‹ Le bâtard (volume 2)Chapitre 12 sur 14 · SCÈNE I. 3H · texte numérisé non relu

SCÈNE I. 3H

C'est un mauvais sujet qui donne un bon conseil. Lorsqu'on t'ouvre les yeux sur tes folles dépenses, Qui te mènent, hélas ! plus loin que tu ne penses, Lorsque de vrais amis veulent te prévenir Que tous ces lourds emprunts dévorent l'avenir, Et que tu n'auras pas, dans sa vieillesse amère, Un seul morceau de pain à donner à ta mère, Ta pauvre mère, faible et seule comme elle est !..; Tu nous parles toujours d'un coup de pistolet, Tu ne vois rien de mieux pour arranger les choses Qu'une balle ! ... Et ta mère ! . . . Ingrat! meurs si tu l'oses!

LÉOPOLD

Pas de phrases!— Je l'aime!— Eh bien ! voilà pourquoi

512 A rnoros r-u satard.

Je veuXj mon cher ami. la délivrer de moi.

Pauvre femme ! lu sais que je l'ai ruinée...

Tant que je n aurai pas vécu, l'infortunée !

Qui lui garantira le pain de ses vieux jours?...

Car c'est plus fort que moi. j'emprunterai toujours !

M.WWl.LL.

Que diantre, moîîami! du courage! — travaille. Vois-tu, l'oisiveté ne mène à rien qui vaille ! Jeune, plein de moyens, instruit comme tu l'es, Tu gagnerais beaucoup d'argent, si tu voulais: Le courage, mon cher, c'est là ce qui te manque ! ]SIon oncle veut l'avoir dans sa maison de banque;

8CÉISE I. 313

Depuis ce jour qu'il t'a vu boire sans effort --^ Six flacons de Porto, Diable! il l'estime fort. L' emploi qu'il t'ofTre est bon. — Accepte.

LÉOPOLD

Oui, trois cents livres!

— Moi, je serais caissier ou bien teneur de livres !j As-tu perdu la tête? — Eh quoi ! tu veux, bourreau, Que j'aille m'cnterrer tout vif dans un bureau ? J'aimerais dis fois mieux renoncer au Champagne, Aller boiro du lait, et vivre à la campagne !

MAXWELL

Tu vois! on a saisîtes bieûg^J^ OcJlc nvaison

oii A PilClGS BU CAT.UÎD.

OÙ le propriétaire, hélas! est en prison , Il se peut qu'aujourd'hui tu n'en sois plus le maître! A cette heure on prononce un arrêt qui, peut-être, En va chasser, demain, ta pauvre mère et toi! Elle triste et malade!...— Accepte, ami; crois-moi!

tÉOPOïuD.

Non. Je hais le travail d'une haine profonde ! Et Dieu, pour travailler, ne m'a pas mis au monde! — Moi, je travaillerais pour vivre ! — Il vaut bien mieux Mourir!.. . C'est plus tôt fait, et c'est moins ennuyeux ! Sans le jeu, les paris, les femmes et la table, L'existence, mon cher, serait insupportable!

?c:kl I. 315

MAXWELL

A t'entendre parler, sur mon âme! un démon Frissonnerait lui-même.

LÉOPOLD

Allons, trêve au sermon!

Tu ne prêches pas mal du tout, sur ma parole ! Mais parle-moi plutôt de ma belle Créole, Et de ses grands yeux noirs, et de son teint vermeil

Qu'a bruni le regard enflammé du soleil !

Tu sais que la morale ou m'endort ou m'assomme?..

Ainsi, ne m'en fais plus. — Parle-moi de la somme

Que je m'en vais gagner très agréablement.

Je pourrai donc payer mes délies! — C'est charmant !

— Bah! je le paierai seul.

MAX>VELL

Voilît donc la ressource !

Je l'offre, en allcndant,*loul le fond de ma bourse.

LÉOPOLD

Je û'en veux pas, merci !... car enfin, si je perds !,..

SCÈNK I. 517

Mais liier, j'avais donc la cervelle à l'envers ? — Avoir laissé partir mon ange, ma sylphide, Sans voler après elle ! — Oh ! l'ivresse perfide ! Mon cher Pylade, viens, seconde mon transport ! Courons tous deux les parcs, les ihéàlres.. le port ! Il faut absolument dénicher la colombe !

MAXWELL

Mais lu ne peux sortir avant que le jour tombe, Ou l'on l'arrêtera !.. le voisinage est plein De recors,.,

LÉOPOLD, Qu'on nie louche! et ceux-là je les plain !..

518 A r;\oros i;«: bataud.

Ils pourront bien senlir la pointe d'une épée!

MAXWELL

Tu ferais la, mon cher, une belle équipée!

LEOrOLD.

Mais qui vient ! — C'est Piobsil, — Oh ! le drôle de corps A toujours l'air de fuir le diable ou les recors !

( Entre Robsil.)

/Scène MI.

LES MÊMES. — ROBSIL.

ROBSIL.

A quoi penses-tu donc, morbleu? f^ Depuis une heure Jet'allends!

LÉÔPOLD.

Et pourquoi ?

o20 A PROPOS DU-BATAFxD.

nOBSIL.

Tu le sais.

LÉOrOLD.

Que je meure Si je comprends un mol...

nODSlL, avec colère,

Je n'ai rien vu de tel !

SCKNi: î. o2l

On vient au rendez-vous lorsqu'on donne un carlel ! C'est la première fois, toi brave comme quatre, Qu'il faut t'aller chercher lorsque tu dois te battre!

LÉÛPOLI).

Comment? je dois me battre?

uor.siL.

Oui, ccrlc! — Est-ce nouveau ?

— Le sommeil ou le \ in t'ont brouillé le cerveau ! Je ne te croyais pas la mémoire si frêle: Aurais -tu, par hasard, oublié ta querelle, Hier, en plein théâtre?...

MAXWELL

Eh! taisez-vous, morbleu!

Pourquoi jeter encor de l'huile sur le feu ? Une querelle folle et qui n'a point de cause!... Que diantre ! iifaut se battre au moins pour quelque chose.

ROBSIL.

Maxv^ell est toujours pour les conseils prudens !

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