Saint-Jean-de-Beugné
ARTICLE PREMIER
Impositions. — Taille principale pour Tannée 1788 ' 2,45c1
Impositions accessoires 1,082'
Gapitation roturière l,488l
Vingtièmes (le chiffre est resté en blanc) . »
Il n'y a point d'autre rejet que celui de la métairie de la Cure, que M. le Curé fait valoir par ses mains. Cette métairie payait 6742s de principale taille, et il a fallu répartir ce taux avec les accessoires sur les autres taux taillables.
La corvée s'élève à la somme de 5734 0\
Enfin les frais de confection des rôles pour recouvrement des impositions se monte, par rôle, à la somme de 601 (1).
Vices dans la répartition des impôts. — L'Assemblée municipale observe ici deux choses :
1° Que la paroisse de Saint-Jean-de-Beugné passe pour être beaucoup meilleure qu'elle ne l'est en effet. La qualité de paroisse de plaine en impose, mais elle contient beaucoup de terrains maigres, pierreux et presque entièrement stériles. Les taillables sont surchargés, et cette paroisse est dans le cas de demander de la diminution.
2° La taille n'est-elle pas mal répartie? Les uns la payent plus qu'il ne faudrait; les autres ne payent pas assez.
(1) Le principal des quatre contributions a été fixé à 4,417 fr. 92 pour 1878.
Il paraît bien difficile de remettre l'égalité. L'Assemblée municipale est composée d'exploiteurs qui ont des ménagements à garder avec les autres habitants. Ils sont seuls chargés de la confection des rôles ; de plus, s'ils déchargent ceux qui sont trop chargés pour charger ceux qui ne le sont pas assez, ils occasionneront de la haine et de la jalousie à eux et à ceux à qui ils auront rendu justice, et seront les victimes tôt ou tard.
Établissements de charité. — Il n'y a point, dans la paroisse, d'établissement de charité pour le secours des pauvres, et la communauté, n'étant composée que de paysans, n'offre aucune ressource pour le soulagement des misérables qu'elle contient en grand nombre.
Deux choses néanmoins pourraient aider h leur subsistance, en les occupant au travail :
Premièrement, la réparation des chemins vicinaux et de communication avec les paroisses voisines. Mais on ne peut dissimuler que cette réparation n'est pas extrêmement pressante, et qu'il y a d'autres paroisses à l'égard desquelles elle est plus nécessaire. D'ailleurs la communauté, n'étant composée que de paysans, ne peut offrir aucun secours, aucune contribution pour faire cette réparation.
La seconde manière de pourvoir au soulagement des pauvres, et celle qu'on regarde comme la plus convenable, c'est d'employer les habitants de la paroisse au travail des grands chemins, et de leur faire gagner l'argent de leur corvée.
Le grand chemin de Nantes h la Rochelle occupe 1,150 toises de longueur et 12 toises de largeur. Il passe auprès de l'église.
On avait assuré l'Assemblée municipale qu'elle pourrait se présenter à l'adjudication des travaux des grands chemins, et que, conformément aux vœux et à la décision de
l'Assemblée provinciale de Poitiers, on lui adjugerait une tâche à sa portée pour une certaine somme. Le syndic et s quelques membres de l'Assemblée se sont présentés à l'adjudication ; mais on les a éconduits ; on a exigé d'eux qu'ils prissent des cautions des ateliers considérables qu'on voulait mettre dans les adjudications. Ils demandent donc d'être préférés pour l'adjudication prochaine ; ils demandent à gagner leur argent en faisant leur corvée.
Le moyen d'entretenir le grand chemin est que chaque exploiteur de métairie soit réglé h un certain nombre de toises, et que, sans changer d'endroit tous les ans, il ait à entretenir son même nombre de toises ; chacun y apporterait ses soins.
ARTICLE II
L'Assemblée ne se plaint pas d'autres abus que de la grandeur des impôts, de leur mauvaise répartition et de l'inégale adjudication des routes.
Réparation de la cure et de V église. — Le chœur de l'église est en assez bon état. C'est aux dépens de la fabrique qu'on l'a entretenu jusqu'ici, ce qui a diminué l'argent de la fabrique. On a fait fondre une cloche ; qu'un accident arrive, et on aura la peine de faire fondre l'autre, qui est cassée depuis peu.
M. Marchais, curé, a reçu une somme d'argent assez considérable, pour faire les réparations de la cure ; mais il n'a rien fait. Les murs du jardjn et les toits sont en mauvais état ; les murs sont tombés. Le décimateur ne s'y est prêté en rien, pas même pour ce qu'il était tenu et obligé d'entretenir.
La paroisse vous demande donc, Messieurs, que vous ayez égard à elle pour le service de la messe matutinelle
de tous les dimanches de l'année, service que doit acquitter son prieur et curé primitif, le prévôt de la cathédrale de Luçon. S'il en fait refus, ou s'il renvoie la paroisse dans une si juste demande, les membres de l'Assemblée provinciale et intermédiaire sont priés de lui rendre justice, tant de la part du prévôt, pour les années suivant celle-ci, que de la part du chapitre pour cette année mil sept cent quatre-vingt-huit, à cause de son droit d'annates, qui le fait jouir des revenus dudit curé primitif. On espère tout du chapitre, et que le religieux qui dit la messe chaque dimanche en sera content ; c'est un droit public.
Pertes et remises. — Les habitants ont beaucoup à se plaindre des pertes qu'ils souffrent si souvent. En 86, leurs blés lurent moitié perdus par la grêle, sans avoir eu aucune diminution. Cela est bien douloureux. Cette année est aussi misérable, par la grande pluie de l'hiver et la grande sécheresse du printemps. On demande et on espère du soulagement. La récolte des blés est la seule ressource pour la communauté, qui manque absolument de pacages, et ne peut sa dédommager de ses pertes par le profit des bestiaux.
Chemins publics. — La paroisse n'a pas d'autre chemin public que celui qui conduit de Nantes à la Rochelle (1). Il est entretenu comme tous ceux dont la réparation est adjugée à des étrangers qui n'ont envie que de faire de gros profits, c'est-à-dire fort mal. On y tient quelquefois des ouvriers pour persuader qu'on s'en occupe ; mais souvent l'occupation de ces ouvriers est inutile et ridicule. Elle consiste à ôter un peu de boue en hiver, et en été à jeter
(1) C'est la route nationale n° 137, de Bordeaux à Saint-Malo, se bifurquant au chef-lieu de la commune avec le chemin vicinal de grande communication n° 88, qui va de Nalliers à Mareuil.
Ja poussière dont les chemins sont couverts d'un endroit sur l'autre. Cette double opération, sans faire de bien, incommode beaucoup les voyageurs.
Pour s'assurer si les chemins sont entretenus , il faudrait connaître les obligations des adjudicataires. Mais on les ignore ; et néanmoins il serait à propos d'en donner uu état aux syndics des paroisses où on travaille ; ils seraient par là à portée de surveiller l'ouvrage et dye\\ rendre compte à l'Assemblée d'Election; mais jusqu'ici l'affaire des chemins a toujours été un mystère et une œuvre de ténèbres. Serait-il possible que les choses continuassent sur ce pied, lorsque ces ouvrages sont soumis à l'inspection des citoyens ?
Objets de récolte, — Bestiaux. — Le froment, l'orge et la baillarge sont les seules sources de richesse. Quand cela manque, tout manque pour la commune. La meilleure manière de faire naître l'industrie, c'est d'encourager la culture des terres.
Ni landes, ni marais mouillés. On ne peut faire subsister les animaux nécessaires à l'exploitation des terres que par des prés artificiels de luzerne qui coûtent beaucoup pour les mettre en état de rapporter.
On se sert quelquefois de mules pour la culture des terres, ainsi que de chevaux aveugles. Point de pacages pour élever des bestiaux, et faire le commerce et établir des haras. Troupeaux de moutons en petit nombre et d'un petit ordre. Lorsque le printemps est sec, ils manquent presque absolument de nourriture.
Naissances depuis dix ans.
Population.
400 individus (1) . Ce qui manifeste assez la surtaxe de cette paroisse, d'autant qu'elle est en si petit nombre.
Ont signé : Chevallier, Nicolas Guitot, Jean Philipon, Paris, greffier, Loizelet, syndic.
21 septembre 1788.