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CHAPITRE

Il n'est peut-être pas de mot, dans aucune langue, qui soit plus généralement employé que Tadjectif « beau >, ni dont le sens soit moins clairement défini. On dit uo beau visage, un beau tableau, un beau livre, un beau caractère, une belle pensée, une belle action I Pour qu'on applique à tous ces substantifs une môme qualification, il faut qu'ils aient un caractère commun, que nous exprimons par Tadjectif beau?

Qu'est-ce que le beau?

Les définitions abondent chez les anciens et les modernes : artistes et penseurs ont essayé de nombreuses explications et tous les jours on en fait de nouvelles. Cela prouve que le problème n*est pas encore résolu. soit quMl ail été mal posé, soit qu'il appartienne h cette catégorie de choses humaines, que la science a été jusqu'à ce j'^nr impuissante à expliquer. On a constaté généralement que le beau est une qualité qui fait naître en nous un sentiment particulier de satisfaction ou de bonheur, et que ce sentiment est mêlé de plaisir et d'admiration. On a constaté encore que la convenance, l'harmonie, Tunité, la variété ^^ i

LE BEAI

mMIÊRË PARTIE.

VUmtM PARTIE.

f LE BEAU ET SON HïSTôfRÉr.

vérité en sont des conditions essentielles. Mais parmi ces conditions, quelles sont celles qui sont nécessaire» et sufiisantes pour produire en nous le sentiment du beau ? qu'y a-l-il d'absolu y d'invariable, quoi de relatif, de contingent? Des choses que nous trouvons belles aujourd'hui , les modes, par exemple, et certains genres de peinture et d'architecture, ne le seront plus demain et auraient été ridicules il y a mille ans, pendant que la beauté d'autres œuvres persiste à travers les siècles et se fait reconnaître par les générations les plus reculées. Il faut donc que parmi les conditions du beau il s'en trouve qui soient variables et passagères, pendant que d'autres ont un caractère fixe et immuable, qui persiste malgré toutes les péripéties des civilisations humaines. Ce dernier caractère n'a jamais été clairement défini, ni dégagé nettement des éléments variables et passagers contribuant à la réalisation de la beauté.

Nous allons passer en revue quelques-unes des définitions qui ont été produites et dire pourquoi elles ne peuvent nous satisfaire.

Pour Platon, le beau était un reflet de l'idéal, la splendeur du vrai , une réminiscence de la beauté suprême contemplée par l'âme dans une vie antérieure (1). D'après cela le caractère du beau serait absolu et invariable, comme la vérité et l'idéal divin. Or, l'histoire de l'art nous enseigne le contraire et nous montre des œuvres fort admirées par leurs contemporains, complètement délaissées par la postérité. Aristole plaçait le beau dans l'ordre et l'harmonie des parties, d'où on concluerait

(1) Dans lo Philèbe, fl définit le beau oe qui se suffit à soi-même, ce qui est égal et accompli en soi.

que la plupart des produits de Tindustrie sont des œuvres d'an. Dans son Irailé sur le Beau, le philosophe Piotin (i) a posé la question de la manière suivante : « Qu'est-ce que le beau en soi ? Je vois bien que telle ou telle forme est belle, que telle ou telle action Test aussi, mais pourquoi et coniment ces deux objets si dissemblables sont-ils beaux? Quelle est la qualité commune qui , se rencontrant dans ces deux objets, les range sous Tidée générale du beau? » il a cru y répondre en identifiant le beau avec le bteneidvec l'être, en le dégageant complètement de la matière pour le placer dans Tesprit. Mais comment se fait-il alors que le beau soit Tattribut de certaines formes , couleurs et sons? Piotin a eu cepecWant le mérite de combattre les théories qui plaçaient le beau exclusivement dans les caractères extérieurs de la proportion , do Tordre et de la variété.

Quelques-uns ont. donné à l'adjectif beau le mot agréable pour synonime. Or ce qui est agréable c'est ce qui plaît aux sens, et quand le Saxon prétend que son lait aigre a une belle saveur, nous trouvons tous quMI dénature le sens de noire adjectif. Quantité d'objets peuvent produire des impressions qui nous plaisent sans faire naître en nous le sentiment du beau ; le boire, le manger, le bain, la fraîcheur du malin sont choses fort agréables sans doute , mais pouvons-nous les appeler belles ? Par contre un orage qui gronde , la mer soulevée par la tempête, le discours d'un orateur, peuvent

(I) Ennéade I, livre 6. Piotin, Dé en 205 de J.-C, est mort en 270. 11 fut un des chefs de l'école néo-platonicienne: sa vie a été érrit» par Porphyre.

i LE BEAU ET SON HISTOIRE.

nous paraître fort beaux , sans que nos sens en éprouvent rien d'agréable. Nous en concluons que la substitution n*est pas heureuse.

A Vagréable on a essayé de substituer l'utile. Nous ne nous arrêterons pas à critiquer ce mot qui confond rindustrie avec Tart : trop d*objets utiles sont loin d'être beaux, et on ne comprend pas trop l'utilité de la Vénus de Milo.

Dans riïippias de Platon , le beau est déffni par ta parfaite convenance des moyens relativement au but; l'agréable et Futile sont remplacés par le convenable. Saint-Augustin (i) se rattache à cette définition et po$e le principe de l'unité comme la forme propre du beau , l'ordre et la convenance comme ses conditions essentielles. Il est évident que si un objet d art doit faire naître le senlimcnt du beau , i\ faut qu'il y ait convenance dans les formes, harmonie entre l'idée et son expression, et non insuffisance ni contradiction. La convenance est donc une condition nécessaire du beau, mais elle est loin d'être suffisante. On peut dire trèsconvenablement des choses qui n'ont aucun des caractères de la beauté, et arranger une habitation d'une manière fort convenable, relativement k sa destination, sans qu'il s'y trouve rien qui éveille en nous le sentiment esthétique. Où est d'ailleurs la convenance d'un orage, d'un soleil couchant ou d'un paysage alpestre ?

Souvent on a défini le beau « ce qui produit à la fois le plaisir et l'admiration ». C'est une pétition de principes, car on définit la cause par l'effet. Leibnitz^

,Wolf el Baumgarteh (\] placent le beau dans la perfection. Mais qu'est-ce que la perfection? Une sphère parfaite est elle belle? Goethe, grand poêle et grand penseur, dit : « La loi, qui dans sa plus grande Uberié et dans ses conditions les plus essentielles se traduit par un phénomène, produit le beau objectif. Il est vrai que ce dernier ne peut produire d'effet que sur des sujets capables de la comprendre. » Dans une statue grecque , dans l'école d'Athènes de Raphaël , <lans riliade d'Homère, dans un tableau de Ténîers je cherche en vain la loi; J'y trouve des qualités, des sentiments, des pensées, des faits et des mœurs exprimés de façon à produire en moi le sentiment du beau; mais de lois je ne vois nulle trace, à moins que la vérité de l'expression, que l'idéal ne soit une loi. Dans les sciences le root loi s'applique à l'expression d'une relation ; c'est la formule qui explique la manière dont certains êtres dépendent les uns des autres. Or l'adjectif beau s'adresse aussi bien aux êtres qu'à leurs relations, la définition de Goethe est donc au moins insuffisante.

Kant a cru donner une nouvelle définition. Pour lui « la beauté est la forme de la convenance finale d'un objet , en tant qu'elle est reconnue en lui sans le motif d'aucune fin i^. Dans cette définition, assez obscure, il distingue le beau de l'utile et du parfait, mais en somme il ne fait que reproduire une idée platonicienne. Four Schelling le beau est l'infini exprimé parle fini. Mais qu'est-ce que l'infini ? Nous concevons très-bien

<i) C*e^ Banmgarten qui a donné son nom à l'Esthétiquo. Il a défini le beau par la Perfection rendmc sensible.

le beau , pendant que Tinfini ne se peut concevoir. Hegel reproduit Schelling sous une autre forme. Pour lui le beau a une vérité absolue qui est le principe de toute vérité , savoir, l'identité absolue du concret et de Fabstrait» du particulier et du général, du réel et de l'idéal, etc., identité conçue comme l'unité qui les relie , en les manifestant l'un par l'autre. A cette doctrine se rattache une récente définition allemande : < La beauté c'est la fidélité sans tache avec laquelle l'être périssable reproduit son contenu ^immortel , le phéncH mène fini son essence infinie , l'esprit de Dieu qui l'anime. » Notre critique ici se trouve impuissante : aussi bien l'ombre échappe-t-elle à ceux qui la veulent saisir. Si l'auteur de la définition avait compris ce qu'il voulait dire , il n'aurait pas emprunté le langage des oracfes.

Plusieurs philosophes modernes, notamment M. Jouffroy, font consister le beau dans l'expression , dans la manifestation de l'invisible par le visible, des sentiments de l'âme par les formes corporelles. Pour (.amennais le beau est le vrai (1) manifesté dans une forme sensible. Pourtant l'expression vraie de certaines passions, de la haine, de l'envie, de l'avarice est loin d'être belle sur une figure humaine , et cependant elle donne lieu à de belles œuvres d'art. La définition est donc incomplète.

Dans le dictionnaire de l'Académie le beau est défini : ce dont les proportions , les formes et les couleurs plaiseiii aux yeux et font naître l'admiration Cette définition

{[) La beauté doit être traosparento comme de l'eau pure. La forme doU constamment laisser voir la pensée qui la mo'.ive. (AVink^mano.)

exclut la poésie et la musique, et rentre d'ailleurs dans ce que nous avons dit plus haut.

M. Cousin , dans son traité : € Du vrai , du beau , du bien » nous a semblé se trouver quelquefois si près de la vérité, qu'on ne comprend pas qu*il D*ait pas réussi à la saisir Hélas ! ia science de M. Cousin portait nom éclectisme , et Téclectisme ne produit pas. Tout progrès lui est antipathique, autant vaudrait en demander à un mandarin chinois. M. Cousin a mis Téclectisme à la mode en France et en a été la première victime. A ia place des fortes convictions, de celles qui engendrent tous les héroïsmes , il a mis le doute et son cortège de défaillances. En lisant son livre on dirait qu'il aconstamment côtoyé la vérité, sans pouvoir ou sans oser la saisir et se l'approprier. Les âmes sincères seules ne craignent pas de la regarder en face et ne redoutent pas de perdre de chères erreurs qui disparaissent à son éclat. M. Cousin, pour avoir voulu tout conserver, n'a rien possédé, rien établi que son impuissance; il a perverti l'esprit philosophique de plusieurs générations.

Je copie littéralement son livre.

« Toutes les théories qui ramènent la beauté à l'ordre , à l'harmonie, à la proportion , ne sont au fond qu'une seule et même théorie, qui voit tout le beau dans l'unité I £t assurément l'unité est belle, elle est une partie considérable de la beauté , mais elle n'est pas la beauté tout entière. »

« La plus vraisemblable théorie du beau est encore celle qui le compose de deux éléments contraires et également nécessaires, l'unité et la variété. Voyez une belle fleur ^ sans doute l'unité, Tordre » la propnrtinn.

ia symétrie même, y sont; car, sans ces qualités, la raison en serait absente, et toutes choses sontf aites avec une merveilleuse raison. Mais en même temps, que de diversité! combien de nuances dans la couleur, quelle richesse dans les moindres détails I Même en mathématiques , ce qui est beau n'est pas un principe abstrait , c'est ce principe traînant après soi une longue chaîne de conséquences. Il n'y a pas de beauté sans la vie , et la vie c'est le mouvement, c'est la diversité. »

« L'unité et la diversité s'appliquent à tous les ordres de beauté. »

Je m'arrête. Les deux conditions exaîlées par M. Cousin, à la suite de MM. Crousaz et de Lamennais, ne suffisent en aucune façon pour produire le sentiment du beau : l'unité dans la variété ne nous dit rien. On les rencontre certainement dans les œuvres d'art, mais elles sont loin d'en constituer le caractère essentiel, ni la beauté. Prenez un cercle, inscrivez-y une série de cercles égaux , disposés symétriquement autour du centre, bariolez-les des couleurs de Tarc-en-ciel, et selon M. Cousin, vous aurez un objet d'art.

Ah I dans son analyse il a parlé du sentiment, du mouvement, de la pensée, de ce qui constitue la vie! 11 rie la comprise qu'au point de vue de la diversité de ses manifestations, de la variété de ses formes, il n'en a vu qu'une image incomplète. Certainement il n'est pas de beauté sans la vie; ce qui caractérise l'homme c'est son àme, et le beau n'existe pas pour les êtres qui n'ont pas d'âme. Mais M. Cousin n'a pas vu que la vie elle-même est u"^ condition nécessaire du bea^ ^» q\\p. \p if- '^iir -^pp^ .. iVan**»

agile la matière, mens agitât molejn (4)- H n'a pas vu que les formes ne sont* belles qu'à la condition d'ôire habitées par une pensée qui nous parle; que les sons ne sont beaux que lorsqu'ils expriment un sentiment qui nous touche. Dans la nature, il n'a vu que la variété; dans l'art, it n'a vu que la diversité. Le sens profond des œuvres belles lui a échappé; les livres de l'homme et du monde sont restés lettres closes pour lui I

M. A. Pictet, dans son livre Du beau dans la nature, l'art et la poésie (2), nous a paru approcher de la vérité en définissant le beau comme Vharmonie de Vidée et de la forme ^ dans l'expression sensible de Vidée par la forme , sans qu'il y ait aucun but d'utilité. Cette définition, trop générale dans sa première partie, exclut l'architecture dans la seconde, qui a pour but de distinguer l'art de l'industrie. Elle ne s'applique- pas d'ailleurs au I^ao moral. Nous rappellerons, pour finir, une définition qui â au moins l'avantage d'être une expression belle, quoique incomplète à notre avis : le beau c'est la splendeur du bien. Plus poétique que presque toutes les autres, cette définition a un côté vrai, comme nous le verrons plus bas. Elle s'applique au beau moral.

L'instinct des grandS artistes , le génie humain incarné dans leurs œuvres, s'imposent aux masses qui, sous le nom d'inspiration , lui attribuent une origine divine. Mais en fait de beau la foi a fait son temps. Nous

(I) Enéide, chant Vï.

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vouions comprendre en môme temps que jouir; les phrases creuses ne nous suffisent plus , les oracles ont perdu leur infailiibililëf La question doit être analysée comme s'il s*agissait d*un problème de géométrie , et dussions-nous trouver que le Parlbénon, le Laocoon, la Vierge à la Chaise, Tlphigénie de Goethe, que la Symphonie pastorale enfin , se réduisent à des questions de chiffres, nous ne devrons pas reculer devant ce résultat. L'humanité a passé Tâge des rêves et des illusions, et veut marcher au grand soleil de la vérité I

Nous l'avons dit, ce qui frappe avant tout dans le beau, c'est à la fois son caractère absolu et immuable qui le fait acclamera toutes les époques, et ses expressions contingentes et variables. Nous devons commencer par chercher à les dégager les unes des autres : à notre tour d'interçoger le sphinx I

Plaçons-nous devant une œuvre d'art; laissons-la produire son effet sur notre sentiment et rendons-nous compte de l'impression produite. La première chose que nous chercherons dans l'œuvre c'est ssl raison d'être , sa signification, son expression, Ov , l'expression ne peut être relative qu'à une pensée, un sentiment, une passion , un besoin , en un mot à une manifestation propre à cette chose invisible que hous appelons la vie. Sans expression la figure la plus régulière, l'image la plus parfaite ne nous dit rien , ne nous communique ni intérêt ni émotion : elle est une œuvre d'industrie et non une œuvre d'art. Quand nous avons découvert le sens caché sous les formes, \e «i^ntiment qui les soulève, la vie Qv'y ^^^p an'î"*^, non? r-^-'.innc nciîDcHvpmpn'

à nous représenter l'expression vraie du phénomène animique incarné dans l'image. Comparant ensuite le résultat de notre travail personnel avec l'œuvre soumise à notre jugement , nous examinons jusqu'à quel point Tartiste a réussi à traduire sa pensée; nous vérifions si la forme répond au sentiment qu'elle doit révéler , en un mot si l'expression est vraie. Toute erreur, tout défaut, toute insuffisance nous choquent, pendant que la vérité de l'expression produit en nous ce sentiment de plaisir et d'admiration que nous attribuons au beau.

Mais la vie est progressive et ses manifestations varient avec l'âge de l'individu aussi bien qu'avec celui des peuples. D'ailleurs le sens des formes et des images est souvent conventionnel et change avec lesévolniicns des sociétés. Il s'ensuit que le sens et les formes sont éternellement changeants et que la condition immuable du beau consiste uniquement dans la vérité de l'expression. Il est évident que lorsqu'il s'agit de reproduire des caractères typiques de la vie par des formes naturelles et non symboliques , l'expression vraie reste immuable comme eux : tous les siècles la comprennent, car elle fait elle-même partie du domaine fondamental des caractères qui constituent l'homme et la nature. C'est ainsi que les chefs-d'œuvre de la sculpture grecque se trouvent posséder une beauté immortelle.

<f Rien n'est beau que le vrai , le vrai seul est aimable. »

L'expression d'un mouvement de Tâme par l'art ne peut en aucune façon produire le sentiment du beau

si la condition de vérité n'est pas remplie. De son côté, rintervenlion de la vie est une condition tout aussi nécessaire, quoique changeante. Rien n'est beau si nous n'y découvrons une manifestation de la meilleure partie de nous-môme; «ulle œuvre ne saurait èlre belle sans l'expression qui lui donne son caractère I La pensée, le sentiment, la passion, le mouvement, toutes les manifestations si multiples delà vie, rendues par la matière inerte, la forme, la couleur, le son ouïes paroles, peuvent donner lieu à de belles œuvres, à condition que leur expression soit vraie. La nature est belle parce que nous ranimons de nos propres sentiments , que nous y voyons nos propres pensées comme dans un miroir. Les idées de puissance, de calme, de paix, de grandeur, se lisent à. profusion dans les paysages et viennent nous impressionner par un charme incomparable. Et puis la nature n*esl-elle pas vivante? N'esl-elle pas Tenveloppe splendidc de la vie éternelle qui circule à travers les mondes; n'est-elle pas l'expression la plus vraie de cette vie? Elle est donc belle par ce que nous lui prétons de notre -ême et belle aussi par elle-même, par sa vie puissante et ses formes parfaites, où dans l'ensemble viennent s'effacer toutes les imperfections du détail; belle enfln, par l'esprit souverain qui l'anime de toutes parts.

La beauté consiste donc dans la manifestation , la traduction, l'expression vraie de la vie et de ses évolutions, au moyen de la «naM^rp of âa :ae iftrîbuts a form'* et \p mo"vpmpn^

^ Mais pour que les formes de la pensée et les mouvements de l'âme puissent être exprimés avec vérité par les (formes et les mouvements de la matière; que, réciproquement, dans les images des poètes, des phénomènes de la nature puissent être qualifiés par des attributs de la vie; qu'on puisse appeler la colère une tempête et dire que la mer est en courroux; qu'une étoile soit un œil et les yeux des étoiles; il faut qu'entre la vie et la matière il y ait une affinité mystérieuse, une unité de loi, que l'intelligence ne peut ni saisir ni comprendre et dont nous avons conscience par le sentiment. Les spéculations les plus élevées de la philosophie, appuyées sur les derniers résultats de la science moderne, aboutissent à cette conclusion suprême, qui s'impose à notre esprit quoiqu'elle soit incompréhensible, et qui proclame l'unité de l'Être dans l'infinie diversité de ses manifestations. C'est la révélation intime de cette unité qui élève notre âme dans le sentiment religieux quand elle s'élance vers l'Infini ; et c'est cette unité de la vie et de la substance dans le monde fini,*^ manifestée par leur union , par l'expression vraie de l'invisible par le visible, de l'incompréhensible par le phénomène, qui fait naître le sentiment du beau (1). Frère du sentiment religieux, il s'est toujours tenu à ses côtés; confondu quelquefois avec lui par l'ignorance, il a,

(1) M. Milsand dans < V Esthétique anglaise * parle des < inexplicables ravissements dont nous sommes saisis à certains instants par raito d'une incompréhensible concordance entre les propriétés des choses et les affinités da notre être. »

dans tous les temps, aidé les âmes humaines à s'élever vers le ciel (1).

La définition philosophique du beau sera donc la manifestation vraie de l'unité de l'Etre par des phénomènes finis.

Mais si la vérité est une condition nécessaire du beau, il importe avant tout de savoir ce que nous entendons par le mot vrai et d'envisager la vérité dans les différents rôles qu'elle remplit, sous d'autres noms, dans la nature et dans la société.

(i) « D'après Kanl il y a deux genres de beauté , l'un qui peut te rapporter au temps et à cette vie, l'autre, à Téternel et é, l'infini, n (M** d« Staël. Lettres sur rAllemagne.)

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