Saint-Hermand
Impositions. — Les impositions de l'année 1788 sur la communauté de Saint-Hermand sont composées :
1° De la taille principale portée à. . . . 3,650!
2° Des impositions accessoires 4,760l
3° De la capitation roturière 2,218l
4° De la corvée représentée par .... 8541 lls 4d
Les contraintes, frais de poursuite, d'exécution, peuvent se monter, depuis dix ans, à environ 3001, c'est 301 par année qu'il faut ajouter à la masse de l'impôt de la taille 30*
5° Des 20 centimes 1,769» ls 6<*
Depuis dix ans les frais de contrainte, etct, peuvent se monter, pour cet objet, à 1301, c'est par année 15l
Le total de la somme que paie cette paroisse est donc de dix mille deux cent quatre-vingt-seize livres, douze sous, dix deniers.
Les collecteurs supportent sur la taxation de six deniers qu'on leur alloue :
(1) La paroisse de Saint-Hermand a été définitivement rattachée à celle de Sainte-Hermine par un décret du 16 juin 1808. En l'an ni, on disait Saint-Hermand-le-Guerrier. En l'an x, le citoyen Merlet, maire, signait Saint-Hermand et Sainte-Hermine réunis.
1° Copie du rôle de Tannée précédente. 181
2° Confection de rôle 20l
Ces articles sont fixes depuis longtemps.
3° Il en coûte, pour dépense de voyages dans dix paroisses qui payent de la taille à Saint-Hermand depuis dix ans environ, 6001, c'est, année commune 601
4° Pour porter l'argent au bureau ... 201
Total des frais supportés par les
collecteurs 1181
Cette somme excède celle qui est accordée (1).
Les préposés aux vingtièmes sont souvent obligés de faire faire une copie du rôle de l'année précédente.
Leurs frais de recette et de payement au bureau s'élèvent à environ trente livres.
Le but de toute administration sage doit être de porter la plus grande économie dans les frais de perception des impôts, quand elle ne peut pas en diminuer la masse. L'Assemblée municipale va offrir au bureau intermédiaire quelques réflexions à ce sujet.
Des frais de perception , une partie pèse sur le contribuable, l'autre sur le chargé de la perception ; ni l'une ni l'autre ne tourne au profit du fisc ; d'après cela, l'administration la plus fiscable ne doit pas s'opposer à leur réduction.
Il y a plus ; c'est que le contribuable, n'ayant plus à acquitter des frais de perception, est un peu moins gêné pour payer l'impôt; et cette remarque n'est pas
(1) Le montant des contributions payées par la commune de Sainte- Hermine est aujourd'hui de 33,845 fr. 72.
sans intérêt, quand on considère que ces frais sont précisément à la charge de la classe la plus indigente des contribuables.
Deux moyens se présentent pour alléger le fardeau des contraintes.
Le premier serait de faire décerner les contraintes par des huissiers, avec ces modifications, qu'on prendrait, autant qu'il serait possible, des huissiers sur les lieux; que leur salaire ne serait jamais que de quatre livres par jour, quelque nombre de contraintes qu'ils décernassent, mais que chaque contribuable ne payerait jamais que 8S pour sa portion de frais, et que le salaire de l'huissier serait réduit à cette somme, s'il ne décernait qu'une contrainte.
Le second moyen serait de rejeter le ministère des huissiers. Une des lois créatives (sic} des Assemblées provinciales obligeait les membres des Municipalités à lire tous les dimanches à la porte de l'église les rôles. Une disposition postérieure assujettit les membres à des Assemblées fixées chaque dimanche, après la messe paroissiale. On croirait qu'en exécutant la seconde disposition et faisant revivre la première, on parviendrait au but désiré. Le collecteur ou le préposé, après la lecture du rôle, exposerait à l'Assemblée que tel contribuable n'a pas encore commencé ou fini de payer sa cote. L'Assemblée délibérerait et autoriserait les collecteurs ou préposés à faire des poursuites. En conséquence de cette autorisation, dont mention serait faite sur le registre des Assemblées, les collecteurs ou préposés se présenteraient chez le contribuable, et là, sans frais., à défaut de payement, enlèveraient un meuble à peu près suffisant pour acquitter l'impôt. Trois copies seraient faites du procès-verbal, une remise au saisi, une déposée au greffe de la Municipalité, la troisième resterait entre les mains des saisissants.
Le dimanche qui suivrait la saisie, lecture en serait donnée à l'Assemblée réunie; le saisi serait averti de payer. Un second dimanche reviendrait-tf, même lecture, même avertissement de payer. Dans les lieux ou il y a marché, la vente pourrait se1 faire après cette seconde publication ; dans les lieux où il n'y a pas marché, elle ne pourrait se faire que le dimanche suivant, à l'issue de la messe paroissiale, et toujours sans frais.
La Municipalité de Saint-Hermand n'ignore pas que cette dernière voie n'aura pas l'approbation de ceux des membres de l'Assemblée provinciale qui composaient en partie le bureau des impositions en 1787, et qui se réunirent sur la disposition qui paraissait donner aux Municipalités le droit de se taxer. Gomment confier le droit de poursuivre des débiteurs, de les contraindre par la voie de la saisie, à des hommes à qui on a voulu refuser le droit de répartir l'impôt d'après une base connue?
Un moyen, on ose le dire, d'éviter tous les inconvénients prévus par cette partie du bureau des impositions, c'est de veiller h la formation, à l'organisation des Municipalités, de ne laisser entrevoir à ceux qui les composent d'autre récompense que l'estime de leurs concitoyens, de mettre le plus haut prix à cette récompense, d'anoblir leurs fonctions à leurs yeux, d'éveiller en eux l'amour de la Patrie. Ce n'est pas une vaine spéculation que croire qu'en exaltant les hommes on leur donne des vertus qui leur sont étrangères, on fait naître en eux des sentiments, des passions inconnues. Jusqu'ici le mot de patrie n'a produit qu'un bruit sourd, qui jamais ou rarement a retenti jusqu'au cœur; il est temps de faire éprouver cette sensation, et la voie la plue sûre d'y réussir est de traiter tous les hommes en citoyens, de leur en rendre les droits, de les faire participer à l'administration, de leur montrer dans les revenus de l'Etat une propriété, qu'ils ont intérêt de gouverner, d'économiser.
Les garnisons sont une invention d'un démon fiscal et destructeur. Tout moyen qui ne fait qu'aggraver le poids de l'impôt, sans en faciliter le payement, doit être rejeté. Les garnisons sont dans ce cas. Le malheureux contribuable qui ne peut payer est-il plus dans le cas de le faire, quand à la charge déjà écrasante de l'impôt on a ajouté le poids des frais de garnisons? Il est temps d'abjurer des principes aussi faux, aussi désastreux. Mais si l'attachement aux anciens abus, des raisons qu'il n'est pas en nous de pénétrer, faisaient conserver cette forme, la Municipalité croirait qu'il faudrait fixer à une somme assez forte la totalité des taux supportés par le débiteur pour le mettre dans le cas de recevoir garnison.
Il n'est pas moins intéressant de diminuer les frais à la charge du collecteur ou du préposé. Moins il en aura à subir, plus il supportera patiemment la charge de la collecte. Cette fonction ne sera plus regardée comme un malheur; peut-être même l'économie dans cette partie pourrait être alors poussée jusqu'à diminuer la modique taxation qui leur est allouée.
Les frais susceptibles de réduction sont :
1° Ceux de copie de rôle ; ils sont exorbitants, puisque, la confection du rôle ne coûtant que 20l, la copie seule en coûte 18l ;
2° Les frais de confection de rôle.
Quant aux premiers, ils peuvent être abolis, en faisant déposer chaque année au greffe de la Municipalité une copie du rôle qui serait communiquée, sans frais, aux collecteurs des années suivantes.
Quant aux seconds, il ne s'agit, pour les diminuer, que d'empêcher les rôles d'être faits par aucun de ceux qui tiennent au bureau des tailles, ou au moins de fixer la somme qu'ils doivent percevoir pour cette rédaction, en leur accordant, par exemple, la douzième ou quinzième
partie de la taxation des collecteurs. On a déjà exposé à plusieurs Assemblées les inconvénients de laisser aux employés aux tailles la liberté de faire les rôles On a détaillé les vexations qu'éprouvent ceux qui s'adressent ailleurs, les facilités qu'ils donnent pour les payements aux paroisses dont ils ont tiré ce bénéfice, et la facilité de ce travail doit faire restreindre à une somme très-modique le salaire d'un faiseur de rôles.
Routes qui passent par cette paroisse. — Observations. — Cette communauté est traversée par la grande route de la Rochelle à Nantes, dans une longueur de 3,047 toises, depuis Saint-Jean-de-Beugné jusqu'au fief de Casserolle, paroisse de la Vineuse.
Cette route, de la lre classe, a 70 pieds de largeur entre les arbres qui en garnissent les côtés. Elle doit être mise à l'entretien simple et l'Assemblée provinciale du Poitou l'a regardée ainsi.
Cependant les fossés qui la bordaient sont presque tous comblés, et on croit pouvoir attribuer cette dégradation aux ouvriers qui, travaillant aux accotements, rejetaient leurs déblais sur les bords du chemin et faisaient ainsi disparaître les fossés, moyen ingénieux d'être plus tôt dans le cas de les refaire.
La route de Fontenay à Nantes, de la 2e classe, passe encore par cette communauté, et la coupe en deux endroits. La première longueur est de 226 toises ; elle commence au Chemin-Vieux qui vient de Thiré, et finit à l'entrée de Sainte-Hermine. La seconde longueur, de 162 toises, commence au pont de Sainte-Hermine et finit devant l'église de Saint-Hermand , où cette route s'embranche à celle de la Rochelle à Nantes.
Il ne reste à faire à la première partie de cette route que les fossés qui doivent la rétrécir. Elle est pour le surplus
à l'entretien simple. La seconde partie qui traverse le bourg de Saint-Hermand doit aussi être considérée comme mise à l'entretien simple. Ce n'est qu'une route provisoire (1).
Mais la Municipalité observe qu'il y a un pont trèsintéressant à faire sur la Semagne qui sépare Sainte- Hermine et Saint-Hermand. Ce pont est d'autant plus indispensable que celui qui liait ces deux paroisses est absolument dégradé, sans parapets. Sa plus grande largeur ne va jamais à seize pieds ; souvent il est réduit à quinze, même à douze. C'est cependant sur ce pont que passent tous les charriots qui voiturent les marchandises, que Fontenay, Niort, Saint-Maixent et cette partie du Poitou tirent de Nantes, ou qu'ils envoient en Bretagne (2).
On a prétendu que l'ingénieur du département était venu lever le plan d'un nouveau pont, et tracer la route depuis ce pont jusqu'à l'embranchement. La communauté de Saint-Hermand a le plus grand intérêt à ce que le pont ne soit pas commencé ou la route ouverte, avant d'avoir pris communication du plan de l'ingénieur, et d'avoir fait les observations nécessaires. Aujourd'hui cette grande route
(1) La commune de Sainte-Hermine est traversée, de l'est à l'ouest, par la route de Limoges à Nantes ; du sud au nord, par la route de Bordeaux à Saint-Malo, et du nord au sud, par le chemin de petite vicinalité n° 3, qui va de Saint-Aubin à Sainte-Hermine.
Le Chemin- Vieux qui vient de Thiré et finit à l'entrée de Sainte- Hermine, est le chemin de grande communication n° 8. qui conduit de Sainte-Hermine à Bressuire.
(2) La construction du pont qui traverse la Semagne remonte à l'année 1833, et a été faite dans d'excellentes conditions. Les parapets en sont en granit. La largeur de la route qui passe sur ce pont est de 8 mè*res 24 centimètres; c'est la route de Limoges à Nantes, rejoignant à Saint-Hermand celle de Bordeaux à Saint-Malo par la Rochelle. La direction de ces routes n'a pas été changée depuis 1788.
traverse la rue de Saint-Hermand. On peut la transporter ailleurs, et la communauté croit devoir décider si elle tirera du déplacement assez d'avaniages pour la dédommager de la perte qu'elle essuiera en voyant sa rue principale privée de ce moyen de vivification. L'Assemblée municipale prie, en conséquence, Messieurs delà Commission intermédiaire de Fontenay , de l'appuyer auprès des Assemblées de département et provinciale pour lui faire obtenir communication des plans dont il s'agit.
Indépendamment des grandes routes dont l'utilité est connue, divers chemins coupent la paroisse de Saint- Hermand et servent à sa communication avec les paroisses qui l'avoisinent. Mais l'attention de l'Assemblée municipale se fixe principalement sur celui qui prend sa naissance près de l'église de Saint-Hermand et se divise à quelques centaines de toises en deux branches qui conduisent à la Vineuse. Ces chemins, très-fréquentés par les marchands qui tiennent la foire de Bournezeau, par ceux qui vont acheter dans les marais du Poitou des chevaux pour les provinces qui n'en élèvent pas, servent encore à conduire dans ces marais les bœufs achetés dans les marchés de la Saintonge pour l'approvisionnement de Paris. La Municipalité ne doute pas que les paroisses par lesquelles ces chemins sont dirigés ne demandent aux Assemblées de département, desquelles elles relèvent, la régénération dont ils peuvent avoir besoin. Quant à elle, elle observe qu'à la sortie de Saint-Hermand ce chemin se trouve resserré dans un fond, où les pluies les moins considérables amassent une quantité d'eau qui rend presque toute l'année ce chemin impraticable aux gens de pied, très-souvent aux voitures et aux chevaux, et qui oblige les voyageurs à des détours incommodes.
Les eaux dont ce chemin a été couvert une partie de l'année, et qui ne sont pas encore écoulées, ont empêché d'estimer, même par approximation, la dépense nécessaire
pour le réparer. On croit seulement qu'il faudrait élargir ce chemin dans le fond, faire un pontereau avec une chaussée devant et derrière ; presque toute la pierre se prendrait sur les lieux. Si l'Assemblée, frappée de ces motifs d'utilité et des inconvénients qui les anéantissent, faisait faire un devis estimatif de ces réparations , la communauté, quoique pauvre, quoique épuisée par une suite de mauvaises récoltes, ferait ses efforts pour obtenir par des offres un atelier de charité dans cet endroit. Elle aurait d'autant plus lieu d'y prétendre que les bienfaits du Gouvernement ne se sont pas étendus jusqu'à elle ; qu'en 1786 elle n'a obtenu aucun soulagement, aucun dédommagement des pertes qu'elle a essuyées, et dont cependant le tableau avait été envoyé aux bureaux de l'Intendance de la perte occasionnée par la grêle.
L'Assemblée municipale observe encore que ce chemin va devenir d'autant plus intéressant qu'un peu de travail peut faire aboutir une de ses branches au pont que M. Barré de la Ricotière fait construire sur le Lay. Cette rivière rapide, sujette à des débordements, est privée de ponts sur lesquels on puisse la traverser. Les voyageurs sont obligés de s'abandonner à ses courants dans des bacs, dont quelque désastre fait chaque hiver connaître de plus en plus les dangers. Les habitants de l'autre bord sont souvent privés de communication avec les paroisses d'où ils tireraient leur subsistance. La province doit un tribut de reconnaissance au citoyen généreux qui, pénétré dç l'amour du bien public, lui sacrifie son repos et une partie de sa fortune; mais ce qui doit surtout attirer sur Fauteur de cette entreprise les regards de l'administration, c'est l'économie avec laquelle ces ouvrages sont conduits, c'est la certitude que ce pont coûtera immensément moins qu'on n'eût exigé de la province, s'il eût été confié à des mains moins économes, et construit dans d'autres vues et sur d'autres principes.
La Municipalité vient d'être instruite que celle de la paroisse de la Vineuse a présenté un mémoire concernant ce chemin ; elle ne peut vérifier si les calculs qu'elle a fait sont justes, elle se contente d'observer à hx Commission intermédiaire que les réclamations des deux paroisses établissent l'utilité du chemin et constatent son mauvais état (1).
Productions du sol. — Haras. — Troupeaux. — La paroisse de Saint-Hermand est composée de terres labourables, qui produisent du froment, de l'orge, de la baillarg?. On y sème un peu de vesce pour la nourriture du bétail au printemps, du lin, etc. (2).
De ces cultures, celles du froment et de la vesce ont donné cette année une récolte médiocre. L'intempérie des saisons, la sécheresse, ont absolument ruiné les baillarges et les lins.
Lorsque les récoltes sont abondantes, le superflu des blés est versé à Marans par les ports de Nalliers, Moreilles et Luçon.
Les bordiers labourent avec de mauvais chevaux, les métayers avec des vaches (3). Ce dernier article formerait une branche considérable de richesse par le haut prix de
(1) Le premier des chemins dont il est ici question est aujourd'hui la route départementale de la Roche-sur- Yon qui, à la Vineuse, reçoit le chemin d'intérêt commun n° 26, passant au pont de la Rochelle, près la Ricotière , sur le Lay , entre les communes de la Vineuse et Puymaufrais. L'autre route, située à droite de la première, traverse Ja campagne et arrive au pont de la Ricotière, construit par M. Barré, mort sans postérité : M. de Citoys est son héritier.
(2) La commune de Sainte-Hermine récolte beaucoup de froment, ainsi que de l'orge, du colza et du vin.
(3) Depuis 1831, on y laboure avec de bons chevaux, de belles mules et des vaches. C'est M. Chabot, ancien commandant de la garde nationale, qui a rendu ce grand service au pays.
ces animaux , si le Gouvernement offrait quelques encouragements à ceux qui tiennent des baudets (1). Toutes les jeunes mules, dont les laboureurs vont se pourvoir aux foires de Saint-Romans, sortent de baudets plus forts, mieux faits, plus soignés, que ceux qui couvrent les juments des autres parties du Poitou. Le propriétaire d'un haras, effrayé du prix énorme qu'il faut mettre dans des baudets de la première qualité, se fournit d'animaux faibles, qui lui rapportent autant de bénéfice lors de la serte, mais qui peuplent le pays de mules d'une petite taille et d'une mauvaise qualité. Le laboureur qui veut avoir de bon bétail est obligé de recourir à une autre partie du Poitou. L'économie du propriétaire de haras n'est pas une lésinerie ; c'est une suite de la gêne où il se trouve, de la misère qui commence à s'étendre jusque dans les parties les plus riches de la province. Il serait donc essentiel d'offrir quelques récompenses à celui qui formerait un de ces établissements utiles, qui ferait le sacrifice d'avances trèsconsidérables pour monter un haras et se fournir de baudets d'une belle espèce. Rien ne fructifie sans aisance. La nature s'abâtardit et se dégrade sous le poids de la misère ; elle s'embellit et se perfectionne sous la main du possesseur riche ou encouragé.
Il résulte encore de là un autre inconvénient, c'est que les laboureurs, certains de ne pas faire chez eux d'aussi belles mules que celles qu'ils tirent du Haut-Poitou, n'ont point de juments poulinières ; et comme un désordre en amène nécessairement un autre à la suite, le propriétaire d'un haras de chevaux le néglige dès qu'il ne trouve plus un débit avantageux de ses jeunes juments, et la race des bons chevaux devient extrêmement rare.
(1) De nos jours, comme avant la Révolution, aucun encouragement n'est accordé aux propriétaires de baudets. Mais il existe à Sainte- Hermine un haras par actions qui offre de grands avantages.
Quoi qu'iï en soit, ces animaux sont nourris avec les foins produits par une petite quantité de prairies naturelles situées dans la paroisse ou achetés dans les paroisses voisines, et par les fourrages d'une plus grande quantité de prairies artificielles. Il y a ici une observation à faire, c'est que l'année désastreuse de 1785 a fait multiplier les prairies artificielles. On a voulu se faire une ressource contre une pareille calamité. De là deux inconvénients : d'abord on a dérobé à la culture des blés une quantité de terres convertie en prairies artificielles, et cette perte peut être sensible, parce qu'on ne connaît ici que la luzerne, et que cette espèce de fourrage ne s'accommode pas d'une terre de mauvaise qualité.
L'espèce de moutons qui forment nos troupeaux est assez belle (1). L'usage où les laboureurs sont de faire parquer ajoute encore à la qualité de la laine ; mais le défaut de fourrage oblige de sortir les moutons tous les jours, et quelque temps qu'il fasse. La laine contracte alors une malpropreté absolument destructive. On sait qu'un moyen d'obtenir des laines blanches, fines, longues et soyeuses, est de tenir les moutons proprement, et les Anglais poussent leur attention jusqu'à laver souvent leurs troupeaux et à préparer les eaux dans lesquelles ils les lavent. Il ne manque à plusieurs laines de France que cette propreté pour valoir les meilleures laines d'Angleterre, et les toisons nettes des moutons Flandrins, si recommandables par la quantité de leur laine, ont donné un produit aussi beau que les laines filées d'Angleterre.
Cette espèce de moutons . Flandrins, transplantée du fond des Indes Orientales dans les marais de la Hollande, et perfectionnée par les soins des cultivateurs des plaines
(1) Les moutons qu'on élève dans la commune appartiennent à la race de Mortagne ou à celle des marais de la Vendée.
de la Flandre-Française auxquels les Hollandais en avaient vendu, devrait être répandue sur tous les sols analogues à celui de la Flandre et de la Hollande. On a lieu de croire qu'elle réussirait parfaitement dans une partie du Bas- Poitou. Ce serait un bienfait du Gouvernement d'y répandre quelques béliers Flandrins, et de les donner aux laboureurs qui auraient les plus belles brebis. Pourquoi ne ferait-on pas pour nos troupeaux ce qu'on a commencé pour nos chevaux ? La première espèce mériterait même la préférence : son utilité est plus générale ; elle nous nourrit, nous habille, nous éclaire ; combien de ressources, de jouissances n'offre pas à l'homme cette race faible et timide, qui ne subsiste que par ses soins, et qu'il peut regarder comme son ouvrage ?
Si le croisement des races produisait une espèce mitoyenne et perfectionnée, on serait en droit d'attendre encore plus de succès de la naturalisation de la race supérieure dans notre climat. On sait que des brebis et des béliers étrangers, transportés sur nos terres, élevés avec soin, y conserveraient les qualités qui les rendent ailleurs si précieux. Cette bonne race, une fois multipliée, permettrait la destruction d'une race inférieure. La province se trouverait par là peuplée d'une espèce de moutons dont la laine ne craindrait plus la concurrence dans les marchés ; on verrait peut-être les laines du Poitou vendues comme celles de Flandre sous le nom de laine d'Angleterre, ou plutôt sa réputation bien établie triompherait du préjugé- Nos étoffes du pays prendraient plus de faveur, et les manufactures de nos draps fins s'alimenteraient sans rougir de laines du royaume, et offriraient à l'étranger des étoffes précieuses fabriquées avec les laines du Poitou.
Établissements de charité, — Le curé de Saint-Hermand reçoit chaque année, en conséquence de la destination de quelques personnes charitables •
1° Une rente de 1201, léguée pour payer le chirurgien, et acheter de la viande pour les malades ;
2° Une rente de 40 boisseaux de froment pour du pain blanc pour les malades ;
3° Enfin une rente de 30 boisseaux de gros blé destiné pour les plus nécessiteux de la paroisse.
Ces deux derniers articles sont à la mesure de Sainte- Hermine.
Le curé emploie et distribue ces fonds et ces blés en son âme et conscience. L'Assemblée départementale croit pourtant pouvoir demander à l'avenir un état de l'emploi de ces objets et partager avec le curé le droit de soulager les malheureux (1).
Eglise et presbytère. — L'église de Saint-Hermand n'a besoin d'aucune réparation ; il a été employé depuis peu d'années plus de 2,000l à des réparations et des décorations (2).
La maison curiale est très-éloignée de l'église. Elle est située dans la paroisse de Sainte-Hermine et près du presbytère de cette dernière paroisse (3). Ces inconvénients ont engagé le curé à quitter cette maison et à chercher un logement dans sa paroisse et près de son église. Il a affermé celle destinée à son habitation, et la visite que l'Assemblée municipale en a fait faire a montré qu'elle n'avait, dans ce moment, besoin d'aucune réparation.
(1) Sainte-Hermine possède un bureau de bienfaisance, entretenu par des quêtes, et par une rente de 1,500 fr , due à la famille Marchegay- Ghevallereau.
(2) L'église de Saint-Hermand a été vendue pendant la Révolution à M. Merlet. Il reste encore une portion de cette église.
(3) L'ancien presbytère de Saint-Hermand est occupé, aujourd'hui, par la famille Tillier.
Récoltes et bienfaits du Gouvernement. — Cet article sera court. La récolte de 1788 a été mauvaise. Les grandes pluies d'hiver ont noyé beaucoup de froment, et la sécheresse du printemps a réduit à rien la récolte des baillarges.
En 1786 et 1787, la paroisse a obtenu du Gouvernement quelque somme par forme de modération, soulagement ou indemnité ; on n'y a pas vu d'atelier de charité.
Corvée de H81 . — La corvée de 1787 a été remplacée par l'imposition de 8601 payée par la paroisse. On croit bien que la paroisse avait une tâche sur les grands chemins pour cette année, mais on ignore son étendue, sa situation. Il n'a pas été possible non plus à la Municipalité de découvrir à qui l'adjudication en a été faite, quand et ou elle a été faite, ni le prix, ni les conditions de l'adjudication. Tous les habitants ont déclaré n'avoir aucune connaissance de tout cela. Ils ne se rappellent pas qu'il y ait eu aucune affiche ou publication, et le syndic ne reçut aucun ordre à cet égard. La tâche fut adjugée, la paroisse taxée, le rôle envoyé, les habitants contraints de payer.
Manufactures. — On compte dans la paroisse quinze métiers à toiles et trois à laine ; mais ces métiers ne battent pas toute l'année. Les ouvriers qui les tiennent ne sont pas assez riches pour se fournir de matières premières, et travailler pour leur compte, soit pendant toute l'année, soit lorsqu'ils n'ont pas d'ouvrage au dehors. On espère proposer à la Municipalité et à celle de Sainte-Hermine un plan, qui , adopté par les deux paroisses, pourrait ranimer l'industrie, ou procurer, du moins, à peu de frais, des ressources aux pauvres pendant l'hiver et aux infirmes pendant toute l'année. Les recherches que cet objet rend nécessaires ne peuvent être terminées assez tôt pour en offrir le résultat, et le vœu des deux paroisses, longtemps
avant l'Assemblée de département de 1789. La position de l'endroit, les grandes routes qui le traversent, la rivière qui l'arrose, et sur laquelle on peut établir des moulins à foulons, les troupeaux nombreux qui se multiplient sur son sol et dans ses environs, sont des motifs d'espérance qu'une manufacture s'y établirait facilement et pourrait y prospérer (1).
Population et naissances.
Les naissances en 1778 s'élèvent à 25
Dans les dix dernières années le nombre des naissances a donc été de 284, qui, divisé par 10, donne pour chaque année 28 et 4/10.
Le nombre des naissances, multiplié par 28, terme moyen de proportion, donne 795 habitants.
Cependant le relevé de la population de cette paroisse n'a fourni , dans le mois de septembre 1788 , que
(1) Il n'y a plus aujourd'hui, à Sainte-Hermine,' qu'un métier à toile. On n'y a point établi de métiers à foulons ; mais en 1836 M. Pierre Pelletrau y a construit une fabrique d'huile de colza.
142 hommes, 152 femmes, 240 garçons et 210 filles, qui forment un total de 744 habitants.
Malgré cette différence, on croit cependant que le terme de 28, pour multiplier les naissances, approche de l'exactitude dans son produit, parce que le déficit qui paraît est causé par les maladies qui suivirent l'année désastreuse de 1785 et qui emportèrent plus de 70 habitants (1).
Michelon, syndic, Guillet, Robin, N. Vinsonneau, Jean Choyau, L. Garot, Jarriau, greffier (2).
(1) La population de la commune de Sainte-Hermine est de 1,865 habitants. On y compte 532 maisons et 560 ménages.
Les naissances depuis dix ans, de 1867 a 1877, sont ainsi réparties :
Total 393
(2) Il est souvent question d'un Michelon, adjoint pendant la Révolution, dont un des fils épousa M,le Merlet. Son fils, Edouard Michelon, est mort à l'âge de 65 ans. Il était maire et avait été notaire ; avant de mourir, il avait acheté le château de SainU-Hermine. On ne retrouve plus les noms do Jarriau et de Guillet ; mais pour les citoyens Robin, Vinsonneau, Choyau et Garot, il existe à Sainte-Hermine d'honnêtes ouvriers et commerçants de ce nom. (Nous devons la plupart de ces précieux renseignements sur Sainte-Hermine à l'obligeance de M. le docteur Achille Gauly, maire actuel de la commun.?, 1878).