments britanniques. ?

Montaigne partagea avee Caupenne l'honneur d'avoir les Lahontanais pour vassaux.

L'illustre écrivain prit la peine d'en rappeler le souvenir dans une page fort originale de ses

RS Essais.

1 Notice sur le Pèlerinage de Notre- Dame d'Abet, à Lahontan, diocèse de Bayonne.

* Les chroniqueurs rapportent que vers la fête de la Purification, en 1254, Gaston de Béarn eut la hardiesse de vouloir s'introduire à Bayonne, mais que, repoussé par les Anglais, il vint chercher un refuge sous les murs d’Abet,

Le 6 avril 1299, Edouard I®', roi d'Angleterre, écrivait au maire de Bayonne pour le prier de faire conduire à la tour de Londres Jsan Deville, son fils Pierre-Olivier Deville, Jean de Sancerre, Jean Odoual, Michel Arbide et Aimé de Cantènes, seigneur de Saint-Paul. Is avaient pris nne part active à la conspiration qui avait pour but de délivrer Bayonne de la puissance anglaise. Mais ces courageux conspirateurs, qui voulaient reconquérir la liberté de leur patrie, vinrent chercher un refuge dans l’abbaye d’Abet.

On dit que sur l’ancienne cloche de l’église d’Abet, on lisait, en caractères gothiques, cette inscription eu latin . Le roi Edouard I", sainte Marie, priez pour nous Jésus de Nazareth.

En 1569, le protestant Montgomery, fléau des églises et des lieux saints, se jeta sur l’église d’Abet et le bourg de Lahontan. Le combat fut acharné, mais les Lahontanais, qui tous avaient pris les armes, sortirent vainqueurs, et se rendirent à l’église d'Abet pour remercier Dieu et y déposer les “banères de rouge sandal”” prises à l'ennemi et qui signifiaient : Mort sans remède et mortelle guerre en tous lieux.

Un membre de la famille des barons de Caupenne, Garcias Amand de Caupenne, fut évêque de Dax (1307-1324).

Sec. I., 1894, 9.

SRE

# Le baron de Caupenne en Chalosse et moy, avons en commun le droict de patronage d'un bénéfice qui est de grande estendue, au pied de nos montagnes, qui se nomme Lahontan.

Il est des habitants de ce coing, ce qu'on dit de ceux de la vallée d'Angror me: ils avaient 1 par

une vie à part, les façons, les vestements et les moeurs à part: régis et gouvernés par certaines las: polices et coûstumes particulières reçues de père en fils ausquelles îs S'obligeoient, sans aultre Apt contraincte que de la révérence de leur usage. Ce petit estat sestoit continué de toute d'A ancienneté en une condition si heureuse, qu'auleun juge voisin n'avoit esté en peine de s'in- la ri former de leur affaire : auleun advocat employé à leur donner advis, ni estranger appellé pour vide esteindre leurs querelles, et n'avoit-on jamais veu auleun de ce destroict à lausmône ; ils fuvoient les alliänces et le commerce de l'aultre monde pour n'altérer la pureté de leur Fra police : jusques à ce, comme ils récitent, que lun d'entre eulx, de Ta mémoire de leurs pères, vere avant l'âme espoinçonnée d'une noble ambition, alla S'adviser, pour mettre son nom en crédit puis et resputation de faire lun de ses enfants maistre Jean où maistre Pierre, et l'avant faict aujo instruire À écrire en quelque ville voisine, le rendit enfin un beau notaire de village, Cettuy con ey, devenu grand, commença à dédaigner leurs anciennes coustumes, et à leur mettre en teste sujel la pompe des régions de decà : le premier de ses compères à qui on escorna une chèvre, il lui ot conseilla d'en demander raison aux juges royaux d'autour de ls et de cettuy ei à un autre, orde jusques à ce qu'il eust tout abastardi. A la suite de cette corruption, ils cisent qu'il y en sur- ; veint incontinent un autre pire conséquence, par le moyen d'un médecin qui il print envie Ë ne d d'espouser une de leurs filles, et de “habituer parmi eulx. Cettuy ci commencea à leur apprendre premièrement le noms des fiebvres, des rheumes et des apostumes, la situation du api cœur, du foye et des intestins, qui estoit une science jusques lors très éloignée de leur cognois- so sance : et, au lieu de l'ail de quoy ils avoient apprins à chasser toutes sortes de maulx pour aspres et extremes qu'ils fenssent, il les accoustuma, pour une toux où un morfondement, À : prendre les mixtions estrangières, et commencea à faire trafissne non d eur santé seulement, I mais aussi de leur mort, Ils jurent que, depuis lors seulement, ils ont appereeu que le serein que leur appesantissait la teste, que le boire, ayant chauld, apportoit nuisance, et que les vents de Malu l'automne estoient plus griefs que ceulx du printemps : que, depuis l'usage de cette médecine * 2 ils se trouvent accablez d'une légion de maladies inaccoustumées, et qu'ils apperceoivent un famil général deschet en leur ancienne vigueur, et leurs vies de moitié raccourcies.”! du n Sur son lit de mort, Montaigne songeait encore à ses bons et naïfs vassaux, Mais cette és fois ce n'était plus pour s'en moquer de si agréable façon. IT fit don à leur église d’Abet du $ t “droit d'aiguillon,” qui consistait dans le prélevement de la valeur du treizième des agneaux qui naîtraient dans la commune, k Bass Montaigne disparu, son bénéfice passa à Philibert Archambaud Dussault de Poylvault. F Lafo C'est sous ce chevalier châtelain que Lahontan fut érigé en baronnie. * ; DE

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1 Essais de Montaigne, édition Hachette 1883, t. II, ch. xxxv11, pp. 110 et 111.

* Acte de mariage de Philibert Archambaud du Sault de Poylvaut:

‘ Le septiesme jour du mois d’apvril mil six cens cinquante cineq, je, prestre et curé de Lahontan, soulz signé, certifie a qui appartiendra, ay espousé en face de nostre mère sainte église du présent lieu, par ordonance et dis-

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panse d’illustrissime et reverendissime Jacques Desclaus, évesque Dax, estant au present lieu, avoir espousé messire Philibert Archambaut du Saut, chevalier, seigneur et baron du Poey, dn present lien et autres plasses, d'avec damoisselle Marie Daret, native de Paris et habitant à Magescq,—presans les soulz signés et moy.

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iSigné) Dusault de Poylvault; -Marie Daret ;—P. Daret, père, présent ;—de Hinx, oncle, présent ;—Villemaran, cousin, présent ;—F. Dominique, présent ;—Marsan, présent ;—Yego Alard, présent ;—de Bes‘heder, juge, présent. — Delibré une seconde couppie.—Soustrar.” (Archives communales de Lahontan, Etat Civil, 1651-1065.)

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