‹ Le bas-relief romain à représentations historiques;Chapitre 17 sur 33 · PI. X.\.\V-X.\XVI · texte numérisé non relu

PI. X.\.\V-X.\XVI

a PI. XXII XXIII.

* PI. XXlll-XXIV.

•' On a coiupart; avec raison cette fii(;(in cunlinuo île raconter à ce (|n'o.st en littérature la prose histori(iiie (\\ ickliull, uurr. vite, p. 1 et 28).

retours en arrière, des efforts de toute sorte : le genre aurait atteint son objet.

Que fallait-il pour cela? Trouver une forme de monument appropriée. La colonne sera cette forme de monument ; elle répond aux conditions demandées. Sur les spirales qui enlacent son fût de pierre comme une plante s'enroule autour d'un arbre ou une bande d'étoffe autour d'un pilier, hommes et choses, combattants et paysage, acteurs et décor se meuvent, défilent, sont emportés d'un seul élan, sans hâte mais sans arrêt, vers le but oii ils tendent, la conclusion du récit. Commentons un fragment quelconque de la représentation : on se rendra compte de ce que nous voulons dire ; nous empruntons en partie ce commentaire à M. Salomon Reinach^ : « Trajan fait construire un camp retranché, puis le relie par un pont à une autre forteresse ; il surveille lui-même les travaux. Plus loin est un retranchement circulaire. A côté, un autre pont jeté sur une petite rivière est franchi par trois soldats qui partent pour explorer le pays ; un soldat puise de l'eau. Les légionnaires sont occupés à couper des chênes pour se procurer des poutres. On amène devant l'empereur un espion dace. Trajan se met en marche et envoie en reconnaissance des éclaireurs à cheval. L'armée romaine s'avance à travers un pays boisé en abattant des arbres. On atteint les ennemis, et la bataille s'engage, fantassins et cavaliers romains contre cavaliers daces. Le combat, qui a lieu pendant un orage, tourne à l'avantage des Romains. L'empereur, monté sur une colline, fait mettre le feu aux huttes et aux retranchements des Barbares, où l'on aperçoit une rangée de têtes plantées sur des pieux et un étendard à l'emblème du serpent. L'armée dace bat en retraite ; les Romains la poursuivent et passent une rivière à gué. Une ambassade ennemie arrive au camp... » Et la description peut continuer de cette même allure régulière. Est-ce bien une description de bas-reliefs? N'est-ce pas plutôt le sommaire d'une chronique? Quand on a commencé à tourner les pages, il faut aller jusqu'au bout, d'une haleine; le mouvement qui en anime toutes les parties vous prend, vous soulève et ne vous laisse pas respirer.

En résumé, c'est une belle œuvre, forte surtout. Quoi qu'on puisse critiquer dans le détail, et malgré les deux défauts que

' Sal. Reinach, In Colonne Trajane, p. 44-46,

j'ai dû sifjnaler, on no saurait méconnaître laclartô, la puissance et la vie de rensend)le. Deux j)eu[)les sont aux prises, Romain et Dace, celni-lii coniiuc'rant, celui-ci luttant avec obstination pour son indépendance, et chacun d'eux est groupé autour d'un chef, Trajan, le grand hounne de guerre, Décébale, le patriote héroïque, de la race des Vercingétorix et des Arminius, De là, en même tem})s ([ue la clarté des reliefs, leur unité; ils ne sont pas seulement liés par la surface qui est une, mais par le sujet lui-même, ([ui, dans son fond, est bien un. La personne de l'empereur, qui reparaît si souvent, ajoute à cette unité ; elle sert de points de repère dans ce défilé ininterrompu de figures et de tableaux, comme elle fait la liaison des scènes nécessairement très différentes que comporte le récit d'une campagne.

Si Trajan et ses légions, ainsi qu'il convient dans une œuvre destinée à les glorifier, occupent le premier rang et ont reçu le beau rôle, les adversaires ne sont pas sacrifiés ; ils sont toujours vaincus ; mais il y a des défaites « triomphantes à l'envi des victoires ^ », et celle-là est du nombre. Par leur résistance à la mauvaise fortune, leur vaillance dans le combat, leur énergie désespérée, leur ardeur à préférer la mort à la servitude, ces nobles défenseurs de la liberté excitent notre pitié et donnent à la lutte un intérêt pathétique. A mesure que le dénouement approche et que les Barbares sont pressés davantage, la tragédie se précipite et les catastrophes s'accumulent. La capitale Sarmizegethusa est enlevée dans un assaut acharné ; les chefs s'empoisonnent, lugubre scène qui rappelle à trois cents ans de distance la mort analogue, si poignante également chez Tite-Live, de Vibius Virius et des sénateurs de Capoue'-; le Décébale^ lui-même poursuivi, perdu, tombé au pied d'un arbre et sur le point d'être pris, se frappe de son glaive recourbé. D'un bout à l'autre, c'est un drame vigoureux et qui se déroule avec une superbe ampleur.

Enfin l'cpuvre vit. Cela même est la conséquence de ce qui })récède. Drame signifie action; et vivre, n'est-ce pas agir? — Mais cette vie tient encore à une autre cause, à l'exacte reconslitulion de tous les détails de la guerre et à cette

' Montaigoe , Essais, I, 30.

2 Tite-Live, 26, 14.

* « Il faut peut-être dire !e Décébale et nonDécébale, ce nom étant, suivant plusieurs érudits, un appellitir coiuuu- Pharaon ou llriMiuus « (S. Uoinaoli, Colonne Tiajdnv. p. 30, note I.

■ couleur locale dont nous parlions plus haut. Grâce à une scrupuleuse fidélité d'observation, à cet art de rendre jusqu'aux plus petites choses, les scènes se recomposent sous nos yeux, telles qu'elles furent dans la réahté ; les personnages se dressent à nouveau devant nous dans la vérité pittoresque, expressive, de leur costume, de leur attitude, de leur physionomie. Si nous rétablissons par la pensée la couleur qui a disparu, mais qui certainement, autrefois, était répandue sur les reliefs pour les faire ressortir et en souligner les détails, nous estimerons alors le monument à sa véritable valeur; nous jugerons à quel degré de vie intense il atteignait, et si jamais œuvre d'art antique s'est substituée à la réalité pour en donner l'illusion, nous reconnaîtrons que ce fut celle-là.

Avant de quitterles édifices triomphaux de l'époque deTrajan, il faut encore jeter au moins un regard sur un monument, non pas récemment déblayé, — il s'étalait au grand jour, — mais signalé depuis quelques années seulement à l'attention des archéologues. Ce monument, les indigènes de la Dobroudja l'appellent de deux mots turcs, Adam-Klissi, ou l'Eglise de l'homme. Les sculptures en sont grossières, et pourtant mieux que beaucoup d'autres plus soignés, par les circonstances de sa construction et le lieu oîi il a été élevé, il permet de mesurer la force d'expansion et la puissance du peuple romain'.

C'est une tour isolée sur une colline, dominant au- loin l'immense plaine stérile, à 20 kilomètres du Danube, à 50 kilomètres de la mer Noire. Une des villes les plus rapprochées sur la côte est Kiistendje, l'ancienne Tomes, le triste lieu d'exil d'Ovide, si connu par les lamentations du poète. La

' Da.f Monument von Adam-Klissi, Tropsenm Trajani, unter Mitunrkunq von 0. Benndorf und G. Niemann heraiisger/eben, von G. Tocilesco, Wien, 189.j; — Inlermezzi, Kunstgeschichtliclie Sludien, von A. Furtwantfler, Leipzig und Berlin, 1896, p. 49: dus Monument von Adam-Klissi und die altesten Darstellungen von Germanen; — Petersen, dans les Romische Mitt/ieilunr/en, t. XI, 1896, p. 104 et suiv., 302 et suiv. ; — 0. Benndorf, dans les arch.-epigr. Mit- Iheil. ans Œsterreich-Unfjarn, 1896, XIX, 2. — Ajoutons dans la Gazette des Beaux-Arts (août 1895, p. 104) un compte rendu de l'ouvrage de MM. Tocilesco et Benndorf par M. Salomon Reinach.

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tour osi on ruines; les rovêloments sont tombés; il ne reste que le noyau, formé d'un mélange de pierres et de chaux. A son pied gisent de grands blocs, fragments de colonnes et de reliefs. Mais, toute mutilée qu'elle est, au milieu de ces solitudes, elle a grand air. Seule la difficulté de l'aborder l'avait protégée jusqu'à ce jour contre les recherches des savants. Dès 1837 cei)endant, des officiers prussiens, envoyés par Frédéric- Ciuillaume III au sultan Mahmoud II pour instruire les troupes turques, l'avaient rencontrée dans leur voyage et remarquée ; et un Danois, celui qui devait être le feld-maréchal de Moltke, dans une lettre écrite de Varna, en donnait une description intéressante. Mais, jusqu'en 1878, rien ne fut tenté pour la faire connaître davantage ; elle resta perdue dans son désert. Après la guerre turco-russe et le traité de San-Stefano, quand la Dobroudja eût été cédée à la Roumanie, M. Tocilesco, directeur du musée de Bucliarest, curieux, comme de juste, des antiquités nationales, fut attiré par ces ruines, qui se trouvaient maintenant sur le sol de son pays. Il les étu(Ua attentivement, fit le relevé des sculptures, et, avec l'aide de l'architecte Niemann, essaya de reconstituer l'ensemble (fig. 12).

Les sculptures étaient de trois sortes ' : des fragments d'un trophée colossal, débris de cuirasse, d'armes, de statues ; des personnages en relief décorant les intervalles de créneaux ; des scènes, en relief également, sculptées sur des plaques formant métopes. Ces trois sortes de sculptures, une fois bien distinguées, MM. Tocilesco et Niemann ont abouti à la restauration suivante, qui est des plus vraiseml)lal)les. Le monument comprenait une masse compacte, cylindrique, de 20 mètres de haut et de 25 à 27 mètres de diamètre, très semblable d'aspect au mausolée d'IIadrien. Cette masse avait un revêtement de pierre dont le haut portait une décoration de reliefs formée d'abord des métopes, puis, au dessus, des figures de créneaux. Elle-même était, à son sommet, arrondie en coupole et surmontée en son centre d'un tro})hée gigantesque de 5'", 40, à la base (hi(|ii('l prenaient place les groupes de statues"-. Une

' Tocilcsco-Honiulorf, p. l- et siiiv.

- Ce (lernior iiiotifcst ce (iiii donne Jil'œnvre totale sa si^nilioiilion ; c'est un trophée, nmiiuiuiuient (Je victoire, .\nssi le niunieipe, (pie Trajan fonda dans les en virons, reçut-il (lu inonu nient le nom de Ti n/xn'inn, peut-être celui de Tiofxit'inn Trtiidiii (voir iadiseussion entre Kurt\viinf,der, Intenni-zzi, p, ri;{-;ii, et IJenndorf, Mil th. uns Œslei)'., p. 4, note 5). — C'était l'agrandissenienl, la translornialitui ilu

inscription dont les fragments les plus importants ont été trouvés au sommet de la ruine même, montre que la construction fut ordonnée par l'empereur Trajan; l'année 109 est la date de la dédicace'. Les figures des créneaux représentent des Barbares enchaînés ; les reliefs des métopes, des scènes de batailles, des ennemis terrassés ou faits prisonniers, des familles ennemies, femmes et enfants implorant le vainqueur.

Fi.;. 1

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