LE VRAI
Toutes les fois qu*une expression, soit en paroles ou en sons, en matière façonnée, en couleur ou en dessin , etc., répond cxactenient à son objet, et le reproduit ainsi sous une autre forme, on dit qu'elle est vraie. Pour reconnaître la vérité d'une expression, il faut donc examiner si, entre elle et son objet, entre la définition et le phénomène défini, il y a identité, en d'autres termes si on peut établir le signe de l'égalité {=) entre l'expression et l'objet exprimé (f).
La vérité peut être envisagée à plusieurs points de vue. Il y a des vérités évidentes par elles-mêmes, ce sont celles qu'on appelle des axiomes Le tout est plus grand que sa partie, la somme des parties est égale au tout, sont des vérités que personne ne songe à contester. D'autres fois la vérité existe par définition , comme un et un font deux, ou se dégage d'une vérification, d'une démonstration telle, qu'elle nous donne
(1) La vérité n'est qao la corrcspqndanco exacte dos relations subjectives avec les relations objectives. - (Herbert Spencer. Premiers principes, Trad, par E. Gazelles.)
la conviction, la certitude. Celte dernière résulle d'un travail de Tesprit qui constate l'égalité existant entrB l'objet et son expression. Montaigne a dit : je crois que un et un font deux, je crois aussi que deux fois deux font quatre , mais je n'en suis pas aussi sûr. Une conviction se base sur la certitude et résulte aussi d'une constatation personnelle de la vérité, d'une vérification de l'égalité. Quand il nous est impossible de constater la vérité par nous-mêmes, nous pouvons cependant radmettre, en èire persuades, La persuasion nous est communiquée par d'autres personnes; elle est inférieure à la conviction, parce qu'à la moindre objection que nous ne savons pas lever, le doute vient s'y substituer. Lorsque tous ceux que nous jugeons aptes à constater la vérité d'un fait, sont unanimes pour nous laOïrmer, nous ajoutons foi à leurs parofes. Ainsi vous admettrez que a-f b-c si je vous l'afErme, vous ôtes persuadé que je ne me suis pas trompé dans mon calcul; mais cette persuasion fera place au doute aussitôt qu'il se trouvera quelqu'un pour vous affirmer le contraire. Peu d'entre nous sont capables de démontrer les lois qui régissent le système solaire ; nous croyons tous, cependant, que la terre tourne autour du soleil, quoique le témoignage de nos sens semble prouver le contraire. Nous ajoutons foi aux affirmations de la science, parce que tous ceux que nous jugeons capab es de les vérifier sont d'accord. La. foi est donc un degré plus élevé de la persuasion, mais elle es' ''^nîours sujette au doute, quand arrive la contradicli<" ..^rieuse. Toutefois, elle est indispensable et nécep^^f*'*' •• -^^op'I^ '^^ h\^ «société
LE VHAI. n
On (lit qu'un homme a du jugement, quand il s'exprime a\ec précision et qu'il arrive facilement à !rou>er le sens véritable des expressions, quand il saisit exactement les relations réelles qui existent entre tes phénomènes et les idées et exprime avec vérité les rapports qui les unissent^ On dit au contraire qu'il a le jugement faux, quand il cherche à représenter tes objels par des expressions qui n'y répondent pas, qu'il ne saisit pas exactement le sens de ces dernières, ni les véritables rapports que les choses ont entre elles.
Quand nous envisageons la vérité au point de vue du progrès , soit physique , soit intellectuel, soit moral, elle prend un nom particulier : nous l'appelons le bien. Tout ce qui est favorable au progrès, tout ce qui est conforme aux lois éternelles de l'évolution des êtres , tout ce qui représente exactement ces lois , c'est le feien. Le mal c'est le contraire; c'est la contre-vérité au point de vue du progrès. L'esprit du mal c'est la représentation figurée, incarnée en quelque sorte Je (tout ce qui s'oppose au progrès; Satan , l'ennemi du genre humain et des lois divines, a souvent été qualifié de génie du mensonge. En effet , le mensonge est contraire à la nature humaine, il révolte l'âme et appelle la rougeur sur le front;' un homme qui ment sciemment est un être complètement dégradé.
• Lorsque nous considérons le \rai au point de vue des besoins particuliers et sociaux et de leur satisfaction , il prend le nom à'ntile, La science a pour domaine le vrai en soi, abstraction faite de ses applications aux besoins, l'industrie est l'esclave de l'utile : la science et l'industrie sont sœurs.
J8 LE BEAt: Et SON HISTOIKE.
Enfin, nous élevant plus haut, lorsque nous envisageons les lois qui régissent Texislence ie% sociétés , qui règlent les droits et les devoirs, et les formulent de façon à assurer la sécurité , le bien-être et le progrès à tous les membres de la communaulé nationale, la vérité sociale p.rend le nom de justice. Le juste {1} est donc le vrai au point de vue des relations sociales, comme le bien l'est à celui du développement progressif des sociétés. Le bien particulier, eu égard à un individu , une famille ou une association spéciale, peut élre en opposition avec le jusie considéré comme I6i de la société en général , comn^e il peut arriver dans une expropriation pour cause d'utilité publique. Souvent lo bien et le juste, quoique opposés en principe, peuvent se concilier; dans ce cas il en résulte un arrangement, une transaction, qui, sans répondre complètement à la vérité des situations au point de vue général, ne produit pas de mal , et qu'on qualifie d'équitable.
Nous devons arrêter ici cette excursion dans les domaines de la logique et de la morale. Ce que nous avons dit était nécessaire pour faire comprendre et saisir les rapports intimes existant entre le bien , le juste, rutile et le beau, qui ne sont autre chose que le vrai conçu à des points de vue différents. Dès lors le bien et le juste symbolisés , personnifiés, représentés d'une manière vivanïA pi ;raip de môme que l'utile desservi par l'a»'» -.,»c'»». fn... ,,ptirp op nous le «sentiment du *^<^î^i^
(1) L? Yrai beau ne p3u« *w.» ..it , .;.
L'empereur Julien. Manif'»'»»'" "• -r*'* -i ii»