‹ Le baron de Lahontan [microforme]Chapitre 5 sur 29 · LD PE A VERRE D · texte numérisé non relu

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femmes que les pères et les maris. Ils crient après les gens qui ne font pas leurs dévotions tous les mois, obligeant à Pâques toutes sortes de personnes de porter des billets à leurs confesseurs. Ils défendent et font brûler tous les livres qui ne traitent pas de dévotion... Ts ne se contentent pas d'étudier les actions des gens, ils veulent encore fouiller dans leurs pensées, Jugez, après cela, monsieur, l'agrément qu'on peut avoir ici”!

je zèle des prêtres devait être fort ennuyeux, en effet, pour des officiers où des soldats désœuvrés menant la vie de garnison, mais qui peut blâmer ces anciens asteurs d'avoir voulu conserver parmi nos ancêtres cette rigidité des mœurs qui fait les races fortes et vaillantes

Dans ses quartiers de Boucherville, Lahontan vivait done en paix. Là, au moins, il n'avait que l’emportement zélé d'un simple prêtre à essuyer en cas de bal, de jeu et de festin.

Au mois de juin 1687, alors qu'il était campé à l'île Sainte-Hélène, il reçut des lettres du bureau de M. Seignelay, qui lui apprenaient que le gouverneur de la colonie avait ordre de le laisser passer en France pour y vaquer à ses affaires de famille, Ses parents lui écrivaient en même temps qu'ils avaient eu bien de la peine obtenir ee congé, et qu'entin, le plus tôt il

pourrait se trouver À Paris, le meîlleur ce serait, Mais, hélas! on était

à la veille d'une nouvelle campagne contre les Froquois. Déjà, M. de Denonville, gouverneur qui avait suecédé à M. de la Barre, était en marche pour Montréal. Un soldat ne pouvait ainsi abandonner le drapeau. I fallait se mettre en route bon gré mal gré. Lahontan aceompagna done l'expédition qui eut lieu alors. Cette campagne de 1687 fut beaucoup plus glorieuse que celle à laquelle il avait pris part trois années auparavant, Les Troquois furent défaits, leurs villages saceagés, leurs récoltes détruites. L'armée triomphante s'avança ensuite jusqu'à Niagara, où elle construisit un fort. Le 81 juillet, M. de Denonville prenait solennellement

possession de toute cette contrée au nom de la France. *

LAHONTAN COMMANDE UN DÉTACHEMENT AU FORT NAINT-JOSEPII, SUR LE DÉTROIT DU LAC ÉRIÉ (1687-1688).

Le 6 juin 1686, le marquis de Denonville écrivait à M. de la Durantaye, commandant des postes de l’ouest, qu'il était absolument nécessaire pour le service du roi et de la celonie, qu'il retînt auprès de lui le plus de Français qu'il pourrait, au détroit du lae Erié et au portage de Toronto. Le même jour, il écrivait à Greysolon du Luth pour lui donner ordre

1 Vol. I, p. 60, éd. de 1704.

? Extrait du volume IX des Archives du Canada, déposées au ministère des colonies à Paris.

: PRISE DFE POSSESSION DE NIAGARA PAR M. DE DENONVILLE, 31 JUILLET 1687. F° 50,

Jacques René de Brisay, chevalier, seigneur, marquis de Denonville, et autres lieux, gouverneur et lieutenant général pour le Roi en toute l'étendue du Canada et pays de la Nouvelle-France.

Aujourd’hui, jour dernier juillet et an 1687, en présence d’'Hector, chevalier de Callières, gouverneur de Montréal au dit pays, et commandant le camp sous ses ordres, et de Philippe de Rigaud, chevalier de Vaudreuil, commandant les troupes du roi, étant campés avec toute l’armée au poste de Niagara, au retour de la marche que nous avons faite aux villages iroquois, Sonnontoüans, céclarons à tous qu'il appartiendra être venus au camp de Niagara situé au sud du lac Ontario à l’ouest des Sonnontoüans ?5 lieues au-dessus, dans un angle de terre à l'est de l'embouchure de la rivière du même nom qui est la décharge du lac d'Erié venant des lacs Huron, Illinois, Grand lac Supérieur et de plusieurs autres au-dessus dud. Grand Lac, pour et au nom du Roi réitérer de ronveau la prise de possession dud. poste de Niagara, plusieurs établissements y ayant été faits ci-devant depuis plusieurs années par ordre du Roi et nommément par M. de La Salle, ayant passé plusieurs années à 2 lieues au-dessus du Grand Saut de Niagara, et où il fit bâtir une barque qui a navigué plusieurs années dans les lacs Erié, Huron et des I!linois dont on voit encore les chantiers, en outre led. S, de La Salle ayant établi des logements avec des

d'aller établir un fort au détroit du lac Erié avec cinquante hommes, et d'y nommer un k ct qu commandant, I lui expliquait que le lieu où il l'envoyait était d’une conséquence d'autant ; les ar plus grande qu'il devait mettre le Canada en relation avee les Illinois. On pourra par ce 4 du Li moyen couvrir les alliés et leur donner nn asile, contenir les Iroquois ou leur donner la f Onta chosse, Ce poste est très important, et il y faudra un homme entendu.

Presque À mi-chemin entre la Kaministiquia, dernier poste de l'extrême ouest alors connu, lieues et le fort de Frontenac, première étape sur les mers intérieures, se trouve une étroite rivière du pi qui unit le lac Huron au lac Erié, C’est à la tête de cette rivière, en un endroit propice loger d'où il pouvait commander tout le pays environnant, que du Luth vint, dans l’été de 1686, longt élever à la hâte quelques retranchements auxquels il donna le nom de fort Saint-Joseph. ? Il y nomma commandant intérimaire Legardeur de Beauvais, officier des troupes, qui s'était du L acquis quelque réputation parmi les coureurs de bois, Sa V:

M. de Denonville tenait beaucoup à ce nouveau poste. Au moment où il préparait sa Outa

marche contre les Troquois, il écrivait : se joi

Il sera très À propos que nos Canadiens maintiennent le poste que le sieur du Luth a c'est retranché au détroit du lae Erié. De cette manière nos coureurs de bois pourraient prendre | rend ce chemin pour venir de Michillimakinac, par le lac Erié, à Niagara. (Lettre du 11 novembre j 1686.) cons

Le fort de Saint-Joseph, dans la pensée des explorateurs, était destiné à continuer la | loue ligne des postes jetés sur l'Ontario. Tout en commandant les sentiers de guerre de l'Iro- rable quois vers l'ouest, il devait servir de trait-d'union entre :Miehillimakinae, Saint-Louis des bout Ilinoiset Montréal, C'est ainsi que l'on reprenait après couples audacieux projets de la Salle. quoi

NS rs : en | à la

habitants aud. Niagara en l'an 166$, lesquels logements ‘urent brûlés il y 12 ans par les Sonnontoüans, ce qui est ordr un des sujets de mécontentement avec plusieurs autres qui nous ont nécessité de leur faire la guerre. Et comme Lah nous avons cru que tandis que la guerre durerait les logements que nous avons jugé à propos de remettre sur pied | ach: ne pourraicnt pas demeurer en sûreté si nous n’y pourvoyons pas, nous avons résolu d'y constrtire un fort dans |

lequel nous avons mis 100 hommes des troupes du roi, pour y tenir garnison, sous le commandement du Sr de Troyes, un des anciens capitaines des troupes de $S. M. avec le nombre d'officiers nécessaires pour commander lesd, soldats.

Le présent a été passé en notre présence et de M. Gaillard, commissaire de la part du roi, à la suite de l’armée et subdélégué de M. de Champigny, intendant du Canada, lequel acta nous avons signé de notre nom et scellé du

sceau de nos armes et fait signer par MM. de Callières et Vaudreuil et par M. Gaillard, et contresigné par es notre secrétaire.

Et ont signé : J. René de Brisay, M. de Denonville, Le chevalier de Callières, Chevalier de Vaudreuil, Gaillard Mic et plus bas, par Monseigneur Tophlin. Ford Collationné à l'original demeuré en mes mains par moi, conseiller secrétaire du roi et greftier du Conseil Bea

Souverain à Québec soussigné.

Signé : Peuvret, avec paraphe. dan!

Collationné à Québec, ce 12 novembre 1713. nom Signé: VaupreuILl Er BrGox. fite ! Ces lettres sont publiées dans Margry, t. V, pp. 23, 24, 25. de ? Lahontan, I, 109; Charlevoix, 1, 512; Ferland, 11, 159.—On trouve parfois ce fort appelé Toncharontion loge! dans les anciens manuscrits. C’est la corruption du mot iroquois Techarouskion, sous lequel le lac Erié était connu prié

parmi les peuplades des Cinq-Nations. Ce fort Saint-Joseph n’est pas marqué sur la carte de Genest. Il y a eu gra aussi un fort Saint-Joseph au fond du lac Michigan, au pays des Poutouatamis. Le fort Saint-Joseph dont nous Jés

parlons ici se trouvait près de l'endroit où est maintenant le fort Gratiot, à la tête du détroit. le “ Greysolon du Luth established a post at the head of the atraight, or very near the present fort Gratiot,” dit du

M. James V. Campbell dans ses Outlines of the Political History of Michigan (1876).

Ce fut le premier poste établi en cet endroit.

a LE BARON DE LAHONTAN 79 | ter un Là Et quels hommes commandaient ces postes perdus ? A Saint-Louis, Tenri de Tonty et la Forest, vutant è les anciens lieutenants du découvreur du Mississippi, chez les Nadouessionx, Nicolas Perrot, par ce ‘ du Luth au saut Sainte-Marie, et M. de la Durantaye, commandant pour le roi au pays des ner la ; Ontaouais, Miamis, Pouteouatamis et Sioux.

Le 7 juin 1687, la Durantaye venait sur les bords de la rivière Saint-Denis, à trois °onnu, lieues des lacs Erié et Iuron, an sud du détroit, et 1, au nom du roi, en présence des chefs rivière du pays, il réitérait la prise de possession de ces terres, et il ordonnait qu'il fût fait plusieurs ropice logements pour l'établissement des Français et des sauvages, Chouanons et Miamis, depuis

1686, longtemps propriétaires du détroit. !

seph. ? Avant d'entrer en campagne contre les Iroquois, le marquis de Denonville avait chargé s'était du Luth, Tonty, la Durantaye, Nicolas Perrot, et les traitants les plus considérés parmi les sauvages de l’ouest, de parcourir les vastes contrées habitées par les Miamis, les [linois, les rait sa Outaouais et les Pouteouatamis, et de réunir autant de guerriers qu'ils le pourraient pour se joindre à son expédition. A cette armée de confédérés il fallait un point de ralliement et Luth a c’est le nouveau poste du détroit, au fort Saint-Joseph, qui avait été choisi, De 1, on “était

rendre rendu à la rencontre de M. de Denonville. embre ; La campagne terminée, il s'était agi de choisir un commandant pour le poste Saint-Joseph, ! considéré comme lun des anneaux les plus importants de la chaîne des postes jetés vers iuer la | l'ouest. Lahontan fut nommé. C'était pour lui un grand honneur et un avancement considé- > l'Iro- able. Mais on conçoit sa surprise lorsqu'il se vit appelé à se rendre au fond des laes, au tis des bout du monde, au lieu d'aller à Paris, où des affaires pressantes l'attendaient. Voilà à

à Salle. quoi lui avait servi d'apprendre les langues sauvages. Denonville Fassura qu'il manderait

à la cour les raisons qui lobligeaient à le retenir au Canada, malgré le congé qu'il avait

> qui est ordre de lui donner. Un autre aurait ambitionné de servir dans ces circonstances, mais , comme Lahontan ne songeait alors qu'à son château sur les bords du gave de Pau, qu'une meute sur pied acharnée de créanciers était en train de dévorer, ort dans u Sr de RE s o | | | ; or and NOUVELLE PRISE DE POSSESSION DES TERRES DES ENVIRONS DU DÉTROIT DU LAC ERIÉ ET HURON PAR LE ° S' pp LA DURANTAYE.

l'armée F° 206, vol. IX, Archives du Canada, à Paris. | Olivier Morel, Ecuyer, Seigneur de la Durantaye, commandant pour le roi au pays des Outauax, Miamis, cellé du CPS < : f s Are : Poutouannis, Sioux, ct autres nations, sous les ordres de M. le marquis de Denonville, Gouverneur général de la id ui) Nouvelle-France.

— Aujourd’hui, septième jour de juin 1687, en présence du R. P. Angeleran, supérieur des missions des Outaouas À Gaillard Michilimachinac, de S°-Marie du Sault des Miamis, des Illinois, de la Laie des Puans et des Sioux, de M. de la | , Forest, ci-devant commandant au fort de S't-Louis aux Illinois, de M. de Lisle, notre lieutenant, et de M. de Conseil Beauvais, notre lieutenant du fort de St-Joseph au détroit des lacs Huron et Eric, Déclarons à tous qu’il appartiendra être venus sur le bord de la rivière St-Denis, située à 3 lieues du lac Eric dans le détroit desd. lacs Erié et Huron au sud dudit détroit et plus bas à l'entrée du lac Érié au nord, pour et au nom du roi réitérer la prise de possession desd. postes faite par M. de la Salle pour la facilité des voyages qu’il L fit et fit faire par la barque de Niagara à Missilimaquina ès-années.. .. auxquels dits postes nous aurions fait planter

de nouveau un poteau avec les armes du roi, pour marquer la reitération de possession, et ordonné plusieurs rontion logements être faits pour l'établissement des Français et Sauvages Chouanons et Miamis de longtemps prot connu priétaires desdits pays du Détroit et lac Erié, desquels ils se seraient retirés pendant quelque temps pour leur | yaeu grande utilité. Le présent acte passé en notre présence, signé de notre main et du R. P. Angeleran de la Ci de nt nous Jésus, et de MM. de la Forest, de l'Ile, de Beauvais; ainsi signé à l'original Angeleran, jésuite, de la Durantaye,

le Gardeur de Beauvais, et F. de La Forest. Collationné à l'original demeuré en mes mains par moi, secrétaire ot,” dit du roi et greflier en chef au Conseil Souverain de Québec, soussigné.

Signé: Peuvret, avec paraphe.

Collationné à Québec, ce 12 novembre 1712.

Signé: VAUDREUIL ET BEGON.

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Le 2 août 1687, le nouveau lieutenant partait pour sa destination en compagnie de a Durantaye, du Lath et Tonty, avec les suivages et les voyageurs de l'ouest, On envoyait au fort Saint-Sosephoun homme par compagnie, et Lahontan commandait le détachement. !

Le marquis de Denonville, en choisissant Lahontan pour commander À ee poste de confiance, n'eut pas li main heureuse, L'esprit inquiet et tourmenté du Béarnuis n'était point fit pour S'assujettir au rôle d'une sentinelle patiente, enfermée derrière ane palissade de mauvais pieux, en compagnie de quelques soldats ignorants et besogneux,

Le pays qui s'étend du lac Huron au lue Erié et que baïgnent les eaux de la Saint-Claire a toujours été considéré par les écrivains anciens comme le plus bel endroit de la Nouvelle- France, ? On l'appelle encore aujourd'hui le jardin du Canada. Le fort Saint-Joseph s'élevait dans Fun des sites les plus enchanteurs de cette merveilleuse contrée. Lahontan, qui aimait les beaux spectacles de la nature, en fut d'abord ravi, #2 TT était arrivé À son poste de commandant à la mi-septembre (14 septembre 1687), et, à cette époque de l'année, le climat de cette région est délicieux. C'était la saison des fruits et des vendanges. Les arbres ployaient sous le poids de li moisson, Les prairies étaient couvertes d'une végétation luxuriante, Les eaux du détroit, limpides comme le eristal de roche, fournissaient le poisson en abondance et il n'y avait pas de pares plus giboyeux que les îles, semées comme autant de corbeïlles de verdure, en face même du fort. Du Lath et Tonty s'étaient reposés pendant quelques jours des fatigues de la campagne dans cet oasis. Chaque soir, après les longues journées passées À la chasse où à la pêche, ils avaient raconté À la Ivour du bivouac leurs excursions aventureuses at milieu des lointaines peuplades, à travers des pays inconnus, puis, un jour, ils étaient partis, amenant avec eux la troupe légère des chasseurs et des coureurs de bois. L'hiver était venu avec ses pluics maussades. La solitude s'était faite dans ce campement naguère si animé, Plus de chasse ni pêche. La rivière charroyait des glaçons énormes poussés par les vagues engourdies du lac Huron. L'ennui, le lourd ennui deseendit alors sur la petite garnison de Saint-Joseph, la couvrant comme d'un linceul. Les jours se succédèrent monotones et tristes. Seules, parfois, quelques troupes nomades de sauvages affamés faisaient leur apparition aux portes du fort. Mais ces visiteurs de passage, hélas !ne venaient que pour mendier une misérable pitance à une garnison déjà réduite à la ration la plus rigoureuse, Lahontan, avec son imprévoyance ordinaire, avait employé tout l'automne dans des excursions fantaisistes sans songer au long hivernement qu'il avait à passer dans ce poste. :

Du Luth, avant son départ, lui avait laissé la récolte du blé d'Inde que ses coureurs de bois avaient semé le printemps précédent aux alentours du fort. Sans cela, il serait mort de faim avec ses soldats. Un jésuite, le P. Aveneau, était venu au commencement de l'hiver

S'enfermer avec la petite garnison. Il n'eut pas de peine à lui prêcher l'abstinence des

viandes pendant le carême, Ka douceur inaltérable et son invincible patience faisaient

contrepoids à l'ardeur et au sang bouillant du commandant,

! Mémoire publié dans la Collection de manuscrits de la Nouvelle-France, tome I, p. 562.

Voir la lettre du 2 août 1687 de Lahontan.

Dans son journal, sous la date du 2 août, le chevalier de Baugy, aide de camp de Denonville, dit: “Trouvant à propos de faire garder le fort qu'il a fait faire au détroit par le sieur Duhault, il (Denonville) y envoya un homme pour compagnie et lui dit au major d'envoyer quelques bons chasseurs pour les entretenir pendant l'hiver.” Le nom de Lahontan n’est pas mentionné, mais l'éditeur a mal lu le manuscrit. Cette publication est malheureusement remplie de fautes d'impression.

? Charlevoix, 111, 256.

# Voir sa xiv lettre, p. 109, I.

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Quand vinrent les premiers soleils d'avril, Lahontan, n'y tenant plus, partit en canot pour se rendre à Michillimakinae, [avait prétexté, pour faire ce voyage, le grand danger où sa garnison était de périr par la famine, ce qui ne l'empêeha pas d'être trois mois à son voyage, De Michillimakinue, il poussa ane pointe jusqu'au saut Sainte-Marie, et Le premier juillet il revenait entin à son poste, Quarante guerriers du saut Sainte-Marie étaient partis en même temps que lai pour faire la marande du côté des Troquois. Sans s'inquiéter plus de ses soldats auxquels il jeta quelques sacs de farine an passage, il continua à suivre ses maraudeurs dans une excursion qui se termina sans gloire comme sans succès, C'est ant retour de cette expédition qu'il apprit que le poste de Niagara, où commandait M. de Troyes, était abandonné, que la plus grande partie de la garnison y était morte du scorbut.! Aussi, sans attendre d'être relevé, et croyant avoir déjà les Froquois à ses trousses, il brûlait son tort (27 août 1688) et gagnait précipitamment Michilimakinae avec toute sa garnison, Voilà à quel piètre soldat Denonville avait contié le soin de garder le poste si in.jortant du détroit,

On comprend le désenchantement et la mélancolie que doit éprouver un homme de bonne famille, habitué à bien vivre, ruiné après avoir goûté la fortune, lorsqu'il se voit banni aux confins de la terre, parmi des tribus sauvages, au milieu des grands bois, obligé d'échanger les splendeurs du château des ancêtres pour une misérable hutte d'écorce, et de vivre au milieu des traiteurs et des soldats. Mais Lahontan, qui se trouvait dans cette position, aimait la vie des bois. S'il eût secoué sa torpeur, si, au lieu de perdre son temps en vains regrets, il se fût mis à l'œuvre avec tonte la vigueur de la jeunesse, quel bel avenir il eût pu se créer, A son fort du détroit, il aurait pu ramener les Outaouas, les Sakis, les Hurons, sur ces terres d'où les Troquois les avaient ehassés, il y avait plus de cinquante ans, vers les extrémités du lac Supérier 2 à 500 lieues au nord, dans un pays stérile et affreux, Au lieu de Michillimakinae, il aurait pu leur offrir les terres fertiles du détroit. Ils seraient rentrés au foyer de leurs pères, et lui se serait fait leur Moïse,

Douze ou treize ans après (1701), Lamothe-Cadillae, reprenant la pensée de la Salle, fondait sur ces mêmes rivages le fort Pontehartrain, qui est devenu la grande ville de Détroit,

On se plait, dit M. Margry, à rechercher l'origine des grandes cités comme À remonter à la

souree des grands fleuves. Là, où aujourd'hui se sont installés des milliers d'habitants qui en attendent d'autres, ces pionniers venaient confisquer pour la France ces immensités. Is annonçaient l'approche de la nation comme des vapeurs mobiles précèdent l'arrivée du jour,

Avec quel enthousiasme Lamothe-Cadillac décrit ces lieux oûtilest venu planter sa tente d'explorateur !

“Ses rives, dit-il, sont autant de vastes prairies, dont la fraîcheur de ces belles eanx tient l'herbe toujours verdoyante, Ces mêmes prairies sont bordées par de longues ct larges allées de fruitiers, qui n'ont jamais senti lt main soigneuse du jardinier vigilant, et ces jeunes et anciens fruitiers, sous le poids de la quantité de leurs fruits, mollissent et courbent leurs branches vers la terre féeonde qui les à produits. C'est dans cette terre st fertile que la vigne aubitieuse, qui n'a pas encore pleuré sous le couteau du laborieux vigneron, se fait un toit épais avec ses larges feuilles et ses grappes pesantes sur la tête de celui qu'elle accote et que souvent elle étouffe pour trop l'embrasser, C'est sous ces vastes allées, où l'on voit assemblé

' Le G juillet 1688, le marquis de Denonville avait écrit, en eftet, au commandant de Niagara, d'abandonner ce poste, ordre que celui-ci avait exécuté le 15 septembre. Le marquis alléguait la difficulté de soutenir des postes éloignés environnés de bois. Les gens n’y pouvaient s’écarter plus loin que la demi-portée de fusil sans courir le risque d’être assassinés par quelque sauvage caché derrière un arbre.

Sec. L, 1894. 11

par centaines le timide cerf bondissant pour y ramasser avec empressement les pommes et les

prunes dont la terre est pavée ; c'est 1 que la dinde soigneuse rappelle et conduit sa nombreuse couvée pour ÿ vendanger le raisin ; c'est I que viennent leurs mâles, pour y remplir leur fale large et gloutonne., Les faisans dorés, la caille, la perdrix, la bécasse, la tourterelle abondante, fourmillent dans le bois et couvrent les campagnes entrecoupées et rompues par bouquets de bois de haute fataye, qui font une charmante perspective, laquelle sente peut adoucir les tristes ennuis de la solitude, C'est li que la main de l'impitoyable fauechenr n'a jamais rasé l'herbe succulente, dont s'engraissent les bœuts lainés d'une grandeur et d'une grosseur eXCOSSIVes,

“ Les bois sont de dix sortes : du noyer, du chêne blanc, du rouge, du frêne bâtard, du sapin où bois blanc et du cotonnier ; mais ces mêmes arbres sont droits comme des flèches, sans nœuds et quasi sans branches que par le haut bout et a'une grosseur prodigieuse ; c'est de là que l'aigle courageux regarde fixement le soleil, voyant à ses pieds de quoi satisfaire sa main fièrement armée,

“ Le poisson y est nourri et baigné par une eau vive et cristalline, et sa grande abondance ne le rend pas moins délicieux. Les eygnes sont en si grand nombre, qu'on prendrait pour des lys les jones, dans lesquels ils sont entassés, L'oie babillarde, le canard, la sarcelle et l'ontarde y sont si communs, que je ne veux, pour en convaincre, que me servir de lexpression d'un sauvage, à qui je demandai, avant d'y arriver, #il y avait bien du gibier: ‘IT y “en a tant, dit-il, qu'ils ne se rangent que pour laisser passer le canot.”

“ Peut-on croire qu'une terre sur laquelle la nature a distribué tout avec tant d'ordre sache refuser à la main du laboureur, curieux de ses fécondes entrailles, le retour qu'il s'en sera proposé ??

Lamothe-Cadillac attendait son avenir du Canada ; il sut prévoir l'importance que prendrait un jour ce poste du détroit, si sauvage et si désert alors. Lahontan ne songeait qu'à une chose : rattraper la fortune qui lui échappait en France, Le nom de Lamothe-Cadillac a grandi avec le temps, mais qui se souvient, qui connait à Fort-Gratiot, bâti sur les ruines du fort Saint-Joseph, de celui qui y commandait il y a deux sièeles ? !

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