LES ÉDITEURS
Félix-IIippolyte Larrey vint au monde le 18 septembre 1808, à Paris, dans la maison du quai de Conti qui avoisine, du côté de l'est, le palais de l'Institut.
Il appartenait, par son père, à cette race vigoureuse de montagnards pyrénéens qui a fourni à la France tant d'hommes illustres. Ses ancêtres, cultivateurs, artisans ou bourgeois, jouissaient, depuis des siècles, de l'estime générale dans les arrondissements de Bagnères-de-Bigorre, d'Ar'^elès •et de Tarbes. Une partie de la famille Larrey, ayant adopté les idées calvinistes, émigra en Normandie, à l'époque des guerres de religion; plusieurs hommes remarquables en sont issus et, parmi eux, Isaac Larrey, né à Lintol, près Bolbec en 1638 et mort en 1719, en Hollande où il s'était réfugié après la révocation de l'édit de Nantes. Il a laissé plusieurs •ouvrages historiques intéressants.
Mais c'est à la chirurgie que le nom de Larrey
Voir Campaf/nes et Voyages de D. Larrey, t. Y. p. 82. Le Bahon Lakhev. — 1.
doit sa célébrité : en effet, on ne compte pas moins^ de huit chirurgiens qui l'ont porté, depuis le milieu du dix-huitième siècle, ce qui paraît justifier les théories admises, par les savants, sur l'influence de l'atavisme.
Le plus ancien chirurgien, du nom de Larrey,fut Jean-François, grand-oncle du baron Hippolyte, né à Larroque-de-Neboussan en 4723 et chef de la corporation des chirurgiens de Tarbes.
Nous trouvons ensuite Dominique Larrey, oncle et parrain de l'illustre chirurgien du premier empire, né en 1754, à Tarbes, où il exerça la chirurgie.
Au milieu du dix-huitième siècle, vivait dans le joli village de Baudéan, situé à l'entrée de la pittoresque vallée de l'Epone, dans l'arrondissement de Gampan, près de Bagnères-de-Bigorre, un Larrey propriétaire foncier et qui eut deux fils : Alexis et Jean. Ce dernier qui fit valoir les terres paternelles,, resta à Baudéan.
Quant à Alexis, né en 1750 à Baudéan, il alla étudier la chirurgie à Toulouse sous Bonnet, chirurgien de l'hôpital général, et acquit bientôt dans cette ville et dans toute la région sud-ouest de la France, une réputation de chirurgien et de professeur distingué qui lui valut le titre de directeur de .l'Ecole de Médecine de Toulouse, à la fondation de cette école.
Alexis Larrey, épousa la fille de son maître Bonnet e( eut deux fils qui se distinguèrent dans la car-
rière de leur père : l'aîné à Toulouse, le second dans l'armée.
Alexis fut nommé associé régnicole de l'Académie de Médecine, lors de la création de cette Société savante et mourut le 17 décembre 1827, décoré de la Légion d'honneur.
Le frère d'Alexis, Jean Larrcy, père du chirurgien en chef de la Grande-Armée, était resté à Baudéan où il était petit propriétaire foncier. Il épousa Philippine Pérès, dont il eut aussi deux fils : Dominique- Jean et Claude et une fille, Geneviève.
Jean Larrey mourut jeune ; mais son épouse, femme de tête en même temps que douce et pieuse nature, éleva ses enfants avec grand soin. Ce fut l'aîné de ces deux Larrcy qui devint le célèbre chirurgien en chef de l'armée française. Le cadet, né en 1772, après avoir été chirurgien militaire, devint chirurgien en chef de l'hôpital de Nîmes où il laissa une grande réputation de praticien, de professeur et d'homme de bien.
Larrey Dominique-Jean, chirurgien en chef de la Grande-Armée, naquit, en 1760, à Baudéan, dans la vallée de Campan, au pied des llautes-Pyrénées.
Sa mère confia d'abord son instruction au curé (lu village, le vénérabb; abbé Grasset. Celui-ci lui enseigna le français, le latin et lui fit faire sa j)remière communion. L'enfant profita des leçons (le ce saint homme, et toute sa vie s'en ressentit.
Des qu'il eut atteint l'âge de treize ans, M'"" Larrey
envoya son fils Dominique étudier la chirurgie près de son oncle Alexis, chirurgien-major, professeur au grand hôpital de Toulouse. Il y resta jusqu'au printemps de 1787 et alla terminer ses études à Paris,
Au mois d'août de la même année; nommé, à la suite d'un concours, chirurgien de la marine ; il fit la campagne de la frégate la Vigilante, ew qualité de chirurgien-major, sur les côtes de Terre-Neuve et de l'Amérique du Nord.
Larrey aurait voulu faire sa carrière dans la médecine navale; mais, dans un concours qui eut lieu à Brest, sa destinée voulut qu'on lui préférât un concurrent qui avait, sur lui, l'inappréciable avantage d'être du pays. Larrey retourna donc à Paris continuer ses études d'anatomie et de chirurgie sous Sabatier. Il y trouva l'occasion de développer ses aptitudes ; s'y fit remarquer, dans ce milieu si favorable à son génie. Son heureux concurrent de Brest, est mort dans l'obscurité de son premier succès.
Je ne ferai pas ici la biographie détaillée de l'illustre Dominique-Jean Larrey, qui assista à plus de soixante batailles rangées et à quatre cents combats dans lesquels il fut, plusieurs fois blessé, en pansant les combattants, sou^ le feu de l'ennemi.
Il fut, tout le monde le sait, une des plus grandes et des plus pures illustrations de notre pays. Les militaires l'avaient surnommé la Providence du soldat.
Napoléon V' l'a caractérisé en ces termes, qui nous
LE BARON LARBEY 5
dispensent de tout commentaire : «. A la science il « joignait une rare vertu et une philanthropie effec- « tive : c'est l'homme le puis vertueux que j'aie