‹ Le Bas-Canada entre le moyen-âge et l'âge moderne [microforme]Chapitre 4 sur 9 · NÉ T · texte numérisé non relu

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« Assise sur ces larges bases, la société développait «tranquillement ses majestueuses proportions. De «jour en jour elle s'élevait, resplendissante » «beautés nouvelles, à la perfection qu’il lui est donué «d'atteindre ici-bas, »

«Et pendant que les ordres militaires veillaient au « dehors sur le hercail, quels nobles travaux s’ac- «complissaient au dedans! La reine des sciences, la «théologie, révélait, avec une incomparable luci- « dité, les magnifiques réalités du monde surnaturel. « Occupé à ces hautes spéculations, l'esprit général « prenait un niveau de plus en plus élevé.

«La philosophie, sensément soumise, travaillait «pour le compte de la théologie, son auguste mère. « La littérature déployait ses ailes. L'architecture, «avec une splendeur de forme et une hardiesse de «conception qu’elle n’avait jamais atteintes, réalisait « aux yeux les inspirations de la foi. Comme d’un «manteau de gloire elle couvrait l’Europe de monu- «ments qui sont restés inimitables, surtout par ce «symbolisme éloquent qui faisait prier la pierre, le « bois, les métaux, toutes les créatures inanimées. «Et sous les voûtes étoilées de ces temples splen- «dides, une poésie, seule digne de ce grand nom, «chantait, par la voix des multitudes, les croyances, “ies espérances, les amours, les joies, les dou- « leurs, les combats, les victoires des nations bapti- «sées dans le sang du Christ.» Mille œuvres de dévouement, mille asiles, mille hôpitaux s’élevaient, nombreux comme les chênes dans la plaine, pour

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abriter toutes les misères de l’hümanité. Avec la prudence d’une mère inspirée, l'Eglise achevait d'effacer les derniers vestiges de l'esclavage, et les serfs, ces citoyens à l’état de chrysalides, que l'Eglise faisait émanciper avec une énergie si intelligente, avaient déjà, au banquet de la vie, une place que peuvent aujourd’hui leur envier nos prolétaires, notre peuple des manufactures, nos millions de malheureux pris dans les étreintes du paupérisrie moderne. (Applaudissernents.)

«Ordres religieux, confréries de bienfaisance, « chartes, associations multiples valant bien sûr 5105 «sociétés secrètes d'aujourd'hui, priviléges de «tous les états, même les plus humbles, mille fra- « ternités formaient autant de corps respectés dont «l'oppression constituait un crime condamné par « l'opinion avant d’être frappé par la double puis- «sance de l'Eglise et de l'Etat.»

. Leslibertés publiques légitimes n’étaient pis moins assurées. En supprimant les grandes capitales, la centrslisation, les armées permanentes, ces chancres du trésor et ces foyers d’immoralité, l'Eglise avait brisé les trois instruments nécessaires du despotisme.

« Ainsi avait cessé ce long divorce de l’homme et «de Dieu, de la terre et du Ciel. La primitive “alliance devenait de jour en jour plus étroite. Les «peuples devenaient de jour en Jour plus heureux, « parce que les gouvernements devenaient de jour

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«en jour plus religieux. Tous ces éléments bénis, « germes puissants d’une civilisation qui devait faire « de la terré le vestibulé du Ciel, » l’Europe en était redevable à l'application de ce Doit admirablement fécond : l'union de l’Eglise et de l'Etat. (Applaudissements prolongés) L’Etat filialement soumis à l'Eglise et protégeant l’Eglise ; l’’Eglise à son tour, pour le bonheur de tout le monde, animant de son souffle divin l'Etat, les lois, l’'éducation, comme l’âme anime le corps, et au dessus de tout, Dieu bénissant avec orgueil, l’épanouissement de cette civilisation qui était la sienne ! (Applaudissements.) Voilà, messieurs, dans ses grandes lignes, l’édifice social du moyen-âge.

Nous r’ignorons pas tous les préjugés que l’on a répandus au sujet de ces siècles malheureusement couverts d’une épaisse couche de red Ça été une conjuralion intelligente après tout ; savait que la société au moyen-âge était l'œuvre js l'Eglise, et l'impiété avait un intérêt immense à donuer le change à l'opinion. Que. de catholiques, d’ailleurs instruiis, ont été le jouet de cette conjuration ! Prenons, par exemple, l’un des plus grands crimes que l’on reproche au moyen-âge : le fameux tribunal de l’fnquisition. Que de fois n’a-t-on pas semblé personnifier tout le moyen-âge dans l’Inquisition, espérant par là avoir beau jeu pour l’anäthématiser et le rendre odieux aux yeux de toutes les générations à venir !

Eh bien ! messieurs, étudiez sérieusement, sur les

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documents authentiques, la constitution intime, essentielle, de ce genre de tribunaux, faites attention aux circonstances au milieu desquelles ces tribunaux ont eu à fonctionner. et vous vous convaincrez de plus en plus que l’Inquisition a été : lo. une institution voulue avant tout par les papes ; 20. une institution admirable de sagesse et de justice.

Une minute’et demie de réflexion, et ce tribunal, déjà, aura perdu un peu à nos yeux de son aspect farouche.

D'abord, c'était une institution avant tout religieuse, c’est-à-dire établie pour sauvegarder, chez les peuples catholiques, le trésor assurément sans égal de la vraie foi.

Un avantage secondaire, mais encore immense, c'était de sauvegarder chez les peuples catholiques l'unité nationale et, à ce second point de vue, l’Inquisition a été, nous n’avons pas peur de l’affirmer, la plus belle institution politique qui aitjamais existé ! Ca été une ‘institution admirable de force et de sagesse nationale, et c'était une institution, dont personne, raisonnablement, ne pouvait se plaindre.

D'abord, remarquons en passant que l'opinion publique d’alors approuvait l’Inquisition : l’Inquisition eût été même absolument impossible sans cela.

Ensuite, que faisait, ou plutôt que disait, par cette institution, le souverain ? Par l’Inquisition, le souverain disait ceci : «Je suis chez moi, mon peuple est

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ma famille, mon royaume est ma maison. Mon peuple, à l'heure qu’il est, professe une même croyance, et il est absolument sûr qu'il prssède la vraie religion, la religion qui le rendra aussi heureux que possible sur la terre, la religion qui le conduira finalement au ciel. Eh bien ! messieurs les juifs, votre conscience, dites-vous, ne vous permet pas d’embrasser la foi de mes sujets? très-bien ! —mais alors ne pénétrez pas dans mon royaume ! Mahométans: vous voulez rester fils du prophète ? A la bonne heure,—mais restez chéz vous, ne pénétrez pas dans mon Espagne !»

Une comparaison s’il vous plait, messieurs. Vous êtes, l’un de vous, père de famille. La concorde et le bonheur règnent sous votre toit, parceque surtout il y a unité et orthodoxie de croyances religieuses chez vos enfants. Quelques étrangers, un jour, demandent place à votre foyer. Maïs ces étrangers deviennent vite, à raison de leurs fausses doctrines, une :ause de querelles domestiques. De plus, ils tentent secrètement de mettre le feu à votre demeure ou de la livrer à l'ennemi. Qui donc vous refusera le droit de vous enquérir des perturbateurs et de leur dire : messieurs, vous êtes un danger pour la paix et la sûreté de ma maison. Si votre conscience ne vous permet pas d’embrasser la religion de mes enfants, et d’unir à toutes leurs aspirations, vos aspirations, laissez ma maison, cherchez ailleurs l’hospitalité.

Eh bien, voilà messieurs, ce qu'ont fait les rois qui se sont servi du tribunal de l’Inquisition. (Applau-

dissements.) Prenez les rois d’'Espazne, Philippe II par exemple, ou eacore, Ferdinand et Isabille.

Les Maures avueunt apporté avec eux l'esprit de propagande mahomitan. Leur plus violent désir était d'ouvrir sur ls frontières une brèche à l’aimable religion de Mahomet. Do leur côté, les juifs, non-seu!ement tentaient d’éteindre, petit à petit, la foi catholique, mais pillaient les églises, profanaient la sainte Hostie, crucifiaient de jeunes espagHols pour se moquer du Christ. Ils sont allés jusqu’à vouloir acheter à prix d'argent la citadelle du Gibraltar , la clef des Espigues, pour livrer la patrie à l'étranger,

A ces proyocations antipatriotiques, voici ce que les rois d’Espagne ont répondu par leurs tribunaux de l'Inquisition : «La cause de toutes vos trahisons, leur ont-ils dit, C’est que vous n'avez pas la religion de nos autres sujets : embrassez:la. ou, si votre conscience trop délicate vous en fait un scrupule, sortez de l'Espagne. »

On nous dira : « Mais l'Inquisition, dans la pratique, est allée quelquefois trop loin ! » Oh ! la chose ést possible ; la’ chose est probable ; bien que le roman; sur ce point, se soit permis de broder avec uné très riche fantaisie. Mais quand il s’agit de potter un jugement impartial sur une institution quelconque, quel homme sensé confondra l’institution elle-même avec les hommes chargés de faire fonctionner cette institution ? Tout juge peut errer,

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prévariquer même : la justice cesse-t-elle pour cela d’être la justice ? Que l’on nous trouve une institution aux mains des hommes qui demeure toujours strictement dans les bornes de son devoir ? Sincèrement nous n’en voyons aucune, pas même le système parlementaire de nos jours. Nous en appelons à toutes les loyales oppositions de Sa Majesté. (Rires.)

Tout ce que nous savons, c’est que les.Souverains Pontifes, St. Pie V entre avtres, ont approuvé, encouragé l’Inquisition, et qu’ils l'ont entourée de toutes les précautions possibles pour prévenir les abus.

Maintenant, que le moyen-âge, dans son louable désir de protéger contre les mécréants la religion, la société, surtout les honnêtes citoyens, se soit exposé à brûler, sans le vouloir, quelques malheuréux sorciers plus ou moins inoffensifs, l’âge moderne a réellement bonne grâce de.lui jeter la pierre, quand lui-même acclame des deux mains à leur retour, quand lui-même. introduit, jusque dans les conseils de la nation, de misérables commupards,—Humbert et Blanqui parexemple,—-qui avant de partir pour l'exil ont mis le feu dans Paris, réduit en cendrés lès plus beaux chefs-d œuvre de la civilisation, égorgé lâchement leurs cencitoyens

les plus respectables, jusqu’à leur vieil e: paisible

Arthevèqüe Mgr: Darboy ! (Ap: pr.)

Eu un mot, deinos Jours, des esprits’ très-étroits crieront contré les cruautés du moyen-âge; person— nifié à leur sens dans le tribunal de l’Inquisitiôn.

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Eh bien, si ces messieurs, n’ont pas le coup d'œil assez large pour voir les avantages qui balançaient su-abonlamment des inconvénients accidentels, qu’ils interrogent les chiffres et qu’ils comparent; voici un pays au moyen-âge, l’Espagne,—qui en 50 ans se permet. 40 supplices par le feu, dans le but de maintenir l'unité nationale en maintenant l’unité religieuse. Si ce pays avait laissé pulluler les hérésies à l’intérieur de ses frontières, à part les chances du Paradis çompromises, qui sonderait les lacs de sang formés par des guerres de religion inévitables ? Un navire eût flotté sur ce sang répandu! Que l’on compare ces quelques gouttes de sang des 40 victimes de l’Inquisition en 50 ans,

avec le sang versé annuellement sur le sol français

par le seul affaiblissement de la foi: annuellement en France, aujourd’hui, 3,050 citoyens se suicident pour avoir perdu ce trésor de la foi que rien ne remplace dans le cœur d’un peuple ! (Applaudissements.) Et puis, n’y a-t-il pas là comme une espèce de baromètre du bonheur public ? Un peuple qui se suicide avec une pareille fureur, nous permet-il de supposer qu’il est heureux, même avec la distraction quotidienne de jouer à la révolution avec les belles libertés modernes. (Appl.)

Or, qu’on réfléchisse à ceci : cette épidémie du suicide était inconnue du temps de l’Inquisition !

La cruauté excessive de l’Inquisition ! Pure calomnie, messieurs : jamais tribunaux criminels n’ont été plus humains. Du reste, voudrait-on soutenir par

hasard, qu’il n’y a que les tribunaux du moyen-âge qui aient commis de la sévérité ! nous laissons de côté les tribunaux particuliers: nous regardons l'Angleterre, la généreuse Angleterre, qui pour mettre une sourdine à l'esprit revolutionnaire occupe habituellement son armée et sa marine à faire la chasse aux petits peuples, et nous nous disons : grand Dieu ! quelle joie ne ressentiraient pas tous ces pauvres petits peuples et leurs souverains, les fils du roi de Delhi, par exemple, tous cesradjahs et ces bégums, que l'Angleterre, par euphémisme, appelle «ses alliés», si on leur proposait, tout à coup, pour dérnêler les opprimés d’avec les oppresseurs, une inquisition surveillée par un Pape catholique ! Ces malheureux bondiraient de joie, et couvriraient certainement de leurs acclamations reconnaissantes toutes les criailleries de la philantropie moderne ! (Applaudissements.)

En nous permettant ces quelques réflexions au sujet de l’Inquisition, nous croyons avoir touché du doigt l’un des plus gros préjugés que l’on ait d’ordinaire contre le moyen-âge. Maintenant, que tout soit parfait dans le moyen-âge, non, sans doute. Nous croyons connaître un peu, nous ne dirons pas ce que l’on serait en droit de lui reprocher, mais ce que l’on serait en droit de regretter dans le détail

de ses institutions civiques. Seulemert, nous catho-

liques, comme l'héritage du moyen-âge est un peu le patrimoine de notre mère, soyons jaloux de faire la part des circonstances. (Applaudissements.) Il est

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