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dit le plus âgé des ouvriers, qui était depuis dix ans contre-maître de la fabrique.
— Vous ne më surprenez pas, je m'attendais à vous voir aujourd'hui.
— Nous nous en sommes doutés, monsieur.
Dame! vous comprenez bien que nous ne pouvions pas laisser partir ainsi le fils aîné de la famille sans lui souhaiter bon voyage. N'estce pas, monsieur Michel, que vous saviez bien que vous nous verriez ce soir ?
— Oui, mon brave Ludwig ; non-seulement j'y comptais, mais je vous attendais ; j'aurais été bien triste s'il m'avait fallu me séparer de vous sans vous serrer la main,
— Oh! vous nous connaissez, monsieur Michel, et ce n'est pas d'aujourd'hui; aussi nous voilà, reprit le contre-maître. Pour lors, continua- t-il en s'adressant à M. Hartmann, sauf votre permission, monsieur, je vous dirai que nous sommes bien tristes à la fabrique n cause du départ de M. Michel. Hier, après le travail, nous nous sommes tous réunis ; il a i en détonnant joyeusement de vieux refrains été convenu que cinq d'entre nous viendraient bachiques, aujourd'hui à Strasbourg vous dire adieu au
vous désfrez, mais heureux de me retrouver parmi vous,
— Sans vous commander, monsieur Michel, si la guerre se déclare, comme on le dit, n'oubliez pas de donner une brossée à ces gueux de Prussiens. Ils ne l'auront pas volée.
— Je ferai mon possible pour cela, dit Michel en riant.
— Oh! je m'en rapporte à vous. Laissez faire, allez; s'ils viennent par ici, ils trouveront à qui parler, ces gros schwaubes, et nous les ferons asseoir sur leurs casques à pointes.
Cette boutade, un peu risquée, du vieux contre-maître, avait réussi à dérider tous les visages. Le repas, si tristement commencé, se termina au milieu des rires, des plaisanteries et de copieuses libations dontle contremaître et ses compagnons prirent une large part avant de retourner à la fabrique où ils ! arrivèrent en formant de léews cix>chets et
nom de tous et vous flaire part des vœux que nous formons pour que vous soyez heureux pendantla campagne et que nous vous revoyions bientôt avec de grosses épaulettes. Nous cinq, nous avons été choisis par tous nos camarades pour être délégués de la fabrique auprès de vous. A trois heures nous avons été trouver M. Poblesko, le commis principal qui remplace votre père quand il est absent. Nous lui avons demandé la permission de venir, et nous voilà.
— Merci, Ludwig, merci, mon brave, répondit Michel. Dites bien de ma part à vos camarades combien je suis sensible à la démarche que vous faites près de moi en votre nom et au leur. Lorsque je suis contraint de quitter pour un temps ceux que j'aime, je ne puis qu'être reconnaissant des sentiments que vous me témoignez. Je suis convaincu que vos vœux me porteront bonheur; que. bientôt vous me reverrez, non pas peut-être tel que
Vers dix heures du soir, les convives se séparèrent. Michel, qui, ainsi que nousTavons dit, devait partir le lendemain matin à cinq heures, prit congé de son père et de sa mère puis, après avoir dit quelques mots à sa sœur, il sortit accompagné de Lucien pour faire un tour par la ville.
M. et Mme Hartmann qui, en présence de leur fils bien-aimé, avaient eu le courage de maîtriser leur émotion, se retirèrent immédiatement ; et alors, sans que personne fut témoin de cette apparente faiblesse, ils purent en toute liberté donner cours aux larmes qui les étouffaient.
Les deux jeunes gens ne firent qu'une courte promenade. Le lendemain, ils devaient se lever de bonne heure pour le départ. Bientôt ils rentrèrent et se souhaitèrent le bonsoir. Michel abrégea les adieux, sous prétexte do terminer sa valise, et Lucien rentra dans sa chambre, se mit au lit et ne tarda pas à s'endormir, avec cette insouciance particulière à
UNE POIGNEE DE COQUINS
la jeunesse, qu'aucun événement, si grave i qu'il soit, ne saurait troubler. '
Lorsque Michel se fut assuré que tout le
monde reposait dans la maison, il sortit de sa chambre, un bougeoir à la main, s'engagea dans le corridor, et, arrivé devant une porte contiguë à l'appartement de sa mère et de son père, il s'arrêta et frappa deux coups légers.
La porte s'ouvrit aussitôt et sa sœur parut sur le seuil.
— Sois le bienvenu, Michel, lui dit-elle.
Je t'attendais avec impatience.
Le jeune homme entra, ferma la porte derrière lui, souffla sa bougie qui lui devenait inutile, et s'assit sur un fauteuil placé près de celui où sa sœur avait déjà pris place.
— Je te remercie, Michel, d'avoir réservé pour moi ta dernière visite et tes derniers adieux. Tu ne saurais t'imaginer combien je te suis reconnaissante d'une telle préférence.
— Est-ce bien là le fond de ta pensée, petite sœur? répondit en souriant le jeune homme.
— Quelle autre pensée pourrais-je avoir, mon frère?
— Mon Dieu! je ne sais. Qui peut se flatter de connaître ce qui se passe dans le cœur des jeunes filles ! La plus pure et la plus naïve a des secrets qu'elle cache souvent aux profanes et que quelquefois même elle s'efforce de se cacher à elle-même. .
• — Que veux-tu dire, mon frère?
— Rien; ce que je dis, pas autre chose.
— Je t'avoue que je ne te comprends pas.
— Peut-être? voyons, sois franche, Lania.
Est-ce que ta curiosité ne s'est pas éveillée, lorsque ce soir, après le dîner, je t'ai dit que j'avais à causer avec toi de choses importantes, que nous deux seuls devions savoir ?
— Mon frère....
— Pas de détours. Réponds-moi franchement, petite sœur.
— Dame! je ne serais pas femme, si je n'étais pas curieuse.
— C'est-à-dire que ton esprit a immédiate ment travaillé et que tu as creusé ta charmante tète pour tâcher de deviner ce que j'avais à te dire.
— Pourquoi le cacherais* je, Michel? Ce que tu dis là est la vérité.
— Et, qui sait, peut-être Fas-tu deviné, fitil en la regardant avec malice.
— Oh! pour cela, non, s'écria-t-elle vivement, en devenant rouge comme une pivoine, je te le jure, mon frère.
Michel sourit.
— Prends garde, petite Lania ! dit-il en la menaçant du doigt.
— -Pourquoi me tourmenter ainsi? fit-elle avec un geste de dépit.
— Allons bon, voilà que je te tourmente à présent : je ne t'ai encolle rien dit.
— Eh bien ! c'est vrai, là, tu ne m'as rien dit, voilà ce qui me tourmente. Apprends-moi vite pourquoi tu es venu ?
— Sérieusement, tu ne devines pas?
— Non, non, mille fois non, reprit-elle en rougissant davantage.
— Eh bien! puisqu'il en est ainsi, je vais tout avouer : je suis venu.;.
Elle se pencha curieusement vers lui.
— Cela t'intéresse déjà?
— Oh ! tu es insupportable, mon frère. Je ne sais pas ce que tu as ce soir, fit-elle en se rejetant brusquement en" arrière avec une moue charmante.
— Écoute donc, Lania, si tu crois que c'est facile ! Si tu m'aidais un peu encore...
— Mais comment veux-tu que je t'aide, méchant que tu es, puisque je ne sais rien?
— Eh bien ! vois un peu comme la situation est singulière entre nous. Tu ne sais rien, ni moi non plus, et tous les deux nous voudrions savoir.
— Oh ! murmura-t-elle, en mordant ses ongles roses avec dépit.
— C'est singulier, fit-il, comme s'il se parlait à lui-même, c'est justement ce que me
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disait ce pauvre Yvon, en m'embrassant, au moment de me quitter.
— Hein ! que parles-tu de M. Yvon?
— Bon! voilà que tu appelles Yvon, monsieur, . maintenant.
— Définitivement, tu es insupportable ce soir, Michel.
— Voyons, voyons, calme-tôi, petite sœur, .ne te mets pas en colère. Tu sais combien je t'aime. Si cela te chagrine que je te parle d'Yvon, je ne t'en dirai plus un mot, quoique cela me coûtera, jeté l'assure. C'est mon meilleur ami, presque un frèreipour moi.
— Mais je n'ai pas dit cela, Michel, au contraire. Tu as prononcé le nom d'Yvon et je t'ai demandé pourquoi tu en parlais.
— Alors, excuse-moi. J'aurai mal compris.
— Et que te disait-il?
— Eh bien ! il me disait qu'il ne savait pas ; qu'il voudrait bien savoir.
— Mais savoir quoi ?
— Voilà justement la situation. Je ne le sais pas non plus. Voici pourquoi je. suis venu te voir, pensant que peut-être...
— Peut-être quoi ? fit-elle en baissant les yeux.
— Dame! vois,, réfléchis; et, lui prenant doucement la main qu*il tint serrée entre les deux siennes, cherche, petite Lania. Peutêtre au fond de ta pensée trouveras-tu cette réponse que nous cherchons. Tu as dix-huit ans, ma sœur, tu es pure comme aux premiers jours de ton enfance, tu es belle, très-belle même, bien des hommes qui s'approchent de toi en tremblant, s'en éloignent avec un soupir de regret. As-tu interrogé ton cœur ?
— Mon frère, je t'en prie I
-^ Lania, pardonne-mbi d'insister. Les cir* constances sont tellement graves, ma sœur, que je ne veux pas me séparer de toi, sans que nous nous soyons bien entendus. Qui peut prévoir l'avenir? Qui sait ce que le sort nous réserve?
— Oh ! ne prononce pas ces affreuses paroles, mon frère.
— Hélas! chère bien-aimée, l'horizon est gros de tempêtes. *Je pars. Réviendrai-je? Si j e te manquais ?
— Oh! s'écria-t-eîie avec effroi.
— Tout est possible, Lania. Eh bien, je ne voudrais pas me séparer de toi, ma sœur que je chéris, sans avoir lu, ou plutôt sans t' avoir aidé à lire toi-même au fond de ton cœur, ce que tu n'aurais jamais le courage de faire seule. Sois donc franche avec moi, ton frère, le seul homme au monde, même avant tonpère, auquel tu puisses tout dire, sans avoir à rougir de lui avoir laissé lire au fond de ta pensée un secret que peut-être tu ignores toimême, je le répète. Parmi les jeunes gens que depuis quelque temps tuas été à même de voir, soit ici dans notre maison, soit chez les amis de notre famille, n'en est-il pas un auquel, malgré toi, sans t'en douter, tu te sois intéressée plus qu'aux autres ?
La jeune fille baissa les yeux, demeura un instant pensive, et, tout à coup, jetant les bras au cou de son frère, elle cacha son visage sur son épaule en murmurant d'une voix tremblante :
— Tu as donc deviné que je l'aime ? Il y a un instant, je ne le savais pas moi-même.
— Pourquoi trembler ainsi, Lania ? Ce que tu me confies n'a rien de si terrible.
— Oh ! je ne voudrais pas pour tout au monde...
— Qu'il «aclie qu'ii est aimé. Pourquoi donc cela? Voyons, relevez la tête, mademoiselle, souriez-môi; si celui dont nous parlons se trouvait ici, au lieu d'être si loin déjà, le mot que vous aVez laissé échapper l'aurait rendu le plus heureux des hommes.
— Mon frère, crois-tu qu'il se doute ? C'est que s'il le savait, je mourrais de honte. . .
— Lui et toi, petite sœur, vous êtes, sur ma parole, aussi fous l'un que l'autre. Lui t'aime sans espoir. Il est parti, résolu à mourir, plutôt que de te laisser deviner son secret. Toi,
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UNE POIGNEE DE COQUINS
tu es absolument la même" chose. Voyons, veux- tu que je vous serve d'intermédiaire ? Je crois qu'il te serait difficile d'en trouver un plus dévoué et surtout plus désintéressé, car, moi, avant tout, c'est ton bonheur que je veux.
— Tune désapprouves donc pas? ce sentiment auquel je n'ai pu résister ?
—r- Moi, Le désapprouver ! quand il comble le plus cher de mes vœux . Oh ! Lania, tu ne penses pas à ce que tu dis. Mais entendonsnous bien, ajouta-t-il malicieusement, il ne faut pas qu'il y ait malentendu entre nous.
Aucun nom n'a été prononcé encore, et à ma connaissance, il y a de par le monde un beau jeune homme au front rêveur, au regard languissant, qui me fait bien l'effet, ou je me trompe fort, d'être un amoureux de ma petite sœur .
— Oh! je sais de qui tu veux parler, ditelle avec un rire espiègle. Ce beau monsieur, malgré ses airs penchés, n'a réussi auprès de moi qu'à une chose ; se rendre insupportable .
— Pauvre Ladislas ! fit-il d'une voix raiU leuse, comment, c'est à ce poinMà?
— Oui, tu ne te figures pas, Michel, que j'éprouve pour cet homme une véritable antipathie. Il me semble qu'il y a en lui quelque chose du serpent et de la vipère. Son regard n'est pas franc. Jamais il ne se fixe. Sa parole est doucereuse. Sa voix prend parfois des intonations étranges, et si ce n'était qu'il est malheureux, privé de ses biens, condamné à mort dans son pays, et réfugié en France comme tant d'autres de ses compatriotes, je crois que j ? aurais insisté auprès de mon père pour qu'il l'obligeât à quitter la maison.
— Et pourtant, toi personnellement, tu n'as rien à lui reprocher.
— Pas la moindre des choses. C'est un homme du meilleur monde, d'un politesse exquise ; il est aux petits soins auprès de maman et de moi. Mon père est fort satisfait de lui. Il s'acquitte, dit-il, de sa besogne avec
une intelligence et une activité remarquables. Eh bien, malgré cela, je te le répète, je ne sais pourquoi, mais il me semble.., un pressentiment m'avertit que malgré moi, il entrera dans mon existence et qu'il me sera fatal.
— Allons, allons, Lania, tu es folle. Tu vas trop loin. Cet homme ne peut rien contre toi, et jamais il ne pourra rien, rassure -toi. D'ailleurs, je suis là, moi, et à mon défaut, tu as notre père, tu as Lucien, qui ne te laisseraient pas insulter impunément. Mais assez sur ce sujet et excuse-moi de t' avoir parlé de cet homme. Revenons à ce qui t'intéresse davantage. Demain, je pars. Dans quelques jours j'aurai rejoint mon pauvre camarade.
Que lui dirai-je?
— Rien.
— C'est bien peu. Comment, tu exiges que je sois muet, quand, par un mot, je peux lui rendre, sinon la joie, du moins un peu d'es^ poir.
Rien, te dis-je. Mais, ajouta-t-elle en se levant, je ne t'empêche pas de lui rendre compte de ce que tu auras vu. Regarde.
Elle ouvrit un tiroir de sa commode, en retira un paroissien soigneusement caché sou» des flots de dentelles, l'ouvrit, et montrant entre les pages une magnifique rose pompon et une pensée desséchées toutes deux :
— Tu te rappelles, dit-elle en appuyant le bras sur l'épaule de son frère et approchant son charmant visage du sien, que deux jours avant le départ de ton ami nous avons celébré mon jour de naissance ?
— J'y suis, s'écria-t-il joyeusement en lui pressant la tête à deux mains et lui donnant trois ou quatre gros baisers sur le front, cette pensée et cette rose pompon sont les deux fleurs qui t'ont été offertes par Yvon et que tu as précieusement conservées.
— C'est toi qui l'as dit, répondit-elle en riant, mais en détournant la tête pour ne pas laisser voir sa rougeur.
— Bon, cela me suffit... espiègle... Quelle parole vaudrait tm tel souvenir ?
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Le jeune homme se leva ; alla prendre son bougeoir qu'il ralluma, et se rapprochant de sa sœur :
— Bonne nuit, Lania, lui dit-il. Je te laisse avec ton bon ange qui te donnera des rêves d'or. Je ne veux pas te tenir plus longtemps éveillée. Bonne nuit et adieu, petite sœur, car demain tu dormiras encore lorsque je serai en route.
La jeune fille sourit finement, sans répondre., -et tendit son front à son frère qui y déposa un baiser.
Puis ils se séparèrent et Michel rentra chez lui.
A quatre heures du matin toute la maison était éveillée. Les servantes allaient et venaient dans les corridors. Lucien et Michel, dont la valise fort gonflée et parfaitement bouclée était posée sur une chaise, mangeaient un morceau à la hâte.
Michel, avec cette prévoyance du soldat qui sait combien d'événements peuvent surgir en voyage, avait voulu déjeuner avant de se mettre en route. Les deux jeunes gens buvaient leur dernier verre de vin, lorsque M, et M me Hartmann entrèrent. -
— Mon bon Michel, dit M. Hartmann en lui tendant les bras, je ne me suis pas senti le courage de te laisser partir sans t'embrasser encore une fois.
— Mon père ! ma mère ! quel bonheur pour moi de vous embrasser avant mon départ.
. Ces adieux touchants durèrent quelques minutes, puis M. Hartmann se redressa, son visage devint sévère et tendant la main à son fils:
— Sois homme et fais ton devoir, lui dit-il.
Adieu Michel.
: —Au revoir, mon fils, s'écria M lllfc Hartmann d'une voix étouffée par les sanglots.
, Puis le père et la mère sortirent appuyés sur le bras l'un de l'autre.
— Pauvre père ! pauvre mère ! murmura le jeune homme en essuyant une larme que malgré lui il n'avait pu retenir.
— Voyons, sommes-nous prêts? dit Lucien. ; Il ne nous reste plus qu'une demi-heure.
— Ma foi, répondit Michel en jetant un j regard circulaire autour de lui, je crois que [ oui et que nous n'avons rien oublié.
— Voyez-vous cela, monsieur l'ingrat, fit une î voix mutine, et Lania apparut sur le seuil de la porte.
— Lania! s'écrièrent les deux jeunes gens avec surprise.
— Pourquoi pas ? reprit- elle en faisant cette moue qui la rendait si ravissante. Sachez, messieurs mes grands frères, que je me suis levée en même temps que vous, que j'ai été faire un tour dans mon jardin, visiter mes serres, et que maintenant je viens, moi aussi, vous faire mes adieux.
— Voilà une charmante intention et dont je te suis bien reconnaissant, ma chère Lania, répondit vivement Michel.
Et la prenant doucement par la taille, il T embrassa à plusieurs reprises.
— Oh! mais, dit-il, sans lui rendre sa liberté, tu as là un charmant bouquet, petite sœur.
— Tu trouves! c'est à ton intention que je l'ai cueilli, Michel, Mais attends.
Elle retira deux fleurs du bouquet qu'elle présenta ensuite à son frère.
— Tiens, prends; je te le donne ditelle.
— Merci, Lania, merci. Mais pourquoi conserves-tu ces deux fleurs-là? une pensée, une rose pompon : qu'est-ce que cela signifie ?
La jeune fille sans répondre, approcha les deux fleurs de ses lèvres, mit un baiser sur chacune d'elles en se détournant, puis elle les présenta à son frère en murmurant à son oreille d'une voix faible comme un souffle :
— Pour lui.
Et avant que le jeune homme fut revenu
de sa surprise, elle se dégagea de ses bras,